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PREFACE

DÉSORMAIS la Bibliophilie n'a plus besoin de livres méthodiques et arides comme le Manuel du Libraire de Briinet et la France littéraire de Ouèrard. Si le voliiminetix ouvrage de Loren^ ne lui suffit pas, c'est à y renoncer. Elle n'aura, par contre, jamais asse^ de ces recueils charmants comme les Recherches tirées d'une petite Bibliothèque de Nodier, TAnalecta Biblion du marquis du Roure et l'ouvrage d'Asselineaic sur les Romantiques. Mais ce qui lui manquait, c'était un livre participant du Catalogue et du Compte rendu, n'ayant pas l'aridité du pi-emier et permettant d'embrasser plus d'objets que le second. Pour satisfaire amplement les appétits et les goûts de jour en jour plus excités et plus raffinés des bibliophiles, il fallait écrire l'histoire de chacun des chefs-d'œuvre de la librairie et de l'imprimerie, les vicissitudes par lesquelles ils ont souvent passé; dire le nombre des exemplaires de choix, les prix qu'ils ont coûté et les noms de leurs heureux possesseurs. En y ajoutant de magnifiques dessins en couleurs, reproduisant les merveilleux spécimens de reliure qui, depuis Le Gascon jusqu'à Marins Michel, ont porté si haut la, gloire d'une industrie toute nationale et qui, pour le fini et l'élégance, n'a pas encore de rivale en Europe, on satisfaisait les desiderata de tous ceux qui, soit par passion, soit par état, recherchent les livres rares et précieux.

C'est là la vaste tâche entreprise et menée à bien par le Guide du Libraire-antiquaire et du Bibliophile. Grâce à l'exactitude de ses notices, à la sûreté des détails qu'elles contiennent, grâce aussi à la précision de ses fac-similé de reliure, il est devenu tout de suite un classique de la Bibliographie. Comme le colossal ouvrage de Brunet, il se trouve déjà entre les mains de tous les libraires et de tous les amateurs de livres. Il leur fournit, non point par ordre alphabétique ou chronologique, mais, au hasard des ventes.

YI PREFACE

des renseignements utiles sur tous ks beaux livres qui s'y présentent et principalement sur ceux des xvili= et xix* siècles, que pourchassent désormais avec un grand acharnevient les collectionneurs.

Et, en effet, les beaux ouvrages du xvie et du xYiic siècles n'apparaissent plus que rarement. Ils sont, comme on dit à la Bourse, des placements de tout repos, absorbés et classes. Il faut maintenant des occasions comme les ventes Guy Pellion et Rochebilière. pour que l'on puisse rencontrer réunie une quantité considérable d'Editions originales du xvii«. Les anuiteurs ont donc été forcés de se rejeter avec frénésie sur le xviiie et même sur le xix" qui atteint, lui aussi, des prix exorbitants, surtout pour les Romantiques d les Illustrés brochés, pourvus de leur couverture imprimée, de leur prospectus et même de leur avis au relieur.

Afin d'augmenter le prix de son exemplaire, l'amateur s'évertue à mettre en relief ses moindres avantages : la date présumée ou certaine de son tirage, l'état de ses gravures; la largeur de ses marges s'il est relié; enfin tout ce qui le rapproche du complet de son ensemble primitif . Les exemplaires à dédicace sont particulièrement recherchés; ceux qtii ont appartenu aux auteurs ou sont annotés par eux atteignent une valeur très haute. Bientôt sans doute, on imaginera mieux encore. Juge^ de l'effet produit dans une vente par la mise sur table d'un exemplaire de Candide, première édition, à toutes marges, relié avec de la peau de Voltaire ! Ce serait le comble, Y idéal de la Bibliofolie de pouvoir lire sur un catalogue cette mirifique mention : relié en plein, peau de l'auteur!

Puisqu'il faut savoir borner ses désirs, contentons-nous pendant quelques années encore du veau, du maroquin, du chagrin et du cuir de Russie — mais constatons que le goût des livres, surtout des livres bien imprimés, sur beau papier, ornés avec une élégance sobre et somptueuse à la fois, reliés avec art, est entré dans nos mœurs et dans nos habitudes; c'est le luxe des intelligents et c'est pour cela qu'il a pu naître et qu'il pourra prospérer sans autre encouragement que les satisfactions qu'il procure.

Aujourd'hui on peut citer, rien que dans Paris, deux cents possesseurs connus de fort belles bibliothèques, et l'on n'a pas besoin, comme en ijSj, d'êtj-e un Duc de La Vallière pour avoir une collection dont le Catalogue exige trois volumes in-8° et qui produise 464,6"]'} francs en vente publique. Sans être très communes, ces choses-là arrivent encore trois ou quatre fois en dix ans. Les ventes décent mille francs ne sont pas rares, et celles de trente mille relativement fréquentes.

Comment s'en étonner lorsque l'on voit des livres très récents — Novissimoe Nobilitatis, comme aurait dit Velleius Patercuhis, — les Chants et Chansons populaires de la France, par exemple, — ? volumes grand in-S°, Paris, Delloye, 184^, se vendre

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