‹ Guide du libraire-antiquaire et du bibliophileChapitre 26 sur 75 · LES VIGNES DU SEIGNEUR · texte numérisé non relu

LES VIGNES DU SEIGNEUR

— Paris, Victor Lecou, Bordeaux, Typ. G. Gounouilhou, 1854, in-32, de 127 pp. y compris le titre et le faux titre, puis 2 pp. non chiâ. pour la table; — pap. vél.

Charmant petit volume de poésies sur l'amour et le vin. — L'un des plus rares, issus de la plume du spirituel et sympathique écrivain. Il est imprimé en rouge, presque en couleur de vin, ce qui semble harmoniser la forme avec le fond. La verve que l'auteur y a déployée et la bonne exécution typographique font de ce petit recueil un hvre digne des amateurs les plus délicats.

La couverture originale de ce volume était en papier rose, avec une petite grappe de raisin comme fleuron du milieu. Bientôt, l'éditeur la changea et elle fut remplacée par une couverture blanche imprimée en rouge, sans fleuron, comme celles des autres ouvrages qui composaient cette petite collection

in-32, publiée en concurrence avec celle de Eugène Didier.

L'auteur des Vignes du Seigneur ne fut pas très content de l'impression ou plutôt du tirage de son petit recueil, car nous avons sous les yeux son propre exemplaire, sur lequel il écrivit celte note : « J'ai fait imprimer ce volume à « Bordeaux, pendant un séjour de six « mois que j'y fis en 1853. L'extrême « chaleur nuisit beaucoup à la netteté « de l'impression en couleur rouge. »

a Charles MoNSELET. »

Le volume les. Vignes du Seigneur vaut aujourd'hui de 15 à 25 francs, suivant l'état.

89. — PARIS MARIÉ, philosophie de la vie conjugale, par H. de Balzac, commentée par Gavarni. — Paris, publié par J. Hetiel, 1845,

1 vol. petit in-8° de 84 pages, non compris le faux, titre et le titre, plus

2 feuillets à la fin pour la Table et le Placement des grands bois.

Cette petite étude satirique, aussi spirituelle qu'originale, est illustrée de nombreuses vignettes sur bois dans le texte, par Gavarni. En outre, on y voit 20 grandes figures à pleine page, également gravées sur bois, d'après le même artiste. Ce sont les portraits-types très caractéristiques des personnages que l'auteur met en scène. Ces grandes figures, qui sont tirées hors texte sur des feuillets séparés , manquent dans un certain nombre d'exemplaires, auxquels on a enlevé aussi, à la fin, le feuillet qui contient le Placement des grands bois.

Les beaux exemplaires complets de ce petit volume valent aujourd'hui 40 à 50 fr., lorsqu'ils sont brochés, et un peu moins s'Ûs sont rognés. Au Cata-

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logue Rouquette (octobre 1882), un exemplaire en demi-reliure maroquin, non rogné, est coté 40 francs.

90. — PRIMEROSE. Par M..el de V..dé (Morel de Vindé). — Paris, P. Didot l'aîné; 1797, i vol. in-i8.

De 2 ff. lim. pour le tit. et f.-tit., et de 207 pp. suivis de 2 fF. non chiff. contenant la liste des ouvr.

en vente chez Bleuet jeune dont il porte la marque. — Accompagné de cette épigraphe :

Le vrai peut quelquefois n'être pas vraisem-

[blable.

B A., P. (Boileau : Art. poèt.)

Orné d'un frontispice et de cinq charmantes figures, le tout gravé par Godefroy d'après Lefèvre. — La légende suivante se trouve au bas du frontispice :

Sans craindre ni reproche ni remords.

A l'origine, ce roman, dont la composition, selon Chenier est faible mais amusante, se vendait 2 fr. 50 sur pap. ord.; et 5 fr. sur pap. vél. Aujourd'hui les exemplaires en papier ordinaire valent de 10 à 12 francs. Ceux imprimés sur papier vélin, de 20 à 25 francs; — imprimés sur papier vélin, avec les figures avant la lettre, de 100 à 150 francs; — sur grand papier vélin, figures avant la lettre et avant le nom des artistes, 400 à 500 francs.

Il existe de rarissimes exemplaires en grand papier vélin, contenant de plus les eaux- fortes. On les vend quelquefois jusqu'à 700 ou 800 francs et plus. (Voir le no suivant.)

91. — ZELOMIR, par Morel (de Vindé). — A Paris, chez Bleuet jeune, de l'impr. de P. Didot l'aîné;

1801, I vol. in-i8. De 309 pp., tit.

et f.-titr. compris, plus un feuillet blanc, suivi de 12 autres fi. chif. i-vii pour la liste des ouvrages imprimés chez P. Didot l'aîné, et mis en vente chez Bleuet jeune. — La parenthèse est sur le titre. — Les exempl. sur gr. pap. vél. ne portent que la souscription de P. Didot, avec la marque de Bleuet. — Accomp.

de cette épigraphe :

La fortune en sait plus que l'homme le plus

[sage R d.. M.... (Régnier des Marais.)

Illustré de 6 fig. gravées par Godefroy, d'après Lefèvre. — Vendus d'abord 3 fr. sur pap. fin ; 6 fr, pap. vél. et 12 fr. pap. gr. rais. vél.

Prix : exemplaires en papier ordinaire, 15 a 18 francs; exemplaires imprimés sur papier vélin, 25 à 30 francs; exemplaires imprimés sur papier vélin, avec les figures avant la lettre, 100 à 120 francs; en grand papier vélin, figures avant la lettre, 400 à 500 francs et même plus (Répertoire Morgand et Fatout, 1882, 650 francs). Comme pour Primerose, il existe de rarissimes exemplaires en grand papier vélin contenant en plus les eaux-fortes.

Les deux ouvrages réunis sous un même numéro (exemplaire de Pixerécourt, cartonné non rogné), contenant les figures avant la lettre et à l'état d'eaux-fortes, furent adjugés au prix de 20 1 G francs, à la vente Pochet-Deroche (mars 1882).

Ces deux ouvrages avaient été vendus l'un : Primerose (n° 121 3, bibliothèque de M. G, de Pixerécourt, Paris, 1838) 9 fr. 50; l'autre, Zèlomir (n» 1214, même bibliothèque), 9 fr. L'exemplaire de Renouard, en même état que le précé.

dent, fut vendu une quinzaine de francs en 1852.

92. — HISTOIRE DU ROI DE BOHÊME ET DE SES SEPT CHATEAUX. (Par Charles Nodier.)

— Paris, Delangle, 1830, i vol. in-8°, de 398 pages, non compris le titre et le faux titre. Avec une vignette sur le titre surmontée de cette épigraphe : « Il y avoit une fois un roi de Bohême qui avoit sept châteaux. Trimm. »

Cette singulière et curieuse production, où l'auteur a essayé de remplir le cadre indiqué par Sterne en son Tristram Shandy, est assez rare aujourd'hui. D'ailleurs elle ne figure point dans l'édition de ses œuvres. Elle est ornée de SO vignettes tirées dans le texte, gravées sur bois par Porret, d'après les dessins de Tony Johannot.

A l'origine, elle valait, en papier vélin, 15 francs; — en papier de Hollande, tiré ài2exemp., 3ofrancs; papier de couleur, tiré à 6 exemp.. 60 Irancs;

— papier de Chine, tiré à 6 exemp., 120 francs. En février 1882, un exemp.

broché a été vendu 5 5 francs. Un autre, lavé et encollé, cart., comp. non rogné, 65 francs. A la vente Renard, mars 1 881, un exemplaire relié en veau fauve, par la veuve Niédrée, avec une lettre autographe de Ch. Nodier à Aimé-Martin, fut adjugé 60 francs.

Une nouvelle édition de cette fantaisie a paru en 1852, chez Victor Lecou, sous le titre de : Les Sept châteaux du Roi de Bohême. — Les quatre Talismans. Elle est de format in- 12 et illustrée de vignettes sur bois.

93. CONTES DES FÉES, par Ch. Perrault, de l'Académie française. Contenant : le Chaperon

rouge, les Fées, la Barbe-Bleue, la Belle au bois dormant, le Chat botté, Cendrillon, RiquetàlaHoupe, Le Petit Poucet, l'Adroite Princesse, Grisélidis, Peau d'Ane, les Souhaits ridicules. Nouvelle édition, dédiée à Son Altesse Sérénissime Mgr le duc de Montpensier. — A Paris, chei Lamy, libraire, quai des Augustins.

M. D. ce. LXXXI, I vol. petit in-8°, de 16 feuillets (XXXII pages) prélim. titre compris, et 424 pages, plus I frontispice gravé, placé avant le titre.

La plus jolie édition des contes de Perrault, et la plus recherchée, après l'originale de 1697, qui est devenue introuvable. — Illustrée d'un frontispice et de 12 belles vignettes dont quelquesunes sont signées par De Sève et par Martinet. Il y a 13 contes (Peau d'Ane y figure en vers et en prose, avec la même vignette, qui se trouve ainsi répétée deux fois). 11 ne fut pas fait de gravure pour les Souhaits ridicules.

Cohen dit, en contradiction avec De Bure, qu'on plaça en tête de ce conte la vignette de Peau d'Ane, De Bure prétend que ce fut celle de Grisélidis. Tous deux ont raison; car il existe des exemplaires oi!i la gravure de Grisélidis est répétée, et dans d'autres c'est celle de Peau d'Ane.

Nous avons eu sous les yeux ces deux exemplaires différents.

Cette édition, qui est la première complète, est très rare. Il en fut tiré quelques exemplaires sur papier de Hollande, dont le format in-80 est plus grand. Ces derniers sont rarissimes et ont une grande valeur; les bibliophiles se les disputent chaudement dans les ventes publiques. En mars 1880, à la vente de la bibliothèque du comte de

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Béhague, un bel exemplaire en grand papier de-flollande, relié en maroquin rouge, avec larges dentelles, par Trautz- Bauzonnet, atteignit le prix énorme de 4,200 francs. Un exemplaire en reliure ordinaire, imprimé sur ce papier, vaut 1,500 à 2,000 francs, lorsqu'il est grand de marges.

Dans le catalogue Morel de Vindé, on trouve l'annonce d'un exemplaire dont les figures étaient en double, tirées en rouge et en noir.

Les exemplaires en papier ordinaire, qui sont rares aussi, valent 400 à 500 francs, suivant l'état de la reliure et la beauté des épreuves.

Brunet signale (( plusieurs exemplaires » sur vélin, et il annonce que celui de Chardin, relié en 3 volumes, fut vendu 80 francs, et celui de Paris, qui contenait les dessins originaux, fut vendu 27 livres. Nous sommes loin de ces prix aujourd'hui.

94. — REVUE RÉTROSPEC- TIVE ou Bibliothèque historique, contenant des mémoires et documents authentiques, inédits et originaux, pour servir à l'histoire de la littérature et des arts. — 20 vol.

in-8°, qui ont paru en livraisons de 1833 à 1838, sous la direction de M. Taschereau, qui fut depuis administrateur général de la Bibliothèque nationale.

Ces 20 volumes divisés en trois séries inégales, la première de 5, la deuxième de 12 et la troisième de 3 eulement, ont été imprimés chez H. Fouruier.

Chaque volume des deux premières séries est formé de trois livraisons de 138 pages chacune. Les volumes de la dernière série en contiennent quatre

de 96 pages chacune. La pagination se suit par volume et la tomaison par série. A la fin de chaque volume il existe une table par livraison. Le dernier volume des deux dernières séries contient une table des matières de la série par ordre alphabétique. Il n'y a pas de table de cette nature pour la première série, ni de table générale pour l'ensemble de l'ouvrage.

Ce remarquable recueil, très recherché aujourd'hui lorsqu'il est complet, est très rare en cet état. Le tirage des dernières livraisons, lesquelles sont d'ailleurs diminuées de deux feuilles, ce qui indiquait la nécessité d'économies dans la publication — a été très inférieur en nombre à celui des deux premières.

Bien que certaines pièces recueillies dans la Revue rétrospective aient été depuis réimprimées à part ou complétées, elle n'en est pas moins restée une des collections les plus estimées de notre fonds historique.

On peut apprécier l'importance de ses richesses par les titres suivants de quelques articles de longue haleine qui y ont été insérés :

Mémoires de l'abhé Blache;

Chronique secrète de Paris, par Vàbhé Bandeau (10 mai au 21 septembre

Journal de la jeunesse de Mirabeau ;

Chronique du rè^ne de Louis XV (1742-1743);

Journal tenu par Ahderrliaman Gdberte pendant l'occupation française en Egypte;

Voyage de Galland dans le Levant (1673);

Journal de Paris, de Marais;

Nouvelles à la main (Fronde 1652 à

1655); Extraits des Mémoires inédits de

Dulaure, etc., etc.

En outre, la Revue rétrospective, qui était patronnée par la Société de l'Histoire de France dont elle a publié les procèsverbaux, a pu puiser dans les plus

riches collections de manuscrits, en y comprenant celles des grandes Bibliothèques de l'Etat, les archives de la Comédie française et d'autres établissements. Elle a eu ainsi à sa disposition des manuscrits de pièces inédites de Diderot, de Vadé, de Colin d'Harleville, etc., etc. On peut évaluer à plus de deux mille le nombre des pièces, lettres, actes, etc., insérés dans la iîwHe rétrospective; tous relatent des faits importants, ou soulèvent quelque voile mystérieux des grandes périodes de notre histoire, depuis le xvi« siècle jusqu'en 1830. Valeur de 200 à 300 francs, suivant l'état et la reliure.

95. — (SCARRON). Recueil de 16 estampes, par J.-B. Pater et J. Du Mont, pour le Roman comique.

In-fol.

Cette belle suite, gravée par B. Audran, Jeaurat, Lépicié, Scottin, A. et L. Surugue, ce dernier graveur du roi, est peu commune, surtout dans son entier. Du reste, ce qui a lieu d'étonner, elle n'est mentionnée ni dans le Manuel de Brunet, ni dans le Supplément, par MM. P. Deschamps et G. Brunet. Les noms des artistes ne sont pas inconnus du public. Qui ne s'est extasié à l'aspect de V Arrivée des Comédiens dans la ville du Mans? Quel mouvement, quel tohu-bohu, quel pêle-mêle, curieux, singulier, multiforme et bouffon, d'acteurs et d'actrices débraillés, accompagnés de chiens, de volailles, de mousquets, de hallebardes, de malles et de prosaïques ustensiles de ménage, mêlés aux nobles instruments de musique! Pater semble avoir mis là toute la fièvre de son délirant crayon. Le dessinateur complète l'écrivain.

Une suite complète, demi-rel., avec coins chagr. viol., fil., les pi. montées

sur onglets et à toutes marges a été acquise 265 francs à la vente C*** (avril 1882).

96. — ALBERTUS ou L'AME ET LE PÉCHÉ, légende théologique, par Théophile Gautier. — Paris, Paulin, 1833, i vol. in-12 de 2 ff. pour le titre et le faux titre, de 2 fï. pour la préface chiff. i-v et de 367 pages, la table comprise, avec une eau-forte de Célestin Nanteuil, qui manque souvent.

Ce volume, quoique portant le millésime de 1833, parut en 1832. Il figure au Journal de la Librairie, n" 45, samedi 10 novembre 1832. Du reste la préface est datée du mois d'octobre de cette année.

Malgré le titre du volume, le poème d'Alberttis n'occupe que peu de place; en tête du recueil, jusqu'à la page 287, se trouvent de nombreuses pièces de poésie, ayant chacune un titre séparé.

Ces poésies ne furent même pas réimprimées pour cette édition. On reprit tous les exemplaires qui n'étaient pas vendus et on y ajouta le poème d'Alberttis, qui se trouve être par conséquent, ici, en édition originale. La préface aussi est nouvelle et forme 4 pages (2 feuillets qui ne sont pas compris dans le i^r cahier).

A ces poésies, qui avaient déjà paru en 1830, on ajouta seulement le poème d'Albertus, qui occupe ici les pages 289 à 364.

Comme il représente le caractère de la poétique de l'auteur au moment de la lutte entre romantiques et classiques, ce recueil est extrêmement recherché et se trouve difficilement. En janvier 1882, un exemplaire en mar. bleu, 5 fil. sur les plats, dent, int., tr. dor., rel. de

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Thibaron-JoUy, a été acquis au prix de 300 fr. — Vente N*** (avril 1882), ex. broché, dont le frontispice à l'eau forte manquait et était remplacé par une jolie copie dessinée à la main, 199 francs.

97. — LES PRIVILÈGES DU COCUAGE, ouvrage nécessaire tant aux cornards actuels, qu'aux cocus en herbe. —^ Vicon, chei Jean Cornichon, à l'enseigne du Coucou, s.d. (le frontispice est daté de 1682, gravé), I vol. petit in-12.

On ne connaît point l'auteur de ce petit ouvrage aussi satirique que plaisant, écrit avec un certain talent et surtout avec beaucoup d'entrain. 11 se compose de dialogues entre « le Cocu » et « le Jaloux », dissertant sur les inconvénients ou les avantages.. . d'avoir une femme infidèle. Naturellement, pour que la conclusion soit plus amusante, la victoire finit par rester au... mari résigné, et le Jaloux est converti. Cette facétie est assez rare et fort recherchée. Il en parut à l'époque plusieurs éditions, mais celle-ci est la plus ancienne et l'une des plus jolies, sinon la plus jolie. Elle est bien imprimée (probablement en Hollande), tandis que presque toutes les autres le sont sur mauvais papier et avec de vilains caractères.

On paie ce volume en état ordinaire, 50 à 60 francs. A la vente de G. K***, en 1882, un bel exemplaire, relié en maroquin orange par Trautz-Bauzonnet, atteignit le prix de2iofrancs. Au Catalogue Fontaine, 1 878-1 879, un exemplaire en ancienne reliure, de l'édition bien moins belle de 1698, était coté 70 francs.

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