‹ Guide du forestier (volume 2)Chapitre 19 sur 52 · __ SYLVICULTURE · texte numérisé non relu

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Ce mode d'exploitation consiste à couper les arbres par le pied et à attendre que les rejets aient acquis des dimensions convenables, pour les couper à leur tour. L’intervalle de temps qui s'écoule d’une exploitation à l’autre s'appelle révolution.

La durée de la révolution est done égale à l’âge des rejets au moment où ils doivent être abattus. Fixer la révolution d’une forêt traitée en taillis, c’est déterminer l’âge où il convient de l’exploiter.

Quand on coupe les taillis à blanc-étoc, c'est-àdire sans laisser sur pied aucun sujet, on dit que le taillis est simple. On donne la même dénominaton aux taillis dans lesquels on réserve, à chaque coupe, un certain nombre d'arbres qui ne seront abattus qu’à la fin de la deuxième révolution, c’esta-dire lorsqu'ils auront un âge double de celui du tallis. |

On'’appelle taillis composés ou sous-futaie ceux dans lesquels on réserve, lors des exploitations, des arbres qui doivent être maintenus sur pied pendant deux, trois, quatre révolutions et plus. É

Les brins de l’âge du taillis qu’on réserve lors des exploitations prennent le nom de baliveaux. A la fin de la seconde révolution ils deviennent des modernes. Dans les taïllis simples , on exploite toujours les arbres de réserve lorsqu'ils passent à l’état de modernes. Dans les taillis composés on laisse sur

TAILLIS. 99 pied un certain nombre de ces modernes, ‘qui. prennent à la fin de la troisième révolution le nom de cadets. Après la quatrième révolution, les cadets deviennent des anciens, et quand ces derniers ont atteint la fin de la cinquième révolution , ils passent à l’état de wieilles-écorces.

En réservant dans les taillis quelques arbres de haute-tige, on a pour but d'obtenir des bois de fort échantillon en même temps que des semences destinées à remplacer les souches qui viennent à dépérir. Les arbres ainsi réservés exercent une influence très-grande sur la végétation du taillis qu'ils couvrent de leur ombre ; trop nombreux ou mal espacés , ils peuvent arrêter complétement la croissance des rejets. Les morts-bois, qui redoutent moins que les autres le manque de lumière, envahissent alors le terrain. Il n’est pas rare de voir des coupes, dans lesquelles on à marqué beaucoup de réserves pour conserver des arbres de prix, ne produire que de Vépine noire, des cornouillers et des bois blancs.

Le choix et la distribution des arbres réservés ont üne très-grande importance pour l'avenir des peuplements; aussi l'opération par laquelle on marque ces réserves doit-elle toujours être faite avec le plus grand soin. Cette opération porte le nom de balivage.

L'exploitation en taillis est un mode tout artificiel,

puisqu'il nécessite l’abatage des brins à des époques déterminées et le remplacement des souches mortes, sans quoi la forêt passerait à l’état de futaie ou irait en s'appauvrissant. Pour qu’elles puissent indéfi niment conserver leur caractère de taillis, les forêts ainsi traitées exigent des soins spéciaux et contimus.

Les essences quirepoussent le mieux de souche sont celles qui doivent être préférées pour la composition des tallis; parmi celles-ci nous citerons d’abord le chène, dont les souches ont une durée très-grande et une grande force de reproduction, puis le charme, l’orme, le frène et les érables. Nous avons vu que les résineux coupés au pied ne produisent pas de rejets; les arbres de cette famille ne sont donc pas propres à être traités en tallis. Le hêtre repousse de souche dans les bons sols et les climats doux. On trouve en Normandie et dans les montagnes du midi de la France de superbes taillis de cette essence, mais dans les régions froides de PEst, sur les terrains maigres, les boutons adventifs rares et peu vigour'eux a beaucoup de peine à percer lécorce dure des hêtres âgés ; pour faciliter l'essor du bourgeon, il est nécessaire, dans ces contrées, que la coupe soit toujours faite dans le jeune bois.

La faculté de repousser de souche dépend nonseutement de l’essence, mais encore de l’âge du sujet

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et du lieu de station. Les Jeunes arbres coupés donnent des rejets nombreux et vigoureux. Cette force de reproduction décroit avec l’âge. Elle est moins orande dans les sols maigres et secs que dans les terrains frais et fertiles, dans les régions froides que dans celles dont le climat est doux.

Il faut éviter de traiter en taillis les forêts situées dans des fonds bas et humides, où les gelées printannières sont fréquentes. Au moment de leur essor, les rejets de souche sont gorgés d’eau et par suite très-sensibles aux changements de température ; leurs tissus ne se solidifient qu'après l'été. S'ils sont surpris par des gelées au mois de mai et de juin, moment -de leur plus actif développement, ils sont infailkblement détruits. Cest une pousse perdue. Quand ces accidents se reproduisent plusieurs fois, le taillis se rabougrit, les cépées s’étalent, beaucoup de souches meurent et 1i se forme à leur place des clairières couvertes de grandes herbes marécageuses qu'il devient très-difficile de faire disparaître. Pour maintenir le régime du tallis dans de pareils terrains, il est indispensable de les assainir de manière à faire écouler les eaux et de faire disparaître avec elles les vapeurs qui occasionnent les gelées. Mais il est, en général, plus facile de substituer au régime du taillis celui de la futaie. Les bourgeons dépourvus de toute enveloppe protectrice qui viennent sut les

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souches sont, en effet, bien plus exposés à la gelée que les boutons écailleux des jeunes plants. Ceuxci sont d’ailleurs moins hâtifs, mieux abrités, ils redoutent done moins les froids tardifs.

On devra aussi, et par les mêmes motifs, renoncer à traiter en taillis les bois situés à de grandes altitudes, car les changements subits qui se produisent dans la température de ces régions mettent, à chaque exploitation, l'existence du peuplement en danver. R |

Les terrains frais et profonds, en plaine ou en coteau, sont ceux qui conviennent le mieux aux taillis ; mais, avec des soins convenables, on peut aussi tirer un bon parti de ceux qui croissent sur des sols peu profonds, pourvu qu’ils ne soient ni trop secs ni trop légers. :

Les bouquets de bois peu importants s’exploitent en une seule fois, quand le tailiis a atteint l’âge où il peut être utilisé avantageusement; mais dès qu’une forêt a une contenance un peu considérable, il est. le l'intérêt du propriétaire de répartir les coupes de manière à obtenir, non plus un revenu intermittent, mais des revenus réguliers à peu près égaux : c’est ce qu'on appelle aménager une forêt.

Aménagement. — L'aménagement des taillis consiste à partager la surface de la forêt en un certain nombre de coupes qui seront exploitées successive-

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ment, à mesure que le peuplement aura atteint l’âge de la révolution.

Lorsque la forêt est assez grande pour qu’on puisse y asseoir autant de coupes qu’il y a d’années dans la’ révolution , l’exploitation sera annuelle; elle sera biennale, triennale, si le nombre des coupes est la moitié, le tiers de celui des années de la révolution. Une forêt aménagée en taillis présente donc toujours une succession de coupes d’âges gradués.

La plus ancienne est garnie de rejets qui ont au-

tant de pousses que la révolution a d'années, la plus jeune porte le recru de l’année.

La première chose à faire quand on veut aména- : ver un bois traité en taillis, c’est de fixer la durée de la révolution. La solution de cette question préliminaire dépend : de la nature du sol, du climat, des essences qui dominent dans le peuplement et surtout des débouchés locaux. Nous indiquerons succinctement les considérations principales d’après lesquelles les propriétaires doivent se guider pour fixer la révolution de leurs bois.

La régénération des taillis étant fondée sur la propriété que possèdent certaines essences de produire des rejets et des drageons, les exploitations doivent être dirigées de manière à obtenir, par ce mode de reproduction, une succession régulière et indéfinie des produits les plus considérables et les plus utiles.

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Les arbres ne se reproduisent pas indéfiniment au moyen des rejets de souche, aussi ne peut-on assurer la perpétuité des taillis qu’en remplaçant, soit par

des repeuplements artificiels, soit par des semis na-

turels produits par les arbres réservés, les souches qui viennent à dépérir. Les rejets, comme les draœeons, ne sont en effet que des tiges nouvelles croissant sur les souches ou les racines d’un arbre qui a une existence limitée, et dont la vitalité s’épuisera d'autant plus vite que des exploitations réitérées viendront plus souvent modifier les conditions normales de sa végétation.

La puissance reproductive des souches s ’affaiblit et disparait dès que les arbres ont atteint un âge qur varie suivant les essences, le sol et le climat; d'autre part, les rejets, produits par des souches exploitées trop souvent sont dépourvus de vigueur: 1l est donc très-important de ne pas attendre pour exploiter les taillis qu'ils soient trop âgés pour se régénérer; il ne l’est pas moins ne ne pas fatiguer les souches par des abatages répétés.

Il y a avantage à exploiter Jeunes certains taillis croissant avec rapidité dans les premières années qui suivent la coupe, et dont la végétation se ralentit ensuite ; 1l sera avantageux, au contraire, de retarder l'exploitation des bois peuplés d’essences dont la végétation, d’abord assez lente, ne commence à

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