CONSIDÉRATIONS GÉNÉRALES. — CLASSIFICATIONS
gué, envisageant avec sagacité l'importance relative des influences diathésiques qui "(Hivernent l'organisme, et des manifestations pathologiques enfantées par ces influences, abandonne et combat les idées de "Willan, de Bateman et de leurs imitateurs. Les classifications anciennes s'appuyaient sur les lésions, celle de M. Bazin se fonde sur la maladie ; de là des idées thérapeutiques bien autrement vraies et fécondes en résultats.
Ce n'est pas tout, descendant aux détails microscopiques, après ces larges remaniements de l'ensemble, M. Bazin déplace de leur rang provisoire des lésions rangées dans les macules, pour les grouper dans une grande famille, celle des affections parasitaires.
Il est donc permis d'adopter la pensée de M. Gibert devant l'Académie : « Si la pathologie cutanée a fait quelques progrès dans ce siècle , c'est à M. Bazin qu'ils sont dus. »
Ainsi, quelques exemples feront mieux comprendre ce que nous venons de dire.
Selon Mi Bazin, dans l'immense majorité des cas, les affections connues sous le nom de gourmes, les impétigos, les eczémas, certaius lichens, etc. , chez les enfants, ne sont pas des maladies isolées , des entités morbides ; on doit les considérer comme de simples éléments de la scrofule, comme la seule manifestation que l'aptitude de l'enfance permet à cette diathèse.
D'un autre côté , dans l'âge adulte, les mêmes manifestations cutanées ne sont pas davantage autant de maladies séparées; mais alors elles se rattachent à d'autres diathèses, comme les diathèses herpétique, rhumatismale, goutteuse ou syphilitique.
Le fait est tellement vrai, que l'on voit se succéder ou alterner chez un même individu l'une quelconque des affections cutanées que nous venons d'indiquer, et les phénomènes les plus caractéristiques de la goutte ou de la syphilis.
Enfin , selon M. Bazin , les maladies parasitaires ne sauraient se développer indifféremment chez tous les sujets; il faut au parasitisme un terrain favorable qui ne peut lui être préparé que par une constitution diathésée.
Tel parasite ne peut prendre que s'il est accepté par un état particulier de l'économie favorable à la végétation (teigne favus) ou à la nutrition (maladies pédiculaires, gale).
On comprend que nous ne puissions pas exposer avec plus de détails les idées si neuves et si philosophiques de M* Bazin, idées qui ont révolutionné la pathologie cutanée, mais nous prions vivement nos lecteurs de ne pas perdre de vue ces considérations générales en lisant les descriptions qui vont suivre.
La nécessité évidente d'étudier les maladies de la peau, plutôt dans leurs causes que dans leurs manifestations anatomiques , est tellement impérieuse que, parmi les auteurs récents dont les travaux sont absolument originaux, quelques-uns n'ont pas pu se soustraire à l'obligation de créer une classification ayant beaucoup d'analogie avec celle de M. Bazin. Voici , en effet , l'ordre adopté par M. Hardy (1), médecin de l'hôpital Saint-Louis : ]
« lre CLASSE. Macules, di ffôrmitês. — La première classe comprend un certain
(1) Hardy, Leçons sur les maladies de la peau, publiées par L. Moysant. Paris, in-8, 1 860.
nombre c e difformités de la peau qui sont souvent congénitales on héréditaires et £> ne s'élèvent qu'accidentellement au rang de maladies. Dans ce e a"^ nous trouverons toutes les lésions de coloration, macules, taches de ,ou seu éphéhdes, vitihgo, lentigo ; certaines tumeurs, verrues, molluscum ; on doit i ajouter encore l'ichthyose et .a kéloïde. Ces lésions ne réclament généralem n aucun traitement médical. Si l'on veut les guérir, lorsqu'elles sont locales, il faut cheicher a les détruire par l'incision et les caustiques.
» 2e CLASSE. Inflammations locales. Ce sont, comme leur nom l'indique de simples inflammations locales, sans aucune relation avec un état général quelconque ' 1 y a bien quelquefois au début un mouvement fébrile , mais peu intense et le plus souvent éphémère. Dans ce groupe nous trouvons l'érvthème, l'urticaire l herpès l'ecthyma , le pemphigus , etc. La thérapeutique de ces affections est ample; des antiphlogistiques légers, locaux et généraux, suffisent le plus souvent.
y CLASSE. Maladies parasitaires. -Dans la troisième classe, nous rencontrons des affections encore purement locales , mais dues à >a présence d'un parasite animal ou végétal (gale, sycocis, herpès circiné, favus). L'indication thérapeutique est précise, elle repose tout entière sur la destruction du parasite.
» k' classe. Fièvres éruptives. - Cette classe renferme des affections qui ne sont plus localisées comme les précédentes, mais qui se rattachent à une cause générale, c'est-à-dire à l'introduction dans l'économie d'un virus particulier à chaque maladie : telles sont la scarlatine, la rougeole, la variole, etc. L'éruption cutanée est précédée et s'accompagne de phénomènes généraux plus ou moins intenses. Pour le traitement, on doit respecter le travail organique, qui constitue la maladie principale, et combattre les complications.
^ » 5e classe. Éruptions symptomaliques.— Ici l'éruption n'est qu'accessoire et n'occupe qu'une place très secondaire dans l'histoire de la maladie ; nous rangerons dans ce groupe Y herpès labialis , les taches rosées de la fièvre typhoïde Jes sudamina, le purpura. Le traitement devra s'adresser à la maladie principale.
^ « 6e classe. Dartres.~Les dartres, qui constituent la sixième classe, dépendent d'un état particulier, d'une disposition générale de l'économie , que l'on appelle diathèse dartreuse. Les maladies dartreuses sont : l'eczéma, le psoriasis, le lichen, le pityriasis. Dans ces maladies constitutionnelles, la nécessité d'un traitement général et spécial ressort d'une manière évidente.
» 7e classe. Sc?*ofulides.— Immédiatement après les dartres nous devons placer une classe de maladies bien importantes, et qui est également due à une diathèse particulière, à la diathèse scrofuleuse ; et nous avons proposé d'appeler scrofuiides ces manifestations cutanées. Aux modificateurs locaux s'ajoute nécessairement le traitement général de la diathèse.
» 8" classe. Syphiiides.—L-A huitième classe est formée par les syphilides, qui sont aussi dues à une diathèse, non plus nécessairement innée et héréditaire, mais ordinairement acquise , à la diathèse syphilitique. C'est à Biett que nous devons nos premières notions sur ces maladies. Le traitement esl celui de la syphilis.
» 9'' classe. Cancers. — Dans le dixième groupe nous placerons le cancer de la peau. Outre les différentes formes de cancer dont la peau peut être affectée, la plus commune est celle qui est. désignée sous le nom de cancrotye. L'indication i ]»«'•—
ÉRYTHÈME. — CAUSES. 3gg
rapeutique est également précise : la partie de la peau affectée de cancer doit être enlevée par l'instrument tranchant ou le caustique , et, d'après une expérience ancienne, nous avouons, dans ce cas, noue prédilection pour le dernier moyen.
10e classe. Maladies exotiques. — Dans la dixième classe, nous rangerons les affections qui ne s'observent pas dans nos climats et que l'on ne rencontre que dans d'autres contrées présentant des conditions climatiques tout à fait différentes des nôtres (lèpre tuberculeuse, pian, etc.).]