PEMPHIGUS. — SYMPTÔMES
parilion de l'éruption huileuse qui peut se présenter sur tous les points de la surface cutanée.
Symptômes. —Alors on voit se dessiner ça et là sur la peau de petites taches circulaires, d'un rose vif, qui s'élargissent peu à peu ; sur ces taches et ordinairement à leur centre, on ne tarde pas à découvrir une teinte opaline : c'est l'épiderme qui commence à se laisser soulever par un liquide séreux, c'est la bulle qui se développe. Le développement est quelquefois si rapide , et la bulle couvre si bien toute la tache, qu'on a pu croire que l'ampoule n'était pas précédée de la rougeur érythémateuse.
Ordinairement c'est au centre qu'apparaît la bulle, et les bords de la tache rouge l'entourent d'une aréole enflammée. Quelques taches paraissent rester rouges, sans se prêter au développement huileux ; mais si l'on promène le doigt sur leur surface, on sent un soulèvement appréciable, et si l'on exerce quelques frottements, on ne tarde pas à enlever l'épiderme, qui est soulevé par une petite collection de sérosité. Du reste, l'étendue du soulèvement bulleux n'est pas absolument un rayon de la tache qui le précède : une tache relativement assez petite peut se couvrir des plus grosses ampoules, et réciproquement. Le temps qui sépare ces deux états est quelquefois impossible à saisir ; souvent il n'est que de quelques heures.
Les bulles, dont le volume varie depuis celui d'un pois jusqu'à celui d'une noisette, ou même d'une amande, forment quelquefois, en se confondant, quand l'é ruption est confluente, de vastes ampoules qui égalent le volume d'un œuf d'oie. Dans les intervalles occupés par les bulles, la peau est saine.
Vers le quatrième jour, les bulles ont acquis tout leur développement ; jusquelà résistantes, d'une transparence opaline, elles se rident ensuite et s'affaissent; le liquide qu'elles renferment se trouble, devient jaunâtre; il ne distend plus complètement la phlyetène, et se précipite à sa partie la plus déclive.
La bulle flétrie se rompt bientôt ; le liquide s'épanche, et des excoriations plus ou moins étendues sont mises à nu. Celles-ci ne lardent pas à se recouvrir de petites croûtes minces et noirâtres qui tombent assez rapidement. Quelquefois, lorsque le liquide a été évacué complètement, l'épiderme se dessèche en lamelles très ténues et blanchâtres. Plus rarement l'ampoule ne se rompt pas, le liquide est résorbé, la bulle s'alfaisse et disparait, laissant une dessiccation lamelleusc.
Enûn la rougeur disparaît elle-même peu à peu, et il ne reste plus de l'éruption qu'une èmpreinte d'un rouge brun qui peut résister longtemps.
Le pemphigus aigti affecte quelquefois dans son développement une forme que M. Cazenave a signalée sous le nom de pemphigus aigu successif; c'est une succession d'éruptions huileuses, ayant chacune leurs prodromes distincts. « On voit dans ce cas, dit M. Cazenave, se développer, tantôt sur un point, tantôt sur un autre, des bulles qui se comportent individuellement comme autant de maladies à part : chaque bouffée de pemphigus, si je puis dire ainsi, est précédée d'un petit , mouvement fébrile; le malade a quelquefois des frissons le soir. C'est celle forme que j'appelle le pemphigus aigu successif: elle présente cela de particulier que l'on peut voirie pemphigus à tous les états : taches, bulles, excoriations, croûtes; elle offre à la fois tous les éléments qui appartiennent à la période d'accroissement et à la période de décroisseinenl de l'éruption. Ordinairement il existe plusieurs bulles à la fois, et alors les éruptions ont lieu tantôt ici, tantôt là ; mais il peut arriver (pic
la maladie soit constituée par une seule bulle, qui, parcourant toutes ses phases sur un point unique, se succède pour ainsi dire à elle-même et constitue ce que Willan appelait le pompholix solitarius. »
2° Pemphigus chronique. — Seul admis et décrit par les pathologistes anglais, le pemphigus chronique se présente le plus souvent à l'état successif.
Rarement précédé de symptômes généraux, il apparaît sous forme de larges bulles, presque toutes de la grosseur d'une noix, souvent d'un œuf de poule. Ces bulles, rapidement arrivées à leur maximum de développement, sont mollasses, peu résistantes; la sérosité qu'elles renferment est le plus souvent citrine, quelquefois sanguinolente dès le début; au bout de sept ou huit heures, elles se rompent et laissent à découvert des surfaces excoriées, qui ne sont bientôt plus protégées par la pellicule qui formait l'enveloppe de la bulle, celle-ci venant à se plisser et à se rouler sur elle-même.
On voit alors se former des croûtes minces, dont l'aspect brunâtre rappelle la nature sanguinolente du liquide bullaire. Une nouvelle éruption ne tarde pas à se montrer; elle affecte la même marche et les mêmes phénomènes, puis vient une troisième, et ainsi de suite, d'une manière quelquefois indéfinie.
« 11 n'est pas rare, dit M. Cazenave, de voir cette forme appartenir au pompholix solitarius, et, dans ce cas, elle est assez particulière aux membres inférieurs; elle montre aussi une prédilection marquée pour les vieillards.
Le pemphigus chronique successif est quelquefois constitué par une série indéfinie de véritables accès aigus, d'intensité variable, et revenant à des intervalles qui offrent une espèce de régularité. Ordinairement, dans ces accès, les bulles apparaissent sur les mêmes points, se succédant ainsi dans leur siège d'élection. Elles sont petites, résistantes, entourées d'une aréole enflammée; au début, la sérosité qu'elles contiennent n'est pas transparente, et bientôt elle ressemble à un liquide purulent; aussi les croûtes qui se forment après leur déchirement sont-elles plus épaisses qu'à l'ordinaire. Quand les accès sont plus intenses, on voit apparaître des bulles énormes, irrégulières, comme résultant de la réunion de plusieurs ampoules. La durée de chaque accès est de dix à quinze jours. Un peu de fièvre, de la constipation, tels sont les seuls phénomènes généraux qui accompagnent ces accès.
Au pemphigus chronique successif peut succéder la forme permanente et continue. Dans ce cas, les bulles se renouvellent si fréquemment qu'il n'y a plus d'intervalles entre les différentes éruptions. Celles-ci s'étendent et peuvent prendre un caractère de généralité grave. « Les bulles, observe M. Cazenave, deviennent confluentes; il vient un moment où cette confluence est telle, qu'il semble que les soulèvements bulleux ne peuvent plus parcourir leurs phases d'accroissement, qu'à peine formés ils se déchirent et couvrent ainsi de larges surfaces de ces petites croûtes lamelleuses, parfaitement semblables à des pelures de pâtisserie feuilletée; adhérentes à la peau par un point limité, elles flottent et présentent alors un aspect foliacé si remarquable que j'ai cru devoir faire de ce caractère une forme particulière du pemphigus : c'est le pemphigus chronique foliacé. Parvenue à ce point, la maladie prend un aspect vraiment terrible; les paupières, altérées par des éruptions successives, se gonflent à leur bord libre; elles peuvent se renverser, perdre la possibilité de se mouvoir. Dans ces cas, l'œil devient d'une sensibilité extraordinaire, la conjonctive palpébrale et oculaire est le siège d'une injection vasculaire