‹ Guide du médecin praticien, ou, Résumé général de pathologie interne et de thérapeutique appliquées [electronic resource] (volume 2)Chapitre 15 sur 344 · VI. — Traitement · texte numérisé non relu

VI. — Traitement

Le traitement de la leucorrhée devait nécessairement se ressentir du peu de précision avec laquelle on a défini la maladie. Dans les descriptions des auteurs, rien qui s'applique à un état déterminé : tantôt il s'agit de blennorrhagies aiguës ou chroniques; tantôt de vaginites par excitation directe; tantôt de véritables flux muqueux,'sans que le plus souvent il soit possible de savoir ce qui s'applique à l'un ou 'a l'autre de ces divers états.

Considéré d'une manière générale, le traitement de la leucorrhée est différent

(I) Neue Zeilung fur Mcdicin uni médicinal- Rcform. Nordhausen, novembre 1848.

LEUCORRHÉE IDIOPATHIQUE. — TRAITEMENT. &5

suivant l'intensité et la durée de la maladie. Ainsi, lorsque la maladie est légère, on se contente d'un traitement local qui consiste dans des injections astringentes (avec le sulfate de zinc, Y acétate de 'plomb, la noix de galle, le tannin, etc.). lorsque au contraire, l'affection dure depuis longtemps, que l'écoulement est abondant et que les malades sont notablement débilitées, on a recours en même temps à un traitement général où figurent les toniques, les amers, les ferrugineux. Cc'a posé, présentons quelques moyens particuliers dont l'application peut être

^ Toniques. — Le quinquina est de tous les toniques celui dont on fait le plus fréquent usage ; on le donne seul ou associé à d'autres substances. Voici la formule conseillée par le docteur Formey (1) :

Alun \

Fleurs de sel ammoniacal martiales f ^ 2 gram.

Extrait de quinquina préparé à froid I

Poudre aromatique /

Huile de cannelle 12 gouttes.

Y. s. a. des pilules de 0,10 gram.

Dose : de cinq à dix, malin et soir.

Tissot recommandait une préparation dont le quinquina fait partie, et qu'il désignait sous le nom il'électuaire antileucorrhéen. En voici la formule :

If Poudre de quinquina 13 gram. Poudre de cachou i gram.

— de macis 4 gram. |

Mêlez et incorporez dans :

Êlectuaire de roses rouges. ... 45 gram. | Essence de cannelle 2 gouttes.

— de romarin 15 gram. |

Ajoutez :

Sirop d'épicarpes d'oranges Q. s.

Dose : i grammes malin et soir.

Un régime substantiel, l'usage du vin de Bordeaux en petite quantité favorisent le traitement tonique.

Ferrugineux. — La limaille de fer, le carbonate, le sulfate, etc., ont été tour à tour employés, sans que les expériences aient été faites de manière à nous apprendre si un de ces moyens réussit mieux que les autres.

Le sirop chalijbê de Willis a joui d'une assez grande réputation ; il est préparé Comme il suit :

% Sulfate de fer 1 partie.

Dissolvez dans :

Eau bouillante 8 parties.

Filtrez, et faites fondre dans le liquide :

Sucre blanc 16 parties. | Gomme arabique en poudre. 1 parties.

Dose : de 30 à 60 grammes par jour.

(1) Voy.Most, Encykl., t. II.

Balsamiques. - On a beaucoup vanté l'efficacité É> divers bauu.es, comme le

cette dernière substance au fer et à d'autres médicaments, clans les pilule, vantes çpii ont eu de la célébrité : 1

'J Térébenthine de Venise . . . j , Gomme kino ,

Extrait de gentiane j aa 8 Sram- | Sulfate Qe ler — ftâ G gram.

Mêlez. Faites des pilules de 0,10 gram. Dose : quinze, trois fois par jour.

Le baume de copohu s'emploie de la manière qui a été indiquée à l'article Blennorrhée. Lorsque l'estomac ne peut pas le supporter, on a conseillé de mettre en usage le suppositoire suivant :

^ Baume decopahu solidifié, j Extrait d'opium 0l02 gram.

Beurre de cacao j 1 B

Employer ce suppositoire matin et soir.

Les baumes du Pérou et de Tolu sont employés à des doses variables que le médecin fixe suivant les cas. Le docteur Lhérilier (1) a beaucoup vanté l'emploi du styrax, qu'il prescrit, soit en pilules, soit sous forme de sirop, ainsi qu'il suit :

Pilules de styrax.

ï£ Styrax purifié 30 gram. | Poudre de réglisse Q. B

Mêlez. Faites des pilules de 0,40 gram. Dose : d'abord trois, puis progressivement jusqu'à six, matin et soir.

Sirop de styrax.

Ifi Styrax liquide 60 gram.

Faites digérer pendant douze heures dans :

Eau simple 1000 gram.

Passez, filtrez et faites fondre :

Sucre 2000 gram.

Dose : de quatre à six cuillerées par jour.

Poivre cub'ebe. — L'administration du poivre cubèbe ne présente rien qui n'ait été suffisamment indiqué aux articles Blennorrhagie et Blennorrhée; il serait inutile d'y revenir ici.

Iode. L'opinion que les flueurs blanches attaquent principalement les femmes

d'un tempérament lymphatique a dû nécessairement engager à avoir recours à l'iode. Aussi bon nombre d'auteurs ont-ils préconisé ce médicament ; on peut voir à l'article Scrofules (tome Ier, p. 392) comment il convient de l'administrer. Nous nous contenterons d'indiquer ici quelques préparations spécialement dirigées

(I) Gazette médicale de Paris, 1832.

LEUCORRHÉE IDIOPA1 HIQUE. — TRAITEMENT. kl

contre la maladie qui nous occupe. Pierquin a vanté l'efficacité de la teinture d'hijdriodate de fer dont voici la formule :

If Iodure de fer 8 gram.

Alcool rectiûé 64- gram.

Eau pure 64 gram.

Dose : quinze ou vingt gouttes dans la journée, dans une infusion de saponaire, de tilleul, etc.

Le même auteur recommande les tablettes d'hydriodate de fer préparées ainsi qu'il suit :

If Hydriodale de fer 4 gram.

Safran pulvérisé 16 gram.

Sucre pulvérisé 250 gram.

Mucilage de gomme adragant. . . Q. s.

Faites deux cent quarante tabletles. Dose : de huit à dix par jour.

Seigle ergoté. — L'action spéciale du seigle ergoté sur l'utérus a engagé à le mettre en usage contre les flueurs blanches, et l'on a cité des cas où il a été prescrit avec succès. Le docteur Dul'resnois vante l'efficacité de l'élixir suivant :

If Seigle ergoté bien sec 16 gram.

Alcool à 25 degrés 1 20 gram .

Sucre blanc 120 gram.

Essence de menthe 4 gouttes.

Eau pure Q. s.

Faites macérer le seigle ergoté dans l'alcool pendant dix-huit heures ; filtrez et mettez cette teinture de côté. Ensuite faites bouillir deux fois le résidu resté sur le filtre, et collez. Réduisez les colaturesà 240 grammes, au baiu -marie; faites dissoudre le sucre, et laissez refroidir. Ajoutez alors la teinture alcoolique d'abord obtenue, et l'essence de menthe. Mêlez, filtrez et conservez pour l'usage. Dose : trois cuillerées par jour.

Nous avons cité cette formule parce qu'elle a à la fois une action tonique et l'action spéciale du seigle ergoté. Mais le plus souvent on emploie l'ergot de seigle seul, comme dans la métrorrhagie où nous le retrouverons.

La sabine, qui a également une action spéciale bien connue, a été aussi mise en usage, surtout dans les cas où les règles sont supprimées, et où les flueurs blanches paraissent les avoir remplacées.

Wedekind en avait déjà fait connaître les avantages en pareil cas; Gunther et Santer imitèrent celte pratique, et il y a quelques années M. Aran (1) a fait connaître des observations de M. Fantonetti (2) qui démontrent les bons effets de cette substance.

On administre la poudre en pilules à la dose de 30 à 50 cent igram mes, rarement plus, trois fois par jour. Son action est très prompte. On a aussi prescrit la préparation suivante :

& Sab'nc 8 gram.

Fer en poudre 4. gram.

Extrait aqueux d'aloès.

1,25 gram.

Mucilage de gomme adragant. 1,50 gram!

.o Mêlez. Faites des pilules de 0,10 gram. Dose : de trois à quatre, deux ou trois fois par

Unfin nous pourrions citer les astringents, comme Yahtn, Yacétate de plomb,

(1) Gazelle des hôpitaux, décembre 1845.

(2) Annaliuniv. dimedicina.

/|8 MALADIES DES FEMMliS.

le tannin, Vexlrnit de ratanhia, la décoction de racine d'aunée recommandée par Delens, qui a cité à l'appui un cas peu concluant, parce que l'état de la malade n'est pas suffisamment décrit; l'infusion de busserole, de mille feuille ; Vacide hydroclilorique; le colchique, la noix vomique ; la ciguë, qui a sans doute été prescrite dans des cas où l'écoulement était dû à une affection organique, etc. On n'en finirait pas si l'on voulait donner la liste complète des médicaments proposés, et malheureusement le plus souvent sans que leur degré d'action puisse être suffisamment apprécié. C'est pourquoi nous nous contenterons de citer, avant de passer au traitement local, la formule suivante proposée par Rust, et qui contient des substances de nature très diverse :

% Bol d'Arménie i

Hydrochlorate de magnésie. (aa 2i gram*

Oléo-saccharure de macis. . 2i gram.

Rhubarbe en poudre 1,25 gram.

Mêlez. Faites une poudre. Dose : une cuillerée à thé, trois fois par jour.

Traitement local. — En même temps qu'on fait prendre ces remèdes à l'intérieur, on prescrit généralement un traitement local plus ou moins actif, et qui consiste principalement en injections avec la plupart des diverses substances qui viennent d'être passées en revue.

Injections diverses. — Les injections avec 0,03 à 0,10 gram. de nitrate d'argent par 30 grammes d'eau sont assez fréquemment mises en usage. Mais dans cette prescription les auteurs ont eu principalement en vue les blennorrhagies chroniques, en sorte qu'il serait impossible de se prononcer rigoureusement sur la valeur de ce moyen dans les cas particuliers dont nous nous occupons. Dans une communication à l'Académie des sciences (1), M. Legrand a vanté les bons effets d'une pommade au nitrate d'argent (de 1 à 5 centigrammes de sel pour 1 gramme de cérat sans eau) qu'on porte dans le vagin avec le doigt introduit dans un nouet de linge où se trouve le médicament. Rien ne prouve que ce moyen ait plus d'efficacité que les injections.

M. Nélaton (2) se sert avec beaucoup de succès des injections avec le sulfate de cuivre faites comme il suit :

% Sulfate de cuivre 1 gram. | Eau 400 gram.

Une injection matin et soir.

Girtanner employait la potasse caustique en solution de la manière suivante :

¥ Potasse caustique 0,30 gram. | Opium pur 0,20 gram.

Faites dissoudre dans :

Eau pure de 300 à 600 ou 900 gram.

suivant qu'on veut agir avec plus ou moins d'activité.

(1) Séances de l'Académie des sciences, 27 octobre 1846. Voy. Union médicale, mars 48(*2)' Journal des connaissances médico-chirurgicales , 1" décembre 1852.

LEUCORRHÉE IDIOPATMIQUE. — TRAITSMENT. U9

Pringle recommandait l'injection suivante :

If Sulfate de zinc 8 gram. J Alun calcine 8 gram.

Faites dissoudre dans :

Eau pure 500 gram.

Baume de copaku. — M. Taddei (1) emploie en injections, jusqu'à 150 grammes de baume de copahu uni à 260 grammes d'émulsion d'huile d'amandes douces et de gomme arabique. Il faut, pour que ces injections réussissent, que le liquide soit en contact avec toute l'étendue de la muqueuse vaginale, et par conséquent qu'elles soient faites, les malades étant couchées sur le dos, les jambes et les cuisses fléchies.

Les injections avec Y ammoniaque étendue d'une grande quantité d'eau (2), avec une solution de borax, de sulfate de soude (Trousseau) ; avec le chlorure de chaux, Veau de chaux, la décoction de noix de galle, d'écorce de chêne, de feuilles de noyer, ont été également pratiquées.

Le docteur Reclam (3), après avoir énuméré les différents moyens employés contre le catarrhe utérin, depuis les injections d'eau jusqu'au fer rouge, rejette toutes ces médications comme maladroitement systématiques, et en propose une qui s'adresse, selon lui, à la cause même du mal. Voici en quoi elle consiste : Etant admis que « les écoulements utérins reconnaissent pour origine un état particulier des nerfs de la matrice, c'est à ces derniers que la thérapeutique doit s'adresser. Or, les nerfs de l'utérus viennent du plexus hypogastrique ; le vagin, au contraire, emprunte quelques filets aux troisième et quatrième paires sacrées. Mais, poursuit l'auteur, nonobstant cette particularité anatoinique, tous les praticiens connaissent l'influence réciproque que les nerfs de la queue-de-cheval et les organes génitaux exercent les uns sur les autres. » Aussi a-t-il été conduit à appliquer les moy,ms révulsifs vers la partie inférieure du canal vertébral.

Nous verrons, aux articles Dysménorrhée et Névralgie utérine, la raison des succès obtenus par Reclam et par M. Mitchell, qui emploie, comme on va le voir, la cautérisation lombaire au fer rouge dans les mêmes circonstances. Nous avons signalé, en effet, la névralgie lombo-utérinc comme une cause de leucorrhée, et c'est en guérissant la névralgie par ces moyens qui lui conviennent si bien, que 'ces auteurs ont guéri les écoulements utérins. Ces faits sont donc une confirmation éclatante de ce que nous avions annoncé, et nous verrons que d'autres médecins et entre autres MM. Malgaigne et Beau, sont arrivés à des résultats analogues

Cautère actuel. M. le docteur Mitchell (4) a guéri un grand nombre de malades affectées de leucorrhée utérine ou de dysménorrhée par Yapplication du Cautère actuel à la région lombaire. Ces faits ne surprendront pas le lecteur s'il se rappelle ce que nous avons dit relativement aux douleurs névralgiques lomboabclominalcs, qui simulent les maladies de l'utérus, et aux écoulements qu'elles

(I) Bolletino délie scienze mediche di Dologna, 18 il t. liVST Ct ,)K''KNS* DiC'hm- Ul,i'^^ mai. méd. cl de thérapeutique. Paris, 1829, (3) Loc. cil.

W Dublin med. Pnu, et Journal des connaissances médico-chirurgicales, février 1847 Valleix, 4* édit. — V.

déterminent. Depuis que nous avons fixé l'attention stiï celte forme complètement méconnue de la néoralyie utérine, les faits qui paraissent le plus inexplicables s'expliquent avec la plus grande facilité; mais M. Mitcliell ne savait pas encore qu'il avait affaire uniquement à une névralgie lombo-abdominale, avec irradiation vers l'utérus, et congestion ainsi que leucorrhée consécutives; autrement il aurait vu qu'il guérissait la maladie comme on guérit les autres névralgies, en cautérisant les sources de la douleur.

Constatons néanmoins que dans ces faits, qui confirment si bien ceux que nous avons rapportés nous-mêmes (1) et ceux que, plus tard, M. Malgaigne (2) a fait connaître, le traitement a eu un succès remarquable contre un mal regardé connue très rebelle par tous les pathologistes. Mais ce qu'il faut savoir, c'est que la cautérisation super ficielle du col lui-même aies mêmes avantages, sans avoir les inconvénients de ces cautérisations lombaires, et que l'incision des lèvres du col, faite par M. Malgaigne, n'a pas moins bien fait cesser la maladie. Nous reviendrons sur ces faits à propos de la névralgie utérine. Quant à présent nous nous bornerons à exposer la manière d'agir de M. Mitcliell.

Après avoir chaulfé le bouton de cautère avec une lampe à alcool, il l'applique à coups répétés sur la peau du dos : il prolonge d'autant plus le contact, que le fer est moins chaud. Il a l'habitude de loucher les téguments de la région lombaire à douze places distinctes, quatre de chaque côté, et quatre sur les apophyses épineuses mêmes.

M. Mitchell a employé cette méthode plus de soixante et dix fois déjà dans des cas de leucorrhée utérine, d'hystérie et de dysménorrhée, se rattachant à cette affection. Plusieurs de ces malades avaient des douleurs lombaires telles, qu'elles ne pouvaient marcher. Chez toutes, la leucorrhée utérine était ancienne et avait résisté à divers moyens thérapeutiques. Presque toutes ont guéri, la plupart après une seule application.

La douleur est l'élément morbide qui cède le plus rapidement à cette médication, et jamais le succès n'est plus certain que lorsque cet élément prédomine, ce dont on s'assure en pressant le museau de tanche 'avec le doigt. Lorsqu'il y a des granulations au col, il est quelquefois besoin de toucher celui-ci avec le nitrate d'argent; mais la douleur a déjà cédé à l'application seule du cautère actuel.

On le voit, il n'y a rien là que de conlirmatif de tout ce que nous avons avancé sur les douleurs névralgiques de l'utérus simulant une affection organique.

Traitement propln/lactic/ue. — Plusieurs auteurs se sont occupés du traitement prophylactique, mais ils se sont bornés à donner des conseils qui n'ont d'autre base que les opinions qu'ils s'étaient faites sur l'influence des diverses causes énumérées plus haut. Il suffit, par conséquent, de dire d'une manière générale que l'éloignement de ces causes constitue le traitement prophylactique. Nous ajouterons seulement que le séjour à la campagne, l'insolation, l'usage de légers toniques, des amers, une nourriture saine et succulente, sont parmi les moyens préservants, ceux qu'on emploie de préférence.

(1) Bulletin général de thérapeutique.

(2) Revue médico-chirurgicale.

AMÉNORRHÉE.

RÉSUMÉ SOMMAIRE DU TRAITEMENT

1° Traitement général. — Toniques, ferrugineux, balsamiques, styrax, poivre cubèbe, iode, seigle ergoté, sabine, astringents, moyens divers.

T Traitement local. — Injections, caustiques, astringents, révulsifs, cautère, etc.

Traitement prophyl actique.

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