‹ Guide du Congrès de Troyes et de Provins en 1902Chapitre 12 sur 14 · LA VILLE BASSE · texte numérisé non relu

LA VILLE BASSE

Égl ise de Saint-Ayoul.

Cette église, dont le transept est le meilleur tvpe de l’architecture romane primitive à Provins, fut bâtie à coté d’nne chapelle dédiée à saint Médard. qui renfermait le tombeau de saint Avoiil, découvert en 090. F.n 1048. Thibault T1T fit venir trente bénédictins pour fonder l'abbaye de Saint- \voul qui devint le novau de la ville liasse. Pierre de Celles, qui fut nlus tard abbé de Saint-Remi de Reims, raconte dans ses lettres que l’église de Saint-Ayoul fut ruinée par un incendie vers 1100.

Le plan de l'édifice, dont la moitié seulement est consacrée an culte, comprend une nef flanquée d’un bas-côté an sud et d un double bas-côté au nord, un transept saillant et un chnenr à pans coupés flanqué d une grande chapelle au sud. La nef est une œuvre Vin \11P siècle : ses six travées du nord, soutenues par des piles rondes flanquées de quatre colonnes, sont un peu antérieures à celles qui leur font face, comme l'indiquent les arcades en plein cintre de la seconde et de la troisième travée.

T- arc en plein cintre persiste également dans le triforium, dont les arcatures, accouplées quatre par quatre, retombent sur un faisceau de trois colonnettes. ( n oculus s ouvre dans chaque travée sous les voûtes modernes qui cachent la charpente de la nef ornée d’anciennes peintures.

Le bas-côté nord conserve trois voûtes du XIIIe siècle; mais, vers 1550. son mur extérieur fut remplacé par une file de colonnes qui précèdent un second collatéral éclaire par de larges fenêtres à remplages Renaissance. Le bas-côté sud, dont les baies ont été remaniées, fut construit en même temps que la nef. 11 tant signaler dans celte église des statues du XVI® siècle, un tableau de Jacques Stella et les boiseries du maître-autel, sculptées par Pierre Blasset, mort en 1633 et inhumé dans l’église.

Le transept, converti en magasin à fourrages, comme le chœur, doit remonter aux premières années du XIIe siècle, ainsi que la tour centrale. Le croisillon nord est éclairé par des fenêtres en plein cintre garnies de billettes a l’extérieur. Les arcs de la croisée décrivent la même courbe en retombant sur des chapiteaux romans, et les deux baies en plein cintre qui s ouvrent sur chaque face du clocher conservent leur cordon de billettes. Le chœur à pans coupés du X\ I' siècle, dont la charpente en carène renversée est encore intacte, est flanqué d’une grande chapelle de la fin du XIVe siècle, éclairée par de longues baies à meneau central.

Les trois portails de la façade furent sculptés vers 1160. La porte centrale en tiers-point, dont les huit statues décapitées représentent six hommes et deux femmes aux vêtements plissés, est malheureusement

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mutilée. Le tympan, coupé par une baie moderne, était orné du Christ entre les animaux symboliques, et les quatre voussures qui retombent sur des colonnettes sont srarnies de huit figures d’anges, des statuettes des vieillards de l’Apocalypse, de deux Séraphins a six paires d’ailes, et de groupes d’élus et de damnés. Ce portail offre une grande ressemblance de style avec ceux de Saint-Loup de Naud, de la cathédrale de Chartres, de Notre-Dame d’Étampes, et de la cathédrale du Mans. Les portes secondaires, en tiers-point surhaussé, sont flanquées de huit colonnettes : leurs chapiteaux à chimères méritent d’attirer l’attention.

Au sud de l’église, il faut visiter l’ancienne salle capitulaire du XIIIe siècle, dont les six voûtes d’ogives s’appuient sur deux colonnes isolées. On y fait cuire le pain destiné à la garnison.

F.n se rendant à l’église de Sainte-Croix, on aperçoit la tour de Notre-Dame du Val, bâtie de 1542 à 1544 sur l’arcade de la porte Bailly, qui remontait au XIVe siècle, et qui donnait accès dans un enclos dont il reste quelques tourelles.

Église de Sainte-Croix.

Cette vaste église du XIIe, du XIIIe et du X\ I* siècle comprend une nef dont le bas-côté nord fut doublé après coup, un transept et un chœur très profond entouré d’un double déambulatoire qui communique avec une chapelle centrale.

La nef remonte au XIIIe siècle, mais ses voûtes sont modernes et ses grosses piles, cantonnées de dix colonnettes, portent des arcs légèrement brisés qui retombent sur des chapiteaux à crochets. Le bas-côté

Plan de Sainte-Croix.

du conçues de tiioyes et de provins 77

nord se compose de deux galeries parallèles bâties au commencement du XVI" siècle. Ses voûtes d’ogives s’appuient sur quatre colonnes isolées dont les chapiteaux sont garnis de chimères et de feuilles de chou irisé. On remarque deux iuts en hélice et une belle ciel pendante ornée d’anges qui tiennent les instruments de la Passion, h archivolte des cinq grandes fenêtres encadre un remplage flamboyant. Dans la première travée une cuve baptismale en amande, du XIVe siècle, représente la cérémonie d’un baptême seigneurial avec un cortège de clercs et de laïques au-dessus de petits personnages à genoux.

Les voûtes d’ogives du bas-côté sud doivent être attribuées au XII 1" siècle, mais le mur extérieur remonte en partie au XIIe siècle. Ses deux baies en plein cintre ont été remaniées. La chapelle latérale de la cinquième travée fut ajoutée au XVI" siècle. Le carré du transept, dont les piles furent bâties au XII" siècle, avait été voûté d’ogives au XIIIe siècle, comme l’indiquent quatre consoles ornées de masques. Les croisillons, maladroitement remaniés, sont encadrés par des arcs en tiers-point primitifs qui retombent sur des chapiteaux romans à volutes.

Le chœur, reconstruit vers le milieu du XVIe siècle et consacré le 24 septembre 1581, est voûté d ogives: ses trois travées droites précèdent trois pans coupés. Les grandes arcades s’appuient sur des colonnes et le remplage des fenêtres présente des soufflets déformés par l'influence du style de la Renaissance.

Le déambulatoire, coupé par des cloisons modernes et recouvert de voûtes d’ogives ramifiées, se compose de deux galeries concentriques séparées par dix grandes colonnes. La chapelle de l'axe, également

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ItAtie au XVIe siècle et maladroitement restaurée, est éclairée par des fenêtres à remplage llamboyant. Les verrières du déambulatoire représentent l'Annonciation, la Nativité, la Visitation, la Présentation au Temple, l’Adoration des Bergers, le Christ au Jardin des Oliviers, la Flagellation, le Crucifiement et des scènes de la vie de saint Denis et de saint Paul. Il faut également signaler dans cette église un lutrin en fer forgé et un bénitier rond du XVIe siècle.

La façade conserve un portail central de la Renaissance et un portail latéral du XVIe siècle dont l’ornementation est très remarquable. Son archivolte en accolade découpée par des redents tréilés, retombe suides pilastres ornés d’arabesques. A l’angle du bas-côté sud un ex-voto du XVIe siècle, finement sculpté, représente le Christ au Jardin des Oliviers et quatre personnages mutilés à genoux devant la Vierge.

Un clocher du XIIe siècle s’élève sur le carré du transept. Ses baies en plein cintre, au nombre de quatre sur chaque face, sont bouchées. L’étage supérieur, sans aucun caractère, est couronné par une ilèche moderne.

Hôtel-Dieu.

Henri le Libéral, comte de Champagne, transporta rilôtel-Dieu vers 1160 dans l'ancien palais des comtesses. Un portail en tiers-point du XIIIe siècle, ilan- (jué de six colonnettes, donne accès dans un vestibule du XIIe siècle voûté d’arêtes et séparé en deux nefs par une lile de courtes colonnes.

On y remarque un curieux retable de la Renaissance donné par Alliaume de Chenoise, bailli de

1)1) CONGRES DK THOYKS ET DK PROVINS

Meaux et de Provins, et par sa femme qui s’agenouille devant la \ ierge à 1 Enfant, placée sous l’arcature centrale. Au-dessus, deux anges soutiennent une élégante église de style flamboyant dominée par une tour centrale. A droite de la Vierge, des bas-reliefs représentent des pèlerins qui montent à une chapelle par un chemin escarpé ; à gauche, une femme est couchée dans un lit. et des pèlerins font leur dévotion à la porte d une église. Il est probable que l artiste a voulu figurer 1 invention de la Sainte-Croix par saint Quiriace.

La grande salle de l’Hôtel-Dieu et les grandes caves voûtées d’ogives qui s’étendent sous cet hôpital méritent d'être également visitées.

Maisons du XIIIe Siècle.

La ville basse renferme, comme la ville haute, un grand nombre de maisons et de caves du XIIIe siècle. 11 faut signaler 1 hôtel de Villcgagnon, l'hôtel de la Croix-d Or, avec ses deux fenêtres gothiques, et la superbe cave d’une brasserie, dont les voûtes d'ogives retombent sur une file de colonnes.

L'hôtel de Vauluisant, dont le rez-de-chaussée est voûté, mérite une mention particulière. C’était la maison des religieux de l'abbaye du même nom. La grande porte en tiers-point a été élargie, mais les quatre fenêtres du premier étage sont divisées par un meneau qui soutient deux arcs trilobés et un trèfle. Dans le pignon, une colonnette centrale soutient le linteau de deux petites baies carrées. Un tuyau de cheminée gothique sort du comble. Cette charmante façade n'est pas antérieure à la tin du XIIIe siècle.

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Hôpital Général.

Ancien couvent (les (lames Cordelières de Provins, fondé en 1248 par Thibault 1Y, comte de Champagne, cet hôpital, bâti sur le mont Sainte-Catherine, a souffert de nombreux incendies. Louis X\ le fil affecter aux malades en 1749.

Le préau est ilanqué, à l’ouest, d une galerie de cloître (lu XIVe siècle recouverte de charpente. Ses arcs en tiers-point, qui devaient être ornés de redents, d'après les amorces des sommiers, retombent sur des piles à quatre colonneltes et sur des chapiteaux a crochets. La galerie orientale du XVe siècle est surmontée d une charpente en carène renversée dont les sablières portent directement sur les colonnettes prismatiques du cloître qui conservent des chapiteaux à

feuillages contournés. . •

A l’extrémité de cette galerie, la salle capitulaire du XIVe siècle se fait remarquer par 1 glégance de ses neuf voûtes d'ogives à tore aminci qui s'appuient sur quatre colonnes isolées.

La chapelle du XVe siècle renferme la pierre tombale du chanoine Jean de Surdeuil, mort en 132.3, des retables en bois, une chaire moderne exécutée dans le style du XVIIe siècle par un ancien aumônier de 1 hôpital. Au centre de la nef, un petit monument du XIIIe siècle renferme le cœur de Thibault V , comte de Champagne, mort en 1270, qui se trouvait autrefois dans l'église des Jacobins. C'est un édicule en pierre, à six pans, dont les arcatures trilobées encadrent un moine assis tenant un livre de prières. Le couvercle,

en métal doré, est orné d’écus llanqués de supports qui représentent des chimères, des cerfs, des animaux, des tètes de femmes, et l’inscription funéraire se lit en

bordure.

Musée et Bibliothèque.

La villa Garnier, entourée d'un beau jardin, décorée de chapiteaux et de pierres tombales du XIIIe et du XI \ e siècle, renferme un musée où les archéologues peuvent étudier des objets gallo-romains trouvés dans la région, une collection de monnaies et les masques en bronze d une fontaine byzantine rapportés de Constantinople par Thibault, comte de Champagne.

La bibliothèque possède 32,000 volumes, conservés par les soins de MM. Bellanger et Rogeron qui font admirer aux visiteurs des reliures artistiques, des manuscrits à miniatures, des incunables et le superbe exemplaire de la Description de l’Egypte publié sous le premier Empire. M. Félix Bourquelot a légué à la bibliothèque ses notes manuscrites sur la ville de Provins.

Bibliographie. — Opoix (Christophe): Histoire et description de Provins, 1823, in-8°. — Bourquelot : Histoire de Provins, 1889-1840, 2 vol. in-8°: La grosse tour de Provins, dans le Bull, de la Soc. des Antiq. de France, 1840: La Grange aux dîmes, 1847. — Taylor: Voyages pitt. et roman, dans l’ancienne France. Champagne, t. 11, 1857, in -fol. — Aufauvre et Fichot: Les monuments de Seine -et- Marne, 1858, in-fol. — De Caumont: Abécédaire d’archéologie. Architecture militaire, p. 338. — Viollet-le-Duc: Dictionnaire d'architecture, t. 1, p. 377; II, p. 145; V, p. 04, 527; VI, p. 243, 274. — Lefèvre (Émile) : Les rues de Provins, 1850; la tour de Provins, description et histoire, 1808. — Rogero» ; Notice sur la tour de César de

OUI DE ARCHEOLOGIQUE

Provins, 1888, in-8°. — Martin ( Alexis) : Promenades et excursions dans les environs de Paris, région de l'Est, t. III, 1900, p. 290. — Brossard : Géographie pittoresque et monumentale de la France, 1900. t. I, p. 177.

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