LES METAMORPHOSES
ou l'Asne d'or de L. Apulée, Philosophe Platonicien. Nouuellement reucues, corrigées et mises en meilleur ordre qu'aux précédentes impressions. Augmentées de deux tables des principales matières, tant du corps de Liure, que des Commentaires. Et enrichies de quantité de Figures en taille-douce. A Paris, cheT^ Nicolas et Jean de la Coste. 1648. 2 parties in-8°.
Édition recherchée, tant pour la traduction de J. de Montlyard, qui est préférable aux autres, soit antérieures, soit de la même époque, que pour les jolies et curieuses gravures dont elle est ornée. Ces figures, au nombre de 16, sont de Crispin de Pas. Elles sont d'un dessin original et furent gravées avec une grande finesse ; c'est un intéressant spécimen de l'école française de gravure dans la première moitié du xviie siècle. Ces gravures avaient déjà paru dans les éditions de 1623 et 163 1, qui durent être tirées en petit nombre, car les planches ne sont pas sensiblement altérées, même dans l'édition de 1648.
Les exemplaires en état ordinaire valent de 5 o à 1 00 francs, et plus cher suivant la reliure. Mais les amateurs recherchent surtout les reliures anciennes en maroquin, et dans ce cas paient le livre beaucoup plus cher. Au catalogue Morgand et Fatout, 1882, un exemplaire relié en maroquin ancien était coté 200 fr. ; et à Londres (juillet 1882), un autre exemplaire, également en reliure ancienne de maroquin , attribuée à Padeloup, fut vendu 230 francs.
lis. LES AMOURS DE PSYCHÉ ET DE CUPIDON, avec le poème d'Adonis, par La Fontaine.
— Paris, Saiigraîn et Didot. 1797, 2 vol. in-i2, pap. vcl., portraits et dessins de Moreau.
Ce poème, en prose, que La Monnoye appelle VAd)nirable Psyché, parut pour la première fois en 1669. (Nous en avons décrit ici l'édition originale sous le no 57). Il est adressé à la duchesse de Bouillon. Remarquons que dans cette dédicace comme peut-être dans aucune autre d'ailleurs, l'auteur n'emploie de ces formules serviles que l'on a tant reprochées, même à nos plus grands écrivains du grand siècle qui, du reste, se conformaient au protocole cérémonieux de l'époque. Psyché, l'une des plus ingénieuses fictions de l'antiquité, sous la plume de La Fontaine devient d'une grâce, d'une délicatesse, d'une élégance presque inconnues jusqu'à lui. Mathieu Marais, sous ce rapport, le met bien au-dessus d'Apulée.
L'édition de Saugrain, quoique très commune, ne figure point parmi les richesses de la Bibliothèque Nationale.
Un exemp. en mar. vendu 25 francs, Huillard; 59 francs, Potier; 38 francs, Grésy. Un autre exempl. en papier vélin, mar. r., dent., tr. dor., doublé de tabis (Bradel), contenant les figures en doubles épreuves, avant et avec la lettre, acquis 525 francs à la vente D*** en mars 1882.
Les gravures sont des réductions de celles que Moreau le jeune dessina pour la grande édition publiée par Didot, en 1795, édition décrite par nous sous le n° 17.
119. — LES FASCETIEUX DEVITZ des cent nouvelles nouvelles, très récréatives et fort exemplaires pour resveiller les bons cspritz françoys, veuz et remis en leur naturel, par le seigneur dé la
Motte Roullant, lyonnois, homme très docte et bien renommé. Avec privilège du Roy. On les vend a Paris au clos Bruneau a lenseigne de la corne de cerf par Guillaume le Bref, 1J49. (Au bas de la dernière page) :
Cy finissent les facétieux deviti
imprime à Paris par fehan Real, imprimeur de la dicte ville, i vol.
petit in-8°.
Ce Hvre, qui peut être compté parmi les ouvrages les plus rares, est simplement un pastiche des fameux contes intitulés : Les Cent nouvcltes nouvetles , publiés pour la première fois, au siècle précédent, en i486. A peine le seigneur de La Motte -Roullant a-t-il pris soin de rajeunir un peu le style et de substituer quelques tournures de phrases du xvic siècle, à celles du xv^, devenues déjà moins compréhensibles.
Il est bien imprimé et orné d'un certain nombre de belles grandes lettres initiales à fond criblé, avec des ornements style Renaissance.
Le seul exemplaire que nous ayons vu a figuré au catalogue Aug. Fontaine, 1879, où il était coté 900 francs, exemplaire relié en maroquin , par Cuzin.
120. — ALEXANDRE DUMAS fils. La Dame aux Camélias. — Paris, Alex, Cadot, 1848. 2 vol. in-8°, ensemble de 44 ff. 1/2.
Histoire d'une hétaïre de ce demimonde que l'auteur a fouillé avec tant de soin. Le roman est aussi curieux qu'attachant en ce que sous le nom de l'héroïne, Marguerite Gautier, se cache le nom d'une femme qui a réellement existé. Elle se nommait Marie Duplessis. Son tombeau est au cimetière Montmartre.
GUIDE DU LIBRAIRE-ANTIQ.UAIRE
La première édition de la Dame aux Camclias est difficile à trouver maintenant, et le prix en devient de plus en plus élevé. Du reste, la Bibliothèque nationale ne l'a pas au complet : le tome 2* a est absent ».
A la vente L*** (février 1882), un bel exemplaire, broché, avec ses couvertures conservées, et portant un envoi d'auteur, a été acquis au prix de 230 francs.
121. — ACAJOU ET ZIRPHILE, conte. A Minutie {A Paris) 1744, I vol. in-4°, avec figures.
Cet ouvrage, de Ch. Pineau Duclos, est orné de 8 figures et d'un frontispice, dessinés par Boucher et gravés par Chedel, plus un fleuron sur le titre et une vignette en tête, dessinés et gravés par Cochin, enfin un cul-delampe par Duflos.
Les illustrations de Boucher n'avaient pas d'abord été faites pour ce livre, mais pour un roman du Comte de Tessin, intitulé : Faunillane ou l'Infante jaune, qui fut imprimé en 1741, et ne fut tiré, paraît-il, qu'à deux exemplaires. On rapporte au sujet de ce dernier livre une anecdote assez piquante, relative à l'auteur et à la femme de Boucher, qui était fort jolie, disent les mémoires du temps. Nous la copions textuellement dans l'étude sur Boucher, de MM. de Concourt, qui fait partie de L'Art au dix-huitième siècle : « Boucher ne fut pas très fidèle à sa femme. La jeune femme fut-elle fidèle à son mari? Il y a contre sa constance une assez jolie anecdote. Selon une note manuscrite d'un bibliothécaire de M. de Paulmy, le roman de Faunillane ou l'Infante jaune, fantaisie du Comte de Tessin, illustrée de dessins de Boucher et imprimée en 1741, à Badinopolis, chez les frères Ponthome, n'aurait été
de la part du comte qu'un adroit moyen d'introduction dans l'intérieur du peintre. M. de Tessin n'aurait écrit son Uvre que pour en demander l'illustration à Boucher, approcher de cette façon déficate de M"'^ Boucher, la voir pendant qu'il expliquait les sujets à son mari et lui faire la cour en retournant la scène du Peintre sicilien derrière le chevalet du pauvre homme occupé à peindre. Les dessins faits et gravés par Chédel, — la comédie avait eu sans doute un dénouement au gré de M. de Tessin, — le livre était tiré à deux exemplaires, et le comte faisait cadeau des cuivres à l'académicien Duclos, qui pour les utiliser, écrivait, sur les compositions de Boucher, le roman allégorique à' Acajou et Zirphile. »
Ce volume vaut de 80 à 120 francs, en reliure ordinaire. Au Répertoire Morgand et Fatout (1882), rel. veau, 100 francs; in-40 mar. r., fil., tr. dor, deLortic, 135 fr. Ed. Maas, mars 1882.
Une édition in- 12 fut publiée aussi en 1744, avec des réductions des figures de Boucher; elle vaut de 40 à 80 francs, suivant la reliure. Catal. Fontaine (1877) ex-rel. en mar., 80 francs.
122. — FORTUNIO, par Théophile Gautier. — Paris, Desessart, 1838, I vol. in-8° de 4 ff. lim.
pour les tit., f.-tit. et la préface; et de 315 pp.
Première édition de cette œuvre, qui est sans contredit l'une des plus brillantes conceptions de Théophile Gautier. C'est un hymne à la beauté, à la richesse et au bonheur. On y célèbre l'or, la pourpre et le diamant. L'auteur se retrouve là tout entier avec les qualités et les défauts qui le distinguent. Il fait passer sous nos yeux tout ce que l'imagination la plus fantaisiste
peut enfanter au point de vue du luxe mondain et de la beauté corporelle. Et pourtant ce livre ne fut pas celui qui eut le plus de succès, si l'on en juge par le nombre des éditions. En effet, le Journal de la Librairie, depuis 1838 jusqu'en 1881, ne fournit que les deux suivantes :
Nouvelle édition. — Paris, Delloye, 1840, in-i2 de 4 fî. lim. pour les tit., f.-tit. et l'avis au lecteur; et de 355 pp.
Le faux-titre porte : Bibliothèque choisie. La couverture ajoute : Revue par l'auteur.
L'avis au lecteur dit : « Nous donnons la troisième édition, revue avec soin par l'auteur. Fortunio a paru en 1837...» Cette mention, de troisième édition, s'explique en ce que le roman ayant été publié en feuilleton dans le Figaro, en 1837, sous le titre de l'Eldorado, on forma un volume avec ces feuilletons réunis et plies en livre, avec un titre imprimé exprès : UEldorado, par Théophile Gautier. Paris, Bureaux du Figaro. Format in-8°. Les exemplaires ainsi composés sont presque introuvables maintenant.
A l'édition de 1838 est jointe une gravure sur acier : sur une barque à. l'élégante carène, Fortunio et Musidora, assis côte à côte, glissent mollement sur l'onde que fouettent en cadence les rames de quatre esclaves noirs. Dans le lointain un parc splendide orné de statues et autres pièces sculpturales.
Ex. cart. non rogn. vendu 71 fr.
Marins Barras, mai 1882.
Fortunio... avec deux dessins de Théophile Gautier, reproduits en facsimilé. — Paris, Charpentier, 1878, pet.
in- 5 2, de 4 ff. lim. pour les tit, et f.-tit, et de 356 pp.
Les dessins représentent les portraits des deux maîtresses de Fortunio: Musidora et Arabella.
La Société des Amis des Livres a publié, en 1880, une splendide édition
de l'Eldorado ou Fortunio, illustrée d'un grand nombre de dessins grands et petits, par Félix xMilius et Avril. Format grand in-80, avec toutes les gravures tirées en doubles épreuves sur papier de Chine, en noir et en bistre pour les vignettes d'Avril, et sur deux papiers diff'érents, Japon et Hollande, en noir, pour les eaux-fortes de Milius,
Cette édition coûtait, par souscription, 100 francs. Elle fut tirée à 1 1 5 exemplaires Nous reviendrons sur cette édition.
123. — DISCOURS SUR L'HIS- TOIRE UNIVERSELLE. A monseigneur le Dauphin. Pour expliquer la suite de la religion et les changements des empires. Depuis le commencement du monde jusqu'à l'empire de Charlemagne. Par messire Jacques-Bénigne Bossuet. A Paris, chei Sébastien Mahre-Cramoisy, 1 68 1 .
I vol. in-4°, de 561 pages, plus le titre et 3 feuillets non chiffrés à la fin.
Édition originale , qui a été fort recherchée dans ces dernières années, comme toutes les premières éditions des ouvrages de Bossuet. Cependant ce volume a été loin d'atteindre aux prix des oraisons funèbres, que l'on se disputait pendant quelque temps avec acharnement. Aujourd'hui que la plupart des anciens amateurs sont pourvus de ces ouvrages, ceux qui passent aux enchères ou chez les libraires sont moins disputés et se vendent moins cher.
Ce livre vaut encore de 50 à 80 francs lorsqu'il est relié en veau, et plus en maroquin, suivant la reliure.
Au catalogue Fontaine 1875, deux
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ex. reliés en maroquin étaient cotés 1 80 francs et 150 francs; et au catal. du même libraire, 1877, ex. même état, 240 francs et 225 francs. — Bulletin Morgand et Fatout (février 1876), ex. rel. en mar., 150 francs; niar. brun, rd. jans. de Thibaron, avec vign. et culs-de-lampe gravés, 82 fr. Ed. Maas, mars 1882; Gr. in-40 ma?:, tête de nègre, jatis., dent, int., tr. dor. de Cuzin, 501 francs L*% mars 1882; Gr. in-40 mar. r., fil., tr. dor., rel. anc , 520 fr. Guy Pellion, févr. 1882.
Il existe des exemplaires en grand papier de Hollande, qui sont d'un format plus grand et pour lesquels on réimprima un titre avec une justification plus haute et plus large. Ces exemplaires furent presque tous reliés en maroquin à l'époque, pour être donnés, sans doute, et ceux dont la reliure s'est bien conservée se vendent très cher. Un de ces derniers, dont la reliure portait les armes de François de Harlay-Chamvallon, archevêque de Paris, se trouvait dans le Répertoire Morgand et Fatout, 1882, mais sans indication de prix. — Un autre exemplaire magnifique, orné d'une excellente et fraîche rehure, aux armes du chancelier Le Tellier, était coté 8,000 fr.
au catal. Fontaine 1878- 1879; ^^^ exemplaire avait appartenu à M. Robert S. Turner, à la vente duquel il avait atteint, en mars 1878, le prix de 6,400 francs. — Un autre, relié aussi en maroquin ancien, aux armes de la princesse Palatine, n'avait été acheté que 1,300 francs à la vente L. de M***, en mars 1876.