DES MOTIFS
n pourrait considérer comme motifs à rencontre, la provocation la voie de fait;maisils'a- -git ici des mo tifs à provocation, et c'est indîspen" sable, car, supposez que vous ne vous trouviez jamais avec la personne qui vous gêne dans la vie, il
devient difficile de Tobliger à se
battre.
Il faut donc des motifs.
En voici quelques-uns au hasard:
Votre blanchisseuse est gentille,
vous savez qu'elle a pour client le monsieur du troisième,
Vous guettez la petite blanchisseuse gentille, et lorsque vottt êtes sûr qu'elle est chez le monsieur, vous accourez:
— Monsieur ! pourquoi retenezvous cette jeune fille ?
— Monsieur...
— Vous êtes un vieux Sardanapale, un vieux satyre, un co...
quin !
Venez pauvre enfant, car ce misérable...
— Mais, monsieur...
— • Tais-toi, vampire !
Si le vampire a un peu de cœur, il est évident que Tafifaire ne doit pas faire un pli.
Lepianiste d'en face a les cheveux trop longs, vous n'aimez pas ça.
Alors VOUS guettez sa femme, et un jour où elle attend tranquille-
ment l'omnibus sur le trottoir, vous la traitez de coureuse.
Quoique pianiste, le mari peut venir vous demander raison. Vous
VOUS excusez en lui disant qull en a menti, mais vous vous tenez à sa disposition , à condition qu'il vous reconnaîtra le rôle d'insulté.
Si le mari ne vient pas vous trouver, attendez sa femme dans la rue et demandez-lui de vous accorder.,, un péquit rendez-vous.
Si elle accorde,., dame, ça c'est votre affaire.
Si elle refuse en vous apostrophant, filez, allez trouver l'homme au piano :
— Monsieur, je passais là, à l'instant , je - méditais le dernier Almanach Liégeois^ quand sans rime ni raison, votre femme se met à me traiter de rietf du tout, de goujat !..• on l'a entendue, monsieur, j'ai des témoins : je ne pouvais
3o GUIDE DU DUELLISTE INDÉLICAT
frapper cette furie , égarée sans doute par vos mauvais propos sur
mon compte, seulement je ne tolérerai pas qu'un paltoquet de votre
GUIDE DU DUELLISTK INDÉLICAT 3l
espèce. . . injure, honneur. . . etc.
Vous vous arrêtez devant la boutiqued'un libraire ; la porte est ouverte, le mari cause avec sa fem-
me, entrez comme une bombe :
— Qui ça mouchard ?
— Monsieur,..
— Je ne suis pas sourd, entendez-vous racaille? Je pourrais vous traîner devant les tribunaux, mais cela n'entre pas dans mes habitudes ; je préfère vous faire faire connaissance avec mon épée, et demain..., etc.
Une chose drôle, car il faut bien rire un peu dans cette vallée de misère !
Vous voyez venir de loin un bonhomme vêtu d'une confection de mauvais goût. Cela froisse vos sentiments d'homme distingué.
Vous cherchez un magasin de nouveauté voisin, ou la boutique d'un teinturier sur la route de ce
grotesque. Vous vous mouchez dans TélofFe qui se trouve à la porte, et vous vous retirez discrètement à quelques pas. Quand l'homme passe devant le magasin, vous le prenez par le bras^ et vous lui dites d'un ton courroucé :
— Eh bien ! qu'est-ce que c'est donc que ces manières-là ?
— Quoi? quelles manières ?...
qu'est-ce qui vous prend? Voulezvous bien me lâcher ?
— Vous lâcher ! commencez d'abord par m'essuyer ce que vous venez de faire là, dans ces rideaux.
— Moi !
— Allons ! assez de raisons, hein où je vous fais arrêter.
Le monde s'amasse, le teinturier sort, lui ou le marchand de nou-
veautés, peu importe, le monsieur hurle, on se giffle et... c'est une affaire dans le sac.
Je pourrais multiplier les exem-
pies, mais je m'arrête, car cela ii-
nirail par avoir un côté froissant pour le public d'élite auquel je m'adresse.
CHAÎ^ITRE rV