II. — Causes
On a pris très souvent pour des anasarques primitives des anasarques consécutives. Nous ne savons rien sur les causes prédisposantes. M. Copland, il est vrai, a dit que les nègres sont principalement sujets à cette affection lorsqu'ils passent dans un climat froid ; mais on n'est pas parfaitement fixé sur la nature de l'anasarque que présentent ces sujets en pareille circonstance.
Quant aux causes occasionnelles, celles qui sont indiquées par les auteurs, plu-
ANAS ARQUE. — SYMPTÔMES. 3^5
tôt d'après des idées théoriques que d'après l'étude des laits, sont les suivantes: l'action du froid sur le corps couvert de sueur; l'exposition plus ou moins prolongée au froid et à l'humidité; ï ingestion de boissons glacées, après un exercice actif, dans les grandes chaleurs de l'été. On voit que ces diverses causes n'en font en réalité qu'une seule dont l'effet est la suppression de la transpiration. On sent combien il serait important d'avoir un certain nombre de faits non contestables, à l'aide desquels on pût étudier cette question, ce qui sera toujours difficile à cause de la rareté de l'affection.
§ III. — Symptômes.
Début. — Le début de l'anasarque idiopathique est presque toujours très rapide; ce point est important pour le diagnostic. Par cela seul, en effet, que l'œdème général se produit lentement, on peut déjà présumer qu'il est sous la dépendance d'une lésion organique, et principalement d'une lésion du cœur ou des reins. C'est même une question qui n'est pas résolue, que celle de savoir s'il peut exister une anasarque idiopathique à marche lente. Nous savons bien qu'on en a cité des exemples, principalement chez des individus soumis pendant longtemps à l'action du froid humide, et qu'on a attribué la maladie à une altération du sang; mais, si l'on examine les faits, on voit qu'ils ont été recueillis à une époque où l'on ne connaissait pas la maladie de Bright, qui donne le plus souvent lieu a ces anasarques, ou qu'on ne la connaissait qu'imparfaitement, et, d'ailleurs, cette altération du sang est pour nous une condition organique suffisante pour que nous ne nous occupions pas, dans cet article, de cas semblables (1).
Quelquefois l'affection se manifeste sans aucun symptôme précurseur, de telle sorte que le sujet se trouve tout à coup gêné dans ses vêtements, sans s'être encore douté qu'il était malade. Plus souvent le malade éprouve pendant plusieurs heures, ou même quelques jours, des frissons plus ou moins intenses, plus ou moins fréquents, irréguliers, avec des alternatives de chaleur et de la céphalalgie. Souvent aussi il a une soif inaccoutumée et de l'anorexie. Les urines sont rares, rouges, sédimenleuses ; il y a de la constipation. Suivant Abercrombie et le docteur Copland, la gêne de la respiration est ordinairement le plus remarquable des symptômes précurseurs, ou plutôt des premiers symptômes de la maladie, car la dyspnée dépend de l'œdème des poumons, qui est le commencement de l'anasarque. C'est un sujet de recherches pour les observateurs.
Symptômes de la maladie confirmée. — Il est rare qu'il y ait de la douleur dans l'anasarque idiopathique, et lorsque les malades se plaignent de souffrir, ils accusent plutôt une tension incommode des parties promptement distendues qu'une véritable douleur.
Le gonflement que présentent les parties infiltrées peut être considérable, mais •1 le devient rarement autant (pie dans les cas où l'infiltration est due à une cause organique. Ce gonflement est surtout, considérable aux parties où se trouve un tissu cellulaire lâche: ainsi aux paupières, aux testicules, au prépuce.
La peau qui recouvre les parties tuméfiées présente une coloration diverse dans les diverses circonstances. Si l'anasarque s'est produite très rapidement et avec un
(I) Voyez Anémie, t. I, p. 488.
MALADIES DU TISSU CELLULAIRE
mouvement fébrile marqué, la peau eslrougo, ou du moins rosée; on l'a vue quelquefois bleuâtre ou couverte (le sugillalions ; dans le cas contraire, elle peut être blafarde; dans ces derniers cas, il est douteux qu'où ait eu affaire à une anasarque primitive ou idiopathique.
Si l'anasarque persiste, et surtout si elle fait des progrès, le tégument perd sa couleur rouge ou rosée, il pâlit, et les parties les plus infiltrées, celles où la peau est fine et le tissu cellulaire lâche, deviennent demi-transparentes.
Parfois toutes les parties du corps s'infiltrent à la fois; nous devons même dire que ce sont les cas de ce genre qui doivent être principalement considérés comme des cas d'anasarque primitive. D'autres fois, au contraire, on a vu les diverses parlies se prendre successivement, et, suivant Dance, en pareille circonstance, l'anasarque commence par les pieds, puis envahit les jambes et les cuisses, les parties génitales, les bras, la face, et enfin le tronc. Dans certains cas, néanmoins, on a vu l'œdème général commencer par les parties supérieures. Des recherches ultérieures, faites avec les connaissances que nous possédons aujourd'hui, pourront seules nous apprendre ce qu'il faut penser de ces derniers exemples.
L'empreinte que conservent les téguments, lorsqu'on a exercé sur eux la pression avec l'extrémité du doigt, est très différente, suivant que l'anasarque s'est produite avec rapidité ou avec lenteur. Dans le premier cas, une pression forte ne produit qu'un léger enfoncement qui s'efface avec promptitude, tandis que, dans le second, l'empreinte est facile, profonde, et s'efface lentement. C'est du reste ce qui a lieu dans toutes les espèces d'oedèmes.
En même temps qu'on observe ces symptômes, on constate l'existence de phénomènes généraux qui Le plus souvent sont semblables aux symptômes. Dans les premiers temps, on noie la chaleur, la sécheresse delà peau, l'accélération du pouls la gêne de la respiration, l'anorexie, la soif, la constipation, la courbature. Plus 'lard, si la maladie ne tend pas à la résolution, ces symptômes aigus s'apaisent plus ou moins, ils font place à une langueur marquée de toutes les fonctions, et l'amaigrissement, qui d'abord a pu être masqué par l'infiltration, devant évident
§ IV. - Marche, durée, terminaison de la maladie.
La marche de la maladie est presque toujours rapide. On voit l'anasarque s'établir quelquefois en quelques heures dans tous les points qu'elle doit occuper. Elfe disparait aussi avec rapidité, ou du moins, dans les cas où elle persiste, il 11 eSt pas certain qu'elle soit idiopathique. Aussi peut-on dire d'une manière générale.
que sa durée est courte. .
La terminaison de cette affection est presque constamment heureuse : et s, n >ifs „c disons pas constamment, c'est qu'on a mentionné quelques cas OÙ il n en a pas été ainsi, mais ces cas sont de ceux dans lesquels il est douteux que 1 affection soit
Dans les cas de mort attribués à l'anasarque idiopathi.pie, on a surtout constat des symptômes cérébrâûx consistant principalement dans la stupeur et le coma.
Si l'anasarque a été considérable et a persisté pendant un certain temps, la peau, trop distendue, présente, après la guérison, des vergclures pinson moins marquées: dans le cas contraire, c'est-à-dire dans presque tous les cas d anasarque idiopa-
ANASAHQUE. — 1)IA<; NOSTI ( ;. 3/l7
tbiquc, la peau n'a subi qu'une distension médiocre 61 rapide, et il rte resleaucunc trace de la maladie.
§ V. — Iiéiions anatomiques.
Les seules lésions anatomiques qu'on puisse trouver dans Panasarque idiopathique, sont la distension des cellules du tissu cellulaire, et principalement du tissu cellulaire sous-cutané, et la pénétration de ce tissu par la sérosité.
Les mailles du tissu cellulaire sont parfois tellement distendues, qu'on a peine à les retrouver. La couche sous-cutanée est épaisse, tremblante, transparente. Lorsqu'on incise, elle laisse écouler de la sérosité ordinairement limpide et peu colorée, quelquefois jaunâtre. Ces altérations pénètrent dans l'interstice des muscles, dans certains organes parenchymateux, comme dans le poumon. Enfin on trouve de la sérosité épanchée en plus ou moins grande quantité dans les cavités séreuses, et notamment dans les ventricules cérébraux.
Suivant un certain nombre d'auteurs, parmi lesquels il faut citer Dance et M. Bouillaud.l'anasarque primitive ou active est le résultat d'une inflammation des aréoles cellulaires. Lobstein rapporte l'infiltration à une modification de vitalité des vaisseaux exhalants, due elle-même à un influx nerveux ; d'autres ont admis une gêne de la circulation lymphatique. Ce qui résulte de la lecture de toutes ces théories, c'est qu'aucune n-'est appuyée sur une démonstration de quelque valeur.
§ VI. — Diagnostic, pronostic.
Il est évident que le diagnostic absolu de la maladie n'offre aucune difficulté. Au premier examen, le médecin s'aperçoit de l'existence de l'anasarque. Peut-être pourrait ou éprouver un moment d'hésitation, et croire à l'existence d'un emphysème général , surtout si le malade disait avoir fait un effort considérable; mais la rareté de l'emphysème, la crépitation qu'il fait éprouver sous la pression, la nonpersistance de l'empreinte produite par le doigt, ne laissent bientôt plus aucun doute, tandis que ce dernier signe suffit pour faire reconnaître l'existence de l'infiltration. Pour diagnostiquer si l'anasarque est réellement idiopathique ou symptomatique d'une affection plus ou inoins grave, il faut connaître les affections qui donnent lieu à l'anasarque : parmi celles que nous avons déjà étudiées, se trouvent les maladies du cœur et la malddie de Bright. Nous renvoyons le lecteur aux articles consacrés à ces maladies; il y trouvera tous les détails nécessaires pour la solution de la question. Nous ajouterons seulement ici quelques mots pour faire connaître un fait qui prouve 'qu'on ne doit pas se hâter de regarder l'anasarque comme idiopathique. M. Louis a vu, il y a peu de temps, une anasarque se produire avec une assez grande rapidité. Les urines, examinées pendant plusieurs jouis, ne présentaient pas la moindre trace d'albumine; el, d'un stiftre côté, on ne trouvait aucune altération organique qiii rendit compte de l'infiltration. Mais, le sixième ou le septième jour, l'albumine parut dans les urines, el dès lors l'existence de la maladie de Bright fut confirmée.
5 nus nous sommes occupés de la scnr/uf/i/r, dans la convalescence de laquelle se développe une anasarque qui a dû maintes l'ois èlre prise pour une anasarque idiopathique. Il arrive parfois, dans cette maladie, que des sujets ont un mouve-
SkS MALADIES DU TISSU CELLULAIRE.
ment fébrile marqué, avec une éruption légère, limitée à quelques points et qui passe inaperçue. Si Ton n'examine pas attentivement le malade, si l'on n'a' pas som de rechercher la desquamation, et si i'anasarque se déclare dans ces circonstances, on prend les symptômes du mouvement fébrile précurseur de l'éruption pour des prodromes de I'anasarque, et l'on regarde celle-ci comme idiopathique Si, jusqu a présent, nous n'avons pas parlé de I'anasarque par altération du sang, c'est qu'il n'est pas encore parfaitement démontré que cette anasarque soit primitive. Dans beaucoup de cas d'hydropisie, en effet, on a constaté la diminution de 1 albumine et des autres matériaux solides du sang qui devient plus aqueuxmais cet état du sang est lui-même sous la dépendance d'une autre affection il n y aurait que I'anasarque par pléthore qu'on pourrait regarder comme identique avec celle que nous venons de décrire; mais la pléthore est une cause danasarque dontTexistence n'est pas encore parfaitement mise hors de doute.
§ VII. — Traitement.
émissions sanguines. — Tous les auteurs sont d'accord sur l'utilité et même sur la nécessité des émissions sanguines clans les cas où l'affection a pour symptômes généraux la chaleur de la peau et un certain mouvement fébrile. C'est à la saignée générale qu'on a presque exclusivement recours. Chez les enfants, on peut appliquer un plus ou moins grand nombre de sangsues à l'anus, selon l'âge. Suivanl Dance, il faut prendre garde de dépasser certaines limites dans l'emploi des émissions sanguines, car on courrait risque de voir la maladie prendre une marche chronique. Les faits auxquels fait allusion cet auteur ne sont-ils pas des cas de maladie de Bright méconnus?
Diurétiques. —Les diurétiques tiennent naturellement une grande place dans le traitement de I'anasarque. Ou prescrit ordinairemenlt le nitrate de potasse, dans la décoction de chiendent: mais, tandis que, avant ces derniers temps, on craignait de dépasser la dose d'un gramme ou un gramme et demi, on donne aujourd'hui ce médicament jusqu'à la dose de 12, de 20, de grammes, et même plus, comme dans le rhumatisme articulaire. Ces dernières doses sont exagérées. Rien ne prouve qu'elles soient utiles, et peut-être n'ont-elles pas toute l'innocuité qu'on leur a supposée. On prescrit aussi l'acétate de potasse h h dose de 2, k et fi gram.; la décoction de racine de fraisier, l'infusion de pariétaire, etc.
Sudonfiques. — Les sudorifiques sont aussi d'un usage ordinaire, mais ce sont les sudorifiques externes qu'il faut employer : ainsi les bains de vapeur, les fumigations de baies de genièvre, les bains de sable chaud. M. Serre (d'Alais) a recommandé un moyen bien simple : il consiste à envelopper des fragments de pierre àchaux dans un linge mouillé qu'on entoure d'un linge sec, et à les placer, ainsi disposés, à la plante des pieds et sur chaque côté du corps.
Viennent ensuite les purgatifs, qu'il suffit de désigner en faisant remarquer seulement qu'on a presque exclusivement recours aux purgatifs doux (manne, casse, tamarin, huile de ricin, crème de tartre, eau de Sedlitz). Et enfin, si ces moyens ne réussissent pas, ce qui est bien rare, et si la maladie a perdu son caractère aigu, on peut avoir recours à l'application de larges vésicatoires sur les points les plus infiltrés et qui offrent une surface convenable.
ARTHRITE SIMPLE AIGUË. 3/,g
M. Serre d'Alais (1) dit avoir toujours réussi, dans l'anasarque, quelle que soit sa nature, à l'aide de la diète sèche, lactée et de l'usage de l'oignon. Pendant un mois à peu près le malade doit s'abstenir de toute boisson, il doit se contenter de trois soupes au lait par jour et d'un peu d'oignon qu'il mange avec un peu de pain pour terminer son repas. Toute autre boisson et tout autre aliment sont interdits. L'amélioration commence habituellement après huit jours, et la cure est terminée en un mois environ. C'est aux praticiens à juger de l'efficacité de ce traitement qui est très facile. M. Serre (d'Alais) cite cinquante-huit cas de guérison, et il ajouté que la condition nécessaire au succès, est l'existence de l'œdème des membres abdominaux et la diminution des urines, qu'elles contiennent ou non de l'albumine. Ces laits méritent d'être pris en considération.