CINQUIÈME EXCURSION
Église de Villenauxe.
Le plan de cet édifice comprend une nef, flanquée de bas-côtés, et un chœur, entouré d'un déambulatoire mais dépourvu de chapelles rayonnantes. La nef est recouverte de voûtes d’ogives ramifiées du XV Ie siècle. Les deux premières travées du nord et les trois premières travées du sud remontent à la même époque avec leurs piles ondulées, ainsi que la partie correspondante des bas-côtés qui renferme au sud des chapiteaux de la Renaissance et deux clefs remarquables qui représentent le baptême du Christ et le Christ en croix.
11 faut attribuer à la seconde moitié du XVe siècle deux autres travées de la nef, dont les arcs en tierspoint retombent sur des colonnes et sur des chapiteaux garnis de feuilles de mauve frisée. Les trois dernières travées, recouvertes comme le chœur d une voûte en bois du XVIe siècle, remontent à la première
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moitié du XIIIe siècle, avec leurs grosses colonnes isolées. Une colonnette partant du tailloir soutenait les nervures primitives.
Les cinq travées du chœur, plus étroites, présentent également tous les caractères du style du XIIIe siècle et le déambulatoire, recouvert de nervures en amande, est éclairé par des fenêtres en tiers-point dont le meneau central porte une rosace à cinq lobes, encadrée par la voussure des formerets. Le mur extérieur est tapissé d arcatures.
Le portail occidental, relancé après coup dans la façade au milieu du XVIe siècle, est divisé par un trumeau. Son archivolte en tiers-point, ornée de dais, de statuettes et de festons, encadre un remplage de stvle flamboyant. Le clocher latéral avec ses haies géminées et sa balustrade à g'randes tleurs de ljs, doit être antérieur au portail de quelques années. L’absence d arc-boutants et de baies supérieures autour du chevet jette un doute sur l’existence d'une voûte au-dessus du chœur au XIIIe siècle.
Château de Montaiguillon.
Le nom de ce célèbre château apparaît pour la première fois dans 1 histoire en 1165, dans une charte d’Étienne, évêque de Meaux, qui lait mention d Hugues de Montaiguillon. En 1251, Thomas de Coucy, sire de Vervins, possédait cette terre qu’il donna à la comtesse Marie de Rethel. Marie, comtesse de Brienne, était dame de Montaiguillon en 1260 et en 12/2. En 1328, Philippe de Valois accordait à Guichard, seigneur de Beaujeu, 1 autorisation de racheter le château-fort pour 2.600 livres tournois. Dix ans plus tard,
Château de Montaiguillon
les sires de Noyers étaient seigneurs de Montaiguillon. En 1413, Aymé de Choiseul porte le même titre.
Le religieux de Saint-Denis raconte qu’en 1417 le château de Montaiguillon faillit tomber aux mains d'une bande de brigands qui avaient déjà comblé les fossés avec des fascines, quand le bailli royal de Meaux délivra les assiégés. En 1419, la garnison était commandée par un capitaine nommé Pelicon. Après la reddition de Meaux, en mai 1422, le château de Montaiguillon était encore occupé par une garnison française, sous les ordres de deux capitaines bretons, Prégent de Coëtivv etTugdual Le Bourgeois, lorsque le comte de Salisbury vint l’assiéger au mois de septembre 1423, d’après la Chronique picarde.
Ce siège célèbre dura huit mois, b une des grosses tours minée s’écroula en faisant périr soixante hommes. Les cent-vingt assiégés, réduits peu à peu au nombre de trente, mangèrent leurs chevaux et finirent par capituler, en payant une rançon de 22.000 saints d’or. Monstrelet ajoute que la forteresse fut démantelée dès 1424. mais le capitaine anglais Mathew Gough occupa la place après le départ de Prégent de Coëtivv.
A la fin du XVe siècle, Jean de Loan, bailli et gouverneur d’Orléans, possédait le fief de Montaiguillon. et cette terre fut érigée en marquisat, en 1649, en faveur de François de Villemontée. Elle devint, en 1718, la propriété du marquis de Saint-Chamans, dont la famille possède encore aujourd’hui les ruines du château et les bois qui l'entourent .
Le château de Montaiguillon, précédé au nord d’une basse-cour fortifiée, se compose d’une enceinte défendue par huit grosses tours rondes et par une tour à trois pans coupés qui se trouve dans l’axe du front
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sud. Le revêtement en pierre du fossé est encore intact. On entrait dans la forteresse du côté nord, par un pont-levis qui donnait accès à une porte percée entre deux tours. Les restes d’un escalier qui occupe cet emplacement permettent d’attribuer la construction du château au XIIIe siècle, d’après la forme des corbeaux ; mais l’emploi exclusif du grès, qui ne se prête pas à la taille des moulures, ne facilite pas la tâche des archéologues qui voudront dater les ruines. On reconnaît encore l’emplacement de la chapelle orientée au levant et flanquée de bâtiments d’habitation. L’habile restitution du château faite par M. Destouches, architecte à Provins, nous dispense d’une longue description de ces ruines embellies par la nature.
Église de Voulton.
Cette église, dont le chœur fut bâti dans la seconde moitié du XII* siècle, ne fut terminée qu’au Xlll° siècle. La nef. qui renferme neuf travées, est tlanquée de bascôtés terminés par des absidioles. et le chœur s’arrondit en hémicycle. Les trois premières voûtes d’ogives à trois boudins embrassent deux travées, qui présentent l’alternance de la colonne et du pilier, comme à Saint-Loup de Naud, à Champeaux, dans les cathédrales de Sens, de Noyon et de Senlis. Cette partie de l’église se distingue du chevet par l'ornementation des chapiteaux garnis de crochets. Les grands arcs en tiers-point et les doubleaux, dont la courbe est très surhaussée, présentent un double ressaut. Dans la première travée, plus large que les autres, une baie cintrée donne accès dans le comble des bas-côtés voûtés d'arêtes, comme ceux do l'église
de Champeaux, et éclairés par des fenêtres en plein cintre, comme la nef.
La voûte d’ogives à huit branches, qui précède le chevet, mérite d’attirer l’attention. On en retrouve un autre exemple dans le chœur de Saint-Quiriace de Provins, qui doit être l’œuvre du même architecte. Ses nervures du XIIe siècle recouvrent trois travées soutenues par des colonnes. Le chœur, voûté par huit branches d’ogives qui retombent sur des colonnettes à trois bagues, est éclairé par des baies inférieures en tiers-point, sauf celle de l’axe, et par des fenetres supérieures en plein cintre. Près de l’arc triomphal, deux baies géminées donnent accès dans le comble des bas-côtés, comme dans une travée précédente.
Le portail en tiers-point de la façade, ilanqué de six colonnettes dont les chapiteaux à chimères sont Lien conservés, remonte au début du XIIIe siècle, ainsi que les portails latéraux, les six premières travées de la nef et le clocher central. Les pignons du toit en bàtière de cette tour sont ajourés par une grande baie dont le meneau central est surmonté d un quatrefeuilles. Six arcs-boutants qui retombent sur des colonnes engagées épaulent les voûtes de la nef. Les contreforts du chœur se distinguent par la hauteur de leur glacis.
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