SECTION QUATRIÈME
Dès la plus haute antiquité, les maladies de la peau ont été l'objet d'études aussi fructueuses que le permettait l'état des connaissances médicales. Aussi la plupart d'entre elles sont-elles mentionnées ou décrites dans les ouvrages des médecins les plus anciens. Mais ces auteurs n'avaient pour se guider ni une méthode suffisamment rigoureuse, ni une connaissance assez exacte des signes différentiels de ces maladies. C'est pourquoi il règne une grande confusion dans l'histoire des affections cutanées, qui d'ailleurs n'avait pas été convenablement séparée de celle des autres maladies, jusqu'à l'époque où les travaux de Lorry, de Plenck, d'Alibert, et surtout de "Willan (1), sont venus éclairer celte partie importante de la pathologie. Ce n'est pas ici le lieu de signaler les progrès que chacun de ces auteurs a fait faire à l'étude des maladies de la peau ; il me suffit de dire que l'ouvrage de "Willan a provisoirement établi les bases d'une description méthodique de ces affections ; que Bateman (2) a puissamment contribué à répandre la classification de cet auteur; qu'après lui Biett, MM. Cazenave et Schedel (3) et Rayer (h), ont montré combien cette classification est supérieure à celles qui l'avaient précédée, et ont, par une plus grande exactitude dans les descriptions, ajouté à l'histoire des maladies cutanées.
Nous suivrons ici la classification de Willan, malgré les imperfections qu'elle présente et les reproches qu'on peut justement lui adresser. En effet, elle est classique, encore suivie par un bon nombre d'auteurs, et elle a incontestablement le mérite de préciser mieux que toute autre la nature locale des lésions. Par cela même elle indique des modifications quelquefois importantes de la thérapeutique lorsqu'une même cause générale se traduit à la peau par des localisations d'apparences diverses. En effet, on ne traitera pas topiquement de la même façon un eczéma, un lichen, un lupus scrofuleux.
Voici la classification de "Willan, modifiée par Bielt, et que MM. Cazenave et Schedel ont suivie dans leur ouvrage classique.
Ordre l". — Exanthèmes : Êrythème, érysipèle, roséole, rougeole, scarlatine, urticaire, urtlre II. — Vésicules : Miliaire, varicelle, eczéma, herpès, gale. Ordre III. — Bulles : Pemphigus, rupia.
Ordre IV. — Pustules : Variole, vaccine, ecthyma, impétigo, acné, nlentagre, porruïo. Ordre V. Papules : Lichen, prurigo.
Ordre VI. — Squames : Lèpre, psoriasis, pityriasis, ichthyose, pellagre. Ordre VII. — Tubercules : Éléphantiasis des Grecs, molluscum, frambœsia, boulon d'Alep kéloïde. '
0) Descr. and ireat. ofculaneous discases. London, 1798, 1801, 1805, 1807.
(2) A pract. synopsis of culan. diseases according lo the arrang. of doctor Willan London, 1813.
(3) Abrégé prat. des maladies de la peau. — Chausit, Traité èlèm. des maladies de la peau d après l'enseignement théorique el les leçons cliniques de M. Cazenave. Paris, 1853. '
(4) Traité théorique et prat. des malad. de la peau. Paris, 1835, 3 vol. h>8 &ver'âfla« ,\o Planches color. e
Ordre VIII. — Macules : Teinte bronzée, éphélides, nœvi, albinisme, vitiligo.
Ordre IX. — Lupus.
Ordre X. — Purpura.
Ordre XI. — Éléphantiasis des Arabes.
Ordre XII. — Syphilides.
Depuis lors, M. Cazenave a fait subir à sa classification de nombreux changements que nous allons faire connaître en reproduisant ici le tableau suivant, présenté par M. Chausit (1).
1 1er GROUPE. — Inflammations. — 1 ?' genre. Eruptions non spécifiques pouvant exister à l'état aigu et à l'état chronique : Érythème, érysipèle, urticaire, herpès, eczéma, pemphigus, impétigo, ecthyma, sycosis. — 2e genre. Eruptions non spécifiques existant toujours à l'état chronique : Rupia, lèpre, psoriasis, pityriasis.
— 3U genre. Eruptions spécifiques aiguë» : Roséole, rougeole, scarlatine, variole, vaccine, varicelle, miliaire. — k° genre. Eruptions spécifiques chroniques : syphilides.
» IIe GROUPE. — Lésons de sécrétions. — 1" genre. Lésions de la sécrétion folliculeuse : Acné, favus. — 2e genre. Lésions de la sécrétion de la matière épidermique: Ichthyose, productions cornées, pellagre. — 3 e genre. Lésions de la secrétionde la matière colorante : Décolorations : Albinisme, vitiligo. Colorations: Teinte bronzée, éphélides, naevi pigmentaires.
» IIIe GROUPE. — Hypertrophie, développement anormal des parties affectées.
— Éléphantiasis des Arabes, frambœsia.
» IVe GROUPE. — Dégénérescences, tendance à détruire les parties affectées.
— Éléphantiasis des Grecs, bouton d'Alep, kéloïde, lupus.
» Ve GROUPE. — Maladies hémorrhagiques, maladies caractérisées par la présence du sang plus ou moins altéré hors des vaisseaux qui doivent le contenir.
» VIe GROUPE. —Lésions de la sensibilité de la peau. — Hyperesthésie, prurit, prurigo, lichen.
» VIP GROUPE. — Corps étrangers. — Acarus, acarus de la gale, pediculus, pulex.
» VHP GROUPE. — Maladies des annexes. — Maladies des poils : Alopécie canitie. Maladies des ongles : Onyxis. »
Nous excluons de notre cadre les fié ores éruptives (2), qui trouvent naturellement leur place auprès des fièvres proprement dites ; la miliaire (3), bien que souvent symptomatique, a été également étudiée dans les fièvres ; enlin le* syphilides (k) appartiennent à l'étude de la syphilis en général.
[Depuis l'époque où les lignes précédentes ont été écrites, l'étude des maladies de la peau a fait, à notre sens, des progrès signalés. Ils sont dus aux investigations et aux vues philosophiques de M. Bazin, de l'hôpital Saint-Louis. Ce médecin distin-
(1) Traité dément, des maladies de la peau. Paris, 1853, p. xxxn.
(2) V. tome Ier, p. 153.
(3) lbid., p. 212.
(4) lbid., p. 455.