‹ Guide du forestierChapitre 10 sur 76 · CHAPITRE V · texte numérisé non relu

CHAPITRE V

Germination. — Conditions favorables. — Cellules, fibres etvaisseaux. — Composition d'une jeune tige. — Racines. — Feuilles. — Boutons. — Circulation de la sëve ascen» dante. — Transformation dans les feuilles. — Assimilatien du carbone. — Action de la lumière. — Sève descendante. — Cambium. — Formation des tissus. ^ Accroissement de la tige et des racines. — Effets du couvert. — Périodes de la vie des arbres. — Jeunesse, maturité, décrépitude et mort naturelle. — Des maladies et de la mort anticipée.

Lorsqu'on place une graine d'arbre, un gland par exemple, dans un sol meuble, humide et abrité par des feuilles contre la vive lumière du soleil, on voit, au bout de quelques jours, si la température est suffisamment élevée, ce gland se gonfler, son enveloppe écailleuse se fendre et laisser passer une petite saillie qui s'allonge et se divise en deux fila-

ments, dont Tua se dirige dans le sol, tandis que

l'autre se redresse du côté de ratmosphère. Le premier de ces filaments, celui qui pénètre

dans le sol, est le rudiment de la racine, c'est la

radicule; le second formera la tige et les feuilles, on le nomme tigelle.

Voici les phénomènes qui se produisent pendant cette phase de Texistence des arbres qui constitue la germination :

Le gland que nous avons pris pour exemple est formé de deux lobes symétriques accolés par leurs faces et à rextrémilé desquels se trouve placé le germe ou embryon. La masse de ces deux lobes^ qu'on nomme cotylédons (fîg. 2, a), est composée d'une multitude de cellules très-petites, juxtaposées les unes contre les autres et

remplies d'une substance farineuse qu'on nomme

fécule ou amidon.

Sous l'influence de la chaleur, le tissu des coty-

Fig. 2.

Fig. 2. — Gland dont le germe développé a donné naissance à la tigelle et à la radicule.

lédons absorbe l'eau qui, comme nous Pavons dit précédemment, est imprégnée d'oxygène emprunté à l'air, et de sels dissous dans le sol. En présence de ces éléments, la fécule, qui est un composé de carbone et d'eau, cède à l'oxygène une partie dé son carbone, se combine avec une nouvelle quantité d'eau et se transforme en une matière sucrée, laiteuse, soluble, analogue à la sève et capable d'alimenter la jeune plante» Pendant cette période de sa vie, le jeune chêne, encore attaché au gland d'où il est sorti, se nourrit de sa substance, comme le petit poulet du jaune de l'œuf où il est renfermé. Mais bientôt la radicule s'implante dans le sol, la tigelle se développe et donne naissance à deux feuilles qui s'étalent au-dessus du sol ; les cotylédons épuisés, flétris, devenus inutiles, se détachent et le petit chêne vit de sa vie propre. Il est, à la vérité, à l'état d'ébauche ; mais il est complet, car son accroissement ultérieur s'opérera par la seule multiplication des organes dont il est pourvu à ce moment.

C'est avec ces organes si frêles et d'apparence si simple que la nature saura transformer en un arbre énorme la petite plante produite par le gland.

Toutes les graines qui tombent sur le sol ne ger-

ment pas. Beaucoup servent de nourriture aux animaux ; il s'en perd un grand nombre qui se décomposent faute d'avoir trouvé, sur le point où elles sont

tombées, les conditions nécessaires à leur germination. Dans un terrain trop humide elles pourrissent ; elles se dessèchent, au contraire, si l'eau fait défaut. Le froid arrête la germination, une chaleur modérée l'accélère, mais la vive lumière lui est défavorable.

La nature a d'ailleurs pris des précautions contre les nombreuses causes de destruction qui menacent les graines. Elle les a multipliées dans une telle proportion, qu'il suffit de la réussite d'une petite partie d'entre elles pour assurer la conservation de l'espèce.

Si toutes les graines que produit un seul arbre devenaient fertiles, le globe terrestre [serait en peu d'années envahi par la postérité de ce seul sujet. Mais cet envahissement n'est pas à craindre, car si les semences sont innombrables^ leurs chances de destruction ne le sont guère moins.

Pour que la radicule puisse s'insinuer dans le sol, afin d'y puiser l'eau nécessaire à l'existence de la jeune plante, il faut que le sol soit meuble et humide. S'il est compact et dur, la radicule, trop tendre pour percer la croûte superficielle, se dessèche et la plante meurt. Elle meurt aussi quand le sol est trop aqueux^ parce que l'eau^ bouchant tous les interstices du sol, empêche l'air d'y pénétrer et d'y apporter l'oxygène destiné à remplacer celui qui est absorbé.

Pendant cette première phase de la végétation, les

tissus sont pleins de liquides et par suite très tendres. Un haie de quelques heures, un coup de soleil, suffisent pour les flétrir. Aussi la nature a-t-elle pris soin de leur procurer des abris. Ce sont d'abord les feuilles mortes qui couvrent le sol, puis le feuillage des arbres. Plus les jeunes plants sont sensibles, plus ces abris naturels sont puissants. On voit toujours, en effet, les arbres à feuillage touffu produire de jeunes plants délicats , tandis que les graines des arbres à feuillage léger donnent naissance à des plants robustes dès leur jeune âge.

Le petit chêne dont nous avons suivi l'évolution jusqu'au moment où il a commencé à vivre de sa vie propre, est composé de parties bien distinctes^ qui sont la tige, dont le prolongement dans le sol forme la racine; les feuilles, qui s'étalent à l'extrémité de la tige, et le bouton^ qui la termine.

Si l'on examine à l'œil nu une section de cette tige naissante, on la voit composée d'une substance homogène, aqueuse, à demi transparente, verte à la circonférence, et d'un blanc verdâtre vers la partie centrale. Mais si l'examen se fait au moven du microscope, on reconnaît que cette homogénéité n'est qu'apparente, car l'instrument laisse apercevoir, au lieu d'une masse compacte, une multitude de cellules juxtaposées comme les alvéoles d'un gâteau de cire. Chacune de ces cellules est semblable à une

petite vessie pleine de liquide. Gomme elles sont très rapprochées, au lieu de rester rondes, elles s'aplatissent dans différents sens. Les parois des cellules ne sont pas toujours lisses, elles sont souvent couvertes de points ou de lignes déliées (fig. 3 et 4). En poursuivant l'observation, on voit que sur

FIg. 3. Fig. 4.

certains points ces cellules s'ajoutent bout à bout; leurs cloisons intermédiaires disparaissent, et cette succession de petits globules creux produit des tubes très fins, auxquels on donne le nom de fibres, lorsque leur longueur est peu considérable et que leurs parois, dures et épaisses, ne présentent pas d'étranglements. On nomme vaisseaux les tubes formés par une série de cellules ou de fibres soudées bout à bout, et qui présentent des rétrécissements de distance en distance. Les fibres et les vaisseaux ont leurs parois lisses ou criblées de points ou de lignes (fig. 5 et 6). La transformation des cellules en fibres et en vaisseaux se fait à mesure que le végétal se développe.

Fig. S. — Tissu cellulaire grossi.

Fig. 4. — Cellules annelëes, rayées, ponctuées.

Les fibres se groupent en faisceaux disposés en couronne à l'intérieur de la tige. Le cercle de cellules qui reste englobé au centre de celle tÛSi couronne constitue la moelle. On nomme ^^^ rayons médullaires les portions du ^V tissu cellulaire placées entre les faisceaux et reliant la moelle à 1

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e cellulaire extérieure, qui deviendra l'écorce. Cette zone est entourée d'un cercle de petites cellules serrées , qui forme l'épiderme. En-

fin, cette enveloppe extérieure est ellemême recouverte par la cuticule, matière homogène semblable à un verais qui enduit toute la surface du jeune végétal, y^' ^ L'épiderme est marqué de petites taches, dans lesquelles l'examen microscopique fait voir autant d'ouvertures qui mettent l'intérieur des lissus en communication avec l'atmosphère ; ce sont les Homaiea,

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Fig. 7.

L'aspect que présente une section de la tigelle,

dans les premiers jours de son ^^m ^ \ apparition est indiqué dans la

En examinant quelque temps f^^A0^ y après une section faite sur une ^F Iw y tigelle du même arbre, on voit

que son aspect n'est plus le même. Les faisceaux fibreux, qui formaient une couronne interrompue par de larges rayons médullaires,se sont multipliés ; leur cercle, devenu plus complet, est seulement traversé par les rayons médul- . laires, réduits à l'état de raies plus ou moins larges.

Ce cercle de tissu fibreux, qui se- Pig. g.

Fig. 7. — Section d'une jeune tige. — La partie centrale blanche représente la moelle, qui se relie par les rayons médullaires de même couleur à la zone corticale ; les faisceaux fibreux sont représentés par les coins émoussés de couleur foncée disposés en couronne autour de la moelle.

Fig. 8. — Portion de l'épiderme vue au microscope; les stomates sont figurés par de petits orales.

pare la moelle de l'écorce, formera plus tard le bois (%■ 9)-

Arrivéeàce point de développe ment, la tigese compose des parties suivantes : Au centre, la moelle, formée de cellules lâches, grosses et transparentes dans la partie centrale, plus pelites et vertes à mesure qu'elles s'en éloignent ; autour de la moelle, un cercle de vaisseaux et de fibres, traversé par les rayons médullaires, qui sont les prolongements de la moelle. Les fibres sont serrées, leurs parois sont épaisses et leurs canaux intérieurs n'apparaissent sur la tranche que comme de petits points ; au milieu de ces faisceaux de fibres, on voit des ouvertures plus larges, ce sont celles des vaisseaux. Cette couronne de tissu fibreux est entourée d'une

Pig.9. — Section d'une tlged'^tsble i%ii d'un na. Au centre onrolt la

noire ODdoMfi qui eninnre U e41i« fibreiiBe. La U^B bUncI qui BDTOloppB lo CBmblnni, est formée de fibre» wrllcBlea el laUcUèrea. La eaucha Bubéreuao, qui enlouie les fibres ic recouverte par l'épiderme, flgaté pir une ligne noito aalou

zone de tissu cellulaire ver dâtre communiquant avec la moelle par les rayons médullaires.

Cette zone est le cambium. C'est elle qui sépare l'écorce du bois, et c'est par elle que s'opère l'accroissement de la tige en épaisseur.

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Le cambium est enveloppé par un cercle de libres, dont les plus extérieures sont entremêlées de vaisseaux, ce sont les fibres corticales ; les vaisseaux sont leslaticifëres; enfin, autour de ce cerclede fibres on trouve une zone de tissu cellulaire, coloré en vert, et mis en communication avec la moelle par les rayons médullaires, dontles lames minces traversent toutes les couches précédentes. C'est l'enveloppe cellulaire, qui est elle-même recouverte d'une couche de cellules de couleur souvent brune, disposées

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par assises régulières ; cette zone, nommée l'enveloppe subéreuse, est recouverte à son tour par l'épiderme.

La radicule, à sa naissance, est formée par un petit groupe de cellules, qui, tout en se multipliant, s'allongent et se transforment en fibres et en vaisseaux, dont les extrémités supérieures s'unissent aux fibres et aux vaisseaux de la tige. Aussi la composition de la racine présente-t-elle une grande analogie avec celle de la tige. La seule différence essentielle consiste dans l'absence de moelle ; les fibres se développent au centre même de la racine, et laissent vers la circonférence toute la masse du tissu cellulaire. L'épiderme des racines n'est pas comme celui des tiges percé de stomates ; mais les cellules qui le forment s'allongent souvent de manière à faire saillie, elles présentent alors l'aspect de poils très fins.

Le tissu cellulaire des racines est en général gorgé de liquide, et on y constate souvent la présence d'une grande quantité de fécule.

Les feuilles, à leur naissance, présentent l'appa* rence de petites écailles minces et serrées les unes contre les autres ; à mesure que la tige s'accroît, ces lamelles, qui sont le prolongement d'un des faisceaux fibreux dévié de la verticale, s'écartent et s'agrandissent. Si l'on examine au microscope une

feuille ayant pris sa forme définitive, on reconnaît qu'acné est composée des tissus qui se retrouvent dans la tige et qu'ils y sont placés dans le tnême ordre.

Tant que lefe faisceaux défibres qui doivent cons-

tituer la carcasse de la feuille, restent juxtaposés sur une certaine longueur, ils forment le pétiole ou queuô ; à une certaine distance de la tige, ces faisceaux se divisent, se ramifient et forment le limbe ou la feuille proprement dite. Les mailles du réseau

Fig. 11. — Feuille de peuplier noir.

que produisent toutes ces petites ramifications sont remplies de tissu cellulaire.

Quoiqu'elles soient souvent très minces, on peut reconnaître dans l'épaisseur des feuilles deux cou^ ches distinctes de tissu cellulaire : l'u ne ^ supérieure, est formée de cellules serrées, étroites, laissant entre elles quelques lacunes correspondant ; à autant dp stomates ; l'autre, inférieure, éomposée de cellules lâchement unies, présente de nombreuses lacùnea, communiquant les unes avec les autres et avec les stomates, qui criblent la face inférieure de la feuille. Les nervures, qui viennent s'étaler au milieu de ce tissu de consistance spongieuse, sont, comme nous l'avons dit, le prolongement des fibres et des vaisseaux de la tige. Ces faisceaux de petits tubes; établissent une communication non interrompue entre la feuille, la tige et la racine.

L'extrémité supérieure de la tigelle est couronnée par le bouton, petit renflement situé entre les points d'attache des feuilles terminales ; le bouton est le rudiment du bourgeon, qui doit continuel* la tige. C'est un amas de cellules, en communication avec rextrémité de la moelle. Ce noyau cellulaire est recouvert de petites lames superposées, qui deviendront plus tard des feuilles.

Le bouton al beaucoup d'analogie avec l'embryon, mais il n'est pas comme [celui-ci pourvu de cotylé-

dons. Destiné à se développer sur place, il trouvera dans le végétal sur lequel il a pris naissance la nourriture que les cotylédons doivent fournir au germe.

On voit, par cette description, que depuis l'extrémité des racines jusqu'aux feuilles, toutes les parties du jeune arbre sont mises en communication par une multitude de canaux , qui permettent aux liquides de circuler dans son intérieur. Il nous reste maintenant à faire connaître comment s'opère cette circulation, et quelle est son action dans la vie végétale.

Lorsque, après avoir épuisé les provisions de nourriture renfermées dans la graine, d'où il est sorti, le jeune sujet demande aux milieux qui l'entourent les éléments de son existence, sa radicule va chercher dans le sol l'eau chargée de substances solubles. Cette eau est absorbée par l'extrémité de la radicule, qui est formée d'un tissu cellulaire très perméable; les poils déliés, qui garnissent la surface de cette jeune racine, sont, comme nous l'avons dit, des cellules allongées; ils sont par conséquent creux et augmentent la surface d'absorption. Ces poils, pénétrant dans les plus petits interstices, s'appliquent contre les particules terreuses, qui renferment toujours un peu d'eau à cause de leur consistance spongieuse. L'eau absorbée passe de cellule

en cellule, à travers les membranes très fines qui les séparent; elle atteint les fibres et les vaisseaux, gagne le tissu médullaire et monte jusque dans la tige et les feuilles.

Mais pendant ce trajet, cette eau, d'abord presque pure, dissout dans les cellules de la racine et de la tige les substances nutritives, telles que la fécule, le sucre, qui s'y trouvent renfermées, elle les entraîne dans son mouvement ascensionnel ; à mesure qu'elle s'élève, sa consistance augmente ; ce n'est plus de l'eau, c'est un liquide chargé de substances sucrées ou sirupeuses, qui prend le nom de sève,

La circulation de la sève ascendante s'effectue par toutes les parlies du jeune arbre ; mais c'est par les vaisseaux qu'elle s'opère le plus rapidement, parce que ces longs tubes facilitent beaucoup ses mouvements. On voit toujours la sève se mettre en marche à l'époque où la température s'élève ; on est donc fondé à penser que la chaleur est la cause déterminante de cette activité.

Arrivée à l'extrémité de la tige, la sève pénètre dans les feuilles par les vaisseaux et les fibres du pétiole, elle suit les ramifications des nervures et va se répandre dans les cellules, qui sont, comme nous l'avons dit précédemment, séparées par de nombreuses lacunes mises en communication avec l'extérieur par les stomates.

Il s'opère là une modification profonde dans la composition de cette sève, pendant qu'elle circule de cellule en cellule dans l'intérieur de la feuille. Au contact de l'air, qui pénètre par les stomates, elle perd une partie de son eau, qui est rejetée dans l'atiafiosphère à l'état de vapeur; en même temps, l'acide carbonique contenu dans cet air se décom pose sous l'influence de la lumière du isoleil, le carbone est absorbé avec un peu d'oxygène, et le reste de l'oxygène se dégage.

L'air qui sort des stomates est donc plus riche en vapeur d'eau et en oxygène que celui qui entre ; par contre, il a perdu l'acide carbonique qu'il contenait. La sève a peMu de son côté une partie de son eau et s'est enrichie des atomes de carbone enlevés à l'atmosphère, atomes dont l'agglomération finit par constituer toute la charpente solide du végétal.

Il est difficile, au premier abord, de concevoir que l'acide carbonique porté par l'air dans les feuilles, puisse produire des quantités de carbone suffisantes pour former de grands arbres. Nous avons dit, en eff'et, que l'air ne renferme pas plus des vingt- neuf cent millièmes de son volume d'acide carbonique, et nous savons que les cavités intérieures des feuilles sont si petites qu'on ne peut les voir sans microscope.

Mais, si l'on considère que les feuilles d'un arbre

sont très nombreuses, qu'elles baignent dans Tatmosphère, que l'agitation du vent fait à chaque instant pénétrer dans leur intérieur de nouvelles quantités d'air, et que chacune de leurs cellules accomplit sans relâche, pendant toute la durée du jour^ sa fonction d'assimilation, on arrive à comprendre que ce travail incessant puisse, à la longue, donner de grands résultats.

L'atmosphère est d'ailleurs un réservoir inépuisable de carbone; chaque mètre cube d'air n'en contient à la vérité que quelques atomes, mais le volume de l'atmosphère est si grand que ces atomes réunis finissent par produire une quantité énorme. Des calculs fort précis, basés sur le poids de l'atmosphère et sur sa composition, permettent d'évaluer à plus de soixante milliards de kilogrammes le poids du carbone qu'elle renferme.

La combustion, la décomposition et la fermentalion des matières organiques rejettent constamment dans l'atmosphère, sous forme d'acide carbonique, le carbone précédemment fixé par les végétaux. Il s'établit ainsi, entre le sol et l'air, un échange constant qui maintient l'équilibre.

L'assimilation du carbone ne s'opère que sous l'influence de la lumière du soleil et par les parties vertes des plantes. Dans l'obscurité, au lieu d'absorber le carbone et de rejeter l'oxygène, les végé-

aux dégagent de Tacide carbonique et absorbent une petite partie de l'oxygène de l'air. C'est pour cela qu'il est si dangereux de laisser, pendant la nuit, des branchages et des fleurs dans les chambres où l'on couche, car l'acide carbonique qui s'en dégage est un gaz méphitique.

Cette action de la lumière sur l'assimilation fait comprendre pourquoi les plantes maintenues à l'ombre jaunissent et s'étiolent, tandis qu« celles qui sont exposées aux rayons solaires prennent une belle couleur verte et croissent vigoureusement.

C'est que, dans le premier cas, l'effet d'une assimilation lente et incomplète, suite de l'insuffisance de la lumière, est détruit par la déperdition qui se fait pendant la nuit ; dans le second cas, au contraire, la déperdition nocturne étant plus faible que l'assimilation, la sève conserve sa richesse et donne de la vigueur à la plante.

Il ne faudrait pas conclure de là que les jeunes plants doivent être exposés directement aux rayons du soleil. La lumière est, sans doute, indispensable à tous, mais à des degrés différents. Les plants de plusieurs essences redoutent la lumière trop vive dans leur jeune âge, et c'est pour cela qu'on leur ménage, jusqu'au moment où ils sont assez forts, des abris qui laissent arriver jusqu'à eux assez de lumière pour former leurs tissus, tout en inter-

ceptant l'excès de chaleur qui pourrait les dessécher.

Lorsque la sève a acquis, par son contact avec Tair^ dans les cellules de la feuille, les qualités qui la rendent propre à nourrir le végétal, elle est ramenée dans soii intérieur par un mouvement contraire à celui qui Ta élevée jusqu'aux feuilles.

Cette sève élaborée entre dans les canaux formés par les nervures des feuilles, elle arrive au pétiole et pénètre, en suivant le faisceau de fibres qui relie cet organe à la tige, jusqu'à la zone fibro-vasculaire.

Dans la description de cette zone, il a été dit qu'elle est formée de fibres rayées de petit diamètre, qui constituent le bois, de vaisseaux ponctués, dont l'ouverture est plus grande, d'une couche mince de cellules, que recouvrent des fibres longues et résistantes, nommées fibres corticales, et de vaisseaux laticifères.

. Si l'on se rappelle que le pétiole est le prolongement d'un faisceau de ce tissu fibro-vasculaire, prolongement dans lequel chaque partie conserve sa position relative, il est aisé de comprendre qu'en s'infléchissant, pour s'étaler ensuite sous forme de feuilles, les fibres corticales et les vaisseaux laticifères qui occupent la portion externe du faisceau dans la tige, occuperont la partie inférieure du pé-

tiole et de ses ramifications^ et que les fibres formeront la partie supérieure.

La sève dont l'élaboration s'est faite dans les cellules des feuilles trouve là des canaux tout préparés pour la ramener. Ce sont ceux qui forment le prolongement des vaisseaux laticifères et des fibres corticales ; elle s'y engage et descend ainsi dans cette partie de la tige qui constitue la couche intérieure de l'écorce, et qu'on nomme liber, à cause de sa disposition qui rappelle celle des feuillets d'un livre.

La sève descendante qui a acquis la consistance d'un liquide visqueux se répand entre la couche des fibres corticales et celle des fibres ligneuses ; elle s'épaissit et donne naissance à une couche composée de cellules en voie de formation^ qui s'intercale entre le bois et l'écorce. On donne le nom de camhium à ce tissu naissant.

L'organisation du cambiura, d'abord purement cellulaire, se complète peu à peu, les cellules se multiplient; elles se transforment en fibres et en vaisseaux, qui reproduisent exactement les tissus sur lesquels ils s'appliquent. La couche du cambium, primitivement homogène, se dédouble alors en deux parties distinctes : l'une, composée de fibres et de vaisseaux ligneux, s'applique sur la zone ligneuse préexistante et la recouvre ; l'autre, formée de fibres

corticales, revêt intérieurement la couche corticale et la repousse à l'extérieur.

Le cambiura arrive ainsi, en descendant toujours, jusqu'à l'extrémité de la racine, dont il accroît la longueur.

La. plus grande partie de la sève descendante suit la voie qui vient d'être indiquée, mais il en passe aussi une certaine quantité par les fibres du bois et par les cellules des rayons médullaires et de l'écorce. En traversant ces tissus, cette sève épaissit les parois des cellules et des fibres, qu'elle incruste d'une substance nommée cellulose^ composée d'eau et de carbone, comme Ja fécule, mais qui en diffère par ce qu'elle renferme moins d'eau que cette dernière. La sève descendante dépose en outre dans l'intérieur des cellules de la fécule, du sucre et diverses autres matières solubles.

Les diverses phases que nous venons de décrire peuvent se résumer ainsi qu'il suit : Teau, arrivant par les racines, dissout dans leurs tissus et dans ceux de la tige les matières nutritives qu'ils contiennent, elle s'élève jusqu'aux boutons, dont elle détermine le développement en bourgeons et en feuilles. Lorsque les feuilles sonl formées, la sève, qui continue à y arriver, subit dans leur tissu une élaboration qui la transforme en un liquide susceptible d'organisation. Ce liquide donne naissance à une couche de cam-

bium, qui s'intercale entre les bois et Técorce dans toute la longueur delà tige et de la racine. Le cambium se dédouble en deux couches, Tune, de tissu ligneux, qui s'applique sur le bois et augmente son épaisseur; Taulre, de tissu cortical, appliquée à l'intérieur de l'écorce, et qui rejette à l'extérieur les parties précédemment formées.

La tige s'accroît donc d'une couche de fibres, qui se dépose sur le tissu ligneux comme une couche de peinture sur une baguette. L'épaisseur de cette couche dépend de la vigueur de la végétation, et varie suivant les essences et la température. L*écorce, au contraire, s'accroît en dedans, comme un tube qu'on enduirait à l'intérieur d'une couche de vernis.

A la fin de l'été, la feuille qui a accompli sa fonction perd sa couleur et jaunit, son pétiole se dessèche, elle tombe en laissant voir à son point d'attache un petit amas de tissu cellulaire, qui est le bouton destiné à donner lieu, au printemps suivant, à une nouvelle génération de bourgeons ; pendant l'automne, les tissus du bois et de l'écorce, imprégnés des substances apportées par la sève descendante, prennent de la consistance, les racines continuent à croître par leur extrémité, mais ce travail tout intérieur ne se manifeste pas au dehors. Les froids de l'hiver arrêtent complètement la végétation.

Les premières chaleurs du printemps produisent

sur le jeune plant, dont nous venons de suivre le développement, un effet analogue à celui qu'elles ont produit l'aûnée précédente sur le germe d'où il est sorti. Les boutons, situés à la base des feuilles et au sommet de la tige, s'accroissent comme s'était accru le germe ; mais au lieu de tirer, comme ce dernier, leur nourriture des cotylédons, qui ont disparu, ils la trouvent dans les provisions déposées par la sève descendante dans les tissus de la tige.

L'eau que les racines tirent du sol monte dans la tige en se chargeant, pendant son trajet, de fécule et de sucre ; elle arrive aux boulons, qui grossissent, s'allongent en bourgeons et donnent naissance à une nouvelle production de feuilles.

Les phénomènes que nous avons déjà décrits se reproduisant tous les ans, dans le même ordre, il en résulte : une nouvelle couche de tissu ligneux appliquée sur celles qui existaient déjà, une nouvelle couche de fibres corticales s'appliquant à l'intérieur de l'écorce, un bourgeon terminal, qui prolonge la tige principale, et des bourgeons latéraux qui forment les branches. La longueur de la tige s'accroît ainsi chaque année de la longueur du bourgeon terminal, pendant que sa grosseur s'augmente de l'épaisseur d'une couche ligneuse et d'une couche corticale. Ces différentes couches ligneuses sont assez faciles à distinguer ; dans le chêne, elles sont très nettement

dessinées par des lignes de points placés sur le bord interne de chacune d'elles. Ces points sont les ouvertures des vaisseaux qui n'existent pas sur le reste de la zone, dont le tissu, formé de fibres serrées, est beaucoup plus compacte. Le ^^^ --- — bois d'orme présente la même I structure. On ne voit pas ces

lig'nes apparentes de points dans tous les bois; mais dans ceux de nos climats les couches annuelles se reconnaissent toujours parce que le bord externe (côté de l'écorce) e=it plus dense, plus coloré que le bord externe (côté de la moelle).

On peut donc exactement savoir l'âge d'un arbre, en *''s- lî- comptantlescouchesligneuses

de la base du tronc. On pourrait aussi arriver à la même détermination, en fendant la tige dans sa longueur ; car on devraitretrouver, de celte manière, la série de couches dont on voit les cercles sur la tranche du bois. Mais, comme les fibres vues dans

leur longueur sont difficiles à distinguer, la détermination serait moins sûre. ■ ^

Nous avons vu qu'en même temps qu'il se forme une couche de bois, il se produit une couche de fibres corticales ; on devrait donc retrouver dans l'écorce une succession de zones pareilles à celles qu'on voit dans le bois. Cette série de couches corticales existe en effet , mais pendant peu d'années. Le grossissement du bois et l'application successive de couches nouvelles à l'intérieur de l'écorce font que les fibres formées les premières sont peu à peu repbussées à l'extérieur ; les couches cellulaires, subéreuses etl'épiderme qui les recouvraient, distendus par cette force intérieure, prennent une apparence rugueuse, s'écaillent ettonibent par parcelles ou par larges plaques. Les fibres corticales, situées immédiatement au-dessous, subissent plus tard le même sort ; de sorte que les couches ligneuses vont en se superposant toujours, tandis que celles de l'écorce se détruisent au dehors au fur et à mesure qu'elles se produisent au dedans.

Si l'exposé des lois de la croissance des bois est suffisamment clair, le lecteur peut, dés à présent, en déduire toutes ses conséquences pratiques. Ainsi, il comprendra sans peine comment une empreinte apposée sur un arbre, pourvu qu'elle atteigne le bois, sera recouverte par toutes les couches ligneuses

qui se produironL postérieurement. Si, a» contraire, l'empreinte n'attaque que l'écorce, elle se dilatera '^ comme celle-ci, deviendra rugueuse, et finira par disparaître avec les couches sur lesquelles elle a été apposée.

Pour donner une idée aussi nette que possible de la structure d'un arbre, nous représentons ci-contre la coupe d'une tige de trois ans, fendue par son milieu dans toute sa longueur (Bg. 13).

On voit que celte tige est formée de trois tronçons, placés bout à bout.

Chacun d'eux est la pousse d'une année. Les branches latérales, dont on voit la base, sont exactement composées comme le tronçon né en même temps qu'elles, et chacune peut être considérée comme un nouvel axe d'où naîtront d'autres branches, qui donneront à l'arbre sa forme caractéfib- lï- ristique. Si toutes les feuilles deve-

naient l'origine d'un bourgeon, et si tous les bourgeons se développaient, la ramification suivrait une

loi très régulière et tous les arbres de même espèce seraient identiques ; mais Tavortement des bourgeons réguliers, la naissance de bourgeons adventifs, modifient cette ramification de manière à la rendre différente pour chaque individu, tout en conservant à tous ceux d'une même espèce une physionomie particulière, qui constitue le port de Tarbre.

Chaque printemps voit se reproduire les phéno>mènes que nous avons décrits. La sève s'élève, elle donne naissance à une production de bourgeons; la tige et ses ramifications s'allongent ; puis les feuilles naissent, entrent en fonctions, la sève s'élabore, descend et forme de nouveaux tissus, qui grossissent la tige et prolongent les racines.

Dans les premières années, alors que les tissus sont encore jeunes, l'ascension de la sève se fait par la moelle, par les fibres, par les vaisseaux^ par tout le végétal en un mot ; mais au bout d'une période plus ou moins longue, suivant les essences, tous ces petits canaux s'engorgent, les matériaux charriés par la sève se déposent dans les fibres et rendent leurs cloisons de plus en plus épaisses. La partie centrale de l'arbre se solidifie ainsi peu à peu et finit par former ce cercle de couleur , souvent foncée, qu'on nomme le cœur du bois.

C'est alors par l'aubier, c'est-à-dire par la portion encore jeune, que s'opère l'ascension de la sève

et comme c'est entre l'aubier et l'écorce que s'applique chaque année la couche nouvelle de cambium, le cœur ne participe plus à la vie de l'arbre, laquelle se trouve tout entière reportée à sa circonférence.

Cette partie centrale, devenue inactive, n'a plus d'autre destination que de soutenir le végétal;, c'est un support sur lequel viennent s'appuyer les générations successives de bourgeons , support qui peut disparaître en partie sans entraîner leur mort. On voit, en effet, des arbres vivre, pendant des siècles, alors que leur tronc est entièrement creux.

Pendant que la tige du jeune arbre, dont nous avons suivi l'évolution, s'accroît en longueur et en grosseur, ses racines s'allongent par la formation •constante de nouveaux tissus à leur extrémité, et grossissent par l'application successive des couches ligneuses qui continuent celles de la tige. Lorsque les radicelles ont enlevé au sol ambiant les substances solubles qui entrent dans la composition de la sève, elles s'allongent pour atteindre un sol nouveau , elles s'enfoncent pour rechercher dans lès couches profondes l'eau dont elles ont un besoin d'autant plus énergique que l'arbre grandit davantage. L'accroissement de l'arbre est d'autant plus prompt, qu'il a plus de feuilles ; aussi la surface des zones concentriques, qui en sont la mesure, va-t-elle en augmentant avec l'âge.

Au premier aspect, cela semble contredit par Texamen de la section d'un vieil arbre, car on voit souvent les couches les plus extérieures avoir une épaisseur très faible si on les compare aux moyennes. Mais il ne faut pas considérer seulement Tépaisseiir de la couche pour en déduire le volume de l'accroissement ; il faut tenir compte de la longueur de cette zone. Or cette longueur va en augmentant à mesure que la zone s'éloigne du centre. Ainsi, on peut dire, d'une manière générale, qu'un arbre s'accroît toujours tant qu'il vit. On pourrait ajouter que son accroissement irait toujours en augmentant, si des influences, que nous allons indiquer, ne venaient l'arrêter.

Dans les premières années de leur existence, les arbres de nos climats ont, en général, une végétation assez lente. Il s'écoule trois ou quatre ans avant qu'ils commencent à croître avec vigueur, mais lorsqu'ils ont passé cette première période sans éprouver d'accidents sérieux, ils entrent dans une phase d'activité qui se manifeste par un développement considérable en hauleur.

La force de la végétation se porte principalement vers le haut de la tige, qui s'augmente chaque année de la longueur du bourgeon terminal. Les branches Utérales s'accroissent aussi, mais comme la sève est appelée plus énergiquement vers lô sommet, qui est

mieux exposé aux rayons du soleil, leur développement n'est pas aussi actif. Il arrive un moment où les branches inférieures, privées de l'accès de la lumière par celles qui les dominent, s'étiolent et meurent. L'arbre qui, dans sa jeunesse, était ramifié dès la base , se dégarnit alors , et sa tige principale, qui porte le nom de tronc, prend la forme d'un cylindre plus ou moins irrégulier.

Cette marche de l'accroissement des arbres est facile à constater dans toutes les espèces de notre climat, mais c'est chez les résineux qu'elle se mani* feste avec le plus de clarté , à cause de la grande régularité de leur ramification.

Si l'on considère , en effet, un jeune épicéa, on le voit prendre, à l'âge de 4 ou 5 ans, une forme conique, déterminée par des verticilles de branches, se raccourcissant successivement du pied de l'arbre jusqu'à la base du bourgeon terminal. Vers 25 ou 30 ans, les branches basses commencent à s'étioler ; une pousse annuelle, qui a souvent 4 mètre et plus," accroît chaque année la longueur de la tige ; à mesure qu'elle s'élève , les branches inférieures se dessèchent, tombent, et le tronc se dégarnit. Vers l'âge de 60 ou 80 ans, l'épicéa a acquis presque toute sa hauteur; le jet terminal ne s'accroît plus que de quelques centimètres; mais, en revanche, les branches latérales les plus élevées s'étalent horizon-

talement et forment, au sommet d'une tige haute de 25 et 30 mètres, une touffe qui donne aux vieux épicéas un aspect entièrement différent de celui qu'ils ont dans leur jeunesse.

Ce que nous avons précédemment dit de l'action des rayons solaires, donne l'explication de toutes les anomalies que présente la croissance des arbres. Il suffit, en effet^ de se rappeler que l'assimilation se fait toujours sous l'influence de la lumière, pour comprendre que le développement de la tige ou des branches doit toujours se produire du côté d'où elle arrive. Quand, par une cause quelconque, l'accès de la lumière est intercepté, l'assimilation cesse, et partant l'accroissement.

C'est pour cela que les arbres dominés s'étiolent et meurent. C'est encore pour la même cause que les arbres en massif s'élèvent beaucoup plus haut que ceux qui poussent isolément. L'ombrage des branches supérieures, qui met obstacle au passage des rayons du soleil, fait dépérir peu à peu les branches basses, et les tiges sont toujours sollicitées à s'élever pour atteindre la couche . baignée de lumière.

Dans les arbres isolés, au contraire, la lumière arrive de tous les côtés; les branches latérales prennent un grand développement et se couvrent d'un feuillage abondant.

Cette ramification puissante empêche la pousse terminale de devenir prépondérante. Aussi voit-on, le plus souvent, les arbres plantés dans ces conditions avoir un tronc peu élevé, mais gros, des branches nombreuses, fortes, et une forme arrondie tout à fait différente de celle des arbres de même espèce venus en massif. Ces derniers, en effet, ont des branches peu volumineuses, s'étalant à l'extrémité d'une tige très élevée et relativement grêle.

L'art forestier repose en partie sur la connaissance des lois de l'accroissement des arbres , il est donc très essentiel de se rendre bien compte des divers organes qui concourent à cette fonction. Les détails dans lesquels nous sommes entré sur l'assimilation par les feuilles, la formation successive des couches ligneuses, l'absorption par les racines, doivent suffire pour faire comprendre que, si les racines sont nécessaires pour fournir à la plante l'eau dont elle a besoin, les feuilles sont indispensables pour puiser dans l'air le carbone qui formera les cellules, les fibres et les vaisseaux dont est composé tout végétal. Il faut donc qu'il y ait, entre les organes d'absorption {racines) et ceux d'assimilation (feuilles), une corrélation naturelle que l'art doit chercher à produire et à conserver, afin d'obtenir, dans un espace et dans un temps donnés^ la

formation de la quantité la plus grande possible des matières ligneuses ; ce qui est ie but de la culture forestière.

La vie d'un arbre se compose de trois périodes, dont la durée est variable suivant les essences et les conditions locales.

La première, celle de la jeunesse, se manifeste à l'extérieur par la tendance de la tige à s'élever. Pendant cette période, le feuillage est abondant, l'écorce est lisse et saine , les jeunes pousses sont longues et droites. La deuxième période est celle de la maturité. Pendant sa durée, l'arbre cesse peu à peu de croître en hauteur, mais son accroissement en grosseur ne .subit pas de ralentissement. Les branches prennent un grand développement, le feuillage reste vigoureux, l'écorce est encore saine, mais elle devient rugueuse ; l'arbre prend une tète arrondie.

A cette période succède celle de la décrépitude, qui se termine par la chute de l'arbre. La décrépitude se manifeste d'abord par le dessèchement de l'extrémité supérieure de la tige, qui ne reçoit plus assez de sève pour continuer à s'élever. Les branches du sommet meurent les unes après les autres et tombent, les chicots restés adhérents à la tige se décomposent. Les eaux pluviales qui coulent le long de la tige et des branches retenues par ces chicots

devenus spongieux , s'infiltrent entre l'écorce et le bois^ désorganisent les tissus et occasionnent ces suintements noirâtres qui se prolongent jusqu'à la base du tronc.

En même temps, les couches centrales les plus anciennes subissent une décomposition lente produite par les réactions chimiques des substances dont elles sont formées. Cette décompositioa commence au centre et à la base du tronc. La partie qu'on nomme le cœur du bois change de couleur, prend un aspect terreux, et Ton voit se former au pied de l'arbre des ouvertures par lesquelles s'échappe un liquide noirâtre. Ces ouvertures laissent voir dans l'intérieur du tronc de. grandes cavités pleines d'une poussière brune, qui n'est autre chose que le résidu de la décomposition du tissu ligneux.

Pendant que toute apparence de vitalité a cessé dans la partie centrale, l'arbre continue à vivre par lés couches superficielles ; sa durée peut être encore très longue, si les matières décomposées et les eaux ont pu trouver une issue par la base du tronc, parce qu'alors l'intérieur se vide et reste sec. Si, au contraire, le bois pourri reste enfermé dans le bois sain, l'eau corrompue dont il est imprégné pénètre dans la sève, la décompose et amène promptement la désorganisation de tous les tissus ; les branches, n'étant plus suffisamment soutenues,

tombent alors les unes après les autres, et entraînent souvent le tronc dans leur chute.

Pour bien se rendre compte des phénomènes de la vie et de la mort chez les arbres^ il faut regarder leur charpente solide comme le support des générations de bourgeons qui se succèdent depuis la naissance du jeune plant. Chaque génération a la durée de l'évolution du bourgeon. Elle commence av-ec le bouton et finit avec la feuille. Ces générations successives se continuent tant que la tige met les boutons en communication avec le sol qui leur fournit Feau nécessaire à leur existence. Quand cette communication vient à s'interrompre^ l'évolution des bourgeons est arrêtée.

On peut donc se représenter la charpente d'un arbre comme composée d'une série d'arbres emboîtés les uns dans les autres, et dont chacun ne vit réellement que pendant la durée de l'évolution des bourgeons qui l'ont formé.

Au bout d'un certain temps , les plus anciens de ces arbres, ceux qui sont les plus intérieurs, meurent et se décomposent, les autres continuent à vivre; mais quand la décomposition intérieure a détruit la solidité de la charpente végétale qui les supporte, celle-ci tombe, et cette chute entraîne la mort des parties restées vivantes.

Les arbres destinés à fournir des bois d'œuvre

s'exploitent pendant leur maturité. Comme la durée de cette période est assez longue, on peut régler Và^e de l'exploitation suivant la nature et la qualité des bois qu'on veut produire. Si l'on trouve profit à obtenir de la petite charpente^ des pièces longues et effilées, on pourra abattre les arbres dès qu'ils cessent de croître en hauteur, c'est-à-dire au début de la période de leur maturité. Si, au contraire, on veut produire des bois de qualité supérieure et de fort échantillon, il faudra attendre la fin de cette période.

Dans tous les cas , il est important de ne jamais conserver les arbres au delà de l'époque où ils présentent des signes certains de décrépitude; car ces signes accusent un commencement de désorganisation intérieure , qui ôte aux pièces une grande partie de leur valeur.

Il ne faut pas toujours prendre pour un symptôme de décrépitude l'apparition de branches mortes vers le sommet d'arbres sains d'ailleurs. 11 arrive souvent que les réserves des taillis se couronnent ainsi, sans être pour cela dépérissantes.

Lorsque l'exploitation du taillis laisse les tiges de ces réserves exposées au soleil, elles se couvrent de branches qui absorbent la sève au passage et l'empêchent d'arriver en assez grande abondance vers les sommets. Ceux-ci se dessèchent alors, et

l'on dit que Tarbre est couronné. Mais si Ton coijpe rez-tronc ces branches gourmandes, on voit bientôt la sève reprendre son cours habituel , les branches mortes tombent et sont remplacées par de nouveaux bourgeons, qui font à l'arbre une nouvelle tète. Il n'est même pas nécessaire de faire cet élagage pour obtenir ce résultat ; il se produit tout naturellement par Taccroissement du taillis, qui, en s'élevant, étouffe les branches basses des arbres de réserve, et fait ainsi refluer vers la tête la force de la végétation.

L'exploitation des bois se fait souvent avant que les arbres soient parvenus à leur maturité. Il est certains produits, comme les écorces, les perches, les cercles, etc., qui ne peuvent s'obtenir qu'autant qu'on abat les arbres pendant leur jeunesse. Quelques essences, le chêne entre autres, ne donnent de bon bois de feu que si elles sont exploitées à un âge peu avancé. C'est au propriétaire à calculer, d'après les conditions dans lesquelles il est placé, s'il a avan tage à diriger sa culture forestière vers la production des bois de gros échantillon, des bois d'industrie ou de ceux de chauffage. Gomme ces conditions sont essentiellement variables, il est impossible de fixer aucune règle^énérale à cet égard.

En traitant delà croissance et de la fin des arbres, nous nous sommes borné à décrire les phases qui précèdent et déterminent la fin produite par la vieil-

lesse ; mais nous n'avons pas parlé des causes qui peuvent aussi déterminer une mort beaucoup moins lente.

Ces causes peuvent agir sur les racines, organes d'absorption, sur les feuilles, organes d'assimilation^ et sur la tige, organe de transmission.

Parmi les causes de nature à entraver les fonctions des racines, il faut placer en première ligne celles qui sont relatives à la quantité ou à la qualité de l'eau. Le manque d'eau se manifeste immédiatement par le flétrissement et la chute des feuilles; l'excès d'eau détermine une production exagérée de feuilles et de tissus sans consistance. Quand de l'eau, contenant des substances vénéneuses, atteint les racines, elle est absorbée et élevée jusqu'aux feuilles, qui jaunissent et tombent, l'arbre meurt empoisonné. Les matières grasses^ goudronneuses ou sirupeuses obstruent les ouvertures par lesquelles l'eau pénètre dans les radicelles et arrêtent la végétation. Quoiqu'il soit assez difficile de savoir, au premier abord , quels sont les organes atteints dans un arbre qu'on voit dépérir, on peut, en général, affirmer que si le dépérissement s'est manifesté avec rapidité, sans lésion extérieure apparente, c'est vers les racines qu'il faut en rechercher la cause.

Les feuilles, vivant dans l'atmosphère, subissent l'influence de tous les changements qui se pro-

duisent dans ce milieu; Tair chaud et sec active Févaporation qui se fait à leur surface. La lumière détermine l'assimilation du carbone ; cette fonction se ralentit à l'ombre et cesse pendant la nuit.

L'ombrage empêche donc les feuilles de se développer, et comme ce sont elles qui fournissent les matériaux de la tige, on voit toujours les arbres dominés avoir une apparence maladive. Les insectes qui détruisent les feuilles occasionnent un grand trouble dans la croissance des arbres; car l'absence de feuilles, pendant l'été, empêche la formation du cambium et entraîne par suite une lacune dans la série des couches du bois. Si les feuilles ne sont détruites que pendant une saison, l'arbre peut réparer ce dommage l'année suivante ; car la sève ascendante trouvera dans les dernières couches de l'aubier des matières amylacées encore solubles et assimilables; mais si l'enlèvement des feuilles se répète pendant plusieurs années consécutives^ l'arbre meurt d'inanition. 11 est fort important de se rendre bien compte de l'utilité des feuilles ; car on suppose trop généralement qu'elles ont dans la végétation un rôle secondaire. Les émanations gazeuses , la fumée et la poussière qui obstrue les pores, le défaut de lumière sont, en dehors des destructions opérées par les insectes, les animaux et l'homme, les causes les plus ordinaires de dépé-

rissement des arbres, par les troubles apportés aux fonctions des feuilles.

Le tronc et les branches subissent les conséquences des perturbations des fonctions des feuilles et des racines , mais ces parties du végétal sont en outre exposées à de nombreux accidents. Les chocs et les blessures qui désorganisent ou tranchent leurs tissus, produisent des écoulements de sève dangereux pour l'existence de l'arbre. Quand les blessures sont franches et qu'elles n'ont pas une op grande surface^ le cambium, qui s'échappe par vaisseaux coupés , forme autour de la plaie un irrelet dont les bords se rapprochent peu à peu finissent par fev recouvrir ; mais si la plaie est inde, le temps que ce^.^urrelets mettent à se joindre est si long, que leboHL®*P^^^ ^ ^'^^^ ^® décompose avant que la soudure lœ^^^*®' ^® ^^'^ pourri forme alors un centre de déîSS!'^^^'*'''''' dont l'effet s'étend aux parties voisines et^""'* ^^"^ entraîner la perte de l'arbre entier.

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