‹ Guide du médecin praticien, ou, Résumé général de pathologie interne et de thérapeutique appliquées [electronic resource] (volume 2)Chapitre 149 sur 344 · C. IMPETIGO RODENS · texte numérisé non relu

C. IMPETIGO RODENS

Mentionnons cette forme de l'impétigo , aussi rare que peu connue encore. Bielt l'avait signalée ; M. Cazenave n'en a vu qu'un petit nombre d'exemples. Dans cette variété, la maladie, qui commence par une pustule, laisse, après la chute des croûtes, des ulcérations, et par suite de véritables cicatrices.

(1) Dicl.de méd., art. Impétigo.

IMPÉTIGO. — DIAGNOSTIC.

Uk9

§ V. — Marche, durée, terminaison de la maladie.

Marche. — L'impétigo aigu parcourt ses périodes avec une certaine régularité qu'on retrouve dans ses différentes variétés. Rappelons seulement qu'à l'état chronique, tantôt la maladie se compose d'une succession d'éruptions aiguës qui se prolongent un certain temps, tantôt elle se perpétue sur place sans aucune trace d'acuité.

L'impétigo aigu a une durée qui ne dépasse pas ordinairement deux ou trois septénaires. A l'état chronique, il peut durer indéfiniment, et souvent alors il est lié à un mauvais état de la constitution. La durée de Y impétigo granidata est variable ; elle dépasse rarement quelques mois; celle de l'impétigo larvalis est généralement longue; on voit celte affection persister des années entières. .

La guérison, qui est la terminaison de la maladie dans l'immense majorité des cas, s'annonce généralement par la diminution de la sécrétion purulente ; les croûtes se forment de plus en plus lentement et deviennent plus sèches et plus minces. Une légère desquamation termine bientôt la maladie.

§ VI. — Diagnostic, pronostic.

Diagnostic. — A l'état pustuleux, l'impétigo sera toujours facile à reconnaître. Des pustules psydraciées, isolées ou rassemblées en groupes, ne sauraient, en effet, être confondues avec les vésicules de Yherpès et de l'eczéma, ni avec les bulles du pemphigus et du rupia. Il en est de même relativement aux grosses pustules (phiyzaciées) de Yecthyma.

Les pustules de Y impétigo figurata, lorsqu'elles occupent le menton, pourraient être prises pour des pustules de mentagre; mais celles-ci en diffèrent en ce qu'elles sont plus saillantes, isolées, suintent beaucoup moins, et reposent sur une base calleuse ou tuberculeuse.

Les croûtes de l'impétigo, avec leur couleur jaune, leur épaisseur, leur demitransparence, leur aspect rugueux, inégal, leur friabilité, leur faible adhérence, offrent des caractères qui les font distinguer des croûtes lamelleuscs des affections vésiculeuses. Nous avens décrit ailleurs les croûtes caractéristiques du rupia ; celles de la mmtagre son! plus sèches, plus foncées en couleur que celles de l'impétigo, et elles ne se reproduisent qu'après une nouvelle éruption.

Dans quelques cas d'impétigo larvalis de longue durée, les cheveux tombent dans une plus ou moins grande étendue : cette alopécie accidentelle diffère de celle qui a lieu dans le porrigo, en ce que les cheveux repoussent. Cependant, chez quelques enfants, l'impétigo laisse une alopécie incurable, le bulbe des cheveux se trouvant atrophié. Nous reviendrons sur ce point quand il sera question du porrigo.

Pronostic. — L'impétigo aigu est le plus souvent une maladie légère, surtout chez les sujets jeunes et robustes; il n'a quelque gravité que lorsqu'il survient chez des individus qui ne prennent aucun soin de propreté et ont une constitution débile. En pareil cas, il se perpétue avec une grande opiniâtreté.

L'aspect effrayant de l'éruption, chez les enfants affectés d'impétigo larvalis, ne doit pas alarmer sur l'issue de la maladie : le médecin pourra, sur ce point, Valleix, 4e èdit. — V. 29

rassurer les parents, et prédire, comme nous l'avons dit plus haut, une terminaison favorable.

[Le pronostic des gourmes offre une considération à laquelle M. le docteur Caillault attache quelque importance.

11 signale cette opinion populaire que les éruptions croûteuses du cuir chevelu sont salutaires aux enfants. « Assurément, dit-il, c'est à l'occasion de cette affection cutanée qu'il est survenu dans tous les temps des revers funestes à propos de guérisons intempestives ou trop rapides des gourmes. » Cet auteur cite deux exemples à l'appui de cette opinion (1).]

§ VII. — Traitement.

1° Traitement de l'impétigo aigu. — A Y état aigu, l'impétigo ne réclame pas une médication active : quelques boissons rafraîchissantes ou acidulés, le repos, un régime doux, quelques lotions émollientes, suffisent en général pour amener une prompte guérison. Si l'éruption a une étendue considérable, et si elle s'accompagne d'une réaction fébrile marquée, on pratique avec avantage, chez les sujets jeunes et vigoureux, quelques émissions sanguines générales ou locales, et l'on y joint quelques bains tièdes et de faibles laxatifs.

Quand l'impétigo occupe le cuir chevelu, il faut avoir soin de couper les cheveux très court et d' enlever les croûtes à l'aide de cataplasmes ou de lotions muci lagineuses, afin de mettre à nu les surfaces malades, sur lesquelles on pourra appliquer des médicaments topiques. Cette précaution est applicable à tous les cas d'affections croûteuses qui ont leur siège dans le cuir chevelu et les endroits garnis de poils. Elle n'est cependant pas absolument indispensable lorsque des soins assidus et intelligents peuvent être donnés aux malades. Dans plusieurs cas d'impétigo granulata {teigne granulée) chez des jeunes filles, on peut, en effet, faire conserver les cheveux et triompher de la maladie en quelques jours, ainsi qu'il suit :

Faites, avec une brosse et de l'eau de savon, laver très exactement la tête, en écartant les cheveux dans tous les points du cuir chevelu sans exception. Puis tous ces points sont légèrement frictionnés avec la pommade suivante :

If Calomel de 3 à 5 gram. | Axongc 30 gram.

Cette opération est pratiquée malin et soir, et, au bout de dix à quinze jours, les croûtes, souvent considérables, et l'engorgement des ganglions du cou, conséquence de la maladie, sont complètement dissipés.

Mais cette opération est longue et pénible; elle dure au moins une demi-heure matin et soir ; il faut presque du dévouement pour s'en charger, et ce n'est guère que chez les mères qu'on le trouve. Si l'on n'avait pas la conviction la plus profonde que les choses se feront avec tout le soin nécessaire, il ne faudrait pas hésiter un seul instant à sacrifier les cheveux.

En général, dans les premiers temps de L'éruption, les médicaments locaux seront choisis dans les émollienls, soit cataplasmes, soit lotions; les pommades soufrées, les

(1) CâfHatttij Trailt1 pratique des maladies de la peau chez les enfants. Paris, 1859.

IMPÉTIGO. — TRAITEMENT. 'l.Vl

bains sulfureux, seront sévèrement proscrits. On vient de voir les heureux effets qu'on peut obtenir de l'emploi de la pommade au calomel.

2° Traitement de l'impétigo chronique. — Le traitement de l'impétigo chronique, tel qu'il a été recommandé par les auteurs, se compose d'une foule de médicaments dont il serait difficile d'apprécier aujourd'hui la véritable valeur. Les mercuriaux, les acides, les alcalins, etc. , ont été vantés tour à tour. C'est ce qui arrive toujours dès qu'il s'agit d'une maladie de la peau dont la durée se prolonge. On cherche sans cesse des moyens nouveaux, on ne réussit pas le plus souvent, et l'on ne fait que trahir les embarras d'une thérapeutique généralement incertaine et impuissante.

Les bains et les douches de vapeur, en détachant les croûtes et en changeant le mode de vitalité des tissus, suffisent, dans un bon nombre de cas, pour procurer une terminaison favorable.

Il est souvent nécessaire de remplacer les bains de vapeur par les bains alcalins, et surtout par les bains sulfureux. Ceux-ci, presque toujours nuisibles à l'état aigu, trouvent ici leur application la plus heureuse. Des faits nombreux prouvent que les eaux d'Enghien, les Eaux-Bonnes, de Cauterets, de Baréges, etc., ont une efficacité réelle dans cette maladie. Ces eaux sont administrées tant à l'extérieur qu'à l'intérieur.

M. Cazenave dit avoir vu plusieurs cas dans lesquels les bains de mer ont été suivis de bons résultats, et Bateman regarde, pour les formes sèches de V impétigo, l'usage des eaux d'Harroffigate comme le remède le plus efficace.

Les lotions alcalines, les lotions A'eau acidulée, et en particulier avec Vacide chlorhydrique, ont parfois contribué puissamment à la guérison d'anciens impétigos. Dans ces cas aussi, on a obtenu des avantages marqués en promenant sur la surface malade un pinceau trempé dans un acide affaibli ou une solution étendue de nitrate d'argent. Celte légère cautérisation doit être suivie immédiatement d'une aspersion d'eau simple, afin de modérer l'énergie du caustique.

M. Rayer, dans les cas où l'impétigo est borné à une petite surface, dit s'être servi avec avantage de la pommade suivante :

Protonitrate de mercure. 1,30 gram. [ Axonge 30 gram.

Un certain nombre d'impétigos qui avaient résisté à l'emploi d'une foule de moyens ont cédé promptement, entre les mains de Biett, de MM. Hayer, Cazenave, à l'usage des préparations arsenicales, et notamment à la solution de Pearson, dont voici la formule :

% Arséniate de soude cristallisé. 0, OS gram. | Eau distillée 32 gram.

Dose : chez les adultes, 20 gouttes dans la journée, dans un verre d'eau sucrée.

Biett employait la solution suivante :

% Arséniate d'ammoniaque. 0,20 gram. | Eau distillée 32 gram.

Mêlez. Dose : de 12 gouttes à 2 et même à i grammes et plus, progressivement, et avec prudence.

On ne saurait trop recommander au praticien d'être réservé dans l'emploi de ces préparations arsenicales, dont néanmoins nous ne devons pas nous priver, car elles réussissent dans des cas très rebelles.

Dans l'impétigo larvalis (croûtes laiteuses), M. Cazenave recommande d'insister sur les lotions d'eau tiède et de lait; chez les enfants à la mamelle, la seule médication, selon lui, consiste à conseiller à la nourrice de faire jaillir du lait de son sein, et d'en awoser les surfaces malades. Il est important aussi d'avoir recours aux bains entiers tièdes et émollients.

M. le docteur Don Serapio Escolar (i) emploie contre le porrigo larvalis l'iodure de soufre à l'intérieur et à l'extérieur, de la manière suivante :

1° Tous les jours prendre à l'intérieur de 5 à 7 centigrammes d'iodure de soufre.

2° Faire matin et soir des frictions avec la pommade suivante :

^ Axonge 32 gram. I Essence de roses 6 gouttes.

Iodure de soufre 2 gram. I

Mêlez.

3° Un purgatif salin chaque semaine, l'usage du lait de vache , un exercice modéré, et une propreté extrême secondent le traitement.

M. Sarti (2) propose la vaccination, et voici les faits sur lesquels il se fonde : Sur 89 cas dans lesquels la vaccine a réussi, il y a eu chez 25, diminution prompte et durable des croûtes laiteuses, et chez 58, guérison immédiate et radicale. Chez 2 enfants, la vaccine a échoué, et il n'y a pas eu d'amélioration.

ARTICLE II

ECTHYMA.

Willan, après avoir classé l'ecthyma parmi les maladies pustuleuses, en a admis plusieurs variétés, et après lui Bateman en a décrit quatre, qui sont : 1° Yecthyma vulgure, 2°\'ecthyma infantile, 3° Xecthyma luridum, et h" Vecthyma cachecticum. Ces distinctions ont été rejetées par Biett (3), qui ne les trouve fondées que suides circonstances accidentelles. Alibert avait étudié à part Vecthyma aigu et Vecthyma chronique {h), et M. Rayer (5) a adopté la même division. C'est aussi celle que nous suivrons en présentant l'histoire de cette maladie, sur laquelle M. Cazenave (6) a publié des recherches pleines d'intérêt. .

§ I. — Définition, synonymie, fréquence.

On désigne sous le nom iïecthyma une inflammation de la peau caractérisée par des pustules phlyzaciées, larges, arrondies, ordinairement discrètes, à base dure,

(1) Joum. de méd. et de chir. pratiques, octobre 1847.

(2) Bull. gén. de thér., 30 avril 1852.

(3) D'ici, de méd., t. IX, art. Ecthyma, 1835.

(4) Monogr. des dermat. Paris, 1832.

(5) Traité thèor. et prat. des maladies de la peau.

(6) Ann. des malad. de la peau et de ta syph., t. F, 1844,

ECTHYMA.

— CAUSES

enflammée, auxquelles succèdent des croules brunes, épaisses, laissant après leur chute une empreinte rouge qui persiste plus ou moins longtemps, ou bien, ce qui est plus rare, une véritable cicatrice.

L'ecthyma, désigué par Alibert (1) sous le nom de phlyzacia, et sous celu à'epinyctis par Sauvages, Vogel, etc., est une maladie assez commune. Nous avons signalé, en parlant de la gale , une complication fréquente de cette affection , qui consiste dans le développement des pustules d'ecthyma.

§ XI. — Causes.

1° Causes prédisposantes.

Aucun âge n'est à l'abri de l'ecthyma , aucune constitution n'en est exempte ; mais il est bien plus fréquent de l'observer chez les individus affaiblis par les fatigues, parles maladies, chez les vieillards débiles, enuu mot, chez tous les sujets dont la constitution a reçu une atteinte plus ou moins profonde.

La misère, la malpropreté, les chagrins, la débauche, ont la même action sur le développement de l'ecthyma. Les hommes qui en sont plus fréquemment atteints que les femmes, n'ont probablement ce privilège que parce qu'ils se trouvent plus souvent qu'elles sous ces fâcheuses influences.

Selon Bietl, l'automne et l'hiver paraissent les saisons les plus propres à faire naître ces affections. Après certaines fièvres éruptives, les varioles surtout, on voit souvent des éruptions successives de pustules d'ecthyma qui prolongent la convalescence.

2° Causes occasionnelles.

Certaines applications emplastiques, des frictions irritantes, par exemple avec l'huile de croton ou avec le tartre stibié, déterminent les pustules phlyzaciées de l'ecthyma. En substituant les lotions aux frictions graisseuses dans le traitement de la gale, on constate, suivant la remarque de Legendre, que cette éruption se complique plus fréquemment d'ecthyma.

« Une cause assez fréquente d'ecthyma, et qu'il faut considérer comme cause locale, c'est, dit M. Cazenave, la présence d'une autre éruption qu'il vient compliquer sans l'intervention du traitement. Nous citerons encore la gale elle-même, qu'il est fréquent de voir accompagnée de pustules ecthymoïques, alors que les malades n'avaient encore rien fait pour la combattre ; c'est cette gale, du reste, qu'Alibert a décrite sous le nom de gale pustuleuse.

» Il faut cependant certaines conditions particulières pour déterminer la présence de pustules phlyzaciées compliquant une autre maladie de h peau ; il faut surtout que celle-ci ait été puissamment excitée, et principalement d'une certaine façon. Ainsi ce n'est pas l'impéligo, par exemple, qui se complique le plus ordinairement de l'ecthyma, bien que ces deux éruptions semblent se rapprocher à priori par leur nature et leur forme pustuleuse ; mais ce sont les maladies accompagnées de prurit ; et c'est à cette dernière condition que nous attribuons la fréquence de la réunion de l'ecihyma avec la gale. Après cette dernière affection, ce

(t) Loc. cil.

sont les maladies papulcuses, le prurigo el le lichen, avec lesquelles on observe le plus souvent les pustules d'ecthyma. »

Telles sont les causes de l'ecthyma ; comme on le voit, elles agissent de deux manières : ou localement, ou généralement en affaiblissant la constitution.

§ III. — Symptômes.

1° Ecthymaaigu. — Assez rare au tronc, l'ecthyma aigu se développe habituelle» ment aux bras et aux mains.

L'éruption apparaît sous forme de points rouges assez nettement circonscrits ; elle est annoncée par une douleur souvent vive et piquantes s'accompagnant d'un sentiment de cuisson. Au centre de ces petites plaques s'élève bientôt une petite collection d'un liquide ordinairement purulent dès le début, et quelquefois séropurulent. Cette colleclion purulente, entourée d'une aréole d'un rouge vif, constitue ce qu'on appelle une pustule phlyzaciée, à cause de sa largeur et de son peu de saillie. En effet, dans certains points, à la paume des mains par exemple, 1'épiderme paraît à peine soulevé.

Une fois formée, la pustule reste intacte pendant quelques jours, et, ce qui est digue de remarque, quelquefois plus d'une semaine; puis le liquide qu'elle renferme se coagule et se convertit en une petite croule brunâtre peu épaisse et assez adhérente. Si la pustule est rompue avant la formation de la croûte, on aperçoit une petite cavité dont le fond est ronge, comme excorié. A la chute de la croûte, le derme conserve une empreinte violacée qui persiste longtemps.

L'éruption des pustules d'ecthyma est ordinairement successive et ne détermine aucun mouvement fébrile. Les symptômes locaux, bien qu'ils annoncent l'inllammation du derme, sont en effet trop faibles, pour qu'un aussi petit nombre de pustules, se développant à la fois, puisse produire le moindre trouble général. Parfois cependant les choses se passent un peu différemment, ce qui tient aux circonstances suivantes :

Quelquefois les pustules, au milieu de leur développement, paraissent être le siège d'un mouvement fluxionnaire ; elles augmentent de largeur et de saillie et ressemblent assez bien, dans ces cas, à certaines bulles depemphigus.

Dans quelques cas, plus rares, l'éruption est simultanée et précédée de symptômes généraux, tels que malaise , mouvement fébrile, etc. Alors les pustules, discrètes, plus petites, répandues sur une surface plus ou moins large, suivent ensemble les diverses phases de l'éruption. En général, celle-ci est douloureuse et s'accompagne d'un gonflement comme érysipélateux des surfaces affectées.

2° Ecthyma chronique. — Plus fréquent que l'ecthyma aigu, recthyma chronique a pour siège de prédilection les membres inférieurs ; ses pustules, plus rares, quelquefois au nombre de trois ou quatre seulement, sont généralement moins circonscrites; elles sont aussi plus larges que celles de l'écthyma aigu, et atteignent souvent l'étendue d'une pièce d'un franc et au delà. La peau, siège de l'éruption, est à peine enflammée; la pustule se forme avec peine, et reste quelquefois flasque et plissée, perdant en saillie ce qu'elle gagne en étendue. Varéole qui l'entoure est un cercle dont la couleur varie depuis le rouge paie jusqu'à la teinte brune violacée; le liquide qu'elle renferme, ordinairement peu épais, quelquefois noi-

KCT1IYA1A. — TltAlïïi.UliNT. 455

ràtre ou sanguinolent, se convertit en une croûte le plus souvent noirâtre, parfois très adhérente, laissant après elle une excoriât ion sanieuse, puis une empreinte qui reste longtemps foncée : une véritable petite cicatrice.

C'est celte variété d'ecthyma, comme le fait remarquer M, Rayer, qu'on rencontre chez les enfants faibles, mal nourris ou convalescents de variole (ecthyma infantile) : dans ces cas, les pustules sont ordinairement peu volumineuses.

§ IV. — Marche, durée, terminaison de la maladie.

En général, la marche de l'eclhyma aigu est subordonnée au développement des pustules ; elle est plus rapide quand l'éruption s'accompagne de phénomènes inflammatoires. A l'état chronique, l'affection affecte une marche essentiellement lente, et sa durée peut varier de plusieurs mois à plusieurs années. L'ecthyma aigu a ordinairement une durée de plusieurs semaines, entretenu qu'il est par l'apparition successive de nouvelles pustules. C'est ce qui a lieu quand il a été produit par une cause permanente et quand il accompagne une autre affection cutanée.

La guérison est la terminaison habituelle de l'ecthyma.

§ V. — lésions anatomiques.

Biett avait pensé que le siège des pustules était dans les follicules sébacés. Four M. Cazenave, l'ecthyma est une inflammation de la surface de la peau, avec tous ses caractères, et dans laquelle sont intéressés plusieurs des éléments de cette membrane. «Il y a, dit ce médecin (1), manifestement douleur, afflux de liquide, congestion sanguine, fluxion séreuse, formation de pus. »

§ VI. — Diagnostic, pronostic.

Diagnostic. — Le rupia, que nous avons décrit dans l'article précédent, est la maladie avec laquelle il serait possible de. confondre l'ecthyma, et c'est sans doute ce qui a engagé M. Plumbe à proposer de réunir en une seule ces deux affections. Tout en reconnaissant qu'on les rencontre assez souvent dans des conditions analogues, et qu'au début, dans certains cas, rares néanmoins, la lésion élémentaire paraît être la même, on doit convenir que l'ecthyma diffère toujours du rupia par son étal pustuleux dès le commencement du soulèvement épidermique.

On ne confondra pas non plus les larges pustules phlyzaciées de l'ecthyma avec les petites pustules de Y impétigo et les pustules ombiliquées de la variole.

La seule difficulté est celle qui permet de confondre l'ecthyma simple {ecthyma cachecticum) avec Vecthyma syphilitique (voir les syphilides).

Pronostic. — L'ecthyma ne saurait jamais être regardé comme une affection grave par elle-même. A l'état aigu, c'est une maladie légère; à l'état chronique, il indique un état de faiblesse, de détérioration de l'économie , mais par lui-même il n'ajoute rien à la gravité du mal.

§ VII. — Traitement.

Dans Vecthyma aigu, quand l'éruption ne consiste qu'en un nombre peu considérable de pustules, les auteurs conseillent de s'en tenir à l'usage des délayants,

(1) Lot: cit.

des bains frais, des [bains d'eau de son, et à prescrire un régime doux et le repos.

Si au contraire, chez un sujet robuste, Y éruption s'accompagne de fièvre, si les surfaces où elle se développe sont douloureuses ou fortement enflammées, on pratique avec avantage quelques émissions sanguines, et les bains frais sont plus fréquemment répétés. Vers la fin de l'affection, on joint à ces moyens quelques purgatifs légers.

Quant à Yectlu/ma chronique, le médecin doit suivre, une conduite toute différente, et l'état général sous l'influence duquel l'affection pustuleuse s'est développée doit fixer particulièrement son attention. C'est ainsi que chez les individus dont la constitution est affaiblie, on prescrit un régime tonique et fortifiant; l'usage des amers, des ferrugineux ; quelques bains gélatineux ou alcalins. Le malade doit être en outre soumis à toutes les conditions d'une hygiène bien entendue.

Chez les enfants à la mamelle, il faut surveiller la qualité du lait qu'on leur donne; quelquefois un changement de nourrice a suffi pour obtenir dans l'état du petit malade les plus heureuses modifications.

En général, dit M. Cazenave, l'éruption par elle-même ne réclame l'emploi d'aucun topique ; il y a cependant quelques cas dans lesquels les excoriations de mauvaise nature, qui appartiennent à certaines formes de l'ecthyma, réclament l'application de certaines pommades astringentes, ou même quelques cautérisations légères avec le nitrate d'argent ou un acide étendu.

Les ulcérations qui succèdent à la chute des croûtes, et qui, chez certains vieillards, sont si longues à cicatriser, seront favorablement excitées, selon M. Rayer, par des lavages avec des décodions aromatiques, ou une solution de chlorure de chaux, ou encore en les saupoudrant de crème de tartre.

Ce traitement bien simple ne demande pas d'autres détails.

ARTICLE III

P OR RI GO [teigne).

[A l'article herpès tonsurant (voyez page k\k), nous avons présenté sur les parasites végétaux des considérations qui s'appliquent de tous points à l'affection que nous décrivons, et nous invitons le lecteur à s'y reporter; il réunira ainsi les diverses espèces qui forment le groupe des teignes.]

Il n'est pas de partie de la pathologie cutanée qui ait offert jusqu'à nos jours plus de confusion que celle-ci. Sous le nom de porrigo et sous le nom de teigne qui lui correspond exactement , on a décrit une multitude d'affections diverses, qui n'avaient de commun que leur siège; nous avons eu déjà occasion d'en signaler quelques-unes.

Les Grecs reconnaissaient cinq espèces de po?-rigo. Guy de Chauliac admettait également cinq formes de teigne dont voici rénumération : Tinca favosa, T. ficosa, T. medosa, T. tuborosa, T. lupinosn. Àlibert, au commencement de ce siècle, décrivit cinq espèces de leigne, qui sont les suivantes: teignes muqueuse > furfùracée, amiantacèe, granulée, faveuse. Willau, en adoptant la dénomination de

PORRIGO. — DÉFINITION.

porrigo, en établit les six variétés suivantes : porrigo larvalis, fùrfurans, lupinosa, scutulato, decaivans, favosa.

Ce court exposé suffit pour donner une idée de la confusion déjà signalée ; à l'aide d'une observation attentive, on a écarté du groupe des teignes, des maladies qui, nous le répétons, n'ont rien de commun que le siège et qui diffèrent parleurs caractères essentiels. À l'article Impétigo, on a fait voir qu'il fallait rattacher à ce genre les variétés décrites par Willan sous les noms de porrigo larvalis et de porrigo granulata ; de plus, le porrigo favosa de "Willan n'est qu'un véritable impétigo, et la teigne granulée d'Alibert est une variété de cet impétigo [impétigo granulata). Cette judicieuse élimination, commencée par Biett , a été continuée par M. Cazenave, qui, dans un article aussi remarquable par son esprit de critique que par la clarté de l'exposition (1), a établi d'une manière précise le sens des mots teigne et porrigo, et déterminé la maladie qu'ils devaient désormais désigner.

Selon M. Cazenave, il faut réserver le nom de porrigo (ou de teigne, si l'on voulait conserver cette dénomination) à une affection spéciale, caractérisée par sa nature contagieuse, ses pustules, ses croûtes et sa tendance à produire l'alopécie. A ce titre, M. Cazenave rejette du genre porrigo le porrigo scutulato. de Willan, ou ring-worm des Anglais, qui n'est, selon lui, que la variété d'herpès qu'il a décrite sous le nom d'herpès tonsurant (2). Il en écarte également le porrigo decaivans, maladie distincte, bien différente d'ailleurs, et qui n'est que le vitiligo du cuir chevelu.

Néanmoins, dans ces derniers temps, M. Bazin (3) définit la teigne : une affection des poils, produite ou entretenue par la présence d'un végétal parasite. Partant de cette définition, l'auteur admet cinq espèces de teignes :

1° T eigne faveuse {porrigo favosa ou scutulato) ; 2° teigne tonsurante (teigne tondante de Mahon, herpès tonsurant de M. Cazenave) ; 3° teigne mentagre ou sycosique; U° teigne achromateuse (porrigo decaivans de Bateman; vitiligo du cuir chevelu de M. Cazenave); 5° teigne dé calvante (alopécie idiopathique). Tout en reconnaissant l'importance des observations de M. Bazin, relativement à la cause commune de ces maladies , nous pensons que la distinction établie par Biett et M. Cazenave peut être maintenue.

§ — Définition, synonymie, fréquence.

Le porrigo (ou teigne) est une inflammation spéciale du cuir chevelu, contagieuse, caractérisée par de petites pustules jaunes, enchâssées dans l'intérieur de la peau, se convertissant de bonne heure en croûtes d'un jaune particulier, déprimées en godets, tendant spécialement à produire une alopécie permanente (Cazenave) et produite ou entretenue par la présence d'un végétal parasite.

Le porrigo, tel que nous venons de le définir, se trouve désigné dans les auteurs par différentes dénominations : c'est le porrigo lupinosa de Willan; le porrigo favosa «c quelques médecins modernes ; la tinea lupinosa de Guy de Chauliac, la teigne

(1) Traité des maladies du cuir chevelu. Paris. 1850, p. 90.

(2) Voy. l'art. Herpès, t. V, page 413.

(3) Rech. sur la nature et le trait, des teignes. Paris, 1853.

faveusede M. Mahon et de M. Bazin, la vraie teigne, le favus de M. Rayer. Cette dernière expression vient de l'aspect remarquable de la pustule qui forme une croûte jaune, offrant une dépression centrale, ce qui lui donne une certaine ressemblance avec les alvéoles d'une ruche à miel. C'est aussi d'une ressemblance des pustules avec les semences du lupin que lui vient le nom de porrigo lupinosa.

§ II. — Causes.

i" Causes prédisposantes.

Le porrigo s'observe à tous les âges; cependant il se développe particulièrement dans l'enfance et dans la jeunesse. Aucun sexe, aucune saison n'y paraissent prédisposer plus particulièrement. Il en est de même du tempérament et de la constitution. Si celle-ci paraît faible et détériorée chez un certain nombre de teigneux, il faut moins regarder cet état comme une cause que comme un effet de la maladie elle-même.

A ces causes nous ajouterons la misère, la malpropreté, les fatigues, dont il est impossible d'apprécier rigoureusement l'influence; et l'hérédité, qui, sans nous ■ être beaucoup mieux connue, a paru évidente dans un certain nombre de cas.

2° Causes occasionnelles.

Le porrigo est essentiellement contagieux : ce mode de transmission est reconnu par la plupart des médecins modernes, cl entre autres par Biell, MM. Rayer, Cazenave, Bazin. La contagion s'opère par le contact immédiat ou par des objets ■ ayant servi à des individus malades, tels que bonnets, linge, éponges, peigne, etc.* ces faits sont faciles à apprécier quand les enfants sont réunis en grand nombre, comme dans les pensions, les hôpitaux. « Il en est de la contagion du favus, dit M. Rayer, comme de celle de plusieurs autres maladies transmissibles par contact ou inoculation; l'application des croûtes du favus sur la peau n'entraîne pas constamment l'inoculation de cette dégoûtante éruption. » Les travaux des micrographes modernes tendent à donner une explication très simple de la contagion de la maladie, puisque, suivant leurs recherches, elle est constituée par une végétation qui se reproduit avec la plus grande facilité.

§ III. — Symptômes.

Au début, le porrigo favosa apparaît sous forme de pustules extrêmement petites ne dépassant pas le niveau de la peau, dans l'épaisseur de laquelle elles soj comme enchâssées ; elles sont d'un jaune remarquable, comme safranées, et toujours elles sont traversées par un cheveu. Liquide au commencement, la matiM qu'elles renferment se concrète rapidement, et donne lieu à des croules qui cte prime abord offrent un caractère particulier et qu'on peut regarder comme un signe pathoqnnmonique de la maladie.

Ce mode de début est propre à la forme appelée favus dissémine, par opposiùon à une autre forme â laquelle on a donné le nom de favus en cercle. Dans ceuc dernière, l'affection se manifeste sous forme de plaques plus ou moins nombreuse.

PORHIGO. — SYMPTÔMES.

assez régulièrement arrondies, et dont l'apparition est précédée de démangeaisons assez vives. Ces surfaces, qui varient en étendue de 2 à 3 centimètres, présentent tout d'abord un état grenu, chagriné, constitué par le gonflement de l'extrémité de chaque conduit pilifère que surmonte bientôt une petite squame blanche, sèche, adhérente. Cet état peut durer quelques semaines, et alors on voit seulement apparaître au-dessous des lamelles les petits points jaunes qui constituent le favus (1).

La croûte faveuse, à peine formée, présente une dépression centrale, qu'on peut toujours reconnaître à la loupe, souvent même à l'œil nu. A mesure qu'elle se développe, sa dépression augmente; elle devient de plus en plus prononcée, et prend la forme d'un godet. Ordinairement traversée par un cheveu, elle offre une couleur jaune de plus en plus foncée; son volume, très petit d'abord, peut acquérir jusqu'à 2 centimètres de diamètre.

Ainsi formées, les croûtes faveuses affectent diverses dispositions. Tantôt isolées, distinctes, elles se développent sans se confondre et offrent chacune le type parfait du favus; tantôt confluentes, elles se touchent et se confondent par leurs bords et donnent naissance à des plaques jaunâtres où l'on ne retrouve plus la forme arrondie, mais bien une foule de dépressions alvéolaires correspondant chacune à une pustule primitive. Quelquefois les croûtes, comme réunies en une seule, ne présentent plus que par places, et sur les bords, la forme ronde et la dépression caractéristique. Souvent adhérentes, elles deviennent d'une sécheresse remarquable, pulvérulentes, et tombent au moindre frottement. Cet état se rencontre chez les individus affectés depuis longtemps de porrigo, et qui ont négligé toute espèce de soins. En pareil cas, la tête exhale une odeur nauséabonde, qu'on a comparée à celle de l'urine de chat; en outre les croûtes ont perdu leur couleur jaune habituelle; elles sont d'un blanc sale; c'est à peine si, à travers cette couche, épaisse, on voit percer quelques cheveux grêles, comme lanugineux.

Après la chute des croûtes, on aperçoit de légères érosions; la peau est rouge, humide; mais bientôt apparaissent de nouvelles pustules qui donnent lieu à des croûtes nouvelles. Cette circonstance est importante à noter , puisqu'elle sépare complètement le favus de V impétigo : dans ce dernier, en effet, les croûtes se reforment par un suintement plus ou moins abondant, mais sans qu'il y ait besoin de l'apparition de nouvelles pustules. Cette remarque, fondée sur une observation exacte, a une grande valeur pour le diagnostic.

L'alopécie, qui est un effet constant de l'affection faveuse, offre ici un caractère particulier : c'est celui d'être incurable. Après la disparition des croûtes dans les points dégarnis de cheveux, la peau ne présente plus cet aspect bleuâtre, celle épaisseur, cette souplesse qu'elle a à son état normal; elle a tous les caractères d'une véritable cicatrice.

Un prurit souvent incommode, quelquefois tellement intense que les malades se déchirent la peau avec les ongles, accompagne le porrigo favosa. Les enfauts qui en sont atteints ont souvent la tête pleine de poux. Des excoriations douloureuses du cuir chevelu et l'engorgement lymphatique du cou sont fréquemment la conséquence de la maladie.

(t) Chausit, Traita éleni. des maladies de la peau. Paris, 1853, p. U2.

aD" MALADIES DE LA PEAU.

Le porrigo ne donne pas lieu à des symptômes généraux dignes d'être notés ; mais on a souvent signalé un arrêt de développement physique et moral chez les individus atteints de la teigne.

Enfin, il n'est pas rare de rencontrer dans les porrigo anciens, des accidents dus à des complications. En s'ajoutant au favus, ces complications, qui, le plus souvent, consistent en des éruptions à' eczéma, d'impétigo, de pityriasis, aggravent nécessairement l'état du malade et obscurcissent parfois le diagnostic.

Le siège ordinaire du porrigo est le cuir chevelu; cependant ou rencontre aussi des pustules faveuses sur tous les points du corps où il existe des poils. M. Cazenave a observé plusieurs cas où le porrigo était général, et, d'un autre côté, il l'a vu (1) souvent occuper uniquement le scrotum, où il s'était déclaré spontanément.

I S IV. — Marche, durée, terminaison de la maladie.

Le porrigo affecte une marche continue ; à la chute des croûtes, il se fait une éruption de nouvelles pustules qui prolonge ainsi et entretient le mal.

Le favus a une durée indéterminée : il n'est pas rare de rencontrer des individus adultes affectés de cette maladie depuis les premières années de leur vie. La guérison, qui, dans ce cas, n'a lieu qu'au prix d'une alopécie au-dessus des ressources de l'art, est une terminaison rare du porrigo abandonné à lui-même ; c'est à un traitement long et minutieux que cet heureux résultat est dû le plus souvent.

§ V. — Iiésions anatomiques.

Différentes opinions ont été émises sur le siège anatomique du favus. Duncan et Baudelocque le plaçaient dans le bulbe pileux; d'autres regardaient l'affection comme une lésion des follicules. MM. Letenneur (2) et Cazenave admettent que le favus a son siège à l'extrémité du conduit pilifère, de cette gaine qui enveloppe et accompagne le poil depuis le bulbe jusqu'à sa sortie.

Dans ces derniers temps, M. Gruby (3), dans des recherches intéressantes, a avancé que le porrigo n'était autre chose qu'un parasite appartenant à la famille des cryptogames. M. Cazenave {k), qui a discuté ce point, a regardé cette opinion comme inadmissible : il s'est fondé sur la marche et le développement du favus, qui, en effet, il faut le reconnaître, offre une série de phénomènes qu'on ne retrouve pas dans les productions parmi lesquelles M. Gruby voudrait ranger le porrigo ; cependant il faut ajouter que cette opinion a été soutenue et développée depuis par M, Ch. Robin (5) et par M. Bazin (G), ce qui lui donne un assez grand poids pour qu'elle ait aujourd'hui force de loi.

(1) Union médicale, 22 janvier 1852.

(2) Quelques recherches sur le favus. Thèse. Paris, 1839.

(3) Mémoire sur une végétation qui constitue la vraie teigne (Comptes rendus de l'Acad. des sciences, 1841, t. XIII).

(<i) Traité des maladies du cuir chevelu. Paris, 1850, p. 222.

(5) Des végétaux parasites qui croissent sur l'homme et sur les animaux. Paris, 1853, in-8, avec atlas de 15 planches.

(6) Recherches sur la nature el le traitement des teignes. Paris, 1853.

PORRIGO. — TRAITEMENT.

§ VI. — Diagnostic, pronostic.

Diagnostic. — En se rappelant les traits principaux de la description que nous avons donnée, il sera presque toujours facile d'arriver au diagnostic du fa vu s.

Si on l'observe à l'état pustuleux et au début, on retrouvera cette petite pustule jaune, comme safranée, dépassant à peine le niveau de la peau où elle est comme enchâssée, et déprimée à son centre, si différente de la pustule d? impétigo, saillante et globuleuse. D'un autre côté, les croûtes rugueuses, informes, ambrées, mollasses ou verdâtres, comme déposées à la surface de la peau, qui appartiennent à l'éruption impétigineuse, ne ressemblent pas à ces croûtes du porrigo toujours sèches, comme soufrées, quelquefois d'un jaune gris, présentant la dépression en godet, et ordinairement traversées par un poil. L'alopécie, qui accompagne constamment le favus, sera aussi un puissant moyen de diagnostic. Resterait enfin l'examen des cheveux au microscope.

Quelquefois, comme nous l'avons déjà dit, l'agglomération des croûtes confondues entre elles rend obscure ou indistincte la forme caractéristique. Dans ces cas, il faudrait attendre, faire tomber les croûtes, et le développement de nouvelles pustules suivies des croûtes faveuses viendrait lever tous les doutes.

Pour compléter le diagnostic du porrigo, rappelons combien il diffère de Y eczéma, remarquable par sa forme squameuse et son suintement, et du pityriasis, caractérisé par une desquamation sans formation de croûtes. Voir pour plus de renseignements, aux articles qui concernent ces maladies. Quant au porrigo scutulata, on a donné l'histoire et le diagnostic sous le nom d' 'herpès tonsurant , on doit consulter l'article Herpès.

Pronostic. — Si l'on songe à la longue durée du porrigo, à son influence sur la constitution, au danger de sa propriété contagieuse, à l'opiniâtreté avec laquelle il résiste souvent aux agents thérapeutiques, à l'alopécie qui en est une conséquence inévitable, on ne saurait s'empêcher de le regarder comme une affection grave et qui réclame toute la sollicitude du médecin. Il faut, le plus promptement possible, faire disparaître une maladie qui fait des sujets qui en sont atteints un objet de dégoût pour tout le monde et de danger pour ceux qui les approchent.

§ VII. — Traitement.

Exposer, à l'occasion du porrigo, les innombrables médications préconisées dans le traitement des diverses espèces de teigne, ce serait vouloir gratuitement retomber dans la confusion où l'emploi mal défini de ces deux mots a jeté la science jusqu'à ce jour. On ne saurait évidemment accepter avec quelque confiance la plupart de ces médicaments indiqués contre la teigne, quand on voit ceux qui les vantent les employer indistinctement dans toutes les espèces, et par conséquent dans des affections qui diffèrent essentiellement de la maladie contagieuse à laquelle on a réservé le nom de porrigo.

Deux indications essentielles, qui consistent : 1° à empêcher la formation des croûtes, 2° à produire l'êpilation, composent la méthode le plus généralement employée aujourd'hui, et celle dont les succès sont le plus nombreux. Elle est fondée

d'ailleurs sur l'étude anatomique du favus. On sait, en effet, que l'avulsion du cheveu ôte, pour ainsi dire, toute prise a la maladie. La guérison du porrigo doit donc résulter de l'avulsion des poils sans qu'il y ait destruction ou altération du bulbe, puisqu'au bout d'un temps donné, la maladie doit cesser complètement de se reproduire faute d'aliment. »

Calotte. — L'emploi de la calotte, affreux moyen, abandonné aujourd'hui à cause des souffrances atroces qu'il détermine, atteignait ce but. Il consistait dans le mélange suivant :

If Farine de seigle 125 grara. | Vinaigre blanc 1000 gram.

Mettez sur le feu, et agitez; puis ajoutez :

Deutoearbonate de cuivre en poudre 15 gram.

Faites bouillir doucement pendant une heure, et ajoutez :

Poix de Bourgogne 180 gram.

Poix noire.

Résine. . . .

: àà 125 gram.

Quand tout est fondu, ajoutez :

Éthiops antimonial en poudre 180 gram.

Agitez, puis étendez sur de la toile.

Après avoir préalablement ramolli et fait tomber les croûtes par des cataplasmes, et coupé les cheveux avec des ciseaux le plus ras possible, on appliquait cet emplâtre sur le cuir chevelu, et on l'y laissait séjourner et sécher.

Trois ou quatre jours après, on l'enlevait brusquement et à contre-poil, pu.s on en mettait un second, que l'on arrachait après le même intervalle. On renouvelait ensuite l'emplâtre de deux en deux jours, ayant som de raser la te e lorsque cela paraissait nécessaire. On continuait cette opération s. cruel e pendant plusieurs mois, et chaque pansement enlevait une certaine quant-te *

Ch oTcomprend la manière d'agir de ce moyen barbare. Tel qu'il vient d'être décrit, il ne saurait être employé aujourd'hui. Cependant les succès qu il ocurés sont nombreux, et si l'on pouvait le modifier de manière a le rendre lac, e- - ; I 1, on aurait tort' d'y renoncer. Or c'est précisément ce qu ont fa MM Brelonneau 'et Trousseau ; car les modifications qu'Us vont apposée e dent exempt de douleur et de tout inconvcme.it. Ce moyen a eu de tus bons. / l'hôninl de Tours Voici comment d est expose 'vij .

^J^J^**« » -ge estun mélange de diverses résmes. de farine et de vinaigre, dans les proportions suivantes :

Farine de seigle JiJ f ™'

Poix de Bourgogne 124 gram.

Poix-résine 96 &ram-

Résine de térébenthine ... 48 gram.

Vinaigre blanc 1,250 gram.

(1) D„ traitent de la leiane par Vcnploi de la calotte (Bulletin de tkerap, t. XXXIV, li 1818).

PORRIGO. — TRAITEMENT. /|63

» Ces proportions ne sont pas sans cloute absolues. Elles peuvent être changées (Suivant telle ou telle indication particulière; mais ce ne sont pas celles qu'on emploie le plus communément, et qui se trouvent dans un grand nombre de formulaires. On obtient ainsi un mélange de couleur jaunâtre, brunissant à l'air, de consistance assez molle pour qu'on puisse l'étendre très facilement comme une pommade un peu épaisse.

» L'emplâtre bien préparé, on coupe de petits morceaux de toile en forme de demi-côtes de melon, de véritables triangles isocèles par conséquent, et d'une grandeur telle que leur pointe étant placée au sommet de la tête, leur base arrive à son pourtour. On les couvre d'une couche un peu épaisse de l'emplâtre-calotte. On coupe alors les cheveux bien exactement, et, pour plus de facilité, avec des ciseaux courbés sur le plat. Il est tout à fait inutile de raser la tête : il serait souvent impossible ou dangereux de le faire. On applique alors sur le cuir chevelu les morceaux de linge recouverts de l'emplâtre, en ayant soin de poser leur pointe sur le sommet de la tête, en sorte que tous partent du même point, et que leur base, formant autour de la tête une même ligue circulaire, ils constituent une véritable calotte à côtes.

» Pour maintenir les pièces de l'appareil exactement appliquées, on placera avec avantage autour de la base une bande de sparadrap de la largeur du doigt et assez longue pour faire une ou deux fois le tour de la tête.

» L'appareil ainsi formé se dessèche bientôt. Ou l'enlève tous les cinq ou six jours pour le renouveler exactement de la même manière. Dès que les cheveux grandissent, on les coupe et avec les mêmes précautions, de façon à les maintenir constamment bien ras.

<> L'appareil s'enlève ordinairement sans douleur, ce qui se comprend très bien, les cheveux ayant été préalablement coupés. Si pourtant on produisait le moindre tiraillement douloureux, il suffirait, pour le faire cesser bientôt, de mouiller l'appareil. On renouvelle d'ailleurs très régulièrement les applications jusqu'à ce que la maladie ait complètement disparu.

» Il est facile de voir que celte médication, malgré l'analogie qu'elle a avec l'ancienne, en diffère pourtant essentiellement. Ici point d'arrachement violent des cheveux; tout se réduit à une application topique médicamenteuse. »

C'est à peu près le même procédé qu'a préconisé M. Henriette (1); seulement, ce médecin n'applique que quelques bandelettes à la fois et à distance les unes des autres, la douleur étant plus vive quand elles sont rapprochées; lorsque l'épilation est complète dans ces points, il met de nouvelles bandelettes dans d'autres parties : c'est, à proprement parler, une épilalion graduelle.

M. Samuel Plumbe avait conseillé, pour éviter les affreuses douleurs de la calotte, d'épiler les cheveux un à un d ruide de petites pinces. Cette opération, trop longue quand le favus est un peu étendu, est elle-même douloureuse lorsque les clieveux adhèrent encore a leurs bulbes. Elle était généralement abandonnée lorsque M. Bazin (2) l'a reprise en la modifiant et la rendant plus facile cl moins douloureuse. Voici comment il agit :

(1) Bull. gën. de Ihérap., 15 octobre 1852.

(2) Loc. cit.

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