PEMPHIGUS
L'histoire du pemphigus a reçu, dans ces dernières années, quelques développements nouveaux et intéresssants. "Willan et Batteman, et après eux J. Plumbe (1), avaient décrit, sous le nom de pomphdix diutinus , le pemphigus chronique,' niant son existence à l'état aigu, bien que Gilibert (2) en eût présenté un bon nombre de cas bien observés; mais Biett admit avec Gilibert l'existence du pemphigus aigu, et les travaux de M. Cazenave, tout en confirmant les idées de Biett, ont ajouté de nouveaux renseignements à l'histoire de cette affection. Nous décrirons donc, avec les auteur* modernes, Biett, MM. Rayer, Cazenave, etc., le pemphigus aigu et le pemphigus chronique; nous mentionnerons à part le pemphigus des nouveau-nés, qui mérite une description spéciale.
§ I. — Définition, synonymie, fréquence.
• Le pemphigus (de tt^îÇ, bulle) est une maladie caractérisée par Je développement d'un plus ou moins grand nombre de bulles sur des surfaces rouges et enflammées ; ces bulles, dont l'appapition s'accompagne d'un certain sentiment de chaleur, quelquefois même de douleur, consistent en des soulèvements de répiderme, distendus par une sérosité d'abord limpide, puis jaunâtre, qui se déchirent facilement et donnent lieu à des excoriations ou à des croûtes minces, foliacées, après la chute desquelles il reste une empreinte fauve qui persiste encore quclnuc' temps. 1
(0 A practic. trealise on diseascs of theshin. London, 1824. (2) Monogr. du pemphigus. Paris, 1813.
Vai.i.eix, ic ùdit. — Y. 2g
Les auteurs ont décrit le pemphigus sons différents noms, selon le caractère qui les a le plus frappés : c'est ainsi que nous le trouvons designé par les noms de morbus phlyctenoides, htjdrm-exanthema bu/losam, pemphigus major, rnorbus epidemicus de Prague, pemphigus helveticus, febris bullosa, pompholix, 'etc. , etc. Alibert l'avait décrit sous le nom de pemphix daus les dermatoses eczémateuses.
Il est difficile d'établir le degré de fréquence du pemphigus: aujourd'hui qu'on le connaît mieux sous ses différentes formes, on peut dire que cette maladie est loin d'être rare.
§ II. — Causes.
1" Causes prédisposantes.
L'âge ne paraît avoir aucune influence bien remarquable sur le développement du pemphigus ; seulement, à certaines époques de la vie , on rencontre plus fréquemment cette maladie à l'état aigu qu'à l'état chronique. Le pemphigus aigu attaque plus volontiers la jeunesse et l'âge adulte : c'est le pemphigus chronique qui domine chez les vieillards. Le sexe masculin semble prédisposer plus particulièrement au pemphigus. On attribue généralement la môme influence à la misère, aux veilles prolongées, à l'habitation dans des lieux bas et humides.
2° Causes occasionnelles.
L'action de l'humidité doit être placée au premier rang. M. Cazenave (1) a pu constater dans la plupart des cas de pemphigus , surtout de pemphigus aigu , que les malades avaient été influencés soit par un séjour prolongé dans des lieux humides, soit par le contact habituel de l'eau. Un grand nombre d'individus reçus dans ses salles pour un pemphigus aigu étaient des garçons marchands de vin ; dans beaucoup de cas de pemphigus situé aux membres inférieurs, il a constaté que l'éruption avait succédé à une immersion prolongée des jambes dans l'eau froide. L'insolation, la dentition, les écarts de régime, ont paru plusieurs fois avoir une influence marquée sur le développement du pemphigus. On l'a vu quelquelois succéder à une autre maladie, à un eczéma chronique par exemple. Les troubles généraux du système nerveux ont, suivant M. Cazenave, une action incontestable dans la production de cette affection. Les expériences de MM. Gaitskell et Husson, qui ont inoculé l'humeur séreuse des bulles; celles de M. Rayer ,qui s'est servi de la sérosité et du pus pris sur une femme âgée et affectée d'un pemphigus chronique, ont démontré le caractère non contagieux du pemphigus.
§ III. — Symptômes.
1" Pemphigus aigu. Prodromes. — Un état de malaise général, de lassitude ; des frissons, de la soif, des nausées , de la céphalalgie avec élévation et fréquence du pouls, de la démangeaison à la peau, tels sont les prodromes du pemphigus aigu ; variables dans leur intensité, ils persistent pendant deux ou troisjours avant l'ap-
(1) Chausit, Traité des maladies de la peau, p. 93.