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DE DIX MOIS

Au reste, nulle plus que le Siècle de Louis XIV ne méritait la faveur du public, soit par le charme de la diction, soit par l'impartialité de l'historien.

Chose singulière, remarquée du reste par nos devanciers, les premières éditions de ce chef-d'œuvre sont dénuées de majuscules, excepté aux alinéas. Cette singularité disparut bientôt : car dans l'édition que nous venons de citer, et qui serait la neuvième, si toutefois l'éditeur ne s'est pas trompé, les capitales sont rétablies.

L'on s'accorde généralement à faire remonter la réforme orthographique au Siècle de Louis XIV. Quelques esprits, il est vrai, et notamment Bérain, s'en étaient occupés avant l'auteur à'Œdipe; mais c'est lui qui l'adopta définitivement et s'en servit d'une manière systématique en cet ouvrage. « Ce que l'on vous dit contre l'orthographe du Siècle de Louis XIV, écrit-il à Madame Denys, le 13 janv. 1752, ne me convertira pas. Je suis toujours pour qu'on écrive comme on parle... Nous avons conservé l'habitude barbare d'écrire avec un 0 ce qu'on prononce avec un a; parce que \oyoit, lisait, rimait avec exploit. Nous avons adouci la prononciation, il faut donc adoucir aussi l'orthographe, afin que tout soit d'une même parure. »

Exempl. annoté de la main de l'auteur et provenant de la collection de Frédéric II, vendu 400 fr., Double, 1863; revendu 255 fr., Tufton; ex. non rogn., 100 fr., Voisin, 1876; 40 fr.. Potier, 1872; jwar. deThibaron, I55fr., Lebeuf de Montgermont; broché non rogné, 1 16 fr. , L***, 28 févr. 1882 ; mar, V, jans., detit. int., tr. dor. de Cuzin, 60 fr., M. F., janv. 1883.

GUIDE DU LIBRA1RE-ANTIQ.UAIRE

214. — LE xMOYEN DE PAR- VENIR. (Par François Béroalde de Verville.) Nouvelle édition corrigée de diverses fautes qui n'y étoient point et augmentée de Plusieurs autres. — A Chinon. De l'Imprimerie de François Rabelais, rue du Grand Bracquemart, à la Pierre Philosophale, l'Année Paniagruéline, (s. d.).

I vol. en 2 tom. pet. in-i2. La pagin. continue.

Coll. : 4 ff. lim. pour le titre et la « Dissertation sur le livre intitulé Le Moyen de parvenir. » (Par laMonnoye); et 54zi pp. non compris le frontispice du deuxième tome.

Jolie édition fort bien imprimée et dont les caractères semblent indiquer une impression hollandaise du commencement du xviii*-" siècle.

Vend. 20 fr. en 1838; mar. r., 35 fr., De Bure; mar. M., 46 fr., Duplessis; mar. v., dos orné à petits fers, fil., dent, int., tr. dor., de Niédrée, exempl. Nodier, Desq et Lagondie, h. 130 mill., 106 fr., L***, févr. 1882; le même revendu 100 fr., M. F., 1S83 ; mar. orange, fil., dos orné, tr. dor., de Thibaron, 68 fr., Ed. Maas, mars 1882; ex. Armand Berlin et Solar, mar. r., dos orné, dent, int., tr. dor., de Trautz- Bauzonnet, 120 fr.,E. M, B., mai 1882,

Le Moyen de parvenir est un des plus curieux monuments de notre vieille littérature. Après le Pantagruel, nous ne connaissons guère d'ouvrage plus original et par le fond et surtout par la langue. L'idée est simple : un festin réunit plusieurs personnes où chacun, librement, familièrement, suivant ses goûts, parle, glose, ratiocine entre deux coups de hanap sur toutes sortes de sujets, passant de l'un à l'autre, sans ordre apparent, avec une étrange facilité de transition. Les propos sont hauts

en couleur, fortement épicés; les mots de la chose ne bronchent pas sur les lèvres rubicondes. Qu'y faire? C'était l'habitude de nos aïeux : ils buvaient sec et parlaient net ; l'expression ne les gênait guère, et ne croyaient pas par là faire un accroc à la civiUté puérile et honnête du temps.

De toutes ces conversations entrecoupées de « beuveries mirifiques » il « advint ce docte monument, ce pré- « cieux mémorial, ce joyeux répertoire « de perfection, cet antidote contre tout « malheur, cette affiloire de bonnes tt grâces, ce Moyen de parvenir, unique « bréviaire de résolutions universelles « et particulières. » •

Et l'auteur, pénétré des rares qualités du livre, s'écrie : « Vous, secta- « teurs de vrayes vertus Cardinales.

<£ gens haïs de l'oisiveté, qui aimez « mieux vous amuser à boire, que de ce penser à mal, ou perdre le temps « inutilement, considérez cecy, empoi- « gnez ce volume, volume dit à cause « de la vérité qu'il contient, comme un « beau verre plein de bon vin. » Car, selon lui, « Ce livret est le centre de « tous les livres. »

Tout en beuvant, se gaussant et s'esbaudissant, les convives, sans prétention, bonnement, au caprice de la conversation, à bâtons rompus, lancent des traits tour à tour sérieux ou grivois. Les dictons, les quolibets, les proverbes jaillissent, éclatent, brillent comme une fusée qui s'épanouit : « De quoi se composent les affaires? Du bien d'autrui, »

mot rajeuni de nos jours ; nil novi.

Et cette saisissante observation : « Et « c'est ceci qui se remarque en tous a. ordres où le Moyen de parvenir est « proposé, auquel, comme en toutes « vocations, ceux qui ont le plus de « soin et de peine s'avancent en plus « de travail, gagnent le moins, et par « conséquent, ceux qui sont les plus « recommandez ont moins de soUici-

u tude, et avec moins de difficultez

« emportent le plus de profit. Ceci

« observé de siècle en siècle, parce que

« les vignerons ne boivent pas le bon

« vin, les miniers ne possèdent guères

« d'or... il n'y a que maquereaux pour

« être aisez. »

En ce temps-lii, C'était déjà comm' ça.

Plus loin, l'auteur mettra dans la bouche de Biaise de Vigénére cette définition réaliste du moyen de parvenir, c'est-à-dire de se produire dans le monde. « Je vous dirai que le principal « mot du guet du Moyen de parvenir, « c'est d'avoir de l'argent : aux moines « pour se saouler et besongner leur « saoul, d'autant que c'est leur part; « aux Gentilhommes pour paroître; aux « ambitieux pour se faire mystigorifier « comme petits démons sur le plat « d'une pelle. Et autres pour avoir du « contentement en vérité et non en « songe. »

En un mot, le Moyen de parvenir est une piquante satire des vices de la société vers la fin du XVF siècle.

Il y a bien à prendre dans ce livre, si on le lisait avec attention. Par exemple, au chapitre intitulé : Calendrier, il dit : « Un barbier se fit sergent « pour faire le salut de son âme, et se « faire compagnon d'un violon, afin de « mener joyeusement le monde en pri- « son. » Ne trouve-t-on pas là l'origine du nom donné à ces petits étabhssements dont on aime mieux voir la porte que l'intérieur?

On a raconté et nous racontons à notre tour une anecdote que La Monnoye tenait d'un ami de Saumaise :

Œ Dans le temps que Saumaise étoit « malade à la cour de Suède, la reine « Christine, qui l'y avoit fait venir, « l'étant allé voir, le trouva au lit « tenant un livre que par respect il « ferma au moment qu'il la vit entrer.

« Elle lui demanda ce que c'étoit. Il « lui avoua que c'étoient des contes un « peu libres, que dans l'intervalle de sa « maladie, il lisoit pour se réjouir.

Œ Ha, ha! dit la reine, voyons ce que « c'est; montrez m'en les bons en- « droits. Saumaise lui en ayant montré oc un des meilleurs, elle lut d'abord tout « bas en souriant; après quoi, pour se a donner plus de plaisir, s'adressant à « la belle Sparre, sa favorite, qui entente doit le françois : « Viens, Sparre, « s'écria-t-elle, viens voir un beau livre « de dévotion, intitulé le Moyen de parai venir. Tiens, lis-moi cette page tout « haut? » La belle demoiselle n'eut pas « lu trois lignes, qu'arrêtée par les gros a mots, elle se tut en rougissant ; mais « la reine, qui se tenoit les côtes de « rire, lui ayant ordonné de continuer, « il n'y eut pudeur qui tînt; il fallut « que la pauvre fille lût tout. »

Finissons par le commencement. Le Moyen de parvenir débute par le mot Car. Selon La Monnoye, ce mot n'est pas une seule fois répété dans toute l'étendue de l'œuvre.

215. — LES EVVRES || POÈ- TIQVES 11 DE lAQVES DE || COVRTIN DE 11 CISSÉ, || Gentilhomme Percheron. || — A Paris, pour Gilles Beys, rue Sainct laques, au Lis Blanc. M.D.LXXXL Avec Privilège dv Roy. i vol. in- 12.

Coll. 8 flf. lim., dont le 7= seul est chifl:'., contenant le tit., la dédicace et les pièces laudatives ; 94 folios, plus 2 ff. non chiff. : l'un est blanc, l'autre renferme le privilège.

Marque de Gilles Beys sur le titre.

A la suite:

Les Hymnes de Synese Cyrenean, évesque de Ptolémaïde, Traduits du

Grec en François par laques de Courtin de Cissé, Gemil-honime, Percheron. — A Paris, pour G il les Bey s, rue Sainct laques, au Lis Blanc. M.D.LXXXI. Avec Privilège du Roy.

39 folios, dont le dernier non chiff., plus I feuillet blanc, tit. et dédicace compris.

Ces deux ouvrages ne forment qu'un seul et même corps.

Unique édition d'un livre très rare et dont le succès fut grand parmi les beaux esprits d"alors. L'auteur mourut à vingtquatre ans, et il en avait à peine dixneuf lorsqu'il fut délégué aux Grands Jours de Poitiers en 1579, avec les Estienne Pasquier, les Brisson, les Rapin, les Scaliger et autres lumières de la jurisprudence de ce temps-là. Il contribua au recueil si connu intitulé : La Puce de Madame Des Roches, et voici le premier couplet de sa pièce :

Pucele;te noirelette, Noireleue puceleue, Plus mignonne mille fois Qu'un Aignelet de deux mois Et mille fois plus mignonne Que l'Oisillon de Vérone, Comme pourra mon fredon Immortalizer ton nom? ..

Courtin de Cissé intercala son fredon dans le poème : Les Aviours de Rosine, formant la partie la plus importante de son oeuvre, 2^ liv,, fol. 55, 70 et suiv.

La dédicace est adressée à Anne de Joyeuse, seigneur d'Arqués, chambellan du roi et conseiller d'État. C'est un compliment dans le goût habituel de ces sortes de pièces. Il n'a garde de s'oublier. Son a présent, dit-il, est de bien petite valeur. » Cependant, s'il faut l'en croire, les « Grâces et l'Amour ont esté conducteurs de l'euure. » L'Amour, possible ; mais les Grâces nous ont paru, au contraire, bien avares de leurs dons envers lui. Toutefois son ode sur la mort de

Rémi Belleau a quelque chose de sincère et de pénétrant :

... Il est mort, et sa docte bouche

Sur qui la miellière mouche

Avoit épanché ses douceurs,

Veuve de sa grâce plus douce,

Ke dit plus les geutes ardeurs

Que dans nos cueurs Cythère pousse...

Oubliées pendant de longues années, ces poésies sont actuellement recherchées non seulement des bibliophiles, mais encore de ceux qui s'occupent de l'histoire littéraire d'une époque si féconde en poètes.

Vend. 7 fr. 75, Labey; rel.deDuru, i7ofr.,Yéméniz; ex. du comted'Auflfay, mur. de Trautz, 249 fr., Turquéty; mar. la Vall., dos orné, riche compart. de feuillage, dent, int., tr. dor. de Cape, 170 fr., E. M. B., mai 1882; le même revendu m fr., M. P., janv. 1883.

216. — LES COUVENTS, par Louis Lurine et Alp. Brot. Illustrés par MM. Tony Johannot, Baron, François et Célestin NanteuiL — Paris, J. Mallet et O^, 9 et 11, rue de r Abbaye-Saint-Germain,' iinprim.

de Pion frères, j6, rue de Vaugirard, 1846, I voL gr. in-S".

Coll. : F. -tit., frontisp. par Porret, tit., i-vii pp. de préface signée L. L. (Louis Lurine), 514 pp. chifï. et i f. non chiff. pour la table des matières et le classement des gravures.

Contient 18 grav. sur acier avec la lettre, le frontisp. compris, et de nombreuses gravures sur bois dans le texte.

Les graveurs sont : Joh. de Mare, Ch.

Colin, Goulu, Ch. Carey, Revel, Tavernier, H. Grille, P. Brunellière, Audibran, J. Caron, Villaëys.

L'ouvrage parut en 50 livraisons ù 50 c. Vendu à l'origine 15 fr. Se trouve actuellement pour 4 ou 5 fr. C'est que dans cette oeuvre la fantaisie a bien plus de part que la réalité : tout y est médiocre, texte et gravures.

217. — RECVEIL GÉNÉRAL DES OEVVRES ET FANTAISIES DE TABARIN. Contenant les Rencontres, Questions et demandes fiicécieuses, auec leurs Responses.

En ceste édition est adioustée la deuxième partie de ses Farces, non encor veûes ny imprimées. Auec les Rencontres et Fantaisies du Baron de Gratelard. — A Roven, Chei Loûys du Mesnil deuant le grand portail S. Jean à f d'Or. M.DC.LXIV.

I vol. in-i2 de 288 pp., tit. compris.

La deuxième partie énoncée ci-dessus, commence à la page 113 et porte pour titre :

Seconde partie dv Recveil général des Rencontres et Questions de Tabarin. Contenant plusieurs Questions, Préambules, Prologues et Farces, le tout non encore veu ny imprimé. — A Roven, Cbe:^ Loûys du Mesnil deuant le grand portail S. Jean, à j d'Or.

Les Fantaisies du Baron Gratelard annoncées ne figurent pas dans le livre ; mais à la place, pag. 231, l'on trouve :

Les Avantvres et Amovrs du Capitaine RodgiMont. Les rares beautez d'Isabelle : Et les inuentions folastres de Tabarin, faites depuis son départ de Paris iusques à son retour. Œuures non moins récréatifs que facécieux,non encor veuz cy-deuant. — A Roven, Che\ Loûys Dumesnil, deuant le grand portail S. Jean, à f d'Or.

Un fleuron semblable sur chaque titre.

Tabarin, le Shakespeare des écoliers, des harangères, des laquais, des concierges et des chambrières, a laissé dans ce Recueil un reflet de cet esprit satirique et bouffon dont il faisait rire la foule « de l'oreille droite jusqu'au talon gauche. »

Cette jolie édition, rangée par les amateurs dans la collection elzévirienne, est assez recherchée.

46 fr., Mac-Carthy; 59 fr., Bignon; cuir de Russie, 53 fr. 50, La Bédoyère; mar. cit., 171 fr., Nodier; tnar. viol., 45fr.,Busche; mar.r., i02fr.,Soleinne; mar. vert, 145 fr.. Solar; mar. cit., dos orné, fil., dent, int., tr. dor. de Cuzin, 130 fr., M. F. 1883.

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