CHAPITRE XII
Les troupeaux. — Bêtes à cornes. — Effets du pâturage dans les bois. — Dëfensabilitë. — Bêtes h, laine. ~ Dévastation des montagnes. — Mise en dëfens. — Chèvres. Porcs. — Le gibier. — Le cerf. — Le daim. — Le chevreuil. — Le sanglier. — Le lapin. — L'écureuil. — Les petits rongeurs. — Les carnassiers. — Le loup. Le renard. — Battues. — Appâts empoisonnés. — Fouines, putois et belettes. — Chats. — Les oiseaux. Gibier plume ; moyens de le conserver. — Oiseaux do proie — Utilité des oiseaux nocturnes et des insectivores.— Les insectes. — Des bostriches. — L'hylésine du pin. — Le bombyx du pin. — Le hanneton. — La courtiliëre.
Les Troupeaux. — Les forêts servent de retraite à un grand nombre d'animaux sauvages; elles sont en outre parcourues par les troupeaux que l'homme y introduit pour qu'ils s'y nourrissent des herbages et des graines des arbres. La présence de tous ces animaux a, sur la végétation, une influence qu'il est nécessaire de connaître afin de savoir distinguer ceux qu'il importe d'écarter ou de détruire de ceux dont il faut, au contraire, favoriser la multiplication.
Les animaux domestiques^ réunis en troupeaux
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nombreux, ù l'abri de tout danger, sont plus nuisibles aux forêts que les bêles fauves disséminées et exposées à tous les hasards de la vie libre. Gomme d'ailleurs les dommages qu'ils causent peuvent être atténués et même supprimés au gré de l'homme, il est bien plus aisé d'en constater les effets. C'est pour cela qu'avant de traiter des d^âts occasionnés par le gibier, nous parlerons de ceux que font les troupeaux .
Lis animaux domestiquesqu'on introduit ordinalrL'iiinil dans les bois sont: les bêtes à cornes, les biitus à laine, les chèvres et les porcs.
Li ;i bêtes à cornes, qui se nourrissent d'herbes et de ri'iiilles, détruisent une grande quantité déjeunes phints, soit en les broutant en même temps que riK'rlie, soit en les écrasant sous leurs pieds. Elles tiiiïii^fL'nt les feuilles tendres, les jeunes pousses, et, jiijnr les atteindre, courbent avec leurs cornes les brins dont la cime est hors de la portée Trieur boudie. • \
Li; sol des massifs forestiers bien complets élaîf ordinairement dépourvu d'herbe, le bétail se rejette dans les cantons mal plantés et dans les clairières où les herbages sont abondants ; là il broute tous les plants qui auraient pu garnir les vides, et il contribue ainsi à maintenir, en l'aggravanl, le mauvais élat de ces cantons. L'aspect d'un bois abandonné au par-
cours diffère tellement de celui d'un bois en défens qu'il est impossible de s'y tromper.
Le bois interdit aux bêtes à cornes est peuplé de brins plus ou moins serrés, mais formant massif ; les clairières, s'il y en a, sont garnies de morts-bois, au milieu desquels on voit surgir des bois blancs et de jeunes sujets d'essences précieuses. Les chemins intérieurs sont pelouses, des bordures épaisses entourent les limites extérieures; la végétation envahit tout. Les bois livrés au parcours sont, au contraire, toujours parsemés de clairières garnies d'une herbe courte et serrée. Le peuplement se compose de cépées buissonnantes entremêlées d'arbres dont l'écorce est rendue luisante par le frottement réitéré des bêtes à cornes. Les chemins piétines portent des traces nombreuses du passage répété des troupeaux. Ces empreintes se retrouvent dans l'intérieur du bois et forment, quand le sol est argileux, des trous profonds où l'eau séjourne. Les terrains ainsi pétris sont impropres à la germination des graines. On trouve çà et là, dans les cépées, des brins ployés et brisés par les bestiaux; partout enfin on voit des traces de destruction sans aucune apparence de recrû.
Le parcours des bêtes à cornes a pour résultat d'appauvrir le sol, de mettre obstacle au repeuplement naturel et de multiplier les clairières ; c'est dire assez combien il est à désirer qu'on puisse interdire corn-
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plëtement Taccës des forêts à ces animaux . Si les agriculteurs savaient calculer tout ce qu'ils perdent en envoyant leurs troupeaux chercher dans les bois une nourriture insuffisante, ils renonceraient, comme on le fait dans tous les pays bien cultivés, à ce pâturage aussi mauvais pour le bétail que pour la forêt. Mais beaucoup de contrées sont privées de prairies naturelles et les prés artificiels n'y peuvent réussir; là, pour entretenir le bétail nécessaire à la culture, on est obligé d'utiliser toutes les ressources. Le pâturage des forêts, qui permet d'économiser les fourrages pendant une partie de l'année, est donc un mal qu'il faut subir en essayant d'en atténuer les effets.
Pour cela on devra ne laisser pénétrer les troupeaux que dans les cantons où ils ne peuvent causer de grands dommages. Ces cantons sont ceux qui portent des peuplements bien complets âgés d'au moins 10 ans pour les bois feuillus et de 15 à 20 pour les résineux. Toutes les parties des forêts qui sont clairiérées doivent être interdites ; on interdira aussi aux troupeaux l'entrée des futaies en cours de régénération et celle des taillis pendant les deux années qui précèdent l'exploitation.
Ces interdictions s'expliquent naturellement par la nécessité de conserver les jeunes plants qui doivent assurer l'avenir de la forêt.
Quelques propriétaires se laissent persuader par leurs fermiers qu'après quatre ou cinq ans les bois taillis sont défensables ; d'autres, plus crédules encore, sont convaincus que le bétail ne mange que l'herbe, et ils le laissent pénétrer dans les jeunes coupes, où elle est très abondante. Les bois ainsi livrés aux troupeaux sont voués à la destruction ; il vaudrait autant les défricher tout de suite que de les laisser lentement se transformer en mauvais pâturages.
Si le parcours du gros bétail est nuisible aux forêts, le pacage des moutons et des chèvres l'est encore bien davantage. Quoique des lois très anciennes aient prohibé l'introduction de ces animaux dans les bois, il est des contrées où ils y sont encore admis; ce sont les pays montagneux et pauvres, où l'industrie pastorale peut seule se soutenir. Ce que les moutons et les chèvres font de mal dans ces contrées est incalculable. Ces animaux détruisent les forêts non seulement parce qu'ils broutent avec avidité toutes les branches qu'ils peuvent atteindre, mais encore parce que leurs pieds durs et pointus dégradent le sol et font périr toutes les semences et les jeunes plants.
La présence des bêtes à laine sur les montagnes est la principale cause de l'état de dénudation auquel elles sont arrivées. Les moutons marchant en trou-
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peaux pratiquent sur les pentes des sentiers horizontaux ; les touffes de gazon qui bordent ces sentiers sont peu à peu détachées du sol par les pieds de ces animaux et par les efïorts qu'ils font pour en arracher quelques brins d'herbe. Les gelées de l'hiver, et plus encore les chaleurs de Tété, font périr les touffes dont les racines sont ainsi mises à nu. Gomme les herbages sont toujours pacagés avant d'avoir produit leurs graines, les vides vont sans cesse en s'accroissant. Les troupeaux qui suivent toujours les mêmes sentiers finissent par en désagréger la surface ; les eaux, n'étant plus arrêtées par les végétaux, creusent des ravins dont la profondeur augmente à chaque orage ; après quelques années, la terre a disparu avec la pelouse. Alors, au lieu du tapis de verdure qui les couvrait, les versants dénudés ne présentent plus qu'une surface aride, sillonnée de ravins et complètement improductive.
Quelles que soient les précautions prises pour diminuer les inconvénients du pacage des moutons dans les montagnes boisées, on ne peut jamais empêcher qu'il soit très nuisible. Mais on peut éviter qu'il devienne désastreux, en réduisant le nombre des animaux et la durée du pacage. Ainsi on pourra fixer, suivant la déclivité et la fertilité du sol, le nombre de moutons admis au pacage à 3 ou 4 têtes au plus par hectare. C'est à peu près tout ce que
peut nourrir cette surface de terrain à l'état de pâturage boisé. Lorsqu'on s'apercevra que le sol se ravine et que les gazons se dégarnissent par place, on mettra la montagne en défens pendant tout le temps nécessaire pour reconstituer sa couverture végétale.
Les chèvres sont encore plus nuisibles aux bois que les moutons, parce qu'elles préfèrent à tout les feuilles et les jeunes pousses, qu'elles savent atteindre en se dressant sur leurs pieds de derrière. Tout propriétaire désireux de conserver ses forêts en interdira complètement l'entrée à ces animaux.
Les porcs ne font pas autant de mal aux forêts que les autres animaux domestiques. En fouillant le sol pour y trouver les graines et les racines dont ils se nourrissent, ils déracinent bien quelques petits plants ; mais si l'on a la précaution de ne pas les laisser séjourner longtemps à la même place, ils ne causent pas de grands dommages. Le porc détruit une grande quantité de larves d'insectes qu'il va chercher sous la mousse, il poursuit aussi les mulots et les serpents, et peut, à raison des services qu'il rend sous ce rapport, être considéré comme un animal plus utile que nuisible. L'introduction des troupeaux de porcs dans les bois n'occasionnera pas de dommages si on ne les laisse pénétrer que dans les grands taillis et les perchis, où ils peuvent, sans inconvénient, manger les glands et les faînes, car les
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plants que ces semences produiraient ne pourraient prospérer sous le couvert. Il faudra leur interdire Taccès des coupes de taillis deux ans au moins avant l'exploitation, et celui des coupes d'ensemencement des futaies, afm de conserver toutes les graines qui doivent reconstituer les nouveaux peuplements. Si d'ailleurs on a soin de ne pas laisser le troupeau s'arrêter longtemps sur le même point et fouiller trop profondément, son passage, loin de laisser des traces fâcheuses, produira un bon résultat, parce qu'il aura pour effet d'ameublir le sol et de le purger d'une grande quantité d'insectes et de petits rongeurs.
Le Gibier. — r L'influence que les animaux sauvages exercent sur les forêts qu'ils habitent dépend de leur mode d'alimentation. Ceux qui se nourrissent de matières végétales, telles que feuilles, semences, écorces et racines, sont toujours plus ou moins nuisibles. Les carnassiers devraient, au contraire, être regardés comme utiles, parce qu'ils détruisent les premiers. Mais à côté de l'intérêt purement forestier qui commanderait la suppression complète des herbivores et des rongeurs, il y a l'intérêt de la chasse^ qui en exige la conservation. Il faut, pour concilier ces deux intérêts opposés, empêcher le gibier de se multiplier assez pour causer des dommages sérieux, et détruire les carnassiers, qui lui font une chasse trop active.
Les chasseurs mettent, en général, assez de zèle à s'acquitter de leur mission destructive pour que les forestiers aient rarement à intervenir afin d'empêcher le gibier de devenir trop abondant. Leur rôle le plus habituel est de favoriser sa multiplication ; dans certains cas, cependant, ils sont obligés de suppléer à Tinsuffisance des moyens employés par les chasseurs et de procéder eux-mêmes à la destruction d'animaux devenus nuisibles par leur nombre.
On distingue, parmi les animaux sauvages herbivores, les grands fauves, les hêtes noires et le petit gibier. Les grands fauves senties cerfs, les daims et les chevreuils. Les sangliers sont désignés sous le nom de bêtes noires ; les lièvres et les lapins forment le menu gibier.
— Le cerf se nourrit des fruits des forêts, il broute les jeunes pousses des chênes, des charmes et les feuilles des ronces ; il va au gagnage dans les plaines cultivées, où il cause d'assez grands dégâts.
Vers la fin de l'hiver, les cerfs perdent leur bois, qui repousse immédiatement. Ils ont refait leur tête vers le 45 juillet, époque où ils commencent à frotter leur bois contre les jeunes arbres, pour faire tomber la peau qui le recouvre. En termes de vénerie, on ditquelecerf /oMc/ie au bois, et l'on nomme frayoirs les déchirures faites à l'écorce des arbres.
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Les dommages que causent les cerfs ne sont pas très sensibles dans les taillis et les peuplements naturels bien complets, où la perte de quelques sujets a peu d'importance; mais ils font un tort très appréciable aux bois déjà clairs et surtout aux plantations d'arbres verts, parce qu'ils brisent beaucoup de jeunes arbres en touchant au bois.
Quand les cerfs deviennent assez nombreux pour compromettre l'état du peuplement, on les chasse en battues. Ces destructions se font aux mois de septembre et d'octobre. C'est à ce moment que ces animaux sont en venaison. La chair des cerfs tués au fusil, à cette époque, est assez bonne, tandis qu'elle devient mauvaise si l'on attend la saison du riit.
— Le daim a des habitudes analogues à celles du cerf, sa nourriture est la même, et au point de vue forestier il n'y a aucune différence à faire entre ces animaux. Ils sontégalement nuisibles s'ils deviennent trop nombreux. Il est rare que les forestiers aient besoin de recourir à l'aide des tireurs pour arrêter cette trop grande multiplication ; mais il n'est pas rare, au contraire, de voir les chasseurs demander aux forestiers les moyens de favoriser la reproduction de ces belles espèces.
Les procédés de conservation les plus simples consistent d'abord à détruire autant que possible les
loups et les renards, qui font une chasse acharnée aux jeunes faons; puis à s'abstenir de tuer les biches. Il faut ensuite réserver quelques ronciers, qui les abritent et leur fournissent du feuillage vert pendant l'hiver; puis, quand la terre est couverte de neige, déposer dans les endroits fréquentés par les hardes de cerfs des fourrages, des faînes et des pains fabriqués avec de la terre glaise et du sel.
Grâce àces précautions, la reproduction des grands fauves sera assurée et l'on n'aura pas à craindre de les voir sortir du bois pour aller au gagnage dans la plaine, où ils sont exposés à être tués par les braconniers.
— Le chevreuil est moins nuisible aux forêts que le cerf et le daim ; il fait aussi moins de dégâts dans les champs, parce qu'il quitte rarement le couvert où il trouve de jeunes pousses, des faînes et des feuilles de ronces, qu'il préfère à toute autre nourriture. Au printemps, il mange les jeunes pousses de bourdaine; cette nourriture produit chez lui une espèce d'ivresse qui lui fait perdre le sentiment du danger. Il n'est pas rare de voir, à cette époque, des chevreuils affolés pénétrer jusqu'au milieu des villages, et approcher de l'homme, qu'ils fuient en tout autre temps.
Le chevreuil mâle prend le nom de brocard; la femelle celui de chevrette. Le brocard a, comme le
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cerf, la tête ornée de bois, qui tombent tous les ans vers le mois de novembre. Sa tête est refaite vers la fin de janvier.
On emploie, pour assurer la multiplication de ces animaux, qui sont fort recherchés des chasseurs à cause de la délicatesse de leur chair, les moyens indiqués plus haut pour le cerf et le daim. C'est en détruisant les loups et les renards, en respectant les chevrettes, et en réservant d«s ronciers, qu'on arrive le plus sûrement à conserver les chevreuils dans les forêts où il y en a déjà.
Il est beaucoup plus difficile de les introduire dans celles d'où ils ont disparu, car les animaux adultes qu'on y transporte, se trouvant dépaysés, n'ont pas de refuites, et vont souvent se faire tuer dans la plaine. Il est préférable d'élever en demi -domesticité des faons, qu'on rend à la liberté au moment du rut. Les chevrettes vont mettre bas dans les fourrés, et si l'on peut préserver les portées des atteintes des braconniers et des carnassiers, on aura de nouvelles générations habituées à la vie sauvage.
— Le sanglier se nourrit, comme le porc, de fruits , de glands et de racines. Il sort des bois pendant la nuit et va dans les champs de blé, d'avoine, de maïs et de pommes de terre, où il fait de grands ravages. Il dévore aussi les levrauts et les lapereaux qu'il trouve dans leurs rabouillères, les faons de che-
vreuils et les poules faisanes qu'il saisit sur leurs œufs. C'est un animal éminemment destructeur, que les forestiers aussi bien que les chasseurs ont intérêt à poursuivre à outrance.
Les sangliers ne sont point sédentaires ; pendant quelques années on les trouve en grande abondance dans certaines forêts ; puis on les voit tout d'un coup se porter dans des forêts très éloignées, qu'ils quitteront de même sans qu'on puisse se rendre compté des causes de ces déplacements.
On donne le nom de marcassin au jeune sanglier, tant qu'il porte la livrée, c'est-à-dire tant que son pelage est marqué de bandes fauves et noires. Plus tard il devient hête de compagnie, ragot, tiers- an, puis solitaire, lorsque, devenu plus âgé, il cesse de faire partie d'une bande.
On détruit les sangliers au moyen de battues, et plus sûrement encore en entourant de tireurs les enceintes^ dans lesquelles on lâche quelques chiens. Les sangliers, harcelés par ces adversaires plus bruyants que redoutables, se lassent de leur tenir tête, et finissent par se décider à vider l'enceinte. C'est ce moment que les chasseurs saisissent pour les tirer au passage.
Il est inutile de s'acharner à poursuivre un ragot manqué ; à moins d'avoir un équipage de vaulrait, bien créance, on ne le rejoindra pas de la journée.
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La saison de la chasse au sanglier dure depuis le 15 novembre jusqu'au mois de février. Alors il s'e.st bien engraissé avec les faines et les glands, et sa chair est assez bonne; plus tard, elle prend un goût de sauvagine trop prononcé. Pendant que la terre est couverte de neige, la chasse du sanglier devient plus facile ; c'est ce moment qu'on choisit pour opérer les grandes destructions.
On peut aussi tirer le sanglier à l'affût, lorsqu'il va, dans l'arrière-saison, retourner les champs de pommes de terre et de maïs; mais, comme cet animal a Todorat très fin, il évente souvent de fort loin le chasseur, qui se morfond en l'attendant.
Avec une bête aussi nuisible il n'y a aucun ménagement à prendre ; il faut s'en débarrasser par tous les moyens. Les précautions qu'on pourrait prendre pour réserver les portées seraient presque toujours sans profit, car l'humeur de ces animaux est trop vagabonde pour que le chasseur puisse espérer retrouver en automne les marcassins rencontrés au printemps.
— Le lièvre et le lapin, quoique très rapprochés parleur conformation,dilfèrentsensiblementpar leurs mœurs. On trouve le lièvre dans les plaines cultivées, les bruyères, les buissons et les lisières des bois. Le lapin, plus exclusivement forestier, ne quitte guère les bois et garennes ; il creuse des tei^riers profonds
dans lesquels il se réfugie, tandis que le lièvre vil toujours à découvert et n'a, pour se préserver de ses nombreux ennemis, que la vitesse de ses jambes.
Les lapins, comme les lièvres, se nourrissent d'herbes, de céréales, de légumes, de bois tendre et d'écorces.
Les lièvres deviennent rarement assez nombreux pour causer des dommages sérieux aux forêts. C'est seulement dans les parcs qu'ils se multiplient de manière à devenir nuisibles ; mais il est toujours facile d'en réduire le nombre. Il n'en est pas de même du lapin. Ce rongeur est un véritable fléau pour les bois, et les forestiers ne sauraient prendre trop de soins pour le détruire.
Les lapins font les plus grands dégâts en hiver, quand la neige couvre la terre; ils rongent l'écorce des jeunes brins de charmes, de trembles, de chênes et broutent les feuilles et les bourgeons terminaux des plants d'essences résineuses.
Il est impossible de faire des repeuplements et de conserver des pépinières dans une forêt infestée par ces petits animaux, qui se multiplient avec une effrayante facilité; car la femelle peut faire cinq ou six portées par an.
On détruit les lapins au moyen de battues souvent répétées. On emploie aussi les furets, qui les font sortir des terriers où ils se réfugient; beaucoup de
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propriétaires donnent à leurs gardes la permission de chasser le lapin : c'est une très bonne mesure, à condition que les gardes ne les ménageront pas pour se réserver une ressource alimentaire qui est fort prisée par eux. Quand on veut sérieusement purger un bois de ces hôtes dangereux , il faut prendre le parti décisif de les considérer, non plus comme un gibier qu'il est amusant de tirer , mais comme un animal nuisible dont il faut se débarrasser à tout prix. Pour arriver à ce résultat, quelques propriétaires donnent à lous les chasseurs du pays l'autorisation de tirer le lapin dans leurs bois, ils permettent d'y faire des battues, de fureter, et parviennent ainsi, sinon à détruire entièrement ces animaux, du moins à arrêter leur trop grande multiplication.
On peut atténuer les dégâts que les lapins causent en hiver aux jeunes peuplements, en plaçant autour de leurs terriers des brindilles coupées de charme, de tremble, sur lesquelles ils exercent leur activité ; mais ce sont là de faibles palliatifs, et le plus sûr est encore d'appliquer les procédés destructifs.
— Nous ne mentionnerons , parmi les autres rongeurs, habitants des forêts, que l'écureuil et le mulot. Le premier de ces animaux fait quelque tort aux arbres résineux, parce qu'il brise les pousses terminales et ronge les écailles des cônes pour se nourrir des
graines qu'ils renferment ; mais dans les bois feuil-
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lus, il est à peu près inofifensif. On le considère cependant comme nuisible, parce qu'il pille les nids; mais, comme il ne s'attaque guère qu'à ceux des pies et des geais, on peut lui pardonner, à raison du peu d'intérêt qu'offre la conservation de ces oiseaux, beaucoup plus destructeurs que lui.
Le mulot fait de grands dégâts dans les pépinières et les semis artificiels. C'est un animal éminemment nuisible, dont il est difficile d'arrêter la multiplication; on le détruit avec des pièges ordinaires et des pots de terre vernissés à l'intérieur, qu'on enferme dans le sol, en les remplissant d'eau à moitié. Les mulots s'y laissent tomber et se noient après avoir fait des efforts impuissants pour grimper sur les parois lisses.
Le moyen le plus simple et le plus économique de préserver les forêts des dégâts des petits rongeurs, est de ne pas détruire les oiseaux qui leur font une chasse acharnée. Ces derniers surtout devraient toujours être respectés à raison des services signalés qu'ils rendent. Un seul d'entre eux , remarquable par sa taille et assez rare, le grand-duc, chasse le lièvre et le gibier ; tous les autres se nourrissent presque exclusivement de souris, de mulots et de rats. C'est donc un grand préjugé que de tuer, comme des bêtes malfaisantes, des oiseaux qui sont pour le forestier de précieux auxiliaires.
Le hérisson est aussi un animal utile qu'il faut se garder de tuer, car il dévore les larves d*insectes, les vipères et les mulots. S*il détruit quelques couvées, c'est un petit inconvénient, eu égard aux services qu'il rend d'autre part.
Les Gamassierg. — Les carnassiers les plus répandus dans les forêts sont les loups, les renards, les chats sauvages, les fouines , les belettes et les putois. Tous ces animaux sont les ennemis les plus dangereux du gibier ; aussi sont-ils regardés par les chasseurs comme des concurrents redoutables qu'ils poursuivent à outrance.
Le loup et le renard se chassent à courre et en battues. Nous ne parlerons pas du premier procédé, qui est du domaine de la vénerie; mais nous indiquerons quelques précautions nécessaires pour rendre les battues fructueuses.
La première de toutes est de garder le plus complet silence quand on place les tireurs et les rabatteurs. C'est compromettre bénévolement le succès d'une chasse que d'arriver à grand fracas près d'une enceinte où l'on a détourné l'animal. Il est probable qu'il a depuis longtemps flairé le danger et pris les grands devants.
Dans certains pays^ la population entière se met en mouvement pour une battue aux loups. Les rabatteurs se font suivre de tambours , ils portent
des crécelles et crient à tue-tête pendant qu'ils sont sous bois. Il est oiseux d'ajouter qu'on ne tue jamais rien dans ces bruyantes expéditions. Quelques chasseurs placés à bon vent, à portée des refuites, valent mieux qu'une bande nombreuse de tireurs inexpérimentés. Si les rabatteurs sont guidés par des gardes connaissant bien le terrain, s'ils marchent sans bruit, rapprochés autant que possible , les loups , aussi bien que les renards et les sangliers, s'empresseront de se dérober devant eux et iront se faire fusiller sur la ligne des tireurs. Si, au contraire, les traqueurs mènent grand train, les animaux effarés partent dans toutes les directions et forcent souvent la ligne des rabatteurs.
On se débarrasse aussi des loups et des renards avec des appâts empoisonnés. Le poison le plus sûr est la strychnine, qu'on extrait de la noix vomique. Il suffit d'une pincée de cette substance pour faire périr instantanément un grand loup et à plus forte raison un renard. Quel que soit le poison employé, strychnine, noix vomique, arsenic^ il faut bien se garder de le mettre, comme on le fait quelquefois, dans des bêtes mortes laissées au milieu du bois. On risque d'avoir empoisonné tous les chiens du pays avant qu'un seul loup se hasarde à mordre à l'appât. Pour éviter le danger qu'offre l'emploi du poison, on devra ne s'en servir qu'à l'époque où, la
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chasse étant close, les chiens ne fréquentent plus les bois. Le meilleur moment est le mois de mai, époque où les animaux carnassiers^ ayant des petits à nourrir, sont obligés de chasser très activement. On se procurera des mulots, des souris, des grenouilles ou de petits oiseaux récemment tués. On introduira dans le corps de ces animaux une pincée de strychnine, d'arsenic ou de noix vomique, et on les placera dans les plaines qui entourent les forêts, et non dans les forêts mêmes. Les loups et les renards, qui font toutes les nuits leur randonnée autour des bois, pour prendre les levrauts, les oisillons et les mulots, trouveront les appâts et les dévoreront sans méfiance. Si Ton s'est servi de strychnine, ils resteront sur place; ils iront, au contraire, mourir dans quelque buisson éloigné, si Ton a employé la noix vomique ou l'arsenic, parce que l'action de ces poisons est bien moins prompte.
Les fouines, putois et belettes sont d'autant plus dangereux que leur petite taille les rend plus difficiles à atteindre. Ces animaux se nourrissent exclusivement de proie vivante etd'œufs. Ils sont redoutables pour les faisanderies^ les parcs et les bassescours, dans lesquels ils font de grands ravages.
On les prend avec des pièges dits asspmmoirs ou quatre de chiffre. — Ces engins sont trop connus pour qu'il soit nécessaire de les décrire.
La fourrure des fouines, et surtout des martes, a
une assez grande valeur, lorsque l'animal a été tué en hiver. On paye une peau en bon état de 15 à 18 fr. Ce prix est assez élevé pour qu'il y ait avantage à élever de jeunes martes dans les forêts de montagnes j où, d'ailleurs, le froid et les neiges rendent impossible la conservation du gibier.
Le chat sauvage et le chat domestique, lorsqu'il a pris l'habitude de courir les bois , sont de grands destructeurs de gibier. Il faut les tuer sans aucune miséricorde.
Les Oiseaux. — Les oiseaux qui habitent les forêts peuvent être classés dans trois catégories distinctes. Ceux qui sont considérés comme gibier, savoir : les faisans, tétras, bécasses, perdrix, ramiers, etc.; les oiseaux de proie , diurnes et nocturnes : aigles, faucons, buses, chats-huants , etc., et enfln les granivores et insectivores.
Le gibier plume ne fait aucun tort au bois. Le procédé le plus certain de favoriser une multiplication qui ne présente aucun inconvénient consiste à détruire les animaux qui se nourrissent d'œufs, de petits ou d'oiseaux adultes. Nous avons déjà signalé, comme les ennemis les plus dangereux du gibier poil, les loups, les renards, les sangliers, les fouines et les belettes. Ces animaux sont aussi redoutables pour le gibier à plume; mais ce dernier a en outre à craindre les grands oiseaux de proie, qui le chassent
sans trêve quand il est à terre aussi bien que lorsqu'il traverse les airs. Si l'on veut qu'une forêt soit giboyeuse, il faut, par tous les moyens, en chasser ces oiseaux carnassiers. On détruira leurs couvées, on tendra des pièges sur la cime des arbres où ils ont l'habitude de se poster. On les tirera chaque fois qu'il se présentera une occasion favorable.
Nous avons dit précédemment qu'à l'exception du grand-duc, les oiseaux de nuit : chouettes, hiboux, chats-huants , sont de grands destructeurs de mulots ; ils font en outre une énorme consommation de gros insectes, tels que hannetons, phalènes, sphinx, fort nuisibles aux arbres, et méritent, à raison de ces services, une protection toute spéciale.
Il faut que les forestiers s'affranchissent entièrement du préjugé absurde qui voue à la mort ces oiseaux de nuit, qui n'ont jamais fait que du bien . En Allemagne, la chouette, qui parcourt sans bruit les forêts pendant la nuit, en les purgeant de ses ennemis les plus dangereux ^ est considérée comme l'emblème du forestier vigilant et respectée de tous.
A l'exception du grand corbeau et de la pie, qu'on accuse de détruire les nids, la plupart des oiseaux forestiers sont insectivores et sont, par cela même, de précieux auxiliaires du sylviculteur. Tous les becs-fins, les mésanges, se nourrissent des larves et des insectes qu'ils récoltent sur les arbres;
les loriots, les coucous, dévorent les grosses chenilles velues; les pics eux-mêmes, auxquels on reproche de percer des trous dans les troncs d'arbres, ne font pas de dommages sérieux, car ils ne s'attaquent qu'à des arbres déjà envahis par les insectes.
En général, on peut dire que la présence des oiseaux dans les bois est éminemment favorable; les forestiers doivent donc faire tous leurs efforts pour empêcher la recherche des nids, la chasse aux gluaux, à la raquette et tous les moyens de destruction si fort en honneur dans les campagnes.
Ils devront surtout s'attacher à expulser les gamins qui vont, au printemps, courir les bois dans le seul but de fouiller les nids. Il est difficile de faire comprendre à ces dévastateurs inconscients tout le mal qu'ils font; mais quelques coups de gaule bien appliqués suffiront pour leur faire voir qu'il n'est pas permis d'aller récolter sur les arbres les matériaux d'une omelette.
La conservation des petits oiseaux est aujourd'hui considérée comme d'intérêt général; il est très important que les gardes des forêts soient les premiers à donner l'exemple de l'obéissance aux règlements qui protègent ces utiles destructeurs d'insectes.
Les Insectes. — De tous les êtres vivants qui s'attaquent aux forêts, les insectes, les plus petits de tous, sont les plus nuisibles. Leur nombre et
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leur voracité les rendent dangereux, non seulement pour quelques arbres isolés, mais pour des peuplements entiers, dont ils peuvent amener ]a ruine.
Le plus redoutable des insectes destructeurs des bois est le bostrtche. C'est un petit coléoptère, long de 3 à 4 millimètres. Aux mois d'avril et de mai, les bostricbes voltigent autour des épicéas dépérissants ou récemment abattus, ils percent l'écorce jiisqu'auliber, creusent de petites galeries où la femelle dépose ses œufs, au nombre de 20 à 60.
L'éclosion a Heu quinze jours après la ponte. Les larves creusent à leur tour des galeries latérales qui vont en s'élai^ssant, *■ ■ elles se transforment en chrysa-
lides à l'extrémité de la galerie, puis elles deviennent insectes parfaits, percent l'écorce et sortent pour s'accoupler à l'extérieur. La durée de ces transformations est de deux à trois mois, suivant la température.
Le bostriche typographe (fig. 46) s'attaque exclusivement aux forêts d'épicéas, dans lesquelles il cause de grands ravages. Il est fort difficile de détruire un insecte qui vit sous l'écorce et qui estj
flg. «. — Boslrldie typogMpbe (groaol).
par suite, peu exposé aux attaques des autres animaux. Les seuls moyens qu'on puisse employer consistent à ne laisser dans les forêts aucun bois dépérissant, à enlever le plus promptement possible les chablis, les bois abattus, à faire abattre les arbres attaqués et à faire brûler les écorces.
On reconnaît qu'un épicéa est infesté par les bostriches aux signes suivants : les aiguilles deviennent jaunes et tombent, l'écorce prend une couleur rougeâtre et se détache facilement, elle est parsemée de petits trous d'où s'échappe une poussière fine, qui est de la vermoulure. On voit, sous l'écorce, des sillons nombreux, noirs, pleins d'œufs et de larves d'insectes. L'arbre présente des caractères marqués de dépérissement, il finit par perdre son écorce et se dessèche complètement.
Le sapin ordinaire est souvent attaqué par un bostriche qui diffère peu de celui de Vépicéa, mais les dommages qu'il cause sont moins sérieux ; les moyens préservatifs sont d'ailleurs les mêmes.
On peut dire, d'une manière générale, que ces insectes se multiplient de préférence dans les peuplements maladifs et affaiblis. C'est dans les bois dont le sol est sec, maigre, aux expositions chaudes, qu'ils se reproduisent en grande quantité, et c'est de là qu'ils se répandent dans les cantons plus ferliles. On préservera donc d'autant mieux
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les massifs des dégâts causés par les insectes, qu'on activera davantage la végétation par l'application des règles d'une bonne culture forestière.
— L"hylésine du pin (fig, 47) est un coléoptère comme le bostriche. Il diffère de ce dernier par la forme de son corselet, qui est plus étroit. La femelle dépose ses œufs dans l'écorce des arbres dépérissants ou récemment abattus. Les larves, quiéclosentpeu de temps après la ponte, creusent leur galerie dans le liber et y opèrent leur métamorphose. L'insecte parfait, qui sort au mois de juillet, attaque la base des jeunes pousses du pin, les perfore dans leur longueur jusqu'au bourgeon terminal, A l'automne, il se réfugie au pied des arbres, dans la mousse et sous l'écorce.
On reconnaît la présence des hylésines à l'aspect des jeunes pousses, qui jaunissent et tombent. Cet insecte fait beaucoup de mal aux pineraies. C'est surtout aux bois dont la v^tation est languissante qu'il s'attaque; aussi, pour s'en préserver, n'y a-t-il d'autre moyen que de débarrasser les peuplements de tous les bois morts ou dépérissants.
FIg. 47 — nyldiLoe du pin (Kroaal).
— Le bombyx du pin ((ig. 48) est un papillon de nuit dont la chenille, qui se nourrit des feuilles du pin sylvestre, est des plus nuisibles ; sa puissance de reproduction est si grande et sa voracité si redoutable,
que des forêts entières sont complètement dépouillées de leurs feuilles par ses innombrables bataillons.
On a en vain essayé, pour les détruire , tous les moyens imag:inables. On a tenté de couper par des fossés les cantons attaqués; mais les chenilles sont quelquefois on si grand nombre qu'elles remplissent les fossés et finissent par les franchir. Le seul procédé praticable est de recueillir et de brAler en hiver la mousse dans laquelle elles se cachent.
— Le hanneton est un coléoptère dont la larve porte
Fig. 48. — Bombyx du pin.
238 SYLVICULTURE.
le nom de man ou ver blanc. A l'état parfait, le hanneton se nourril des feuilles du chêne, du hêtre, du charme et de beaucoup d'autres arbres feuillus; il ne s'attaque pas à celles des résineux. Les dommages qu'il cause, quoique très apparents, ne compromettent pas l'existence des arbres forestiers, mais ils ont pour effet de ralentir leur croissance et de détruire les oi^anes de fructification de l'année. La larve ou ver blanc produit des effets bien plus funestes.
Cette larve (fig, 49) provient d'œufs que le hanneton dépose dans le sol vers le mois de juin. Elle éclot un mois ou six semaines après la ponte et commence à creuser les galeries souterraines dans lesquelles elle vit jusr^e^"- qu'à l'été de la troisième
année. A ce moment, elle se rapproche de la surface, se transforme et sort à l'état de hanneton.
Le ver blanc se nourrit des racines tendres de presque tous les végétaux; il est redouté des cultivateurs, dont il détruit les récoltes. Sa voracité est très grande. Les pépinières et les semis sont très exposés aux ravages de ce dangereux insecte, qu'il
P\g. 49. — Larre do hïnneion.
est très difficile de détruire à cause de sa vie souterraine.
De tous les moyens employés pour se débarrasser du ver blanc, le seul qui ait donné des résultats consiste à recueillir les hannetons quand ils sont engourdis dans les feuilles. On secoue énergiquement les jeunes arbres sur les lisières des bois, et l'on ramasse les insectes tombés. On peut ainsi en détruire en peu de jours d'énormes quantités.
Fig. 60.
Le hanneton dépose plus volontiers ses œufs dans la terre ameublie que dans le sol compacte des forêts. Aussi les cultures qui avoisinent les bois sont-elles plus exposées que les autres aux dévastations de leurs larves. Les laboureurs emploient, pour les détruire^ des enfants qui les ramassent quand la charrue les découvre. On habitue aussi à faire cette chasse les oiseaux de basse-cour et même des chiens, qui sont très friands de ces larves.
— La courtilière (fig. 50) est un insecte du genre des orthoptères. Il vit sous terre et creuse,
Fig. 50. — La courttllère à l'ëtat d'insecte parfiiit.
24fO SYLVICULTURE.
comme le ver blanc, des galeries dans lesquelles il fait sa ponte ; il ravage les pépinières, les jardins^ en dévorant les racines de tous les végétaux qu'il rencontre dans le tracé de ses galeries.
La courtilière est pourvue d'ailes dont elle se sert pour quitter vers le soir sa demeure souterraine. La femelle pond jusqu'à 200 œufs^ qui éclosent au bout d'une ou de deux semaines. Les larves sont très voraces et se jettent avec avidité sur toutes les matières végélales; aussi une seule couvée suffîtelle pour dévaster entièrement une plate-bande de pépinière.
On détruit cet insecte en recherchant, pendant le mois de juin , les nids dans lesquels il dépose ses œufs. Ce nid n'est pas à une grande profondeur; un coup de bêche suffît pour le découvrir. On brise la coque de terre durcie au milieu de laquelle les œufs sont placés, et ceux-ci périssent au contact de l'air extérieur.
Les courtilières , qui recherchent la fraîcheur pendant les sécheresses de l'été, vont souvent se réfugier sous les planches et les paillassons mis à plat sur le sol. On peut détruire un grand nombre de ces insectes en disposant, dans un coin de la pépinière, quelques vieux paillassons, qu'on relèvera au milieu du jour.
En signalant dans ce chapitre quelques insectes
des plus connus et des plus redoutables, nous n'avons eu d'autre but que de donner une idée succincte des ravages qu'ils causent et des moyens qu'on peut employer pour les prévenir. Nous renvoyons ceux de nos lecteurs qui voudraient étudier plus complètement cette branche des sciences forestières, à Texcellent petit traité publié par M. de la Blanchère, sous le titre de Les Ravageurs des Forêts K
L'observation attentive des mœurs des insectes a fait découvrir quelques procédés de destruction qui peuvent être employés avec succès, mais on est obligé de reconnaître que ces moyens sont tout à fait insuffisants en présence des grandes invasions. Lorsque la ponte et l'éclosion se sont faites dans des conditions favorables, le nombre des insectes est si considérable qu'on ne peut songer à les détruire. Dans ces circonstances, il n'y a qu'à laisser agir la nature , elle se chargera de susciter contre les espèces dont la multiplication est exagérée des ennemis qui auront bientôt rétabli l'équilibre.
Le sylviculteur ne doit cependant pas rester înactif; mais au lieu de poursuivre des ennemis insaisissables à cause de leur petitesse, il cherchera d'abord à utiliser sans retard les arbres gravement compromis, puis il s'efforcera d'activer la végétation
1 Les Savageur» de» Forêt», par do La Blanchëre. — 4o édition in-18 avec 162 gravures. — Paris, J. Rothschild, Éditeur. — Kelië toile : 4 fr.
IG
242 SYLVICULTURE.
des massifs attaqués^ de manière à réparer , sinon pour le présent, du moins pour l'avenir, les dommages qu'ils ont subis. Les moyens à employer pour arriver à ce résultat varient suivant la nature du terrain et Tétat du peuplement; mais on peut indiquer d'une manière générale: le mélange des feuillus avec les résineux, la conservation du sousbois qui maintient la fraîcheur, les nettoiements et l'enlèvement des bois morts, comme les procédés les plus sûrs de prévenir et de réparer les dégâts qu'occasionnent les inseotes les plus redoutables.
TABLE DE CUBAGE
TABLE DE CUBAGE
Cette table donne le volume rëel des arbres abattus, mais non ëquarrîs. Elle peut servir au cubage des chablis, des arbres à vendre dans les coupes dëjà exploîtëes, mais on ne pourrait pas l'employer à Testimation d'arbres sur pied; car les calculs sont bases sur la circonférence moyenne, circonférence qui ne peut être mesurée si l'arbre n'a pas été préalablement abattu.
Comme il est admis par le service de la marine que la mesure des longueurs se compte en nombres pairs de décimètres, et que les circonférences sont mesurées en décimètres, on a formé la table en calculant, d'aprës ce mode de mesurage, pour toutes les grosseurs, depuis 1 centimètre jusqu'à 4 mètres, le volume des tronçons de 1 k 25 mètres. Mais pour éviter de lui donner trop d'étendue, on s'est borné à indiquer une fois pour chaque circonférence le volume correspondant aux longueurs de 2 à 8 décimètres.
11 résulte de cette disposition que la table ne fait connaître immédiatement que le volume des pièces dont la longueur se compte par mètres. Si la mesure de la longueur comprend des décimètres, il faut ajouter au chiffre qui correspond à la longueur en mètres celui qui correspond aux décimètres.
Si, par exemple, on veut connaître le volume d'une pièce dont la circonférence au milieu est de 1™,3 et la longueur 11™,6, on cherchera dans la l^^^ colonne le nombre 11 qui
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représente la longueur en mètres ; puis, suivant la ligne horizontale jasqu^à la colonne en tête de laquelle est inscrite la circonférence l^fi, on trouvera le nombre l^^^H^Sf qui représente le volume d'un cylindre de 1°^,3 de tour et de 11 mètres de longueur.
On cherchera ensuite dans la colonne des longueurs le chiffre 9.6, et le nombre correspondant 0.0807 donnera le volume du cylindre de 1™,3 de tour sur 0™,6 de longueur. On ajoutera les deux nombres 1.4793 et 0.0807 et le total 1.5600 représentera le volume cherché.
CoNVEBBioN DES PRIX. — Le volumc en bois d^œuvre indiqué dans la table est le volume en grume, mais comme les usages commerciaux ont fait préférer à ce volume réel facile k apprécier et à déterminer, des cubage fictifs, dits au Vi» au *Ut ^^ Va» q^i soot réputés devoir faire connaître ]a quantité de marchandise réellement utilisable, il est important de savoir calculer ce que vaut le mëtre cube en grume, unité que nous avons adoptée, quand on connaît le prix du mëtre cube, au quart sans déduction, au cinquième, ou au sixième déduit.
Pour obtenir le prix du mètre cube eu grume, étant donné le prix du mètre cube au quart sans déduction, il suffira de multiplier ce dernier prix par 0,78ô.
Pour obtenir le prix du mètre cube en grume, étant donné le prix du mètre cube au cinquième déduit, il faudra multiplier ce dernier prix par 0,5024, ou plus simplement prendre la moitié. S*il s^agit enfin de passer du prix du mètre cube au sixième déduit à celui du mètre cube en grume, on multipliera le premier par 0,545.
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