LE COUP DE LA POLICE
Paris, les bureaux de tabac sont tous munis d'un appareil constamment allumé,suspendu à un petit tuyau de caoutchouc, dans lequel passe le gaz, et à l'aide duquel les fumeurs allument leur pipe ou leur cigare.
Or, un jour, étant dans un bu-
reau, vous tenez l'allumoir, et vous vous vous apprêtez à enriammer une cigarette, quand un monsieur s'approche, le cigare aux lèvres.
Par politesse vous lui offrez du feu ; non moins poli que vous, ce monsieur refuse en vous disant:
Après vous.
Vous ne vous tenez pas pour battu, vous rapprochez l'allumoir de son cigare, le feu jaillit, et pour peu que vous n'ayez pas l'œil bien juste, vous lui enfilez la flamme dans une narine.
Loin d'apprécier votre prévenance, ce monsieur prend un air vexé et vous traite de maladroit.
Pouvez-vous endurer ça ? • — Non, c'est Impossible.
Cependant, comme vous Tavez
froissé — sans le vouloir, il est vrai — vous vous sentez dans votre tort.
Ne répondez pas une chose désobligeante à ce monsieur, les expressions malsonnantes ne sont (çÇàilleurs pas de votre goût. Votre nom, votre situation, votre dignité s'y opposent, contentez- vous de lui bourrer un bon coup de pied dans le ventre, et attendez ses témoins.
Si à la réflexion vous ne vous sentez pas sûr de vos dégagés^ faites traîner l'affaire pendant quelques jours, le temps de vous faire admettre dans la police.
Au jour fixé, rendez vous sur le pré, accompagné de deux sergents de ville en bourgeois comme té-
moms.
Au lieu de prendre l'épée qu'on vous tend, empoignez votre adversaire au collet, et faites-le fourrer en prison au nom de la loi qui condamne le duel.
S'il répiste, brûlez-lui la cervelle sous prétexte de rébellion envers l'autorité.
l'A si là dessus l'honneur n'est pas satisfait, je veux bien aller le dire à Rome.