‹ Guide du duelliste indélicatChapitre 25 sur 38 · LE COUP DE LA COTELETTE · texte numérisé non relu

LE COUP DE LA COTELETTE

e coup exige malheureusement beaucoup d'adresse de la part de vos témoins, on fera bien de ne s'en servir que le plus rarement possible; il est difficile à exécuter, comme toutes choses vraiment artistiques du reste.

Vous montez en wagon, les voyageurs sont nombreux, il n'y a plus qu'une place, et le monsieur qui Tencombre avec son chapeau n'a pas l'air de remarquer Votre entrée.

Vous, vous n'osez lui dire: retirez donc votre tuyau, c'est mal élevé. Vous asseoir dessus, vous n'y songez seulement pas, mais afin de ne déranger personne, et pour vous asseoir comme tout le monde, vous attrapez le chapeau, et vous le jetez par la fenêtre.

Au lieu de vous demander pardon de vous avoir donné cette peine, l'autre goujat se plaint, ses paroles sont amères, vous croyez même y remarquer un parti pris de vous être désagréable.

Alors vous ne faites ni une ni

deux, vous sautez dessus, et vous vous mouchez dans le pan de sa redingote.

Inutile de dire que c'est une affaire qui ne saurait ratef .

Pour Texécution de la botte remarquable qui nous occupe, il est de toute nécessité que vous ayez un chien.

Faites-le jeûner ; le jour du combat, que madame votre épouse promène cette pauvre bête solidement muselée, pour qu'elle ne puisse rien manger de nuisible en route. Que cette promenade soit à deux pas du rendez- vous. Au moment de choisir les armes, un témoin habile suspendra avec art, au fond du pantalon de votre adversaire, une petite côtelette dans

les vingt à vingt-cinq centimes.

Quand vous tomberez en garde, madame, qui aura suivi la scène, lâchera alors le chien démuselé et il se jettera évidemment sur la côtelette que le monsieur balancera sans le savoir.

L'adversaire, surpris, vous offrira naturellement le flanc, et vous, que tout ça ne regarde pas, vous le traverserez comme il convient.

L'honneur sera tellement satisfait qu'il s'en dévissera le nez.

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