LES EXERCICES DE CE TEMPS. Contenant plusieurs
GUIDE DU LIBRAIRE-ANTIQ.UAIRE
satyres contre les mauvaises mœurs.
(Attribué à Courval-Sonnet ou à Angot de l'Esperonniére). — A Rouen, chei David Ferrand, rue du Bac, à r Imprimerie. M. DC. LVIL, i vol.
petit in-8°, Je 126 pages, y compris le titre.
Ce recueil de satires, qui est très rare, a été souvent contondu, à cause de la ressemblance des titres, avec un autre du même genre, intitulé : Les nouveaux satyres et exercices gaillards de ce temps. . . , par Angot 5^ de l'Esperonniére. C'est ce qui a fait attribuer l'un et l'autre à ce dernier poète, par quelques bibliographes.
Les Exercices de ce tetnps, que nous décrivons ici, sont certainement bien de Thomas Sonnet, sieur de Courval, gentilhomme virois, ainsi que l'affirme Brunet. On peut d'ailleurs s'en convaincre facilement en comparant le style et l'esprit de ces pièces satiriques avec les autres œuvres de Courval-Sonnet, notamment la Satyre Mênippce contre les femmes et les poignantes traverses et incommodité^ du mariage. On retrouve dans ces deux volumes la même hardiesse de pensées et d'expressions, le même bon sens plein de malice et de scepticisme, presque la même versification.
L'édition de 1657 des Exercices de ce temps est imprimée en caractères italiques. Elle contient quatorze satires, dont voici les titres : Le Bal, — La Mortification, — La Foire de Village, — Le Pèlerinage, — La Pourmcnade, — Le Cousinage, — Liicine, ou la Femme en couche, — LAffligê, — Le Débauche, — L'Ignorant, — Le Gentilhomme, — Le Poëte, — Le Cours, — Le Content.
Les douze premières de ces pièces avaient déjà paru en 1626, à la suite des autres Satyres de Courval-Sonnet (ce qui fournit une preuve sérieuse à
l'appui de notre opinion que ce poète est bien l'auteur des Exercices de ce temps. La première édition des quatorze satires ci-dessus parut séparément en 163 1, à Rouen, chez Laurens Maury, dans le format in-40. Brunet donne les prix de deux exemplaires de cette édition, que nous n'avons pas vue depuis bien des années passer aux enchères. A la vente Veinant (1855), ex. ordinaire vendu 19 fr. — et au catal. Potier, 1859, ex. rel. en mar. par Trautz-Bauzonnet, coté 100 francs. Ce volume vaudrait beaucoup plus aujourd'hui.
Un exemplaire de l'édition de 1657, cartonné en vélin, a été vendu 20 fr.
à la vente Jordan, en février 1881.
110. — LES AMOURS DU CHEVALIER DE FAUBLAS, par J.-B. Louvet. Troisième édition, revue par l'auteur. — Se vend à Paris, chei l' auteur, rue de Grenelle-Germain, vis-à-vis la rue de Bourgogne, ci-devant hôtel de Sens, n° 14^^. Et chei les marchands de nouveautés.
An VI de la République. 4 vol. in-8, ornés de 27 figures.
Cette édition du fameux roman de Louvet de Couvray, le conventionnel, est certainement la plus belle qui existe. Elle est assez bien imprimée et illustrée de 27 figures, d'après Marillier, Monnet, Monsiau, M'ie Gérard, de Marne, et Dutertre, gravées par Baquoy, Delaunay, Dambrun, Choflfard, Delvaux, Dupréel, Lemire, Patas, Saint-Aubin, Courbe, de Ghendt, Tilliard, Trière, et Viguet. Les sujets dessinés par Marillier surtout sont ravissants. Toutes ces figures sont ainsi réparties : 6 dans le ler volume, aux pages 23, 25, loi, 155, 200 et 203. — 7 dans le tome 2e, aux pages 35, 91, 138, 156, 182, 185, et
274. — 6 dans le tome 3e, aux pages 72, 125, 157, 204, 235 et 280. — 8 dans le tome 4^, aux pages 104, 130, 139, 207, 253, 269, 301 et 314. Trois autres gravures furent refusées, mais cependant tirées à quelques exemplaires; on peut les joindre à l'édition. Elles ont trait aux scènes des pages 23 (i^r volume), 117 (2« volume), et 203 (3"^ volume).
Les exemplaires ordinaires furent tirés sur papier vergé assez mince., mais il existe de très rares exemplaires en PAPIER VÉLIN, qui renferment les figures tirées avant la lettre, avec les noms des artistes gravés seulement à la pointe sèche. Ces exemplaires sont fort recherchés des amateurs et se vendent très cher.
Au Catalogue Aug. Fontaine, 1878-79, un bel exemplaire dans cette condition, orné d'une reliure du temps, en veau fauve, par Bozérian, était coté 1 500 fr.
Il fut tiré un très petit nombre d'épreuves à l'état d'eaux-fortes, qui sont aujourd'hui d'une insigne rareté, presque introuvables. L'exemplaire de Pixérécourt contenait ces eaux-fortes et les figures avant la lettre. Il n'atteignit que le prix de 77 fr. 50 à sa vente; mais il se vendrait peut-être plus de 3000 francs aujourd'hui. Pixérécourt avait acquis les eaux-fortes, au prix de 48 francs, chez Sylvestre, en 1809.
Les exemplaires en papier ordinaire, accompagnés des figures avec la lettre, valent de 50 à 100 francs. On les rencontre assez souvent à ces prix dans les catalogues de libraires. Ex. mar. br., dos orné de Courteval, vendu 850 fr.
Ed. Maas, mars 1882; mar. r., fil., dent, et comp., dos orné à mosaïque, doithl. detàb. M., /r. rfor. de Lefebvre, 1,705 fr. Emm. Martin, févr. 1877.
Ce roman, aussi remarquable de forme que dangereux au fond et qui révèle dans toute sa nudité l'élégante dépravation du siècle dernier, parut pour la première fois en 1786, « au prin-
temps », dit l'auteur de la préface de notre édition. Le titre était alors : Une année de la vie du chevalier de Faublas ; celui de la seconde partie, parue successivement, la même année : Six semaines de la vie du chevalier de Faublas, et enfin le titre de la troisième, publiée en juillet 1789, la Fin des amours du chevalier de Faublas. Malgré le bruit que fit cette production, elle ne fut réimprimée pour la seconde fois qu'en 1790; mais il en a été donné depuis un certain nombre d'éditions, la plupart illustrées de gravures.
111. — LA CHRONIQUE SCANDALEUSE, OU PARIS RIDI- CULE, de C. Le Petit. A Cologne, chei Pierre de La Place, 1668; i vol.
petit in-i2 de 47 pages.
L'auteur de ce petit poème, plein de verve et de méchanceté, Claude Le Petit, suivant les uns, Claude Petit, suivant les autres, paya de sa vie, comme on le sait, les plaisanteries et les critiques plus ou moins violentes contenues dans ce volume, dont plusieurs copies s'étaient répandues quelques années avant l'impression, et dans d'autres pubHcations. Il fut pendu et brûlé en place de Grève, « pour crime d'impiété», ayant été convaincu, dit Brunet, « d'avoir composé plusieurs chansons impies et licencieuses qui couraient alors Paris. » On raconte à peu près ainsi le fait de sa condamnation. Un jour qu'il était sorti laissant sa fenêtre ouverte, le vent éparpilla dans la rue plusieurs de ses papiers, laissés sans doute sur sa table de travail. Parmi ces papiers se trouvaient quelques vers satiriques, dans lesquels l'auteur plaisantait la religion et particulièrement la Vierge, peut-être aussi quelques poésies licencieuses, comme le poète en savait faire. Des passants recueillirent ces feuillets et
IV^criture de Cl. Le Petit ayant été reconnue, l'autorité ecclésiastique obtint que l'auteur fût arrêté et emprisonné.
Il ne tarda pas à être condamné au dernier supplice et il fut pendu et brûlé. On peut supposer que malgré le prétexte invoqué contre le malheureux écrivain, les critiques virulentes qu'il dirigea dans son Paris ridicule contre les courtisans... des deux sexes ne contribuèrent pas peu à motiver l'arrêt terrible prononcé contre lui.
Cependant C. Le Petit n'avait pas exclusivement le talent d'écrire des obscénités ou de composer des satires, car on trouva chez lui, après sa mort, le manuscrit d'un ouvrage intitulé : Les plus belles pensées de Saint Augustin, mises en vers français par C. Le Petit, qui fut publié par un nommé Du Pelletier, en 1666, avec une relation de la mort tragique de l'auteur.
Selon Brunet, la Chronique scandaleuse, ou Paris ridicule, avait dû paraître à Paris vers 1664; mais on ne la trouve pas.
L'édition de 1668, que nous décrivons, passe pour avoir été imprimée par Daniel Elzevier, à Amsterdam.
C'est ce qui la fait rechercher par les amateurs, de préférence aux autres qui ont été données depuis. Ce poème a été en effet plusieurs fois réimprimé, mais le plus souvent avec d'autres ouvrages satiriques de même genre.
Un exemplaire relié en maroquin par Trautz-Bauzonnet, en très bel état, de 0™i27 1/2 de hauteur, qui avait figuré à la vente L*** de M*** (Lebeuf de Montgermont) où il avait atteint le prix de 400 francs, était coté 600 francs aux catalogues Fontaine, 1877, 1878- 1879. — Celui de la vente de Béhague (mars 1880), relié en maroquin, par Trautz-Bauzonnet, hauteur G"' 129 mill., atteignit le prix de 195 francs; et celui de la vente Renard (mars 1881), relié par Cape, et ayant o™i26 millim., ne fut adjugé qu'à 47 francs.
112. — ALFRED DELVAU. — Histoire anecdotique des cafés et cabarets de Paris. Avec dessins et eaux -fortes de Gustave Courbet, Léopold Flameng et Félicien Rops.
Paris, E. Dentu, 1862. i vol. in-12.
Parmi les ouvrages de Delvau, celuici est un des plus recherchés. Il présente d'ailleurs un double intérêt. Le texte, rédigé avec le style fantaisiste et primesautier que l'on connaît, donne l'histoire pittoresque et anecdotique de quarante-quatre établissements presque célèbres ou qui eurent au moins leur moment de vogue. Plusieurs de ces maisons ont disparu ; celles qui survivent ont été tellement transformées, qu'on ne les reconnaît plus, quoique la date de l'ouvrage ne soit pas fort éloignée. Les souvenirs qui s'y trouvent consignés sont donc fort intéressants, et il est tout naturel que lecteurs et bibliophiles tiennent à les conserver. Mais ce qui ajoute au charme, ce sont les eauxfortes, malheureusement trop peu nombreuses (elles sont au nombre de 8, y compris le frontispice), dont ce volume est illustré.
Le frontispice, à toute page, placé en regard du titre, est signé de Féhcien Rops. Aucune des autres gravures n'est signée, ce qui est regrettable, car il serait curieux de pouvoir déterminer la part de collaboration de chacun des trois artistes cités sur le titre. La première petite eau-forte, après le titre, paraît seule être d'une main différente des autres. Elle est d'une exécution plus vigoureuse et, disons-le, moins habile, mais plus artistique, et d'un effet plus puissant. Nous la croyons de Courbet.
Les six autres seraient de Léopold Flameng.
Toutes ces petites eaux-fortes sont tirées sur papier de Chine et collées ensuite en tête des chapitres qui s'y
rapportent, dans des blancs réservés par l'imprimeur.
En tête de ce livre se trouve une préface-dédicace très curieuse, adressée « à M. le comte Joseph Bossi Federigotti, à Rovercdo (principauté de Trente). » Ce personnage, qui fut ami de l'auteur, avait fondé à Paris, en 1857, sous le nom d'Armand Scdixier, un petit journal intitulé Rabelais, dans lequel parurent d'abord plusieurs des études qui composent le volume des Cafcs et Cabarets de Paris, ainsi que Delvau le rappelle dans sa préface. Cette dédicace-préface a pour titre :
Avant d'entrer, et le volume est terminé par une postface intitulée :
En sortant, dans laquelle l'auteur s'adressant toujours à son ami Federigotti , cite encore , avec quelques lignes pour chacun, un certain nombre de cafés, sur lesquels il n'a pas eu matière à faire une étude dans le cours du volume.
L'ouvrage coûtait 3 francs 50 à son apparition, et il se vendit peu.
Aujourd'hui on le paie de 30 à 40 francs, lorsqu'il est broché et en bon état.
Au verso du faux-titre, après les volumes de Delvau, annoncés comme publiés, figurent comme ouvrages en {^réparation, des livres qui n'ont jamais paru et dont voici les titres :
Les Amours malsains (ce titre de roman a peut-être été remplacé par Les Amours buissonnières). — L'Homme aux lunettes bleues. — L'Histoire d'un homme. — Les Radieux de Chantemerle .
Ex.br. vendu 30 fr. C***, févr. 1882.
113. — ANGÈLE, drame en cinq actes et en prose, par Alexandre Dumas. Représenté sur le théâtre de la Porte-Saint-AIartin, le 28
décembre 1833. — Paris, Charpenl'ier, 1834, in-8° de 260 pp., tit. et f.-tit. compris; plus un feuillet à la fin pour les remerciements de l'auteur aux acteurs.
Edition originale, très rare, de 40 à 50 francs.
Frontispice eau -forte de Célestin Nanteuil, représentant la fin de la dernière scène du cinquième acte. Henri MuUer soutient Angèle et lui dit : « Il y avait sous le ciel un homme devant lequel vous auriez eu à rougir lorsqu'il aurait passé près de vous. Cela pouvait être : cet homme je l'ai tué. » Pour décor un salon donnant sur le jardin; à droite une cheminée supportant une pendule et un vase; plus loin un personnage dans la pénombre, accoudé sur une table, etc.
C'est encore une des pièces qui souleva contre l'auteur toute la tourbe des impuissants et des envieux. Jamais la critique ne fut plus injuste ni plus violente. Alors on prétendait même qu'elle n'était pas de lui; Selon Quérard, Anicet Bourgeois aurait été son collaborateur, et de plus, toujours d'après le même bibliographe, il existerait quelques exemplaires de cette œuvré qui, au lieu de porter le nom d'Alexandre Dumas, portent celui de M. Anicet Bourgeois. Quérard ne donne aucune preuve de ce fait : il le dit et c'est tout. C'est possible, mais rien n'est moins prouvé. Quoi qu'il en soit, Angèle eut cent représentations consécutives, et dans les reprises elle est accueillie encore avec les plus chaleureuses acclamations. Et la critique est oubliée.
Si Angèle eut ses détracteurs, elle eut aussi ses défenseurs, comme on le voit par l'opuscule suivant.
Angèle, drame de M. Alexandre Dumas, vengé des critiques de ses détracteurs. — Paris, imprimerie de Sétier,
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1834, in-80 de 8 pp., tit. compris.
De même qu'Autony, Angèh eut sa parodie :
Angèle, drame en cinq actes, narré et commenté par M^^ Gibou à ses commères Mraes Pochet, la Lyonnaise, etc.
Par l'auteur de Marie Tiidor, racontée par Mme Pochet à ses voisines (Robergej. — Paris, au Magasin TJjédtral, 1834, in-8° de 56 pp., le tit. et la préface compris. Avec cette épigraphe : « La femme n'est, à tout prendre, qu'un marchepied pour arriver aux grandeurs. »
Quant à la préface, c'est une critique railleuse à l'adresse d'Alex. Dumas.
Elle débute ainsi : a C'est une fort louable habitude que de se faire la barbe soi-même... », c'est-à-dire de se louer soi-même.
Et afin que rien ne manquât, une contrefaçon :
Angèle, drame en cinq actes et en prose, par Alexandre Dumas. — Bruxelles, Méline, Cans et C'^, 1853, m-i8 de 159 pp. sans le tit. et le f. -tit.
114. — LES APRÈS SOUPES, petit théâtre lyrique et moral sur les aventures du jour. (Par L. Edm.
Billardon de Sauvigny). — A Sybaris et à Paris, chei l'auteur, maison de M. Brunot, Cons'^ du Roy, agent de change, vis-à-vis la cour des Font", s. d., 24 cahiers, ayant chacun un titre particulier et une pagination spéciale, réunis en 6 vol. in-i8, avec cette épigraphe :
«• Rien n'est beau que le vrai... »
Quelques-uns des cahiers portent tantôt la date de 1782, tantôt celle de 1783.
Recueil composé de comédies, de vaudevilles et d'opéras plus ou moins comiques ; d'historiettes et de contes
en prose et en vers pour tous les goûts; de chansons et d'impromptus * faits à loisir », et accompagnés de morceaux de musique : le tout justement tombé dans l'oubli. Ce qui peut dans ce recueil attirer l'attention du bibliophile, c'est sa jolie exécution typographique et les planches — au nombre de 28 — qui ont été gravées par Berthet, Martinet, Massard, Giraud le jeune et Delongueil sur les dessins d'Eisen, Binet et Martinet.
Dans le tome IV se trouve un opéra intitulé : Péronne sauvée. L'exemplaire des Après soupes (incomplet du sixième et dernier volume) conservé à la Bibliothèque Nationale, contient sur la garde de ce tome le quatrain qui suit, écrit d'une main du temps :
Péronne n'est plus pucelle !
Elle est f..., et l'on dira De quoi diable s'avisait-elle De se sauver à l'Opéra,
Ex. ma. bleu, tr. dor., fil. de Cuzin, vendu 500 fr. Ed. Maas, mars 1882.
115.— LES CONSULTATIONS DU DOCTEUR NOIR. STELLO, OU LES DIABLES BLEUS (Blue Devils). Par le comte Alfred de Vigny. Première consultation. — Paris, librairie de Charles Gosselin, Eugène Renduel, M. DCCC. XXXII.
I vol. in-8°, avec figures.
Le titre porte cette épigraphe :
« L'Analyse est une sonde.
Jetée profondément dans l'Océan, elle épouvante et désespère le Faible; mais elle rassure et conduit le Fort qui la tient fermement en main. »
(Le Docteur-Noir).
Ouvrage tantôt romanesque, tantôt sceptique, souvent philosophique et sati-
rique, dans lequel l'auteur a fait passer les principaux personnages de la première révolution française, ou de la même époque. On y trouve des scènes d'un grand sentiment et très dramatiques de la Terreur, entre autres le récit de l'arrestation et de la mort d'André Chénier, à côté d'histoires d'amour racontées dans le style de Sterne, l'histoire de Kitty Bell, la mort de Chatterton, l'histoire de M^e de Saint- Aignan et de M^'e de Coigny, la mort du poète Gilbert, etc.
Dans l'esprit de ce livre, Stello et le Docteur Noir sont deux personnages allégoriques; le premier représente le sentiment, et le second, le raisonnement. Le Docteur Noir, c'est la tête, et Stello, c'est le cœur.
La conclusion du livre est fort intéressante, sous le titre de Ordonnance du Docteur Noir (pour le poète qui le consulte, évidemment). Voici cette ordonnance : L Séparer la vie poétique de la vie politique. — IL Seul et libre accomplir sa mission. Suivre les conditions de son être, dégagé de l'influence des associations, même les plus belles, Parce que la solitude seule est la source des inspirations... — III. Eviter le rêve maladif et inconstant qu.i égare l'esprit, et employer toutes les forces de la volonté à détourner sa vue des entreprises trop faciles de la vie active, parce que l'homme découragé tombe souvent, par paresse de penser, dans le désir d'agir et de se mêler aux intérêts communs, voyant comme ils lui sont inférieurs, et combien il semble facile d'y prendre son ascendatit. C'est ainsi qu'il sort de sa route, et s'il en sort souvent, il la perd pour toujours. — IV. Avoir toujours présentes à la pensée les images, choisies entre mille, de Gilbert, de Chatterton et d'André Chénier. Parce que ces trois jeunes ombres étant sans cesse devant vous, chacune d'elles gardera l'une des routes politiques oie vous pourrie'^ égarer vos pieds. L'un des trois fantômes adorables vous montrera sa clef, l'autre sa
fiole de poison, et l'autre sa guillotine. Ce volume est illustré de trois jolies vignettes de Tony Johannot, gravées sur bois par Brevière, et tirées sur papier de Chine. Il se compose de : 2 feuillets préliminaires (faux-titre et titre), 434 pages, plus 2 pages non chiffrées, pour la table, au bas de laquelle sont les errata. On le trouve rarement en très bel état, et dans ce cas on le paie cher, de 60 à 100 francs, surtout lorsqu'il est non rogné ou broché. Ex. mar. bl., fil., tr. dor. 135 fr. Ed. Maas, mars 1882; dem.-rel. v. f. 29 fr. Marins Barras, mai 1882; dos et coins mar. r., sur couv. impr., tr. dor. non rogn. de Amand, 51 fr. — N., févr. 1882.