‹ Guide du libraire-antiquaire et du bibliophileChapitre 61 sur 75 · LE SIÈCLE DE LOUIS XIV (Par Voltaire · texte numérisé non relu

LE SIÈCLE DE LOUIS XIV (Par Voltaire

Publié par M. de Francheville, conseiller aulique de Sa Majesté, et membre de l'Académie roiale des sciences et belles lettres de prusse.

— A Berlin, cbei C. F. Henning, Imprimeur du Roi. M.DCC.LI.2V0I.

in-i2.

Première édition.

Tom. I : 7 ff, lira, non chiff. pour le f.-tit., le tit., la préface de l'éditeur et la table des matières; 488 pp. de texte chiff., plus I feuillet d'errata.

Tom. II : le lit., 466 pp. de texte

chiff., la table des matières comprise, plus I feuillet d'errata dans lequel se trouve fondu celui du tom. Jer.

L'ouvrage fut imprimé et publié à Berlin. « La matière est si délicate, dit Voltaire au duc de Richelieu (août 1750), que j'ai cru ne la devoir traiter que de loin. J'ai tâché d'écrire en sage ; je crains que les fous ne me jugent. L'histoire, d'ailleurs, exige une vérité si libre qu'un historiographe de France ne peut écrire que hors de la France. »

Et à Madame Denis, le 28 octobre 1750 : « Je ferai venir deLeipsick les livres dont j'aurai besoin, et je finirai ici ce Siècle de Louis XIV que peutêtre je n'aurais jamais fini à Paris. Les pierres dont j'élevais ce monument à l'honneur de ma patrie, auraient servi à m'écraser; un mot hardi eût paru une licence effrénée; on aurait interprété les choses les plus innocentes avec cette charité qui empoisonne tout. »

Et à la même, le 20 février 1751 :

« Je m'amuse à finir le Siècle de Louis XIV. 11 serait plus rempU de recherches, plus curieux, plus plein, s'il était achevé dans son pays natal; mais il ne serait pas écrit si librement. Je me trouverais le matin avec des Jansénistes, le soir avec des Molinistes, la préférence m'embarrasserait; au lieu qu'ici je jouis de toute mon indifférence et de la plus parfaite impartiaUté. »

D'ailleurs, comment aurait-il pu faire imprimer, entre autres choses, tout ce qui regardait M™« de Montespan, et Mme de Maintenon et son mariage, et la révocation de l'édit de Nantes et les suites désastreuses qui s'en suivirent?

Aussi le livre fut-il condamné par décrets de la Cour de Rome des 22 fév. et 16 mai 1753.

Les craintes, les appréhensions manifestées par Voltaire à chaque instant au sujet du Siècle de Louis XIV n'étaient que trop fondées, comme on le voit et comme on va le voir encore.

En vue de sonder l'opinion publique, avant la publication complète^ il en fit paraître l'introduction et une partie du premier chapitre sous ce titre :

Essay sur l'histoire du Siècle de Louis XIV, par M. de Voltaire. — Amsterdam, H. du Saii^et, 1739, in-S", de 16 pp., le tit. et l'avertiss. du libraire non compris.

La même année, cette introduction et le premier chapitre tout entier parurent en tête de :

Recueil de pièces fugitives en prose et en vers par M. de V***, 1740, in-8°.

Malgré sa date, ce volume fut édité en 1739 et à Paris, chez Prault fils. Un arrêt du conseil du roi, du 4 nov. 1739, en ordonna la suppression comme blessant « également l'ordre public et les bonnes moeurs, s Le libraire fut condamné à 500 fr. d'amende et à tenir sa boutique complètement fermée pendant trois mois.

Sur ce fait, Voltaire écrit à Cideville, le 29 janv. 1740 : « Vous jugerez si ce n'est pas l'ouvrage d'un bon citoyen, d'un bon Français, d'un amateur du genre humain... et j'ose dire que le frontispice de cet ouvrage était l'entrée d'un temple bâti à l'honneur de la vertu et des arts. Les pierres de ce temple sont tombées sur moi; la main des sots ■et des bigots a voulu apparemment m'écraser sous cet édifice; mais ils n'y ont pas réussi, et l'ouvrage et moi nous subsisterons. »

Voltaire travailla vingt années environ à ce livre, et en mit seize à revoir, corriger et améliorer le texte primitif, se délassant de ces travaux sérieux en écrivant Mahomet, Mérope, Oreste, etc.

Peu de productions littéraires eurent autant de succès. L'am du libraire de l'édition conservée à la Bibliothèque nationale sous la cote Lb, 37, 84D., portant la mention de Seconde édition,

Leipsick, 1752, 2 t. en 4 p., in-12, signale déjà huit éditions ex moins

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