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CHAPITRE VI

Boutons. — Bourgeons terminaux, latéraux, adventifs. — Rejets de souche. — Fleur. — Étamines. — Pistils. ~ Fëcondation. — Fructification. — Diverses formes des graines. — Dissémination.

Les organes de la reproduction des arbres sont les boutons et les fleurs.

Le bouton est dans le principe un petit amas de cellules communiquant avec un rayon médullaire. Caché d'abord sous l'écorce, il la pousse à l'extérieur en grossissant et se montre sous la forme d'un mamelon couvert de petites écailles, ébauches des feuilles qui se développeront plus lard. Le bouton est un bourgeon à l'état rudimentaire. Il diffère de l'embryon contenu dans la graine par ce qu'au lieu d'avoir comme celui-ci une existence entièrement indépendante, il fait partie d'un arbre déjà formé, duquel il tire sa nourriture, comme l'embryon lire la sienne de ses cotylédons.

L L'arbre n'est donc pas, comme on le pense en gé- ^iéral, un être unique dont toutes les parties sont .nécessairement dépendantes les unes des autres. C'est un être multiple présentant une analogie frap-»

îirJ

pante avec les polypiers qui habitent les mers^ car il est formé, comme eux, d'une agglomération d'individus distincts; vivant sur un support commun^ mais ayant chacun une existence à peu près indépendante.

Cette indépendance est assez grande pour qu'on puisse détacher un des boutons, le porter sur un autre arbre, ce qui constitue la greffe, ou le planter dans le sol, ce qui constitue la bouture, et pourvu que l'on prenne les précautions nécessaires pour que ce bourgeon soit placé dans des conditions analogues à celles où il se trouvait sur son pied d'origine^ il se développera dans sa nouvelle situation, comme il Teût fait sur l'arbre d'où il a été détaché.

Chaque bouton est donc un individu végétal dis* tinct, croissant sur un support commun, qui st l'arbre, mais pouvant en être séparé.

Ce support sert à mettre le bouton en communication avec le sol qui lui fournit l'eau et les matières minérales nécessaires à son développement. Il sert, en outre, de dépôt aux substances féculentes élaborées par les feuilles et emmagasinées pour nourrir la génération de boutons qui leur succède.

Il y a trois espèces de boutons : les terminaux, qui sont placés à l'extrémité de la tige dont ils sont destinés à former le prolongement; les latéraux, qui naissent à l'aisselle de chaque feuille et qui deviendront des branches, et enfin les adventifs, qui

apparaissent sur des points quelconques de la tige et des racines.

En traitant des fonctions de nutrition, nous avons exposé les phénomènes de l'évolution des boutons terminaux et latéraux qui déterminent l'accroissement régulier de la tige en hauteur et en grosseur ; il nous reste ^ indiquer la nature des boutons adventifs et les conditions dans lesquelles ils se produisent (fîg. 14).

Lorsque la chaleur excite la vie dans les végétaux, l'eau du sol, absorbée par leurs racines, dissout dans son passage à travers les tissus déjà formés les substances qu'ils contiennent et les rend susceptibles de créer de nouveaux tissus. Si, au lieu de s'élever jusqu'aux boutons, cette sève se trouve arrêtée dans son passage à travers la tige, sur des points dont l'activité vitale est excitée d'une manière anormale, elle s'y organise et crée là un noyau cellulaire qui se développe à travers l'écorce et apparaît à l'extérieur sous forme d'jme excroissance plus ou moins allongée qui ne tarde pas à se couvrir de feuilles.

Pig. 14.

Fig. 14. — Rameau d'orme avec son bouton terminal qui se développera en bourgeon , et les boutons latdraux qui donneront des feuilles et des fleurs.

Lea oi^anes au moyen desquels s'effectue la production de ces nouveaux êtres, sont les fleurs. La fleur se compose essentiellement des élamînes, qui sont les organes mâles, et des pistils, qui sont les organes femelles. Dans les fleurs complètes (fig. 15), le pistil occupe le centre, les étamines sont disposées en *^«- '*■ cercle autour de lui et sont

elles-mêmes entourées de deux cercles de folioles diversement colorées, qui sont la corolle et \e calice. Quand lecalico et la corolle sont ornés de couleurs brillantes, comme on le voit dans un grand nombre de plantes, ils deviennent la partie la plus apparente de la fleur; mais dans la plupart des arbres de nos climatSj ces vertidiles, qui sont simplement destinés à protéger les organes esaentielSj manquent ou prennent peu de développement; aussi les fleurs des arbres sont-elles en général petites et peu apparentes.

Fig, 18.

La forme des étamines est différente pour chaque espèce végétale; celles des arbres de nos climats offrent, en général, l'aspect de petites masses de tissu cellulaire, divisées par une ou plusieurs cannelures et

supportées par un pédoncule grêle. Ces petites masses sont les anthères, le pédoncule prend le nom de fUet. Les étamines du hëlre (voy. %. 16) donnent une idée assez exacte de la forme générale de ces organes. Celles du chêne (fig. 17), qui ont le Ûlet beaucoup plus court, sont groupées autour de tiges grêles et

rig. iT.-P.

84 THYSIOLOGIE.

pendantes qui portent le nom de chatons. On retrouve la même disposition dans les étamlnes du charme (fig, 18), de l'aune (fig. 19), des pins et des sapins (fig. 20).

Le pistil, organe femelle,comprendlovaire, le style et le stigmate.

L'ovaire est une masse de tissu cellulaire creusée d'une cavité dans laquelle est renfermé l'ovule, qui est le rudiment de la graine. Le style est un tube cylindrique qui con^ linue l'ovaire et dont l'ex- I ré mi té supérieure s'évase ou se bifurque pour for- Fig. 1». Fig. îo. * mer lé stigmate.

La fig. 21 réprésente le pistil du frêne, la partie renflée inférieure est l'ovaire, le stigmate est situé à l'extrémité supérieure du style, qui le relie à l'ovaire. La fig. suivante montre l'intérieur de l'ovaire avec 4 ovules suspendus sur un axe central.

Les étamines et les pistils sont tantôt réunis sur

Ptg. il

REPRODUCTION. Oo

une même fleur comme dans l'orme (fig. 19), le sycomore (fig. 29), lantôl groupés séparément comme nous l'avons vu

pour le hêtre, le chêne, . W JU^

le charme et l'aune, dont les fleurs mâles ont été figurées plus haut, et dont les figures 23 à 26 représentent les fleurs femelles. "^' "'

On appelle hermaphrodites les fleurs quiporlent des organes mâles et femelles réunis (fig- 28), mâles,

Fig. !3. lig Ï4 ilg Î5 tig 26.

celles qui se composent seulement d'etaraines, et fe-

melles, celles qui n'ont pas de pistils

Fig. iï. — 0y«ir Fig. îï, — Pleor lemeiia au i Fig. H. — Fl»nr fanieUe da c Flg^ iS. — FlcuT f«meUe du t Vif. H. — Chatoa tamïlle de

Les arbres qui portent des fleurs mâles el des fleurs femelles sont dits monoïques. On appelle dioïques, ceux chez lesquels les fleurs mâles et les fleurs femelles se trouvent sur des individus dilTérents.

Il est certains arbres, tels que le Trène, qui ont à la fois des fleurs mâles, des fleurs femelles et des fleurs hermaphrodites. On les nomme polygames.

Après avoir décrit les organes delagénération des arbres, nous Fig. 27. avons â exposer leur jeu dans

l'accomplissement de cette fonction. Dès que le moment de la fécondation approche, il se creuse, dans l'épaisseur du tissu cellulaire dont l'anthère est composée, plusieurs cavités qui se rem- Fig. sa. Fig. to.

plissent d'un fluide mucilagineux dans lequel on voit

re d^poulllJB 1

apparaître des granulations dont l'ensemble forme bientôt une poussière composée de petits grains très fins, c'est le pollen. Chacun de ces grains est une cellule microscopique pleine d'un liquide visqueux auquelon donne le nom de fovîlle.

Au moment delaTécondalion , les It^es des anthères, dans lesquelles est renfermé le pollen , s'ouvrent et laissent échapper cette poussière qui va se déposer sur le stigmate des pistils. Lorsque les pistils et les élamines ne sont pas réunis sur la même fleur, les vents, les insectes transportent le pollen des fleurs mâles sur les fleurs femelles.

Le stigmate est enduit d'une matière visqueuse qui retient les grains de pollen, les fait gonfler et détermine la sortie de la fovîlle qu'ils renferment.

Ce liquide est conduit par les canaux du style jusqu'à l'ovaire, qu'il féconde.

Après la fécondation, il se fait dans la fleur un changement complet. La corolle se fane et se déco-

Flg. M. -

Fl(. it. -

Fiïns porUnt lu jbtllB B^trEs.

VêIb^ SmUod longiladliuila m

lore, Ie3 étamines et le pistil, devenus inutiles, se dessèchent et tombent, l'ovaire seul se développe, les ovules qu'il renferme grossissent avec lui et deviennent les graines,

La forme des graines varie suivant les espèces végétales d'où elles proviennent, mais au milieu des innombrables changements qu'elles subissent, on y retrouve toujours deux parties essen- *' ■ tielles : l'embryon, qui

donnera naissance à un nouveau sujet, et les cotylédons qui nourriront cet embryon jusqu'à ce qu'il puisse tirer lui-même sa nourriture de la terre et de l'atmosphère.

La forme des graines dépend du plus ou moins grand accroissement des organes accessoires qui entourent l'embryon. Les transformations d(

■■ ces organes sont

le p^an<

lED^pëea de leur pdriorpe «i

HEPRODUCTION.

souvent si profondes qu'il devient difAcile d'en suivre la trace. On ne voit, en effet, pas beaucoup de ressemblance entre le gland du chêne entouré de sa cupule ëcaîU Jeuse {Cg. 32), la faine enfermée dans sa coque hérissée (%. 33), le fruil du charme avec l'appendice foliacé qui l'accompagne (fig. 34), les cônes des résineux (ilg. 35) et le chaton qui porte les graines des saules et des peupliers (fig. 36). L'étude attentive du développement de ces graines d'aspect si différent a fait reconnaître que les dissemblances sont plus apparentes que réelles. Les botanistes ont pu, gràf« à de patientes recherches , rattacher toutes les formes des graines à quelques types principaux, — Beaucoup d'arbres de nos climats portent des

Plg. 34.

~ Cône da pin h^Ivei

sr éshupper les

PIIÏSIOLOGIE.

graines munies d'aï" les ou d'aigreltes destinées à faciliter leur dissëmi Dation.

Les unes, comme les graines de l'orme (fig. 37), sont pla.

céea au centre d'une membrane foliacée; les autres , comme celles du bouleau {(ig. 38), du frêne fig. 39), de Pig. 36. ng. 38. l'érable champêtre

(fig. 40), de l'érable sycomore (fig. 41), ont deux appendices membraneux. Les graines de la plupart des conifères sont aussi garnies d'ailes (flg. 42). Ces appendices permettent aux semences de se transporter à de grandes distances en tournoyant dans les airs, aussi voit-on les arbres dont les graines sont ainsi préparées fib- >s-

pour de longs voyages se multiplier au loin. Mais il

Fig. 80. — Fragment d'un ehaloD fruotifëte an peapUer trwuhlB.

HEPRODUCTK

n'en est point qui jouissent SOUS ce rapport de facultés de dissémination plus grande que les bois blancs,

saules et peupliers. Les graines de ces arbres sont composées d'une petite coque renfermant l'embryon

avec ses cotylédons et surmontées d'une aigrette de poils soyeux (fig. 43). Elles sont disposées en chatons

et leur multiplicité est telle qu'à Tépoque de leur maturité elles jonchent le sol, qui paraît couvert d'un duvet blanc. On comprend qu'avec de tels moyens de multiplication les arbres de cette espèce soient naturellement disposés à envahir toutes les clairières des bois, et à empêcher par leur nombre le développement des essences plus Fig. 42. précieuses dont les graines lourdes ne s'écartent pas beaucoup de l'arbre qui leur a donné naissance. Les soins du forestier doivent arrêter cet envahissement et faire prédominer dans chaque peuplement les essences dont le débit est le plus avantageux.

Nous avons vu que les arbres de nos climats^ à l'exception de ceux *'*g« ^'

de la famille des conifères, ont la faculté de produire des bourgeons adventifs, et par suite de repousser de souche.

Nous venons de faire voir que tous les arbres qui peuplent nos forêts se reproduisent naturellement par leurs semences. Il ne nous reste plus qu'à faire connaître les divers modes de traitement des forêts, fondés sur ces deux modes de reproduction.

Fig. 43. — Graine du saule Marceau munie de son aigrette.

SYLVICULTURE.

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