‹ Guide du médecin praticien, ou, Résumé général de pathologie interne et de thérapeutique appliquées [electronic resource] (volume 2)Chapitre 155 sur 344 · LICHEN · texte numérisé non relu

LICHEN

En rangeant définitivement le lichen dans la classe des affections papuleuses, Willan a fait cesser la confusion qui régnait dans les écrits des anciens auteurs relativement à ce mot, et aussi dans ceux de quelques auteurs modernes, tels que Sauvages, Lorry, Alibert. Biett a conservé à cette dénomination le sens que lui a donné le pathologiste anglais; ceux qui sont venus après lui ont adopté la même manière de voir.

"Willan admettait six espèces de lichen, désignées sous les noms de lichen simplex, lichen pilaris, lichen circumscriptus, lichen agrius, lichen lividus, lichen tropicus. Bateman y a ajouté le lichen urticatus. De toutes ces divisions, fondées sur des caractères spécifiques, nous ne conserverons que les deux formes bien tranchées du lichen simplex et du lichen agrius, rattachant à ces deux variétés toutes celles que nous venons d'énumérer.

§ I. — Définition L synonymie, fréquence.

Le lichen est une maladie caractérisée: 1° par l'éruption simultanée ou successive de papules le plus ordinairement petites, agglomérées, conservant quelquefois la couleur de la peau, mais présentant, dans le plus grand nombre des cas, une coloration plus ou moins rouge ; 2" par des produiis d'inflammation, tels que l'ulcéra lion, la sécrétion d'un liquide séro-purulent, etc.; 3" par un prurit plus ou moins considérable.

Fréquemment confondu avec d'autres affections prurigineuses, ie lichen a été décrit sous des dénominations diverses, déjà indiquées dans la description de plusieurs autres affections, et qu'il serait trop long d'énumérer ici. Aujourd'hui que 89 signification est bien établie, les auteurs s'accordent à U: regarder comme une maladie fréquente.

§ II. — Causes.

1" Causes prodisposantes.

Les causes du lichen, comme l'observe Biett (2) sont très difficiles à détermï-

(I) Voy. Bull, do l'Acad. de mèd. Paris, 1044, L. IX, p., JS:i7. \2) Dict. de mèd., t. XVIII, art. Lichen.

'ir>a MALADIES DE LA PEAU.

ner ; on ne peut donc qu'indiquer d'une manière générale les conditions dans lesquelles il paraît se développer plus particulièrement.

On observe le lichen à tout âge; la variété indiquée par Baleman, sous le nom de lichen urticatus, serait, selon cet auteur, particulière à l'enfance. Les femmes en paraissent moins souvent atteintes que les hommes. Nous ne savons rien de positif sur l'influence des tempéraments et des saisons; cependant quelques auteurs admettent que le printemps et l'été sont plus favorables à son développe-

Les individus adonnés aux boissons alcooliques sont, dit-on, les plus exposés au lichen ag?ius. Quelques professions, dans lesquelles certaines parties du corps sont sans cesse en contact avec des agents irritants, paraissent prédisposer au lichen. On a également placé parmi les causes de cette affection les écarts de régime, auxquels on a accordé une influence marquée sur la production de toutes les maladies cutanées.

2° Causes occasionnelles.

Ce sont toutes celles qui exercent un action directe sur la peau : Y insolation, X 'exposition à un foyer (iraient (chez les forgerons, les cuisiniers, etc.), le contact habituel de matières irritantes, pulvérulentes. « C'est ainsi, dit M. Gibert (1), que la gale des maçons, des épiciers, des cordonniers, etc. , est ordinairement un lichen. » Nous ne connaissons guère les autres causes déterminantes de cette affec tion.

§ III. — Symptômes.

1° Lichen simple aigu. — De petites papules, de la grosseur d'un grain de millet, agglomérées, rouges, accompagnées d'un sentiment de prurit et de chaleur incommode, mais supportable, apparaissent à la surface de la peau. Après quelques jours , la rougeur diminue, les papules s'affaissent , et la démangeaison s'éteint graduellement. Au bout d'un ou de deux septénaires, une légère desquamation indique que l'affection est terminée.

Tel est, dans sa forme la plus bénigne, le lichen simplex, maladie du reste assez rare et toujours légère. Suivant Willan, cette éruption est toujours précédée de symptômes fébriles; mais M. Cazenave (2) n'a vu apparaître des symptômes généraux que dans les cas où l'éruption était très étendue; c'est aussi ce qu'avait observé Biett.

2° Lichen simple chronique. — Au lieu d'affecter cette marche rapide, le lichen, le plus souvent, reste stationnaire pendant un long espace de temps, ou bien se prolonge par une succession d'éruptions nouvelles, ce qui constitue le lichen simple chronique : affection beaucoup plus commune que celle que nous venons de décrire, et que nous avons appelée lichen simple aigu.

Dans le lichen simple chronique, les papules sont peu ou ne sont point enflammées; elles conservent la couleur de la peau, et consistent en de petites saillies, surtout appréciables au toucher. Le doigt, promené sur l'éruption, perçoit la sen-

(1) Traité prat. des malad. de la peau. Paris, 1839, in- P.

(2) Ann. des malad. de la peau, '2Q vol , p. 35.

sation de petits corps durs dont la peau serail comme hérissée. Celle-ci, quand la maladie.dure depuis un certain temps, subit un épaississement plus ou moins considérable, et souvent se couvre d'une ex foliation assez abondante.

Le siège le plus ordinaire du lichen simple, quand il est aigu, est le cou et le visage : à l'état chronique, on le rencontre plus particulièrement au bras et au dos de la main.

3° Lichen urjrius. — Dans celte forme, qui peut se développer primitivement ou succéder au lichen simplex, l'éruption prend un haut degré d'intensité (d'où le nom d'agrius : àypîo;, férus), et se présente avec des caractères particuliers.

Sur une surface érythémateuse apparaissent réunies un grand nombre de petites papules très rouges, très enflammées; elles sont saillantes, comme acuminées, luisantes; elles s'accompagnent d'une chaleur ardente, d'une tension douloureuse,' d'une cuisson mêlée de démangeaisons.

Puis l'inflammation s'accroît, le volume des papules augmente, et leur sommet devieut le siège de petites ulcérations à la surface desquelles se produit un liquide séro-purulent qui se concrète et se. convertit en petites croûtes. Celles-ci sont d'un jaune verdâtre, rugueuses, proéminentes ; elles adhèrent à peine et reposent suides surfaces chagrinées et séparées par des intervalles où la peau apparaît comme hérissée de papules (Cazenave). Quelquefois, au bout de deux septénaires, l'inflammation cède graduellement, et tout se termine par une desquamation légère.

Dans le plus grand nombre des cas, des éruptions et des ulcérations nouvelles entretiennent et prolongent la maladie : on voit successivement les squames et les croûtes se remplacer. Au moment de ces exacerba tions, le prurit devient intolérable et jette les malades dans un état nerveux insupportable. A la fin, la peau s épaissit et prend une teinte jaunâtre remarquable qui frappe les yeux exercés.

Le lichen agrius, avec les caractères de gravité que nous venons de décrire, siège le plus souvent au visage, où parfois il fait naître un gonflement qui en altère les traits. Il peut aussi occuper toute la surface cutanée; souvent concentré aux mains et surtout à la face dorsale des doigts, il atteint la matrice de l'ongle qui est inégal, rugueux et friable.

lx° Variétés. — Telles sont les deux formes principales qui constituent le lichen ; les nombreuses variétés qu'on a admises rentrent dans la description que nous venons de donner. Il nous suffira d'ajouter que, dans le lichen pilaris, les papules existent à la base des poils, et le prurit est des plus intenses; que le lichen iividus, qu'on ne rencontre que chez les individus faibles, à constitution détériorée, est ainsi nommé à cause de la teinte pourprée, mélanique qu'offrent les papules. La disposition en rubans arrondis et formant des cercles a reçu de Biett les dénominations de lichen gyralus, et la disposition en groupes a été appelée par Willan lichen circumscriptus. Quant au lichen urtical us de Bateman, il n'a de particulier que ses papules plus larges et plus rouges que celles du lichen simple, plus saillantes et plus arrêtées que les élévations de Y urticaire. Je ne ferai que mentionner le lichen tropicus, variété propre au climat des tropiques, et dontl" lecteur pourra prendre une idée dans l'ouvrage de Cleghorn (1).

(I) On Ihe disoases of Minorca. Loodon 1779.

§ IV. — Marche, durée, terminaison de la maladie.

Comme on l'a vu par la description des symptômes, le lichen, dans sa forme légère et dans sa forme intense, peut avoir une marche rapide; dans ces cas, la maladie ne dure pas au delà de deux ou trois septénaires, et la guérison survient à la suite d'une légère exfolialion épidermique.

Mais le plus souvent la durée du lichen simpiex et du lichen agrius est plus longue; elle est entretenue par une succession plus ou moins nombreuse d'éruptions de papules, qui sont autant d'états aigus et prolongent la maladie pendant des mois et des années.

La guérison cependant est la terminaison la plus fréquente. Biett admettait, dans certains cas, la transformation du lichen en impétigo.

Après la disparition du mal, la peau conserve une épaisseur et une fermeté remarquables, ce qui lui donne, comme le fait observer cet auteur, un aspect analogue à celui qu'elle offre dans quelques cas à'ichthyose peu considérable.

§ V. — Diagnostic, pronostic.

Diagnostic. — Des boutons pleins, solides, des papules développées le plus ordinairement à la face externe des membres et accompagnées de prurit, rappelleront loujours à quelle classe il faut rapporter la maladie. Quant au prurigo, on le distingue du licben parce que ses papules sont plus larges, aplaties, ont leur sommet déchiré et recouvert d'une petite croûte sanguine noirâtre. Le prurit du lichen simpiex est plus souvent léger; il est acre et brûlant dans le prurigo.

Nous avons donné à l'article Eczéma les caractères qui distinguent les vésicules eczémateuses à l'état chronique, du lichen agrius, et, dans la description de Y herpès, ceux qui distinguent l'herpès tonsurant du lichen circumscriptus ; nous nous, contenterons d'y renvoyer le lecteur.

Quant au lichen urticatus, on ne le confondra pas wecVérnption ortiée (urticaire), si l'on se rappelle que, dans celle-ci, les élevures cutanées sont plus étendues, que leur durée est fugace, que leur surface, est plate, quelquefois allongée,

cylindrique, semi-lunaire.

Dans un certain nombre de cas, le diagnostic du lichen agrius offre quelque difficulté : c'est surtout quand les papules nombreuses, agglomérées, sont tellement continentes, qu'il est impossible de les reconnaître; mais en cherchant avec attention, il est rare qu'on ne trouve pas, sur le bord des plaques, des papules dont la présence lève tous les doutes.

Pronostic. - Le lichen n'est pas une maladie grave, mais c est le plus souvent une incommodité fâcheuse en raison de sa ténacité et des récidives qu. sont assez fréquentes. Son siège à l'anus et aux parties génitales lui donne un caractère de gravité sur lequel nous avons insisté à l'occasion du prurigo de ces parties.

§ VI. — Traitement.

Le traitement du lichen a une grande analogie avec celui du prurigo ; la plupart des moyens indiqués à l'occasion de cette dernière affection sont applicables au

LICHEN. — TRAITEMENT

lichen. Ainsi les antiphlogistiques, les émollients, les alcalins, les antispasmodiques, les narcotiques, sont conseillés clans le lichen comme dans le prurigo, et l'on a joint à ces moyens le sulfate de quinine et les préparations arsenicales.

Mais il est quelques indications particulières qu'il est nécessaire de signaler, c'est par elles que nous compléterons le traitement de cette affection.

Traitement du lichen agrius. — « Il faut, dit M. Cazenave, avoir recours aux émissions sanguines, aux fomentations, aux lotions mucilagineuses , aux bains émollients, aux boissons acidulées. » Cet auteur veut qu'on borne l'emploi des émollients à l'étal aigu; à part ce cas, il a trouvé que la peau les supportait mal, et qu'ils semblent augmenter sa sensibilité déjà exagérée.

Les lotions alcalines et mercurielles seront employées avec avantage, ainsi que les bains de même nature. Les auteurs s'accordent, dans ce cas, à proscrire les bains sulfureux ; ils insistent également, comme clans toutes les formes intenses ou rebelles, sur Vobservation rigoureuse des principes de l'hygiène. Les acides minéraux pris à l'intérieur sont aussi vantés par la plupart d'entre eux.

Selon M. Cazenave, l'emploi des pommades est rarement utile dans le traitement du lichen. Néanmoins on a mis en usage celles que nous avons fait connaître dans le traitement du prurigo, telles que les pommades alcaline, au goudron, etc. , etc. M. Gibert a conseillé la suivante :

If Deutoxyde de mercure. . 4 gram. I Axonge .. . 32 gram.

Camphre 0,75 gram. j

Dans les cas où le lichen est très ancien, M. Rayer dit s'être servi avec avantage de la pommade suivante :

If Calomel i gram. | Axonge 30 gram.

Camphre 0,80 gram. |

Il dil aussi avoir quelquefois fait cesser le prurit en cautérisant légèrement la peau avec le nitrate d'argent ou à l'aide de lotions vinaigrées. C'est dans ce même but que M. Baumes (î) conseille une compression forte et égale avec vue. plaque de plomb, ou seulement avec des bandex sur la partie affectée.

Quant aux bains, leur emploi dans le traitement du lichen reçoit de fréquentes applications; c'est surtout aux bains alcalins et aux bains de vapeur qu'on a eu recours avec le plus de succès. Dans un certain nombre de cas, les bains pris aux sources d'Enghien, de Louèchc, de Schninznach ont procuré des guérisons remarquables. C'est particulièrement clans les formes chroniques, et quand Pirffiam* maiion locale est légère, qu'on peut conseiller l'emploi de ces moyens.

M. Bazin ('2), qui emploie Y huile de cade, la regarde comme très efficace contre le lichen agrius, qui cède comme par enchantement aux frictions faites tous les jours sur toute l'étendue des surfaces malades avec un gros pinceau de chanvre imbibé d'huile de cade pure.

(1) Nouwllr, dermalolnr/ie. hyon, 1842, l. I, p. 532.

(2) Bull. gcn. de Ihôrap., 30 décembre 1851.

Traitement du lichen circumscriptus. — « Lorsque, dit M. Baumes, l'éruption est isolée, et forme une plaque ou plusieurs plaques éparses, délimitées, à papules agglomérées, on peut essayer l'application d'un vésicatoire sur la plaque unique, ou de plusieurs vésicatoires successifs sur les diverses plaques. Après avoir enlevé la vessie, on panse la surface dénudée avec la pommade au nitrate d'argent. C'est un moyen auquel j'ai dû des succès remarquables, surtout au visage et sur le dos des mains. »

Selon MM. Cuzcnave et Schedel, Bielt a souvent employé avec succès dans le lichen agrius, et quelquefois même dans le lichen simplex chronique, les pilules asiatiques : il en faisail prendre au malade une par jour pendant un mois et plus. En voici la composition :

^ Acide arsénieux 0,05 gram. J Gomme arabique 0,10 gram.

Poivrenoir 0,60 gram. I Eau Q. s-

Triturez pendant longtemps l'acide et le poivre; ajoutez la gomme et l'eau, et faites une masse à diviser en douze pilules.

ARTICLE III

STROPHULUS.

Nous décrivons à part celle espèce d'affection papuleuse, bien que quelques auteurs l'aient comprise dans l'histoire du lichen, en en faisant une simple variété {lichen strophulus). Le strophulus est une maladie propre à la première enfance ; il a quelques caractères spéciaux, et sa fréquence est assez grande.

Le strophulus est une maladie caractérisée par une éruption plus ou moins étendue, quelquefois générale, de papules ou plus blanches ou plus rouges que le reste de la peau, siégeant habituellement à la face, et accompagnées de démangeaisons plus ou moins vives.

Connu vulgairement sous le nom de feux de dents, de boutons, de rougeurs, les trophulus coïncide, clans la presque totalité des cas, avec l'époque de la première dentition. C'est là tout ce que nous savons sur l'étiologie de cette affection.

La division adoptée par Willan en plusieurs espèces distinctes par la couleur ou la disposition de l'éruption, mérite d'être conservée, parce qu'elle sert de base au diagnostic.

Strophulus intertinctus. — Ses papules, d'un rouge vif, situées le plus communément sur les joues, les avant-bras, le dos de la main, sont remarquables en ce qu'elles sont entremêlées de points ou de plaques rouges plus ou moins étendues : véritables taches crt/thématcuses qui ne font pas saillie au-dessus du niveau de la peau.

Strophulus confertus. — Dans cette variété , l'éruption s'étend et devient conflucnte.

Strophulus volaticus. — Quelques petites plaques arrondies, qui deviennent le siège de papules d'un rouge vif, se développant sur différents points du corps et disparaissant avec rapidité, constituent cette forme dont la durée est; éphémère.

Strophulus albidus. — Ses papules sont plus blanches que le reste de la

AFFECTIONS SQUAMEUSES.

peau; en outre, elles sont petites et peu nombreuses. Elles sont entourées, à leur base, d'une aréole rouge. Elles occupent surtout la face, le cou, la poitrine.

Strophulus candidvs. — Plus largement développées que dans la variété précédente, les é levures ne présentent pas d'inflammation à leur base.

Dans la plupart des cas, et quelle que soit la forme de l'éruption, le strophulus ne s'accompagne d'aucun mouvement fébrile, si ce n'est peut-être dans la variété strophulus volaticus, dans laquelle on observe aussi parfois quelques nausées et un peu de dévoiement.

Comme on le voit, le strophulus est toujours une maladie bénigne. Sa durée varie de trois ou quatre jours, à un ou deux septénaires.

Il suffit pour le diagnostic de rappeler que, dans la majeure partie des cas, le strophulus est lié au travail de la dentition. Cette circonstance, en effet, le fera distinguer des autres affections papuleuses avec lesquelles on pourrait le confondre.

Dans la plupart des cas, Je strophulus ne réclame pas de traitement particulier. Quelques lotions avec de l'eau tiède ou du lait, quelques bains simples ou émollients donnés à une douce température, suffisent le plus souvent pour faire disparaître promptement l'éruption. Dans quelques cas, on a modifié avantageusement le régime alimentaire, en donnant à l'enfant une autre nourrice; mais celte précaution est rarement nécessaire.

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