CHAPITRE YII
Traitement. ~ Taillis simples et composes. — Réserves.
— Essences propres aux taillis. — Sols et climats. — Aménâoemënt. — Durëe de la révolution. — Assiette de ramënàgement. ' — Division en coupes, immédiate/ successive. ^ Voies de vidange. — Exploitation. — Abatage. — Causes de dépërissement d«s souches, t- Nécessite de couper rez-tronc. •— Exceptions. — Saison de l'abatage. — Façonnage. •— Vidange. 7- Réserves.
— Importance du balivage. — Choix des réserves, baliveaux/modernes, anciens. — Entretien. — Nettoiements. ~ Restauration des taillis ruinés; par semis de pins et de chênes, par plantations. — Cultures bpé- GiALEB, — Furetage -* Sartage. — Ecorcesk tan. — Liège.
Traitement. — On donne le nom de taillis aux forêts dont la régénération est fondée sur la faculté que possèdent les arbres de se reproduire au moyen des rejets de souche et des drageons.
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Ce mode d'exploitation consiste à couper les arbres par le pied et à attendre que les rejets aient acquis des dimensions convenables, pour les couper à leur tour. L'intervalle de temps qui s'écoule d'une exploitation à l'autre s'appelle révolution.
La durée de la révolution est donc égale à l'âge des rejets au moment où ils doivent être abattus. Fixer la révolution d'une forêt traitée en taillis, c'est déterminer l'âge où il convient de l'exploiter.
Quand on coupe les taillis à hlanc-étoCy c'est-àdire sans laisser sur pied aucun sujet, on dit que le taillis est simple. On donne la même dénomination aux taillis dans lesquels on réserve, à chaque coupe, un certain nombre d'arbres qui ne seront abattus qu'à la fin de la deuxième révolution, c'està-dire lorsqu'ils auront un âge double de celui du taillis.
On appelle taillis composés ou sous-futaie ceux dans lesquels on réserve, lors des exploitations, des arbres qui doivent être -maintenus sur pied pendant deux, trois, quatre révolutions et plus.
Les brins de l'âge du taillis qu*on réserve lors des exploitations prennent le nom de baliveaux. A la fin de la seconde révolution ils deviennent des modernes. Dans les taillis simples, on exploite toujours les arbres de réserve lorsqu'ils passent à l'état de modernes. Dans les taillis composés on laisse sur
pied un certain nombre de ces modernes, ctui prennent à la fin de la troisième révolution le nom à^e cadets. Après la quatrième révolution, les cadets deviennent des anciens ^ et quand ces derniers ont atteint la fin de la cinquième révolution, ils passent à l'état de vieiWes-écorces.
En réservant dans les taillis quelques arbres de haute-tige, on a pour but d'obtenir des bois de fort échantillon en même temps que des semences destinées à remplacer les souches qui viennent à dépérir. Les arbres ainsi réservés exercent une influence très grande sur la végétation du taillis qu'ils couvrent de leur ombre ; trop nombreux ou mal espacés, ils peuvent arrêter complètement la croissance des rejets. Les morts-bois, qui redoutent moins que les autres le manque de lumière, envahissent alors le terrain. Il n'est pas rare de voir des coupes, dans lesquelles on a marqué beaucoup de réserves pour conserver des arbres de prix, ne produire que de l'épine noire, des cornouillers et des bois blancs.
Le choix et la distribution des arbres réservés ont une très grande importance pour l'avenir des peuplements ; aussi l'opération par laquelle on marque ces réserves doit-elle toujours être faite avec le plus grand soin. Cette opération porte le nom de hali' vage.
L'exploitation en taillis est un mode tout artificiel,
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puisqu'il nécessite l'abatage des brins à des époques déterminées et le remplacement des souches mortes, sans quoi la forêt passerait à l'état de futaie ou irait en s'appauvrissant. Pour qu'elles puissent indéfiniment conserver leur caractère de taillis, les forêts ainsi traitées exigent des soins spéciaux et continus.
Les essences qui repoussent le mieux de souche sont celles qui doivent être préférées pour la composition des taillis; parmi celles-ci nous citerons d'abord le chêne, dont les souches ont uiie durée très grande et une grande force de reproduction, puis le charme, l'orme, le frêne et les érables. Nous avons vu que les résineux coupés au pied ne produisent pas de rejets; les arbres de cette famille né sont donc pas propres à être traités en taillis. Le hêtre repousse de souche dans les bons sols et les climats doux. On trouve en Normandie et dans les montagnes du midi de la France de superbes taillis de cette essence, mais dans les régions froides de l'Est, sur les terrains maigres, les boutons adventifs rares et peu vigoureux ont beaucoup de peine à percer l'écdrce dure des hêtres âgés ; pour faciliter l'essor du bourgeon, il est nécessaire, dans ces contrées, que la côupè soit toujours faite dans le jeune bois,
La faculté de repousser de souche dépend Yioti seulement de l'essence, mais encore de l'âgé du sujet
et du lieu de station. Les jeunes arbres coupés donnent des rejets nombreux et vigoureux. Cette force de reproduction décroît avec l'âge. Elle est moins grande dans les sols maigres et secs que dans les terrains frais et fertiles, dans les régions froides que dans celles dont le climat est doux.
Il faut éviter de traiter en taillis les forêts situées dans des fonds bas et humides, où les gelées printanières sont fréquentes. Au moment de leur essor, les rejets de souche sont gorgés d'eau et par suite très sensibles aux changements de température ; leurs tissus ne se solidifient qu'après l'été. S'ils sont surpris par des gelées aux mois de mai ou de juin, moment de leur plus actif développement, ils sont infailliblement détruits. C'est une pousse perdue. Quand ces accidents se reproduisent plusieurs fois, le taillis se rabougrit, les cépées s'étalent^ beaucoup de souches meurent et il se forme à leur place des clairières couvertes de grandes herbes marécageuses qu'il devient très difficile de faire disparaître. Pour maintenir le régime du taillis dans de pareils terrains, il est indispensable de les assainir de manière à faire écouler les eaux et à faire disparaître avec elles les vapeurs qui occasionnent les gelées. Mais il est, en général, plus facile de substituer au régime du taillis celui dé la futaie. Les bourgeons dépourvus de toute enveloppe protectrice qui viennent sur les
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souches sont, en effet, bien plus exposés à la gelée que les boutons écailleux des jeunes plants. Ceuxci sont d'ailleurs moins hâtifs, mieux abrités, ils redoutent donc moins les froids tardifs.
On devra aussi^ et par les mêmes motifs, renoncer à traiter en taillis les bois situés à de grandes altitudes, car les changements subits qui se produisent dans la température de ces régions mettent, à chaque exploitation, l'existence du peuplement en danger.
Les terrains frais et profonds, en plaine ou en coteau, sont ceux qui conviennent le mieux aux taillis; mais, avec des soins convenables, on peut aussi tirer un bon parti de ceux qui croissent sur des sols peu profonds, pourvu qu'ils ne soient ni trop secs ni trop légers.
Les bouquets de bois peu importants ^'exploitent en une seule fois, quand le taillis a atteint l'âge où il peut êtr^ utilisé avantageusement ; mais dès qu'une forêt a une contenance un peu considérable, il est de l'intérêt du propriétaire de répartir les coupes de manière à obtenir, non plus un revenu intermittent, mais des revenus réguliers à peu près égaux : c'est ce qu'on appelle aménager une forêt.
Aménagement. — L'aménagement des taillis consiste à partager la surface de la forêt en un certain nombre de coupes qui seront exploitées successive-
ment, à mesure que le peuplement aura atteint Tâge 4e la révolution.
Lorsque la forêt est assez grande pour qu'on puisse y asseoir autant de coupes qu'il y a d'années dans la révolution, l'exploitation sera annuelle; elle sera biennale, triennale, si le nombre des coupes est la moitié, le tiers de celui des années de la révolution. Une forêt aménagée en taillis présente donc toujours une succession de coupes d'âges gradués. La plus ancienne est garnie de rejets qui ont autant de pousses que la révolution a d'années, la plus jeune porte le recru de l'année.
La première chose à faire quand on veut aménager un bois traité en taillis, c'est de fixer la durée de la révolution. La solution de cette question préliminaire dépend : de la nature du sol, du climat, des essences qui dominent dans le peuplement et surtout des débouchés locaux. Nous indiquerons succincte r ment les considérations principales d'après lesquelles les propriétaires doivent se guider pour fixer la révolution de leurs bois.
La régénération des taillis étant fondée sur la propriété que possèdent certaines essences de produire des rejets et des drageons, les exploitations doivent ôtre dirigées de manière à obtenir, par ce mode de reproduction, une succession régulière et indéfinie des produits les plus considérables et les plus utiles^
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Les arbres ne se reproduisent pas indéfiniment au moyen des rejets de souche, aussi ne peut-on assurer la perpétuité des taillis qu'en remplaçant, soit par des repeuplements artificiels, soit par des semis naturels produits par les arbres réservés, les souches qui viennent à dépérir. Les rejets, comme les drageons, ne sont en effet que des tiges nouvelles croissant sur les souches ou les racines d'un arbre qui a une existence limitée, et dont la vitalité s'épuisera d'autant plus vite que des exploitations réitérées viendront plus souvent modifier les conditions normales de sa végétation.
La puissance reproductive des souches s'affaiblit et disparaît dès que les arbres ont atteint un âge qui varie suivant les essences, le sol et le climat; d'autre part, les rejets produits par des souches exploitées trop souvent sont dépourvus de vigueur: il est donc très important de ne pas attendre pour exploiter les taillis qu'ils soient trop âgés pour se régénérer; il ne l'est pas moins de ne pas fatiguer les souches par des abatages répétés.
Il y a avantage à exploiter jeunes certains taillis croissant avec rapidité dans les premières années qui suivent la coupe, et dont la végétation se ralentit ensuite ; il sera avantageux, au contraire, de retarder l'exploitation des bois peuplés d'essences dont la végétation, d'abord assez lente, ne commence à
s'activer qu'au bout d'un certain nombre d'années.
Dans les sols fertiles on peut prolonger la durée des révolutions, parce que les brins de taillis y prennent une grande hauteur. On rapprochera au contraire les coupes dans les forêts dont le sol est maigre et peu profond, parce qu'au bout de peu d'années la croissance des taillis situés dans de pareils terrains se ralentit sensiblement.
Enfin, la durée de la révolution dépend encore de la nature des produits que. la forêt est destinée à fournir.
On coupe les taillis jeunes quand les bourrées, le menu fagotagë, sont d'un débit avantageux, quand on trouve à utiliser les brins à la confection de cercles, de rouettes, d'articles de vannerie, marchandises qui, lorsqu'elles ont un débouché facile, donnent aux jeunes bois une valeur supérieure à celle qu'ils acquerraient en prenant plus d'accroissement.
On retardera au contraire l'exploitation des taillis qui doivent produire des bois de feu, des perches, de la menue charpente.
Les révolutions généralement adoptées sont pour les essences dures, telles que : chêne, charme, hêtre, etc., celles de 25 à 40 ans, lorsque les bois sont situés dans de bons sols. On ne dépasse pas la limite de 40 ans, mais on réduit la révolution à
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20 ans, et même au-dessous lorsque le sol est de qualité médiocre.
Les révolutions de 15 à 25 ans sont préférées pour les aunes, bouleaux, trembles et les taillis mélangés d'érables, de frênes et de fruitiers, tels que sorbiers, merisiers, pommiers.
Enfin on exploite à 8, 10 et 15 ans les taillis de châtaigniers spécialement traités pour la confection des échalas et des cercles, ceux où dominent les saules, les coudriers, cornouillers et autres morts bois à croissance rapide.
Les révolutions des taillis simples sont ordinairement courtes; elles ne dépassent guère 20 ans. En général, on n'applique ce mode de traitement qu'aux forêts dont le sol médiocre est peuplé d'essences inférieures, et où les arbres de réserve ne sont pas susceptibles d'acquérir de belles dimensions.
Cependant on exploite aussi en taillis simple le chêne, le châtaignier, le micocoulier croissant dans de bons sols, quand l'écorce des jeunes taillis de chêne, les cercles fabriqués avec le châtaignier, les fourches et les manches de fouets confectionnés avec les brins de micocoulier ont un prix élevé qui ren dent ce mode d'exploitation préférable à tout autre. Mais le propriétaire qui ne s'adonne pas à ces productions spéciales, devra maintenir des réserves dans ses bois, toutes les fois que le sol sera assez
profond pour qu'elles puissent prospérer jusqu'à l'âge où elles donneront des semences.
Quand on est fixé sur la durée de la révolution et, par conséquent, sur le nombre des coupes, il ne reste plus qii'à les asseoir sur le terrain et à marquer leurs limites par des signes fixes. C'est ce qui constitue l'aménagement proprement dit.
Cette opération exige l'intervention d'un arpenteur, qui lève le plan du bois, en mesure la surface et la partage en coupes d'égale contenance. Chaque coupe est ensuite assise et délimitée soit par des bornes, soit par des fossés d'angle.
11 n'y a pas à faire chaque année l'arpentage de la coupe à exploiter dans les bois ainsi aménagés, puisque la contenance de toutes les coupes a été calculée en une seule fois.
- Les propriétaires qui ne veulent pas faire d'un seul coup lès frais d'un aménagement complet, peuvent arriver à régler en plusieurs années l'exploitation de bois peu étendus, d'une manière suffisamment exacte, en adoptant la marche suivante : ils prendront sur les plans cadastraux un calque du bois à aménager; ils diviseront la surface totale par le nombre d'années de la révolution pour obtenir la contenance de la coupe annuelle^ puis ils marqueron approximativement^ sur le' plan extrait du cadastre, la place que doit occuper chacune des coupes, en
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commençant par les bois les plus âgés. Si là conformation du terrain le permet, ils traceront sur ce plan une laie sommière pouvant servir de voie de vidange sur laquelle s'appuieront toutes les coupes.
Quand ce croquis de la marche de Texploitalion est fait, il ne reste plus qu'à le suivre fidèlement. Chaque année, lors de l'arpentage, on assoira la coupe dans l'ordre qui lui est assigné. Après l'exploitation on fera ouvrir des fossés-bornes, et au bout de la révolution on aura une série de coupes bien assises et dont la contenance sera à peu près égale.
Supposons, pour fixer les idées au moyen d'un exemple, que le cadastre ait donné le pourtour du bois dessiné dans la figure ci-jointe, et qu'il lui assigne une contenance de 120 hectares. Si nous voulons aménager ce bois en taillis à la révolution de 20 ans, chaque coupe devra avoir pour contenance la 20« partie de 120 hectares, soit 6 hectares. Il s'agit d'asseoir sur le terrain ces 20 coupes. Nous supposons que le bois à aménager occupe les deux versants d'une vallée dont le fond est parcouru par un sentier tortueux, mais susceptible d'être transformé en voie de vidange, partout praticable aux voitures chargées. Nous tracerons sur le plan une laie sommière suivant à peu près la direction du sentier, puis nous calculerons la contenance de chacune des parties du bois situées à l'est et à l'ouest de
cette ligne. Supposons que la première ait GS^â^lO et la seconde 56^^,90 ; en divisant ces chiffres par celui
bfi
Un
qui représente la contenance de la coupe annuelle,
nous
63,10 ,^ ,56,90 ^ ,^ ^ avons -^2— = 10^51 et -^^ = 9,48. Ce
nous indique]qu'il y a à Test la contenance de 10 cou-
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pes plus 0,51 de la contenance d'une coupe,' et à l'ouest 9 coupes 0,48. Ce qui revient à peu de chose près à 11 coupes d'un côté et 9 de l'autre. Divisant donc 63,10 par 11, nous aurons la contenance des coupes à asseoir à Test de la ligne, et 56,90 divisé par 9, nous donne la contenance des coupes du versant à l'ouest. Il ne nous restera plus qu'à asseoir chaque année la coupe à exploiter d'après le croquis pour arriver à un aménagement réglé.
Le point capital dans l'aménagement est d'avoir un bon système de vidange ; des produits aussi encombrants que les bois n'ont de valeur qu'autant que les moyens de transport sont économiques. Il faut donc avant tout organiser le plan d'exploitation de telle sorte que chaque coupe ait une sortie facile sur un chemin praticable.
Les arpenteurs sacrifient souvent cet intérêt de premier ordre, pour avoir des coupes de forme régulière et des lignes sommières bien droites. Leurs plans sont très clairs et l'aménagement paraît simple, mais quand on va sur le terrain, on voit que ces belles lignes droites escaladent les montagnes et sont impraticables aux voitures. Les propriétaires qui ne veulent pas sillonner leur bois de percées inutiles, prendront, autant que possible, pour laies sommières les chemins de vidange; et si ces chemins ne peuvent servir de laies sommières, à raison de la configuration
du terrain, les lignes de division qu'on établira ne devront avoir que la largeur nécessaire pour les bien fixer. Il est en effet inutile d'ouvrir sur 4 ou 5 mètres de largeur des lignes qui n'ont d'autre utilité que de séparer les coupes. Les lignes de division des coupes ont ordinairement 1 mètre de largeur. Après chaque exploitation on relève les bornes, l'on cure à vif les sauts de chèvre qui servent à déterminer d'une manière immuable la direction des lignes, et l'aménagement par ces soins est indéfiniment conservé.
Exploitation. — La durée des souches et la vigueur des cépées dépendent en grande partie de la manière dont l'abatage est opéré.
Les bourgeons qui produisent les rejets se forment sur le pourtour de la souche, entre l'écorce et le bois; si l'écorce est détachée, ils ne peuvent venir. Il faut donc avoir soin de ne pas soulever l'écorce de la souche ; pour cela l'abatage doit être fait avec des instruments bien tranchants et l'entaille dirigée de bas en haut, car la coupe oblique de haut en bas fait éclater le bois et déchire l'écorce. Quelque soin que prenne le bûcheron, il se produit toujours des éclats et des déchirures; pour y remédier, il faut parer la section en retaillant la souche des bords au milieu de manière à lui donner une forme bombée.
La cQupe devra être franche et nette pour que
Teau ne pénètre pas dans les cavités que présenterait une surface creuse et inégale. Les brins les plus faibles seront coupés à la serpe et de bas en haut^ en flûte ; les vieux élocs seront ravalés aussi bas que possible.
Le séjour de l'eau sur les souches est la principale cause de leur dépérissement. L'abatage mettant à nu les tissus intérieurs du tronc, les expose à des influences contre lesquelles ils ne sont pas prémunis. La zone de bois parfait qui entoure le canal médullaire n'ayant plus qu'une faible vitalité, est d'abord attaquée parla pourriture résultant de l'introduction des eaux qui pénètrent dans les tissus par la section. On voit alors la souche se creuser au centre, la pourriture s'étendre peu à peu à toutes les couches de vieux bois, gagner les racines et finir par amener la mort de la souche, malgré la surexcitation de vitalité qu'imprime aux couches externes Tactive croissance des rejets.
On ne doit pas craindre de couper rez-terre, si ce n'est dans les sols bas et humides.
Les souches qui paraissaient à fleur de terre au moment de l'abatage, se trouvent, après quelque temps, élevées de plusieurs centimètres au-dessus du sol, qui se tasse et se dénude lorsqu'il est exposé aux influences du soleil, de la gelée et des vents.
Les rejets qui viennent sur des étocs coupés trop
haut ne prennent pas de pied et n'ont par la suite aucune solidité. Ceux qui poussent au niveau du sol s'écartent peu à peu, il se développe à leur base des racines qui se relient directement à leurs tiges ; ils acquièrent ainsi une existence propre et deviennent presque indépendants de la souche mère, qui peut disparaître sans entraîner leur perte. La vie des jets qui ont crû sur des étocs élevés est au contraire toujours subordonnée à celle de la souche. Il y a donc tout avantage à adopter un mode d'abatage qui assure une durée presque indéfinie aux taillis. Malgré ses avantages, la coupe rez-terre ne peut être pratiquée partout. Dans les bois mouilleux, où Teau couvre le pied des arbres au printemps^ les souches ne produiraient pas de rejets, et seraient exposées à périr si leur section se trouvait au-dessous du niveau de Teau. Dans les sols ainsi exposés aux inondations, il faut -donc conserver des souches plus hautes que dans les terrains secs.
Les chênes verts ou yeuses des climats méridionaux, qui croissent ordinairement sur des collines calcaires très arides, demandent à être exploités entre deux terres ; il en est de même des essences qui drageonnent facilement.
Les hêtres, au contraire, paraissent donner plus aisément des rejets, lorsque l'on tranche dans le jeune bois. Cette essence repousse difficilement de
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souche dans certaines régions de la France, et lorsqu'on la traite en taillis, il faut avoir égard aux ha* bitudes locales, sous peine de compromettre la régénération. — La conservation des brins traînants qui entretiennent le mouvement de la végétation paraît favoriser la production des rejets; il est certain que dans certaines contrées, le Morvan par exemple, des souches de hêtres âgées de plusieurs siècles conservent encore toute leur vitalité, grâce à un mode d'exploitation qui consiste à ne jamais les dépouiller complètement des rejets, et à toujours couper audessus du nœud de l'exploitation précédente.
Il est convenable d'ajouter que ce mode, plus propre à créer des haies et des bordures de champs que de véritables taillis, produit des souches énormes, s' élevant à chaque exploitation et qui finissent par prendre l'apparence de masses rocailleuses sur lesquelles sont implantés des rejets vigoureux quoique d'âges très divers.
L'abatage se fait ordinairement après la chute des feuilles et avant la saison où la sève se met en mouvement. L'époque la plus favorable est la fin de l'hiver, car les souches n'ont pas à redouter alors les gelées, qui les font gercer et qui détruisent l'adhérence de l'écorce. Il y a un moyen très efficace et très simple de préserver les souches de cette cause de destruction, c'est de les recouvrir de feuilles
mortes et de terre aussitôt après l'abatage. — Il faut éviter d'exploiter par les fortes gelées ; les bûcherons profiteront des moments de grands froids pour façonner les bois abattus.
Il est important de ne pas retarder l'exploitation jusqu'à l'époque où. la sève est en mouvement. Si cependant les bois sont destinés à être écorcés, il est indispensable d'attendre la montée de la sève : c'est une des conditions de ce mode d'exploitation ; mais alors on devra obliger les exploitants à abattre les bois au fur et à mesure de l'écorçage, ou mieux encore à n'écorcer que des bois abattus. Dans certaines contrées, les brins écorcés sur pied ne sont abattus qu'à l'automne qui suit l'écorçage, c'est une méthode des plus vicieuses. Malgré l'enlèvement de Técorce sur la tige et les grosses branches, les bourgeons des rameaux se développent, les feuilles s'étalent; mais la sève qu'elles élaborent ne peut se transformer en cambium, puisque l'enlèvement de l'écorce a fait disparaître le liber, elle se perd donc par évaporation. Les racines, ne recevant pas de sève descendante, ne peuvent s'allonger, les matières nutritives qu'elles contenaient s'épuisent, et la souche perd ainsi toute sa puissance reproductive.
Dans les bois soumis au régime forestier, l'abatage doit être terminé le 15 avril et le façonnage des ramiers le l®»" juin suivant; ces limites ne
devraient jamais être dépassées, on les réduira même autant que possible dans les pays où la végétation est précoce.
Le façonnage et le transport à travers la coupe, lorsque les rejets apparaissent, occasionnent la perte de beaucoup d'entre eux. Ces jeunes brins sont tendres et cassants ; le passage des ouvriers, le transport des ramiers en détruisent une grande quantité. Les retards apportés au façonnage ont des conséquences plus graves qu'on ne le croit généralement. La perte ne se borne pas à une année de croissance, car les rejets ainsi détruits ne sont souvent pas remplacés. L'herbe qui envahit les coupes après l'exploitation étouffe souvent les rejets qui n'ont pas pris un certain développement à la première feuille.
La vidange s'effectue pendant l'été et l'automne de l'année de l'exploitation ; dans les bois soumis au régime forestier, elle doit être terminée au 15 avril de l'année suivante. Les facilités plus grandes que les propriétaires accordent sont très nuisibles au bon état des taillis.
Le transport des bois se fera autant que possible par les temps secs ou les fortes. gelées, ce sont les moments les plus favorables pour les voituriers, ce sont aussi ceux où les chemins ont le moins à souffrir du passage des voitures.
Dans les pays où les traîneaux peuvent être em-
ployés, il sera très avantageux et très économique de profiter des temps de neige pour enlever les bois à l'aide de ce moyen de transport.
En définissant l'opération qui porte le nom de balivage^ nous en avons signalé l'importance. C'est, en effet, de la manière dont on procède à la marque des réserves que dépendent le bon état et la richesse d'un taillis sous futaie.
Un balivage bien fait doit tendre a conserver toujours la valeur de la futaie sans diminuer celle du taillis. Ce but est difficile à atteindre. La physiologie végétale nous apprend, en effet, que tout obstacle apporté à l'accès de la lumière est une cause de ralentissement de la végétation. Les arbres réservés sur les taillis doivent donc arrêter sa croissance. D'un autre côté, si l'on tient à ne pas diminuer la richesse d'un peuplement, il faut toujours réserver des baliveaux, des modernes et même des anciens en assez grand nombre pour remplacer ceux qui sont abattus à chaque exploitation. Yoici les règles indiquées par la théorie et confirmées par l'expérience, qui permettent de satisfaire à peu près à ces deux exigences contraires.
Choisir autant que possible les baliveaux parmi les brins de semence, sans exclure les rejets de souche qui ont le pied sain. Ne marquer que des sujets dont la tête est vive et bien venante. Plus un arbre est
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élancé, moins il est nuisible à ceux qu'il domine. On devra néanmoins ne pas réserver des brins trop grêles, car ils se courbent et se brisent lorsqu'ils se trouvent isolés. On préférera les essences qui donnent un couvert léger, comme le chêne, le frêne, le bouleau, sans exclure cependant les hêtres et autres arbres à couvert épais ; mais on évitera de réserver les trembles, les bois blancs, qui donnent des semences légères, abondantes et d'une reproduction si facile que les taillis seraient bientôt envahis par les nombreux semis de ces essences de qualité inférieure. Dans les taillis de chêne, on pourra réserver, au besoin, quelques pins destinés à servir de porte-graines pour propager cette essence dans les clairières.
Les modernes devront être marqués parmi les baliveaux les mieux venants et les plus élancés des essences à couvert léger. On exclura de cette catégorie de réserves ceux des arbres conservés dans les exploitations précédentes qui donnent des marques de dépérissement, ainsi que ceux qui s'étalent et écrasent le taillis.
Les anciens seront choisis parmi les modernes les plus beaux. On évitera en général de marquer comme anciens les charmes et les hêtres, qui donnent un couvert trop compact. A l'état de baliveaux ou de modernes, ces arbres ont pu être réservés sans
nuire à la croissance du taillis^ mais lorsqu'ils ont acquis un grand développement, ils arrêtent sa végétation sur toute la surface qu'ils recouvrent do leurs branches.
Les réserves devront toujours être espacées de manière à ne donner en aucun point un couvert trop épais; on les espacera d'autant plus qu'elles seront plus touffues. Si le sol ofTre des pentes prononcées^ la réserve sera moins abondante que dans les terrains plats. Elle sera plus serrée si l'exposition est chaude, et si le sol léger demande à être abrité.
La réserve doit être plus serrée sur les lisières que dans l'intérieur du bois. Les arbres qui croissent en bordure reçoivent plus de lumière et prennent plus de développement que ceux qui viennent dans le milieu des massifs. Ils protègent d'ailleurs le recru contre les intempéries.
Dans les sols fertiles, où le taillis a une rapide croissance , on peut d'autant mieux multiplier le nombre des modernes et des anciens que ces arbres, ayant une grande hauteur, gêneront moins le développement du sous-bois.
Dans les terrains maigres et secs exposés au midi on marquera au contraire beaucoup de baliveaux^ xnais l'on conservera peu de modernes et encore moins d'anciens, parce que ces arbres ne prenant
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pas de hauteur^ la valeur qu'ils acquièrent en res* tant sur pied ne compense pas celle qu'ils font perdre au taillis.
Entretien des Taillis. — Les grands taillis et surtout ceux qui doivent être écorcés gagnent beaucoup s'ils sont nettoyés. Dans ces nettoiements on enlève les épines, les morts-bois et les brins traînants ; on ébranche les perches de chaque cépée de manière à favoriser leur croissance en hauteur; on extrait les bois blancs s'ils sont en trop grand nombre. Ces opérations s'effectuent vers les deux tiers de la révolution. On avance ou on retarde le nettoiement suivant la vigueur de la végétation et la valeur des produits qu'on en pourra obtenir.
Les taillis de chêne situés sur des sols maigres et sans profondeur, comme on en rencontre tant dans les montagnes granitiques, deviennent souvent très clairs. Lorsque ces bois ont été soumis à des exploi* tations réitérées et parcourus par les bestiaux, ils s'appauvrissent, la bruyère les envahit et les repeuplements par voie de semis naturels n'y réussissent plus. Les vieilles souches meurent alors les unes après les autres, et comme elles ne sont pas remplacées, le bois finit par ne plus se composer que de cépées éparses au milieu de clairières couvertes de bruyères, d'ajoncs ou de genêts.
Ces taillis clairières occupent en France de vastes
étendues; ils 'témoignent de l'incurie de leurs possesseurs et de la négligence des personnes préposées à leur surveillance. Il n'est pas facile de restaurer des bois arrivés à cet état. Le premier soin à prendre, c'est de supprimer la cause première de l'appauvrissement du sol, le pâturage. Si cette suppression ne peut se faire en une année^ on se bornera à mettre en défens les coupes au fur et à mesure de leur exploitation; mais on ne permettra pas aux troupeaux d'y rentrer plus tard. On s'occupera ensuite de regarnir les vides.
Il paratt tout naturel de prendre pour cela des plants ou des graines de l'essence qui forme les taillis, et de s'en servir pour reboiser les clairières. Ce procédé n'est cependant ni le plus simple ni le plus économique. Dans les sols appauvris^ comme ceux dont il s'agit, les plantations d'essences feuillues réussissent mal, et les semis sont étouffés par la bruyère.
Le seul moyen qui ait presque constamment élé suivi de succès consiste à adjoindre aux chênes des pins, dont le couvert fait disparaître la bruyère, et dont les aiguilles fertilisent le sol appauvri. Voici comment on procède à celte opération : à l'automne qui suit la vidange de la coupe à regarnir, alors que tous les bois ont été enlevés et que le sol est encore sillonné par les ornières des voitures employées à la
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vidange, on ouvre, dans toutes les parties clairiérées, des potets séparés l'un de l'autre par un intervalle de 1"*,50 dans un sens et de 2 mètres dans l'autre. La dimension des potets sera déterminée par l'âge des plants qu'on aura à sa disposition. Au commen* cernent du printemps, on plantera dans ces potets des pins de 2 à 3 ans, extraits de pépinières et soigneusement tenus à l'abri du soleil. Si l'on a eu la précaution d'établir à portée une pépinière volante d'où Ton puisse extraire les plants en mottes, le succès sera presque assuré.
En même temps que l'on plante les pins dans les trous préparés à l'avance, un ouvrier muni d'une pioche et d'une gibecière pleine de glands sèmera, au milieu de l'intervalle de 2 mètres qui sépare les lignes des plantations, une ligne de glands espacés de ln»,50. On ne fait pas préparer à l'avance les trous destinés à recevoir les glands, parce qu'ils se remplissent souvent d'eau qui fait pourrir le germe. Il suffit d'ailleurs de deux ou trois coups de pioche pour bien ameublir la terre dans laquelle on place les glands.
Il vaut mieux semer au commencement du printemps qu'au commencement de l'hiver. A la vérité, on a l'embarras de conserver les glands pendant trois mois ; mais comme ils germent peu de temps après le semis, ils ne courent pas autant de risques
d'être mangés par les mulots et les sangliers que lorsqu'ils passent cinq mois en terre. Au mois de juin, après les pluies du solstice, il est très utile de faire donner un binage aux plantations pour dégager les jeunes plantes des herbes qui pourraient les gêner. On répétera cette opération au commencement de l'automne, époque où l'on remplacera les plants manquants.
L'année suivante on binera de nouveau la plantation à la fin du printemps et de Tété; l'on pourra ensuite se dispenser de tout autre travail d'entretien. Si l'opération a été bien faite, et si d'ailleurs les accidents météoriques n'en ont pas compromis le succès, les pins doivent être assez vigoureux pour lutter contre la bruyère, qu'ils finiront bientôt par dominer. La végétation des chênes restera assez languissante tant que les pins seront petits; mais aussitôt que ceux-ci commenceront à s'élever, les chênes entreront en lutte avec eux et ne se laisseront pas dominer. A la révolution suivante, on pratiquera dans les pins une forte éclaircie, afin de laisser les chênes prendre le dessus, et, plus tard^ on pourra reprendre l'exploitation en taillis, avec la précaution de garder comme réserves quelques pins destinés à donner des semences.
Ces repeuplements continués après la vidange de chaque coupe feront peu à peu disparaître tous les
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vides. Les cépées anciennes prendront une nouvelle vigueur, et la bruyère sera partout chassée par le pin qui couvrira bientôt le sol de son ombre et de ses aiguilles.
L'espèce de pin à employer comme essence accessoire pour la restauration des taillis dégradés variera suivant la région et la nature du terrain. Dans les plaines de l'ouest et sud-ouest de la France^ on pourra se servir de pin maritime ; mais lorsqu'on avance vers l'est et qu'on s'élève dans les montagnes, cette essence doit être remplacée par les pins sylvestres et d'Autriche. On préférera ce dernier pour les repeuplements à faire dans les terrains calcaires. Quant au sylvestre, il sera toujours employé avec grand succès dans les terrains siliceux et surtout dans les granits, pour lesquels il paraît avoir une prédilection marquée.
Dans tout ce qui précède, il n'a été question que de la restauration des taillis de chêne dans les terrains pauvres. Certains taillis de bois durs, situés dans des terres argileuses, fortes et de bonne qualité, présentent bien souvent aussi de vastes clairières. Cet état est souvent dû au pâturage, qui détruit les semis à mesure qu'ils se produisent. Dans ces conditions, il suffit le plus souvent de mettre le bois en défens pour voir les vides se repeupler naturellement. Ils se garnissent d'abord de morts -bois, tels
qu'épines noires et blanches, marceaux, viornes, cornouillers, puis, au bout de quelques années, on voit surgir des chênes, qui, après avoir longtemps langui sous le couvert épais de ces broussailles, finissent par prendre le dessus. On facilite la croissance des chênes en étètant les morts-bois qui les entourent. Il faut se garder de les couper par le pied, car ils n'en prendraient que plus de vigueur.
Quand le chêne a disparu du peuplement, on l'y introduit de nouveau au moyen de plantations par placeaux faites après la vidange. On appelle placeau un cercle d'un mètre environ de rayon qu'on cultive soigneusement, et dans lequel on plante trois ou quatre brins de chêne. Les placeaux sont épars dans la coupe, mais l'on a soin de ne pas les mettre sous le couvert des réserves; ils sont pioches deux fois par an ; les fourneaux à charbon font de très bons placeaux.
Cultures spéciales. — On désigne sous le nom de furetage réglé un mode de traitement qui consiste à enlever sur chaque cépée les brins les plus gros, en réservant les autres pour être coupés aux exploitations suivantes. Ce système n'est guère appliqué qu'aux taillis de hêtre, dans les montagnes du Morvan et du Rouergue. Il offre cet avantage de ne pas dénuder le sol, et de maintenir l'activité de la végétation dans les souches de hêtre, qui perdent
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souvent la faculté de produire des rejets lorsqu'elles sont coupées à blanc étoc.
Pour régulariser le furetage, on partage la révolution en deux ou trois périodes^ pendant chacune desquelles les exploitations parcourent toute la forêt. Si, par exemple, la révolution est de 30 ans, on la partagera en trois périodes de .40 ans et on divisera la forêt en 40 coupes ; dans chaque coupe on ne prendra que le tiers des brins, en choisissant les plus âgés de manière qu'il reste sur chaque cépée des brins de 40 et de 20 ans; à la coupe suivante, qui revient 40 ans après, les brins qui avaient 20 ans en ont 30, ceux de 40 en ont 20 et les jeunes rejets remplacent les brins de 4 à 40 ans. Par ce procédé on assure la perpétuité du taillis, mais à condition toutefois de remplacer par des plantations les souches qui meurent.
Si l'on néglige ce soin, il ne tarde pas à se former des clairières, car les faînes produites par des brins de 30 ans sont trop rarement fertiles pour pouvoir assurer un repeuplement naturel efficace.
— Le sartage est un mode d'exploitation à la fois forestière et agricole qui consiste à couper les taillis à blanc étoc, à brûler les bruyères et les branchages et à ensemencer en céréales le sol ainsi écobué. Ce système de culture n'est guère usité qu'en Ardenne. Il permet aux populations de celte contrée d'obtenir
sans engrais et presque sans culture les grains dont elles se nourrissent ; il active la végétation du chêne qui forme le peuplement des taillis sartés, et permet d'en tirer d'excellentes écorces. Le sartage se fait à feu couvert ou à feu courant.
Pour essarter a feu courant, on pèle le sol à la houe sur une épaisseur de 10 centimètres, et l'on forme, avec les mottes de terre et de gazon, des fourneaux qu'on allume dès qu'ils sont suffisamment desséchés. Le feu dure plusieurs jours. Quand les cendres sont refroidies, on les répand sur toute la coupe.
On pratique le sartage à feu courant en brûlant sur le parterre même de la coupe toutes les menues branches qu'on y a laissées sécher jusqu'au mois de septembre. On allume ces branchages, en prenant la précaution de garantir les taillis voisins par une bande gazonnée d'environ 20 mètres de largeur. Pendant la durée de la combustion, des hommes placés sur cette bande gazonnée empêchent Je feu de la franchir.
Lorsque les cendres produites par la combustion des fourneaux ou des ramilles ont été répandues sur la coupe, on donne une culture à la houe et l'on sème du seigle.
Le sartage à feu couvert est plus nuisible que celui à feu courant. Le feu courant effleure seule-
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ment les souches, et ne les empêche pas de produire l'année suivante de vigoureux rejets. L'enlèvement de toute la couche superficielle du sol^ pour former les fourneaux, amène la destruction de l'humus, et, par suite, l'appauvrissement du terrain. On atténue les inconvénients de ce mode en formant les fourneaux avec les herbes, la mousse et les gazons^ sans enlever des mottes de 10 centimètres d'épaisseur, comme cela se fait ordinairement. Les fourneaux faits ainsi brûlent vite, produisent une cendre fertilisante, et leur confection n'entraîne pas la destruction de toute la couche d'humus.
Les taillis soumis au sartage s'exploitent ordinairement sans réserves. Leur régénération ne peut donc se faire que par des repeuplements artificiels.
On emploie au tannage des cuirs l'écorce de beaucoup d'espèces d'arbres; mais, en France, on ne se sert guère, pour cet usage , que de l'écorce du chêne.
Les meilleures écorces sont minces, blanches et fermes. Celles qui proviennent de taillis de 12 à 20 ans sont les plus estimées.
L'exploitation des taillis destinés à être écorcés ne peut se faire qu'en temps de sève, c'est-à-dire depuis le moment où le bourgeon s'entr'ouvre jusqu'à celui où la feuille développée commence à prendre de la consistance L'écorcement est d'au-
tant plus facile que le mouvement de la sève ascendante est plus actif; il devient impossible quand, ce mouvement ayant cessé, le bois et l'écorce se trouvent soudés par la couche de cambium qui s'est interposée.
Dès qu'ils reconnaissent que l'écorce se détache aisément, les ouvriers se hâtent d'abattre le taillis et de couper les branches trop faibles pour être écorcées. Chaque brin est placé sur un chevalet, et l'on procède de suite à l'écorcement; cette opération doit se faire dans un délai de 4 à 5 heures après Tabatage.
L'écorce est coupée circulairement, à la serpe, de manière à former des fourreaux de l"»,i6 de longueur ; puis, chacun de ces fourreaux, fendu en long, est détaché de l'arbre au moyen d'un os taillé en forme de coin. Aussitôt que le fourreau est détaché, on le met sécher à l'ombre sur des branchages. Quand le séchage est complet, on forme, avec plusieurs fourreaux, des bottes, dont les dimensions varient suivant l'usage du pays. Dans le bassin de PariSj on donne aux bottes l°*ji4 de long sur i"»,i4 de circonférence. Chacune est liée aux deux bouts et doit peser de 18 à 20 kilogrammes.
Il est très important de ne pas laisser mouiller l'écorce, car l'eau dissout une partie du tannin qui est la substance à laquelle elle doit ses propriétés in-
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dustrielles ; aussi certains fabricants font construire, à l'aide de planches ou de toiles, des hangars pour mettre leurs écorces à l'abri de la pluie.
On ne se borne pas à enlever l'écorce des brins du taillis; on profite aussi de celle des réserves abandonnées à l'exploitation; quoique de qualité inférieure, elle trouve encore son emploi.
On compte qu'un ouvrier peut, par jour, en bonne saison, fabriquer de 6 à 9 bottes des dimensions indiquées plus haut. Quand Pécorcement se fait bien, on tire d'un stère de bois taillis 50 à 60 kilogr. d'écorce.
Les jeunes taillis de 15 ans donnent en poids moins d'écorce que ceux de 20 et 25 ans ; mais sa qualité est bien préférable. Au reste, la valeur commerciale de l'écorce varie très sensiblement suivant la provenance et surtout suivant les soins apportés à la fabrication.
Le liège n'est autre chose que l'écorce d'une espèce de chêne que l'on trouve dans le midi de la France, en Espagne, en Italie et en Algérie. L'écorce (Je ces chênes-lièges est très épaisse, légère, élastique ; mais elle n'acquiert toutes ces qualités qu'au moyen d'une opération qu'on désigne sous le nom de démasclage. Le démasclage consiste à enlever la première écorce de l'arbre, aûn de laisser se reproduire, après cette opération, la nouvelle écorce
beaucoup plus fine qui peut seule être employée à la fabrication des bouchons. La première écorce, dite mâle, est employée pour faire des bouées et des flotteurs.
Les cbènes-lièges soumis au démasclage ne sont pas écorcés jusqu'à Taubier comme les chênes dont l'écorce sert à faire du tan. On a grand soin de laisser intacte toute la couche du liber; car c'est d'elle que naît le tissu subéreux dont le développement produit le liège. Quand l'écorce qui s'est formée après le démasclage a acquis une épaisseur de 22 millimètres^ ce qui arrive après un intervalle de 8 à 12 ans, on l'enlève, comme on a enlevé la première. Cette opération se répète tous les 8 ou 10 ans^ tant que l'arbre conserve sa vigueur. Les chêneslièges cariés ou mal venants sont coupés rez-tronc et reproduisent des rejets qu'on soumet au démasclage lorsqu'ils ont atteint les dimensions convenables.
La qualité du liège dépend beaucoup de l'état dans lequel croissent les chênes-lièges. S'ils sont serrés, étouffés par les morts-bois, la production est médiocre ; elle est abondante et de bonne qualité quand, les pieds étant régulièrement espacés, les têtes sont fournjes et volumineuses.
Pour conduire les bois de chênes-lièges à cet état, il faut en extraire les broussailles et ne conserver sur chaque souche que les pieds les mieux venants.
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Les forêts de chênes-lièges se reproduisent presque toujours par les rejets de souche. Cependant, si Ton veut éviter la formation de clairières, il conviendra d'établir, dans un canton bien choisi, une petite pépinière dans laquelle on sèmera des glands de choix.
Les plants de 3 ans au plus serviront à combler les vides. Goi^me on doit craindre pour la reprise de ces jeunes sujets les effets des sécheresses prolongées, assez ordinaires dans les pays où croît le chêneliège, il convient de faire la plantation pendant la saison pluvieuse. Les trous seront profondément défoncés et, sur la terre qu'on mettra autour des racines, on aura soin de placer quelques pierres qui y conserveront un peu d'humidité.