‹ Guide du libraire-antiquaire et du bibliophileChapitre 31 sur 75 · ALBERT GLATIGNY · texte numérisé non relu

ALBERT GLATIGNY

Les Vignes folles, poésies, avec un frontispice de Charles Voillemot, gravé à l'eau-forte par Bracquemond. Paris, Librairie nouvelle, A.

Bourdilliat et O, éditeurs, 1860.

I vol. in-8°.

Ce recueil, publié avec un certain luxe, contient la plupart des meilleurs vers de Glatigny. Il ne fut tiré qu'à un petit nombre d'exemplaires, et on îe trouve rarement maintenant; comme il est recherché, on le paie cher, 25 à 30 francs, surtout quand l'exemplaire est broché et par conséquent non rogné. A l'origine il coûtait 3 fr. 75. Il a donc presque décuplé de valeur.

L'eau-forte, qui est placée avant le titre, est jolie et d'un dessin très élégant; elle est toujours tirée dans un ton un peu bistré. Le sujet représente deux amoureux assis au pied d'une statue de la Vénus de Milo. La femme semble ne résister que faiblement aux tendres sollicitations de son compagnon. En haut, des amours arrivant à tire-d'aile.

Le volume est ainsi composé : 4 feuillets préliminaires, comprenant le fauxtitre, le titre, la dédicace à Théodore de Banville, et la table.

Gr. in-80 broch. non rogn. vendu 12 fr. 50. Monselet, nov. 187 1.

125. — PYGMALION, scène lyrique de M. J.-J. Rousseau, mise en vers par M. Berquin. Le texte gravé par Drouët. Paris, 1775 ; I plaquette gr. in-S" de 20 pages, avec une préface comptant dans la pagination, et des vignettes de Moreau.

Les petites figures qui ornent cette pièce sont à compter parmi les plus gracieuses et les plus jolies qu'ait dessinées J. M. Moreau le jeune. Elles sont au nombre de 6, placées en tête des pages du texte qui est entièrement gravé. Une 7« se trouve sur le titre.

Elles sont gravées par Ponce et par De Launay, avec une habileté et une finesse remarquables. ^

A la suite se trouve presque toujours une autre petite pièce intitulée Idylle, par M. Berquin, contenant 8 pages, et ornée d'une vignette en tête et d'un cul -de -lampe , gravés par Gaucher, d'après Marillier.

Cette plaquette a pris depuis quelques années une grande valeur; les exemplaires bien conservés et grands de marges sont d'ailleurs assez rares.

Au Répertoire de la librairie Morgand et Fatout (1882) on en voyait 4 exemplaires en états différents, l'un sans V Idylle, coté 150 francs, et les trois autres ave V Idylle, en diverses reliures, de 2)0 à 425 francs.

Quelques amateurs ont eu l'idée de joindre à leur exemplaire les épreuves tirées à part avant la lettre, de toutes ces vignettes. Ces épreuves sont d'une grande rareté et donnent au livre une plus-value considérable. A la vente Sieurin (février 1879) se trouvait un exemplaire dans cette condition; il fut vendu 800 francs, quoiqu'il y manquât une des épreuves avant la lettre. — Au catalogue Rouquette (décembre 1882) un exemplaire contenant deux épreuves avant la lettre ajoutées, l'une de Moreau et l'autre de Marilher, et relié en maroquin , par Cuzin , est coté 500 francs.

Bel ex. v.f., haut. 223 mill., vign.

de Moreau, avec deux portraits de Rousseau dont un par Massard sur chine, vendu 201 francs, Ed. Maas, mars 1882.

126. — MADEMOISELLE DE M AUPIN . Double amour. Par Théophile Gautier, auteur des Jeunes- France. — Paris, Renduel, 1835, 2 vol. in-8°, l'un de 351 pp., tit. et

f.-tit. compris; l'autre de 356 pp.

avec les tit. et f.-tit. Le deuxième volume porte la date de 1836.

Une des singularités de ce livre singulier, c'est que l'auteur, lui, le romantique chevelu par excellence, y défend la beauté grecqoe dans la période la plus accentuée du romantisme. Il s'y déclare païen autant qu'AIcibiade :

« O vieux monde ! s'écrie-t-il dans sa fameuse préface, tout ce que tu as révélé est donc méprisé ; tes idoles sont renversées dans la poussière; de maigres anachorètes vêtus de lambeaux troués; des martyrs tout sanglants et les épaules lacérées par les tigres de tes cirques se sont juchés 6ur les piédestaux de tes dieux si beaux et si charmants... » C'est là que Théophile Gautier, avec une prose éblouissante de couleurs, nous initie aux délires de certaines vierges folles issues de l'antique Lesbos. En fait de Beau, la morale n'a rien à voir. Du reste l'objectif de ce roman est de peindre une passion et non les passions.

Ex. )itar. r., jaiis., tr. dor. de ChamboUe, vendu 105 fr. Ed. Maas, mars 1882; Diar. r., jans.. tr. dor. de Cuzin, 150 fr. G. K***, avril 1882.

Depuis 1835 jusqu'à ce jour, l'éditeur Charpentier a lancé presque tous les ans une édition de Mademoiselle de Maiipin. Celle qui suit mérite seule d'être citée :

Mademoiselle de Maupin... Avec quatre dessins de M. E. Giraud, gravés à l'eau forte par Champolliou. — Paris, Charpentier, 1878, 2 vol. pet. in-32, comprenant l'un 2 fï. lim. et 409 pp. ; l'autre 2 fï. Hm. et 431 pp. — Reproduite en 1881.

Quoique le texte n'ait subi aucun changement, l'édit. originale est néanmoins très recherchée. Les exemplaires brochés, avec la couverture, atteignent des prix fabuleux. On en a vu vendre

quelques-uns dans ces dernières années, aux prix de 1200 à 1500 francs. On cote moins cher les exemplaires reliés et rognés : de 500 a 700 francs, suivant la taille des marges et la reliure.

127. — LA CORRECTION- NELLE, petites causes célèbres, études de mœurs populaires au dix-neuvième siècle, accompagnées de cent dessins par Gavarni. Paris, cheiMartinon, 1848. i vol. in-4°.

Recueil très curieux de causes badines, inventées et écrites avec beaucoup de verve et de gaieté. Les dessins de Gavarni sont de sa bonne époque et la plupart sont très remarquables ; ce sont de bonnes lithographies, et l'on peut dire que quelquesunes sont même fort belles.

Cette publication parut en 100 livraisons de 4 pages chacune. En tête, jusqu'à mi-page se trouve un frontispice gravé sur bois, d'après Gavarni, lequel est répété dans toutes les hvraisons. La 3 s page de chaque livraison est toujours occupée par une lithographie de Gavarni, avec légende souvent fort drôle ou très satirique. Chaque livraison coûtait 15 centimes.

Actuellement ce volume est rare en belle condition, c'est-à-dire broché ou en livraisons. Dans cet état il se vend de 80 à 120 francs; et on le trouve plus souvent relié, ou incomplet de quelques livraisons.

Au catalogue Conquet (novembre 1882), un exemplaire bien complet, broché, était coté 120 francs.

128. — ANGOLA, histoire indienne sans vraisemblance. Nouvelle édition, revue et corrigée.

A Agra, avec privilège du Grand Mogol. 175 1. 2 tomes petit in-12, avec figures.

Ce roman, attribué, sans raison, tantôt à Crébillon fils, tantôt au duc de la Trémouille, en définitive resté au chevalier de la Morlière, comme son bien propre, est la peinture exacte des habitudes intimes des précieux et des précieuses de l'époque, le manuel des boudoirs, le xviiie siècle pris en déshabillé.

Cette édition, la plus jolie et la plus recherchée, est ornée de 5 figures d'après Eisen, gravées par Tardieu, Aveline et Maisonneuve ; plus 2 vignettes différentes, en tête du premier chapitre de chaque volume, gravées par Maisonneuve, et un fleuron qui est le même sur les deux titres.

Les exemplaires beaux et grands de marges sont rares; les figures sont souvent mal coupées, et mauvaises d'épreuves. C'est pour cela que les prix actuels de ce livre en bel état sont très élevés. On voyait au catalogue Fontaine, 1879, un exemplaire relié en un volume, par Cuzin, coté 300 francs; et nous en avons vu dans la même librairie, un autre en 2 volumes reliés en veau, grands de marges, au prix de 400 francs. A la vente du baron J. P. (Pichon), en 1868, un superbe exemplaire relié en maroquin ancien, par Padeloup, avait été acheté 500 francs.

Ce prix serait probablement triplé aujourd'hui.

Ex. mar. r.,fil., tr. dor., rel. anc, fig. avant la lettre, vendu 105 fr. Ed. Maas, mars 1882.

On trouve sous la même date une édition très inférieure à celle-ci avec les mêmes figures, en médiocre tirage. Le papier de cette dernière est mince et moins blanc que celui de la première, et le fleuron n'est pas répété sur le

second titre. Au lieu de 2 vignettes différentes en tête de chaque volume, on n'en a mis qu'une, qui est répétée deux fois (une Vénus couchée). Cette seconde édition ne vaut guère que 20 à 25 francs.

129. — L'ART DU DIX- HUITIÈME SIÈCLE, par Edmond et Jules de Concourt. Paris, E. Dentu, 1859-1875 ; 12 livraisons in-4°, avec gravures à l'eau-forte.

Études très intéressantes, qui ont contribué pour une large part à ramener chez les amateurs le goût du xviiie siècle, dans les tableaux, les gravures, les livres et les objets d'art. Cette époque gracieuse avait été, en effet, pendant longtemps oubliée ou dédaignée, surtout depuis le succès de l'école classique, froide et correcte de David. On avait vu souvent des oeuvres d'art d'un réel mérite se vendre à vil prix, parce que ce style léger et frivole de l'école française du temps de Louis XV ne convenait pas au caractère pédant et positif de notre siècle prétendu sérieux. Les frères de Concourt s'indignent de ce qu'ils appellent de l'injustice et de l'ingratitude pour l'art national français.

Avec leur style magique et séduisant, ils ne tardent pas à reconquérir pour leurs artistes favoris les sympathies du public. Et l'on connaît le résultat de ce revirement de goût. Tous les objets du xviii'' siècle sont recherchés maintenant avec passion, et atteignent dans les ventes des prix fantastiques. On voit les prix d'autrefois plus que centuplés et les copies ou les imitations modernes même des objets, des tableaux, des gravures ou des livres de cette époque, sont à la mode.

Les livraisons de l'Art du dix-huitième siècle parurent séparément, à 5 francs

chacune, de 1859 à 1870. La dernière, sous le titre de Notules et additions... fut publiée par M. Edmond de Concourt seul, après la mort de son frère; elle ne parut qu'en 1875. Elles ne furent toutes tirées qu'à 200 exemplaires.

Voici les titres des notices, ou les noms des artistes qui font l'objet de ces études, avec la date de publication de chacune ; nous les donnons par ordre chronologique. 1° Les Saint- Aubin, 1859; — 2° Watteau, 1860; — 30 Prudhon, 1861 ; — 4° Boucher, 1862 ; — 5° Greu^e, 1863; — 6" Chardin, 1864; — 70 Fragonard, 1865; — 8° Debucourt, 1866; — 9° La Tour, 1867; — iQo Les vignettistes , Gravelot, Cochin, 1868; — 11° Les vignettistes, Eisen, Moreau, 1869- 1870. (Cette dernière étude des quatre vignettistes ne forme qu'une seule pagination eu deux livraisons) .

Chaque livraison renfermait quatre gravures à l'eau-forte, sauf celle de Debucourt, qui n'en contenait que deux.

L'étude sur les Vignettistes (en 2 livraisons) ne contient en tout que quatre eaux-fortes, c'est-à-dire deux par livraison. Toutes ces gravures, au nombre total de trente-huit, furent faites par Jules de Concourt, sauf deux exécutées par Edmond de Concourt, l'une d'après Cabriel de Saint- Aubin (^Le jeune Agustin de Saint-Aubin assis dans un fauteuiî), et l'autre d'après Prudhon (La Justice poursuivant le Crime)

Les Notules, additions, errata, qui forment le complément de ces études, furent accompagnés d'un beau frontispice d'après Fragonard, de trois figurines d'après Prudhon, d'un dessin d'après Cabriel de Saint-Aubin, le tout gravé à l'eau-forte par Jules de Concourt, qui les avait préparés quelque temps avant sa mort.

Toutes ces livraisons, formant un ouvrage fort intéressant sur le xviii« siècle, sont très recherchées, et les prix

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