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CHAPITRE IV

Sols arables. — Sols il'alluYÎon et de dësagrëgatîon. — Roches ignées, sëdimentaîres, métamorphiques. — Granits, talcs et quartz. — Calcaires, grës, argiles. — Humus. — Définitions. —Effets delà culture.

On nomme sol, la couche supérieure de la croûte solide du globe terrestre. Le sol est formé de matières minérales plus ou moins consistantes, désignées sous le nom général de roches, quoique beaucoup d*entre elles soient loin d'avoir la solidité et la compacité des roches proprement dites. Ainsi, dans le langage scientifique, les sables, les argiles sont qualifiés de roches, aussi bien que les granits et les marbres.

La partie superficielle du sol, qui est en contact immédiat avec Tatmosphère et dans laquelle croissent les végétaux, constitue le sol arable ou propre à la culture. Cette couche, dont l'épaisseur est très variable, est composée des détritus des roches désagrégées et des matières organiques préexistantes.

Les sols formés des matières entraînées par les

eaux et déposées par elles, comme les sables et les limons, sont appelés sols d'alluvion. Ceux qui résultent de la décomposition sur place des roches sous-jacentes, qui se délitent au contact de Tair, sont dits de désagrégation.

Il est fort utile de savoir distinguer les différentes espèces de roches, afin de pouvoir apprécier les propriétés des sols qu'elles ont contribué à former, car chacune d'elles donne un caractère particulier aux sols- dans lesquels ses éléments dominent.

Les roches, qui ont subi une fusion complète par l'action des feux souterrains, sont appelées roches ignées. Celles qui sont formées des matières déposées par les eaux, sont dites sédimentaires , Il y a, en outre, une catégorie intermédiaire qu'on désigne sous le nom de roches métamorphiques. Ce sont des couches sédimentaires , situées dans le voisinage des matières incandescentes, qui ont formé, en se solidifiant, les roches ignées. La cuisson produite par ces masses mises en fusion à une température très élevée, a donné aux couches sédimentaires qu'elles ont soulevées et souvent recouvertes, une texture peu différente de celle des roches ignées.

Les roches ignées prennent, suivant leur composition, les noms de phorphyres, granits^ trachytes, basaltes^ talcs, quartz. Les phorphyres, les granits.

les trachytes et les basaltes sont en grande partie composés de feldspath, matière dure à l'état cristallin, mais susceptible de s'altérer et de se réduire en argile. Les granits sont des porphyres dans la pâte desquels il entre des grains de quartz et de mica. Ces roches feldspathiques se décomposent plus ou moins facilement au contact de l'air. Les sols provenant de leur désagrégation sont graveleux, peu consistants et peu fertiles.

Les trachytes et toutes les roches d'origine volcanique qui subissent une décomposition profonde, produisent, au contraire, des sols d'une grande fertilité.

Les massifs montagneux de la France centrale et de la Bretagne sont en grande partie formés de terrains granitiques. Ces terrains sont maigres et plus propres à la culture des bois qu'à celle des céréales. On y cultive cependant le seigle, le sarrasin et la pomme de terre. Les prairies naturelles y sont nombreuses, mais elles ne donnent pas un fourrage très nutritif.

Les roches talqueuses et micacées ont souvent la consistance schisteuse, c'est-à-dire qu'elles sont formées de minces feuillets superposés. Ces roches se délitent aisément, les feuillets se séparent, se brisent et forment un sol léger, sans consistance et d'une fertilité très médiocre. Les roches quartzeuses sont généralement dures et compactes ; la silice est

la base de leur composition. Les terrains où domine cette substance sont très légers, très perméables et d'une très faible fertilité.

Les roches sédimentaires sont les calcaires, les grès, les argiles et les marnes.

Le calcaire ou carbonate de chaux est la roche qui constitue la plus grande partie des couches supérieures du globe. Les terrains calcaires forment les deux tiers du territoire de la France. Les Alpes , les Pyrénées , les montagnes du Jura , les coteaux de la Bourgogne, ceux de la Guyenne sont composés de roches calcaires. La craie, qui affleure dans les plaines de la Champagne, les coteaux de la Normandie et de l'Artois, est un calcaire.

Cette dernière roche, qui est du carbonate de chaux presque pur, produit des terrains très légers, qui redoutent beaucoup la sécheresse. Quand la couche réduite à l'état terreux est mince, elle est presque infertile. Avec un peu de profondeur et d'humidité, les terrains crayeux deviennent assez fertiles, s'ils sont suffisamment fumés.

Les autres roches calcaires forment des terrains de fertilité variable suivant la consistance des produits de la désagrégation de la roche fondamentale. Si cette roche est dure, compacte et divisée en gros fragments, le terrain sera sec, maigre, infertile. Si, au contraire, elle se décompose en fragments ténus

mélangés d'argile, le terrain sera de bonne qualité. La plupart des terres à blé de la France sont des terres où le calcaire domine.

Les grès sont principalement composés de silice en parcelles très fines, agglutinées par un ciment tantôt siliceux , tantôt calcaire. Ce sont des roches de consistance très variable ; friables dans certains pays, ils sont très durs et compacts dans d'autres.

Les terrains formés par la désagrégation des grès sont très maigres; ils ne retiennent pas l'eau. Ce sont des sables fins qui ne deviennent fertiles qu'à force d'engrais.

Lorsque les sables de grès sont mélangés de terreau, ils constituent la terre de bruyère, terre légère qui convient à la culture des plantes délicates.

Les argiles proviennent, comme nous l'avons dit plus haut, de la décomposition des roches feldspathiques. Elles sont principalement formées d'alumine. Ce sont des matières douces au toucher, ductiles lorsqu'elles sont humides. Les variétés les plus pures servent à la fabrication de la poterie. Les sols argileux laissent difficilement pénétrer l'air et l'eau. Quand ils sont imprégnés d'humidité, ils la retiennent fortement. Ils se crevassent en se desséchant et deviennent très durs. Ce sont des terrains froids, difficiles à travailler.

L'argile mêlée de calcaire prend le nom de

marne. Cette roche a des propriétés intermédiaires entre celles de ses composants. Comme elle se délite aisément, les terrains qu'elle forme sont plus meubles que les argiles et moins légers que les calcaires purs.

D'après ce qui précède, on voit que les sols de désagrégation ont tous des propriétés différentes, maïs qu'aucun d'eux n'a celles qui produisent la fertilité. C'est qu'en effet tous ces sols formés du petit nombre d'éléments qui composent les roches fondamentales, sont ou trop compacts ou trop légers.

Pour qu'un terrain soit vraiment fertile il faut que ces éléments divers soient mélangés de telle sorte que leurs défauts se neutralisent. Il faut , en outre, qu'ils renferment une certaine quantité d'/mmus.

On nomme humus, la substance noirâtre, spongieuse qui est le résidu de la lente décomposition des matières organiques. Le terreau qu'on trouve dans le tronc des arbres, sous les souches des vieilles bruyères, est de l'humus.

Le carbone qui domine dans la composition de cette substance, ayant déjà fait partie de corps organisés, est très poreux et par conséquent très pénétrable à l'air et à l'eau , dont il absorbe de grandes quantités.

La présence de Thumus dans un sol lui donne toutes les qualités qui produisent la fertilité, car il ameublit les terres trop compactes, réchauffe celles qui sont trop froides, et conserve la fraîcheur à celles qui se dessèchent trop facilement.

Les alluvions, formées de matières minérales entraînées par les eaux et réduites à l'état de limons, dans lesquels on retrouve intimement incorporés le calcaire, la silice, l'argile et l'humus, sont des terrains de première qualité.

On peut dire, d'une manière générale, que la fertilité d'un sol est d'autant plus grande qu'il est composé de plus d'éléments divers.

Les bouleversements qu'ont subis les couches supérieures du globe, les modifications qu'elles ont éprouvées par l'effet des eaux, ont produit d'innombrables mélanges entre les matières qui composent les roches. Aussi la variété des sols est-elle très grande. Il n'y a, pour ainsi dire, pas deux terrains qui soient identiquement composés des mêmes éléments; mais pour faciliter l'étude de leurs propriétés, on désigne, comme nous l'avons fait, les sols de désagrégation par le nom de la roche qui y domine. Ainsi, on dit les terrains granitiques, crayeux, argileux, siliceux; quant aux sols composés, ils prennent le nom de la substance dominante, nom auquel on joint celui des roches qui entrent dans le mélange. Ainsi,

on a des sols argilo -calcaires ou calcaire-argileux^ argilo- siliceux, etc.

En indiquant ensuite la proportion d'humus qui • est mélangée aux matières minérales, on obtient une définition des sols qui suffit pour indiquer à peu près leurs qualités.

Les substances minérales qui entrent dans la composition des sols de désagrégation^ se renouvellent constamment par l'effet de la désagrégation des roches sous-jacenles ; la constitution chimique de ces sols est donc à peu près fixe en ce qui concerne ses éléments minéraux, mais il n'en est pas de même pour ses éléments organiques. L'humus se décompose sous l'action de la lumière, de la cha^ leur et de l'humidité ; il subit une combustion lente et se transforme en acide carbonique, qui se répand dans l'atmosphère. Les sols les plus riches en humus peuvent donc s'appauvrir avec le temps et devenir infertiles lorsqu'ils sont réduits à leurs composants minéraux. Nous voyons souvent ce résultat se produire lorsqu'on cultive des terres légères, calcaires ou siliceuses, peu profondes, dans lesquelles il se trouve de grandes quantités d'humus provenant d'anciens bois détruits ou de vieilles bruyères, Les labours répétés ramènent l'humus à la surface et ameublissent le sol ; l'air le pénètre dans tous les sens,'le soleil et la pluie font le reste ; au bout de peu d'années tout

rhumus a disparu. Ces terrains^ qui avaient au début une couleur sombre^ due à la présence des débris organiques, prennent peu à peu la teinte de la roche dominante, ils perdent bientôt leur fertilité si de fortes fumures ne viennent pas remplacer Thumus détruit.

Cet effet, assez lent lorsqu'il se produit sur des terres en plaine, s'accélère considérablement pour les terrains en pente. Là les eaux pluviales entraînent, au fur et à mesure de leur formation, tous les composés minéraux solubles, toutes les particules fînes^ organiques ou autres. Elles ne laissent en place que des matières inertes, et transportent au loin, sous forme de sable et de limon, tout ce qui constitue la richesse du sol.

Les vallées traversées par les grands fleuves sont ordinairement formées de dépôts de cette nature. A raison de leur fertilité, ces vallées ont été cultivées les premières. C'est seulement lorsque la population s'est accrue de manière à ne pouvoir subsister sur cet espace trop restreint qu'on a commencé à mettre en culture les plateaux plus élevés et les versants des montagnes.

Les forêts qui couvraient toute la terre, à l'exception des hautes montagnes, où les grands végétaux ne peuvent croître, ont été successivement détruites par l'homme et remplacées par des terres^

des prés et des vignes partout où ces cultures ont été praticables. Mais on ne s'en est pas tenu là, et bien souvent l'on a détruit des forêts dans des contrées où il y aurait eu tout avantage à les conserver. Ainsi dans les montagnes on a arraché les bois pour étendre les pâturages, et au lieu de bois qui venaient très -bien, on â obtenu des herbages d'abord assez abondants, mais qui sont devenus si maigres par la suite, que les moutons peuvent à peine s'y nourrir. Ces terrains arrivent peu à peu à un état de complète dénudation; les eaux y creusent de profonds ravins et entraînent dans les vallées, sous forme de sables et de galets, les débris arrachés aux flancs des montagnes déboisées. Ces désastreuses opérations n'ont pas été faites dans les montagnes seuTement; il est bien des plaines où le terrain peu propre à la culture a été imprudemment défriché. Là ericore on a remplacé de belles forêts par de mauvaises terres^ dont le produit couvre à peine les frais de culture.

L'action que le terrain exerce sur la végétation n'est pas seulement due à la nature chimique des éléments qui le forment, elle dépend beaucoup de l'état de division âe ces éléments et de leur aptitude à absorber l'eaii. Le sol qui sert de support aux végétaux peut être aussi considéré comme le réservoir dans lequel les racines vont puiser l'eau néces-

saire à leur existence. Les infiltrations des courants souterrains, les pluies alimentent ce réservoir où l'eau se trouve maintenue en couches très minces mouillant chaque parcelle de terre.

Pour qu'un sol soit propre à la culture des grands végétaux, il faut d'ahord qu'il ait une consistance assez solide; car les racines doivent s'y implanter et s'y fixer de manière à assurer la stabilité du végétal.

Il faut, en outre, qu'il soit perméable à l'air, et qu'il conserve toujours une certaine quantité d'humidité. Ces conditions sont remplies toutes les fois qu'un sol meuble, d'une certaine épaisseur, mélangé d'humus, repose sur des sables, des pierrailles, ou même sur des roches fissurées, car alors la couche superficielle laisse pénétrer l'eau jusqu'aux racines qui s'implantent dans les fissures du sous-sol. Mais si le sous-sol, au lieu d'être pénétrable, est argileux ou formé de roches compactes, l'eau reteijue par ces couches impénétrables empêche les racines de remplir leurs fonctions; elles pourrissent, et le végétal meurt.

Les terrains très légers, comme les sables siliceux, se laissent traverser par Teau avec une grande facilité; ils s'échauffent et se refroidissent prompte ment. Leur suriface se dessèche si vite que les racines des jeunes plants sont brûlées avant d'avoir pu

atteindre les couches plus profondes où il reste un peu d'humidilé.

D'après ce qui précède, on comprend que la fertilité d'un terrain dépend non seulement de sa composition^ mais encore de sa situation et de la quantité d'eau qu'il renferme. Ainsi, tel terrain calcaire qui, sur un coteau exposé au soleil, sera de trèsmédiocre qualité, pourra devenir bon dans la vallée où il sera arrosé par des eaux d'infiltration.

Un terrain infertile, quand il est souvent recouvert par des eaux stagnantes, deviendra excellent quand des travaux de dessèchement en auront fait écouler les eaux surabondantes. Un sol de très bonne qualité, mais formant une couche de peu d'épaisseur sur des roches compactes, pourra être tout à fait impropre à la culture forestière s'il est exposé au midi, parce qu'il se desséchera trop profondément; exposé au nord, ou rafraîchi par des eaux d'inOltration, ce même sol deviendra très bon.

La fertilité dépend donc d'un grand nombre de causes dont la détermination scientifique serait fort compliquée, si l'on voulait établir un classement exact de la valeur relative des divers sols. Il n'est heureusement pas besoin de recherches aussi complexes pour apprécier à peu près la qualité d'un terrain donné. La couleur, l'aspect du sol, sa pro-

fondeur^ et surtout l'apparence des végétaux qui y croissent, fournissent à cet égard des indications assez sûres pour dispenser les forestiers des analyses chimiques que les agriculteurs sont obligés de faire quand ils veulent se rendre bien compte de Taptitude de certains sols à des cultures nouvelles.

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