CHAPITRE VI
AFFECTIONS SQUAMEUSES.
Les affections squameuses sont généralement moins fréquentes que celles dont il a été question jusqu'ici, mais, d'un autre côté, elles ont souvent plus d'importance à cause de la difficulté qu'on éprouve à les faire disparaître. Elles méritent, à ce dernier titre, toute notre attention.
M. Rayer (1) a tracé très nettement les caractères des affections squameuses; nous lui empruntons le passage suivant :
» Les afîections squameuses, dit-il, se reconnaissent à des lamelles ou à des plaques d'épiderme altéré, desséché ou d'un blanc mat, qui, après leur chute, ne tardent pas à être reproduites : la peau, au-dessous d'elles, est toujours plus ou moins enflammée. Les squames sont précédées de taches rouges ou d'élevures papuleuses dont le sommet est couvert d'une petite écaille. » ^ On a rangé parmi les affections squameuses, le psoriasis, la lèpre, le pityriasis, Yichthyose, la pellagre et la syphili.de squameuse. Nous ne traiterons dans ce chapitre que des trois premières affections que nous venons d'indiquer. Les nouvelles recherches sur la pellagre exigent, en effet, qu'on lui consacre une description particulière; nous ferons l'histoire de cette maladie dans un chapitre, et quant à la sy- Philide squameuse, elle a été étudiée dans le chapitre consacré aux syphilides (2).
(1) Traité thèor. et praliq. des malad. de la peau. Paris, 1835, t. II, n. 110
(2) Voyez t. I", p. 435. 1
ARTICLE Ier, PSORIASIS.
Employé par les anciens pour désigner tantôt des dartres humides, tantôt des dartres sèches, le mot psoriasis a été définitivement consacré par Willan et Biett à une affection squameuse de la peau. Bateman a décrit les quatres variétés suivantes: \" psoriasis g attata ; 2° psoriasis diffusa ; 3° psoriasis gymta ) k" psoriasis inveteruta. M. Rayer a admis cette division.
Le psoriasis est une affection chronique de la peau, caractérisée par des plaques plus ou moins étendues, irrégulières , saillantes, recouvertes de squames minces, sèches, d'un blanc chatoyant.
Mentionné plutôt que décrit par quelques auteurs sous le nom de psora et de scabics sicca; le psoriasis a été aussi désigné sous les noms de dartre sèche, dartre squameuse. Alibert avait imposé la dénomination de dartre squameuse licliénoïde à une des principales formes de celte affection.
La fréquence du psoriasis est grande. D'après le relevé de M. le docteur Marcel, cité à l'article Eczéma (1), cette maladie est entrée pour un huitième dans la totalité des cas admis dans le service de M. Devergie.
§ II. — Causes.
1° Causes prédisposantes.
Age. — M. Gazenave (2) qui, sous le rapport de l'étiologie, a étudié comparativement le psoriasis et la lèpre, s'exprime ainsi : «L'un et l'autre apparaissent à tous les âges, mais à beaucoup près dans des proportions différentes : ainsi est-il très rare de voir une éruption squameuse se manifester pour la première fois après cinquante ans. Il est plus ordinaire de l'observer dans l'enfance, mais c'esi de quinze à vingt-cinq ans qu'on l'observe le plus souvent. Sur cinquante malades, le psoriasis et la lèpre ont paru vingt-trois fois de quinze à vingt ans; vingt fois de vingt à trente ; cinq" fois de trente a quarante, deux fois passé quarante ans. Du reste, c'est surtout le psoriasis que l'on trouve chez les vieillards. »
Le sexe ne paraît pas avoir d'influence sur le développement du psoriasis ; il en est de même des saisons ; suivant les auteurs, le tempérament semble y prédisposer, mais les recherches sont insuffisantes sur ce point.
2° Causes occasionnelles.
Ni le psoriasis, ni la lèpre ne sont contagieux. Dans un certain nombre de cas, on a attribué l'apparition ou le retour du psoriasis à l'usage de certains aliment-.
(\) Voy. plus haut, art. Eczéma, t. V, p. 394.
(2) Ann. des malad. de lapeau, t. I, p, 133. Paris, i844.
PSORIASIS. — SYMPTÔMES. 491
aux boissons alcooliques, à des écarts hygiéniques, à des émotions morales, à l'humidité. Quant à cette dernière cause , M. Cazenave a observé quelques cas dans lesquels elle a paru avoir une influence évidente, et, comme il le fait remarquer, l'éruption débutait alors sur les points les plus exposés à l'humidité. Voici d'ailleurs à quel résultat cet auteur a été conduit par l'analyse des faits : «Sur cinquante cas, dit-il, de psoriasis et de lèpre, six fois nous avons trouvé des raisons probables de croire à Y hérédité ; six fois ces maladies ont semblé avoir été déterminées par des influences accidentelles capables de modfier profondément la peau ; parla variole, par des fièvres intermittentes. Trois fois elles ont été attribuées à l'ivrognerie, sept fois à l'humidité, vingt-huit fois il a été impossible de saisir une cause occasionnelle, même probable. »
Il faut donc, avec M. Cazenave, invoquer un état particulier de la peau, état qui peut être héréditaire ou acquis, et dont les causes réelles sont encore inconnues.
§ III. — Symptômes.
On peut rattacher à trois types principaux les différentes formes sous lesquelles se présente le psoriasis: 1° un psoriasis guttata; 2° un psoriasis diffusa ; 3° un psoriasis inveterata. Nous mentionnerons ensuite quelques particularités relativement au siège , afin de compléter ce qui a rapport à la symptomatologie de cette affection.
1° Psoriasis guttata. — Au début, ce sont de petits points rouges, distincts, saillants, qui de bonne heure se couvrent, au centre , d'une légère écaille sèche et blanche. Ces points s'élargissent et ne dépassent guère les dimensions d'un centimètre; ils sont répandus ordinairement sur de grandes surfaces ; isolés, discrets, ils présentent une petite squame d'un blanc chatoyant, le plus souvent très brillant : on croirait des gouttes de liquide projetées à la surface cutanée , d'où le nom de psoriasis guttata. Cette variété, qu'on rencontre le plus ordinairement à la partie postérieure du tronc et à la face externe des membres, s'accompagne généralement d'un peu de prurit.
Dans quelques cas assez rares, les petites plaques du psoriasis guttata sont rapprochées et disposées de manière à affecter des formes plus ou moins bizarres, comme rubanées : c'est le psoriasis gi/rata, des auteurs.
M. Cazenave en cite un cas où l'éruption présentait à la région épigastriquc un huit de chiffre prfaitement régulier.
2° Psoriasis diffusa. — Dans celte forme, qui est la plus commune, le psoriasis débute par des surfaces plus ou moins larges, ir régulières, qui deviennent bientôt rugueuses, sèches, et se couvrent de squames. Celles-ci sont minces, grisai rcs, adhérentes, et tombent lentement. Si on les détache, on trouve la surface sousjacente un peu rouge, mais le plus souvent d'un rouge terne, déjà plissée, bientôt grise, puis sèche, puis enfin écailleuse de nouveau.
L« psoriasis diffusa peut se présenter sur une foule de points à la fois ; quelquefois il esl général. Son siège de prédilection est aux membres, surlout au voisinage des articulations, aux coudes, aux genoux. Dans quelques Cas, assez rares du reste, la maladie consiste seulement dans un très petit nombre de plaques; dans d'autres, elle envahit une énorme surface, un membre tout entier par exemple.
3° Psoriasis inveterata. — Dans certains cas, la maladie fait des progrès leiils, mais continuels; les squames deviennent plus sèches, plus abondantes; la peaii qu'elles recouvrent s'épaissit, se gerce dans tous les sens. Les sillons qui en résultent sont si rapprochés, qu'on n'aperçoit plus en quelque sorte de squames, mais à leur place une poussière farineuse qui tombe avec une extrême abondance et se reforme très rapidement.
Arrivé à ce degré, le psoriasis donne à la peau qu'il envahit un aspect tout particulier. Sa surface ressemble à une masse squameuse : c'est une enveloppe, un étui rugueux, saillant, épais, inégal, profondément sillonné, qui quelquefois enferme un membre tout entier.
Les moindres mouvements produisent des déchirures avec écoulement de sang. C'est dans ces cas qu'on voit les ongles présenter une altération profonde ; ils deviennent cassants, ternes, puis jaunissent, se recourbent ou se brisent, et tombent. Ils sont remplacés par de petites masses écailleuses tout à fait informes. Cet accident, qui a lieu surtout quand la maladie occupe les mains et l'extrémité des doigts, peut également survenir quand elle a son siège dans un point éloigné.
C'est alors que les malades sont souvent tourmentés par des démangeaisons insupportables, démangeaisons augmentées par la chaleur du lit, le travail de la digestion, un changement atmosphérique.
S IV. — Siège de la maladie.
Indépendamment des points de prédilection où se développe le psoriasis, tels que les membres et le voisinage des articulations, du côté de l'extension, il est certaines parties du corps où il peut se montrer et rester limité, et où il prend une physionomie particulière en raison du siège qu'il occupe. Voici ce que l'observation nous apprend à cet égard.
Le psoriasis palmaire est une variété très commune. Comme son nom l'indique, il occupe la paume de la main. La maladie commence par un point ordinairement très petit, suit une marche excentrique, envahissant de proche en proche une étendue plus ou moins grande; la peau se fendille, se couvre de gerçures profondes, surtout à la face interne des doigts, qui acquièrent une certaine roideur. En même temps il existe une chaleur et une cuisson plus ou moins vives. Les squames, minces, 'j blanches, sont très étendues, surtout apparentes à leur circonférence; le centre, où elles sont rares, plus petites et plus adhérentes, est le plus souvent rouge, dur, épaissi.
C'est dans ces cas que les ongles finissent par s'altérer et subir les modifications indiquées à l'occasion du psoriasis inveterata. Toutefois, le plus souvent, le mal se présente à un degré moins élevé; les ongles se ternissent seulement et deviennent inégaux, rugueux, quelquefois comme piquetés, jusqu'à ce que l'amélioration survienne : alors on les voit repousser à la racine, unis et d'une teinte rougeâtre.
Au prépuce, le psoriasis détermine des gerçures et un rétrécissement qui amène tous les accidents du phimosis.
Aux lèvres, il forme un cercle squameux, et donne à la bouche un aspect froncé très remarquable. Sous l'influence des contractions de l'orbiculaire, il s'opère une foule de gerçures rayonnées.
PSORIASIS. — DIAGNOSTIC. 4 93
Le psoriasis borné aux paupières s'y manifeste par des squames légères qui , au bout de quelque temps, se reforment à peine et laissent après elles des élévations papuleuses larges, sèches, peu rouges, accompagnées ordinairement d'un gonflement comme œdémateux. Parfois la démangeaison est très vive, et parfois aussi les mouvements des paupières, devenus très difficiles, apportent un obstacle marqué à la vision et déterminent des ophthalmies qui peuvent compromettre l'œil.
§ v- — Marche, durée, terminaison de la maladie.
La marche du psoriasis, quelle que soit sa forme, est, en général, lente, et l'absence de tout symptôme aigu pendant son développement est un caractère qui mérite d'être noté. Cependant, comme le fait remarquer M. Cazenave, il y a quelquefois, sous ce rapport, des exceptions. Cet auteur a observé certains cas dans lesquels il a vu les plaques s'auimer tout à coup, devenir chaudes, et la peau se gonfler; puis survenir une éruption comme confluente de plaques nouvelles, avec douleur vive, chaleur intense, phénomènes généraux, mouvement fébrile, etc. ; cette sorte de crise se termine au bout de quelques jours, et parfois la maladie ne revient à son premier état qu'au bout de plusieurs semaines. Si l'inflammation est plus intense, il peut se former une exsudation séreuse sur les plaques, exsudation qui détache les écailles. M. Cazenave en a rapporté un exemple remarquable.
Il est des cas où ce passage à l'état aigu n'est plus accidentel, mais revient périodiquement. Du reste, cela s'observe très rarement.
La durée du psoriasis est toujours longue ; elle varie de quelques mois à plusieurs années : certains individus conservent toute leur vie celte affection.
Le psoriasis gut/a/a, dont la durée est généralement moins longue que celle des autres espèces, se termine par résolution ; les saillies diminuent, les écailles qui les recouvrent deviennent plus minces, puis cessent de se reformer; enfin elles laissent (les surfaces rougeâtres qui finissent par reprendre leur coloration normale. Quelquefois cette espèce de psoriasis disparaît au milieu d'une éruption nouvelle de psoriasis diffusa.
Après être resté longtemps stationnaire et fixé dans une région, sur un membre, k psoriasis diffusa se termine par la guérison. Dans ce cas, les écailles cessent de se reformer; la peau reste longtemps un peu rude, comme chagrinée, et ce n'est qu'à la longue qu'elle reprend son état naturel.
Le pjsonasis inveterata, qui persiste souvent d'une manière indéfinie, constitue, dans un certain nombre de cas, la terminaison du psoriasis simple.
§ VI. — Diagnostic, pronostic.
Oiaf/noslic. — Le psoriasis est généralement facile à reconnaître : la présence 1 de squames dures, sèches, d'un blanc chatoyant, est un caractère qui ne permet: pas de le confondre avec certains cas rares d'affections vésiculeuses arrivées à l'état squameux. Ainsi, dans V eczéma chronique, ce sont des lamelles molles, minces, d un blanc jaunâtre, d'une consistance inégale, recouvrant des surfaces plus ou moins humides; et, d'un autre côté, dans le psoriasis, la peau que recouvre la
squame offre une certaine saillie, et l'éruption est le plus souvent remarquable par l'absence de toute acuité.
La lèpre (l&pra mlgaris) se distingue du psoriasis par des disques arrondis, à bords élevés, à centre sain. Quelquefois les disques confluents simulent parleur rapprochement les plaques irrégulières du psoriasis; mais dans ces cas on retrouve toujours, à l'extrémité des surfaces malades, des portions de disques qui mettent sur la voie du diagnostic. Dans un cas observé par M. Cazenave, à mesure que la maladie s'avançait vers la guérison, de grandes plaques informes, prises pour un psoriasis invétéré, décelèrent leur nature lépreuse, lorsque après s'être affaissées elles se divisèrent, se séparèrent en plusieurs points, et, selon qu'elles avançaient davantage vers une terminaison favorable, prirent de mieux en mieux la forme distincte d'anneaux arrondis.
Pronostic. — Le psoriasis n'est pas une maladie absolument grave, mais, comme il est une des affections de la peau les plus rebelles et les plus sujettes à récidiver, le médecin ne devra jamais perdre de vue cette importante considération. Use souviendra aussi que certaines variétés de psoriasis, peut-être en raison de leur siège, persistent avec une ténacité désespérante : telles sont celles qui ont pour siège les lèvres, le prépuce, la paume des mains.
Alors même qu'il affecte la forme la plus grave, le psoriasis peut exister un certain nombre d'années sans altérer la santé d'une manière notable.
§ Vil . — Traitement.
Une foule de moyens ont été préconisés pour la guérison du psoriasis, et beaucoup sont loin d'avoir la valeur que les auteurs leur ont assignée.
Nous manquons des documents nécessaires pour apprécier l'efficacité de Yorihl pyramidal vanté par le docteur Lesoni, de l'extrait aqueux d'ellébore blanc à la dose de 10 à 20 centigrammes, de diverses préparations où entrent la renoncule, le rhus radicans, etc., etc.
1° Médication externe. — Les principaux agents dont se compose la médication externe sont les pommades, les lotions et les bains.
Pommades. — Un grand nombre de pommades ont été proposées; telles sont les pommades sulfureuses, alcalines, mercurielles, etc., etc. ; le lecteur en trouvera les formules dans les articles précédents.
La pommade cViodure de soufre, introduite par Biett dans la thérapeutique des affections cutanées, est composée de la manière suivante :
lf lodure de soufre, de 1 à 1,50 g'ram. | Axonge purifiée 32 grau..
Mêlez. Pour frictions, malin et soir.
Biett et M. Ca/.enave, qui ont le plus fréquemment employé ^«e pommade, disent en avoir obtenu de très bons résultats; mais c'est le plus souvent, s clnnc dernier auteur, comme auxiliaire d'un traitement interne, loulelo.s .1 est des ci où la guérison a été due à l'usage exclusif de la pommade. rs,.,mlinn
Ordinairement, avec la pommade d'iodure de soufre, on n attaque I è pUQj que d'une manière successive. Ce n'est que lorsque celle-ci a disparu d une .cg.on
PSORIASIS. — TRAITEMENT. 495
qu'on la poursuit par des frictions nouvelles sur un autre point. 1 A cette occasion, dit M. Cazenave, j'ai observé plusieurs fois quelque chose d'assez remarquable : c'est que, sous l'influence de frictions faites avec la pommade d'iodure de soufre sur un point limité, sur un membre, par exemple, l'éruption marchait sensiblement vers la résolution, non-seulement dans les points frictionnés, mais encore sur toutes les parties où l'on n'avait pas mis de pommade. » Quelle que soit l'explication qu'on donne de ce fait, il mérite d'être noté.
La pommade au goudron, dont Émery faiaist une large application dans le traitement du psoriasis, était employée par ce médecin selon la formule suivante :
■¥ Goudron 4 gram. | Axonge 32
gram.
On frictionne largement, deux fois par jour, tous les points occupés par l'éruption. De temps en temps un bain alcalin, un bain de vapeur, sont donnés pour nettoyer la peau et venir en aide à l'action du traitement.
La disparition rapide de l'éruption a témoigné, dans un grand nombre de cas, de l'efficacité de la pommade au goudron; il ne saurait y avoir de doute à cet égard.' Toutefois l'emploi de ce moyen a quelques inconvénients dont il faut être prévenu. L'odeur du goudron, les effets de la pommade sur le linge, en rendent l'application difficile, surtout quand la maladie est répandue sur de grandes surfaces.
Dans ces derniers temps, Émery avait essayé de remplacer le goudron par la naphtaline, mais une odeur plus désagréable encore, une action trop irritante et des résultats moins heureux l'y ont fait renoncer pour revenir au goudron.
Voici, du reste, comment ce médecin dirigeait le traitement dans lequel d'autres moyens que la pommade au goudron sont employés (1) :
Avant de commencer les frictions avec la pommade au goudron, il fait prendre un bain au malade et lui fait faire des frictions légères avec cette pommade au moment où il en sort. Cette médication est répétée trois fois le jour. Après deux ou trois jours, on augmente la dose de la pommade et l'activité de la friction. Après trois ou sept jours, les malades ont toujours de la pommade sur eux, et quand la maladie est ancienne on couvre les grandes plaqués avec des compresses, sur lesquelles on a étendu une couche, d'une ligne d'épaisseur, de pommade au goudron. Les malades se baignent dans de l'eau tiède, une ou deux fois la semaine. On est très rarement obligé de suspendre ce traitement. Cela n'arrive que chez les sujets qui ont la peau très impressionnable, chez lesquels il se développe quelques pustules d'impétigo ou de petits furoncles. Bien souvent encore continuenti s leur traitement malgré cela. Dix jours se sont à peine écoulés que l'on aperçoit dans les psoriasis dont, les squames sont tombées un cercle blanchâtre qui les circonscrit, et qui va en s'élendant de la circonférence au centre. C'est l'annonce P la décroissance du mal, qui le plus ordinairement disparaît dans l'espace de |eux ou trois mois, sans que le malade ait éprouvé de l'altération dans sa santé. vans lu lèpre vulgaire, le centre commence à se dégager ; les anneaux qui formel}!
()) Un dernier mol sur les divers psoriasis, la lèpre vulgaire el leur traitement ffln. de thérap. , juin 1849).
i96 MALADIES DE LA PEAU.
In chaîne arrondie se séparent cl se comportent ensuite comme des plaques de psoriasis.
Il résulte de ce qui précède que certaines pommactes, et notamment celles de goudron et à'iodure de soufre, ont une action incontestable sur la disparition de l'éruption squameuse. M. Cazenave, dont l'expérience est d'un grand poids sur ce point, a formulé son opinion de la manière suivante : « Dans les affections récentes, peu étendues, on peut tenter, espérer une guérison par ce traitement externe; dans les éruptions largement répandues, dans les formes invétérées, il ne doit plus être compté que comme auxiliaire, et il importe de l'associer à un traitement interne plus ou moins actif. » .
Lotions. — Elles ont rarement été employées comme seul moyen de traitement ; le plus souvent on n'y a recours que comme à des moyens auxiliaires plus ou moins utiles, et généralement dans les cas où l'éruption a un siège très limité.
On a préconisé les lotions de toute espèce: sulfureuses, êmollientes , narcotiques, mercuriellcs, alcalines, etc. Ce sont ces dernières qu'on emploie le plus souvent, et fil. Cazenave dit qu'on peut les prescrire sans inconvénient selon la formule suivante :
Ifi Carbonate de potasse. 4 à 8 gram. | Eau de rose 500 gram.
Bains. — Tous les auteurs s'accordent sur l'utilité des bains dans le traitement du psoriasis, et, parmi les bains, ceux indiqués à propos des différentes affections cutanées ont tous été employés et vantés dans celle-ci. Cependant ils n'ont pas tous le môme degré d'efficacité : voici quelques considérations qui pourront guider dans l'emploi des principaux d'entre eux.
Les bains émollienls simples ou peu actifs ne sont guère que accidentellement mis en usage; ils sont utiles pour diminuer l'action trop énergique du traitement ou calmer l'acuité passagère que revêt quelquefois le psoriasis.
On a beaucoup vanté \es bains de sublime, et, dans ces derniers temps encore, on leur a accordé une grande efficacité. Bielt et RI. Cazenave se sont livrés à une série d'expériences sur l'emploi de ce moyen, et ils n'ont pu obtenir un seul cas de guérison. Les résultats publiés par ces deux observateurs, sans détruire complètement l'idée favorable qu'on peut avoir des bains de sublimé dans le traitement du psoriasis, méritent d'être pris en sérieuse considération.
Voici comment nous avons traité un de nos malades.
If Deutoclilorure de mercure 30 gram.
Dissolvez dans :
Alcool 100 gram.
Versez la solution dans l'eau du bain.
Après les premiers bains, les squames se détachèrent et ne se reproduisirent pas, et la peau reprit son aspect naturel dans beaucoup de points; mais il en resta un certain nombre qui ne furent que peu modifiés, et la continuation du traitement pendant quatre semaines n'eut plus aucun effet.
Il n'en est pas de même des bains alcalins : fil. Cazenave les a vus quelquefois,
PSORIASIS. — TRAITEMENT. /,97
dans les formes peu graves, procurer à eux seuls une guérison assurée; il leur reconnaît, avec Bietl, une utilité incontestable, et les administre dans la proportion de 125 à 250 grammes de sous -carbonate de potasse pour un bain.
Les bains de vapeur aqueuse, à la température de 32 à 35 degrés Réaumur, sont regardés par MM. Rayer, Cazenave, etc. , comme ayant une supériorité incontestable. Les douches de vapeur sont surtout efficaces quand le psoriasis est borné à une surface limitée. « Chez les adultes, dit M. Rayer, on se sert avec avantage de douches et de bains de vapeur. En alternant leur emploi avec celui des bains sulfureux, on est quelquefois parvenu, dans l'espace de trois ou quatre mois, à guérir des psoriasis confluents peu enflammés. »
Les bains de mer ont souvent été utiles. Bateman dit, à l'occasion du psoriasis palmaire, que ces bains, continués pendant plusieurs semaines, ont été un remède efficace.
Cautérisation. — Ce moyen, qui n'a d'action qu'autant qu'il détruit plus ou moins profondément les tissus, est peu employé aujourd'hui. M. Cazenave , qui signale ses inconvénients et qui a observé des accidents graves à la suite de son usage, le bannit avec raison de la thérapeutique des affections squameuses.
2e Médication interne. — C'est elle qui renferme les moyens véritablement efficaces contre le psoriasis; et pour M. Cazenave, elle seule, dans la généralité des cas, permet d'obtenir une guérison solide et durable. Parmi ces agents, nous signalerons les purgatifs, les sudorifiques, les antimoniaux, les sulfui'eux, la teinture de cantharides et les préparations arsenicales, et nous insisterons sur chacun d'eux selon le degré d'importance de leur emploi.
Purgatifs. — On ne compte plus guère aujourd'hui sur l'efficacité des purgatifs dans le traitement des affections squameuses. Leur emploi, connu sous le nom de méthode Hamilton , consiste à administrer tous les jours, pendant plusieurs mois, quinze grammes de sel d'Epsom ou huit grammes de sous-carbonate dépotasse, ou encore quinze à vingt centigrammes de calomel et de résine dejalap, afin d'obtenir plusieurs évacuations alvines. Celte pratique, selon M. Rayer, paraît surtout applicable aux psoriasis de la face et du cuir chevelu.
Sulfureux. — Ils sont administrés surtout dans le psoriasis guttata, quand la maladie est récente , et que les sujets sont jeunes, à peau blanche et irritable. On donne à l'intérieur les Eaux-Bonnes, les eaux d' Enghien, etc. ; on en seconde puissamment l'effet en prescrivant en même temps deux ou trois bains sidfureux par semaine. Il ne faudrait pas, du reste, compter beaucoup sur les sulfureux hors des conditions que nous venons d'indiquer, car l'expérience a prouvé qu'on se tromperait.
Sudorifiques. — ■ Ceux auxquels M. Cazenave a le plus fréquemment recours sont une décoction de squine ou de salsepareille, à laquelle il fait ajouter une petite quantité de daphne mezereum, selon la formule suivante :
^ Salsepareille 45 gram. | Eau 1230 gram.
Faites bouillir jusqu'à réduction d'un tiers. Ajoutez, dans les dix dernières minutes de l'ébullition :
Daphne mezereum 1 gram.
Passez. Iîdulcorez avec le sirop de sqnine. Dose : trois verres par jour.
Vai.i.kix, 4e édil. — V. 32
&98 MALADIES Dit LA PEAU.
La décoction de Zittmann n'a pas eu, entre les mains de M. Cazcnave, les heureux résultats que les auteurs allemands s'accordent à lui rapporter. Les expériences auxquelles ce médecin s'est livré (1) doivent inspirer une certaine réserve dans la confiance qu'il faut attribuer à ce médicament. En voici, du reste, la formule et la manière d'en faire usage :
Décoction de Zittmann .
Ifi Salsepareille 375 gram. I Eau 12 kilogr.
Faites bouillir pendant deux heures. Suspendez dans le liquide un nouet composé de :
Sulfate d'alumine 45 gram. Sulfure de mercure 4 gram.
Mercure doux 15 gram.
Vers la fin, ajoutez :
Réglisse 45 gram.
Feuilles de séné, 64 gram.
Semence d'anis 15 gram.
Retirez du feu, et laissez infuser, Passez, pour obtenir 8 kilogrammes de la décoction n° 1 .
Nu 2.
Ifi Résidu de la première décoction. I Eau 12 kilogr.
Racine de salsepareille. . . 190 gram.J
Faites bouillir pendant deux heures ; ajoutez à la fin :
Écorce de citron j »» „ j Cardamome mineur 12 gram.
Cannelle i aa 12 gram' I Réglisse 24 gram.
Laissez infuser pendant une heure. Passez, pour obtenir 8 kilogrammes de la décoction n° 2.
Pour commencer le traitement, le malade prend la veille six pilules purgatives. M. Cazenave donne les suivantes :
^ Jalap 0,60 gram. I Aloès 1,00 gram.
Gomme-gutte 0,15 gram. I
Pour six pilules.
Le lendemain, le malade commence l'usage de la décoction qu'il prend ainsi qu'il suit :
1° Le matin, de bonne heure, la moitié d'une bouteille de la décoction n° 1, par verres de demi-heure en demi-heure, le malade restant au lit.
2° A midi, une bouteille de la décoction n° 2, tout entière, par verres de demiheure en demi-heure.
3° Le soir, le malade reprend, trois heures après le dîner et par verres, le reste
de la bouteille n° 1.
On prend cette décoction pendant vingt ou vingt-cinq jours.
(1) Ann. des maladies do la peau, t. I, p. 51, 1 1H.
PSORIASIS. — TRAITEMENT. /|99
En Allemagne, on exige que, pendant le traitement, la quantité des aliments soit strictement réduite à 200 ou 250 grammes, et il faut que les malades soient tenus continuellement dans une température élevée et égale ; ces conditions, qu'on ne peut pas toujours réunir, ne doivent cependant pas être négligées, si l'on veut obtenir du médicament les heureux résultais que, selon plusieurs auteurs, il est permis d'en attendre.
Parmi les antimoniaux, il en est un dont M. Cazenave a fait quelquefois usage : ce sont les pilules de Plummer, qu'il administre à cause de leur action purgative et de leur effet sudorifique. Voici leur formule, quoique donnée déjà à l'article Herpès, la manière de les administrer clans les cas de psoriasis à une certaine importance.
Pilules de Plummer.
% Soufre doré d'antimoine. . I . . «ram Sue épuré de réglisse 8 gram.
Protochlorure de mercure. | gram. ^jucjjage (je gomme arabique. Q. s.
Pour faire une masse qu'on divise en pilules de 30 centigrammes. La dose est d'une à deux par jour.
Il faut continuer, s'il est possible, l'emploi de ces pilules pendant plusieurs se maines.
Le sirop de Peyrilhe, dont la partie véritablement active est le sous-carbonate d'ammoniaque, a joui d'une très grande réputation. M. Cazenave (1) a mis en usage un sirop semblable ainsi composé :
*i£ Sous-carb. d'ammoniaque. . 10 gram. | Sirop sudorifique 250 gram.
Faites dissoudre le sous-carbonate d'ammoniaque dans suffisante quantité d'eau, et ajoutez la solution au sirop. Dose : de une à quatre cuillerées par jour.
Sous l'influence de ce médicament et de quelques bains de vapeur, M. Cazenave a vu les plaques rougir, les squames se détacher, la maladie guérir.
Cantfiarides. — ■ Biett le premier a préconisé la teinture de cantharides dans les affections squameuses, et une longue expérience lui avait démontré l'utilité de ce médicament. M. Cazenave, qui a été témoin de succès remarquables dus à l'emploi de ce moyen, sous la direction de Biett, nous fournil les résultais suivants qui dispensent de tout commentaire. « En dépouillant soixante cas d'affections squameuses pris au hasard parmi les observations recueillies dans son service, on trouve seize malades traités par la teinture de cantharides : de ces seize malades huit ont guéri ; chez six, l'éruption a été notablement améliorée ; un n'a éprouvé aucune modification ; chez un aulre, on n'a pu continuer le médicament à cause de quelques accidents. Or ces accidents, rares d'ailleurs, consistent surtout dans des nausées, des coliques, de la diarrhée, pins rarement, des érections incommodes. Il s cèdent toujours facilement d'ailleurs à l'interruption du traitement.»
On administre la teinture de cantharides par gouttes ; on en prescrit trois ou
(1) Bull. gén. de thérap., juillet 1848.
quatre d'abord, puis on augmente progressivement jusqu'à vingt-cinq ou trente au plus que l'on divise en deux on trois doses, à prendre dansles vingt-quatre heures.
Arsenic. — Depuis longtemps les préparations arsenicales ont été employées dans le traitement des maladies squameuses. Girdlestone, Willan, Bateman, Duffin (1) en ont obtenu des résultats avantageux. En France, Biett en a, un des premiers, popularisé l'emploi, et aujourd'hui, parmi les médecins qui ont adopté celle médication, M. Cazenave en a surtout établi l'efficacité d'après un grand nombre de faits soumis à son observation.
Il n'est pas tout à fait indifférent d'employer telle ou telle préparation arsenicale ; toutes ont bien une action réelle , mais ne conviennent pas indistinctement à tous les cas. Ainsi, chez les individus jeunes, irritables, chez les femmes, quand l'éruption est récente et peu étendue, il est préférable de prescrire la solution de Pearson ou la solution de Biett. En voici la composition déjà indiquée, maisqu'il importe de reproduire ici, parce que l'emploi de ce moyen s'applique d'une manière toute particulière à la maladie qui nous occupe.
Solution de Pearson.
% Arséniate de soude 5 centig. | Eau distillée 32 gram.
Faites dissoudre*
Solution de Biell.
If Arséniate d'ammoniaque. 5 centig. | Eau distillée 32 gram.
Ces deux solutions sont administrées à la dose de cinquante centigrammes^ que l'on porte successivement jusqu'à 1 ou 2 grammes par jour, en divisant toujours cette quantité en deux doses, à prendre une le matin et une le soir.
Si , au contraire, l'affection est ancienne, si les individus sont mous , peu irritables, si les voies digestives sont en bon état, M. Cazenave prescrit la solution de Fowler, qui est plus énergique, et à laquelle il adjoint quelquefois les pilules asiatiques à la dose d'une à deux par jour.
Solution de Fowler.
<K Acide arsénieux î „ I Eau distillée 500 gram.
* tobonaLTe potass;: . . . S 5 S™*" I Alcool de mélisse composé. 16 gram.
On l'administre à la dose de trois ou quatre gouttes d'abord, P^gradué^ment jusqu'à douze gouttes par jour, dose qu'on ne doit guère dépasser. La solution de Fowler contient un centième de son poids d'acide arsénieux
Comme tous les agents énergiques, les préparations arsenicales ont besoin être surveillées dans leur emploi : elles déterminent quelquefois des acculent qu u sont jamais graves, et que, le plus souvent, on voit disparaître en dans quelques jours l'administration du traitement. Ces accidents sont des coliques,
(i) On sguamous disorders (Edinburg med. and surg. Journ., 1820).
PSOlilASlS. — TRAITEMENT. 504
de la diarrhée , quelques nausées, quelquefois un peu d'oppression et de toux sèche, quinteuse ; ils sont d'ailleurs assez rares. M, Gazenave dit avoir vu bien des cas où l'on a continué le traitement à des doses plus élevées- que celles indiquées plus haut, pendant des mois, des années, et cela impunément.
Quelle que soit la préparation arsenicale que l'on emploie, on doit toujours commencer par ces faibles doses, puis les augmenter progressivement et en surveiller attentivement les effets. L'administration de l'arsenic a besoin d'être suspendue de temps en temps, tons les mois, par exemple, alors même qu'elle ne déterminerait aucun accident. On la reprend quelque temps après, en recommençant toujours par de petites closes. Ces préceptes, établis par M. Gazenave, qui a si souvent employé les préparations arsenicales, devront toujours être présents a l'esprit du praticien.
Voici un passage d'un mémoire de Émery sur l'emploi de la solution de Fowler.
« L'administration de la solution de Fowler doit être faite avee précaution. On doit commencer par cinq gouttes, dans 120 grammes de liquide sucré , que l'on divise en deux portions. On augmente, tous les deux jours, d'une goutte, et l'on arrive rapidement à 12, s'il n'y a pas d'accidents. Si l'on s'aperçoit que les plaques deviennent moins épaisses et commencent à prendre une coloration gris-noirâtre, on n'augmente plus, car on s'exposerait à produire des accidents, ce symptôme étant un signe de saturation. Quand, au contraire, le malade supporte bien le remède, on en continue l'emploi; s'il n'y a aucun amendement, on arrive à la dose de 15 à 16 gouttes, qu'il faut rarement dépasser. La peau devient parfois le siège d'une douleur assez aiguë ; ou bien sans être douloureuse, elle est chaude, et un peu rouge autour des plaques. Quelques bains tièdes, des boissons délayantes et la diminution de la dose de liqueur suffisent pour faire disparaître ces légers accidents. Il est des estomacs impressionnables qui ne peuvent supporter les arsenicaux, en commençant même par les quantités les plus faibles. Quand cela est bien constaté, on doit recourir à une autre médication. Souvent, après douze ou quinze jours de ce traitement , il survient une constriction à la gorge, une douleur assez intense à l'estomac. En suspendant tout remède, ces symptômes disparaissent en deux ou trois jours, on recommence alors le traitement par cinq gouttes; et tous les deux jours, comme la première fois, on en ajoute une autre. Les douleurs vers le cœur qui en rendent les battements douloureux forcent quelquefois de recourir à la saignée. Le symptôme dont il faut le plus tenir compte est incontestablement la contraction des extenseurs des membres. Aussitôt qu'elle se montre, il faut abandonner l'emploi des arsenicaux, si l'on ne veut pas voir le mal augmenter et devenir rapidement incurable. »
Quant a l'efficacité de l'arsenic dans l'affection qui nous occupe, nous ne chercherons pas à la démontrer ; citons ce passage de M. Gazenave, qui pourra donner au lecteur une idée de l'importance de cette médication : « Pour moi, dit ce médecin, les préparations arsenicales, aidées au besoin de quelques pommades, et toujmirs des bains de vapeur, constituent aujourd'hui, sinon l'unique, au moins le plus efficace des moyens de traitement à opposer au psoriasis et à la lèpre vulgaire.
Médications particulières. — Les différences de siège ou de forme que. peut revêtir le psoriasis ne demandent pas, à proprement parler, de médication spéciale.
Voici un cas de psoriasis des paupières, ancien, rebelle à de nombreux traitements, et qui a cédé entre les mains de M. Cazenave, à la solution de Fowler.
M. Payai) (1 ) cite un cas de guérison d'un psoriasis longtemps rebelle à tout traitement et qui guérit par le traitement arubique. Ce médecin ne donne que le résumé de l'observation; rien ne prouve qu'il n'ait pas eu affaire à un psoriasis syphilitique.
M. Rayer rapporte l'observation d'un homme qui fut guéri d'un psoriasis palmaire par l'application dans la paume de la main de deux vcsicatoires volants. Ces deux vésicatoires furent suivis de la chute de l'épiderme altéré et de la formation d'un épidémie lisse et persistant.
[Le traitement du psoriasis semble s'être enrichi dans ces derniers temps d'un moyen nouveau. M. Hardy, dans son service à l'hôpital Saint- Louis, donne contre le psoriasis le baume de copahu à la dose de h à 0 grammes par jour.
Optât au copahu.
If Copahu 4 à 6 gram. j Magnésie 4 à 6 gi'am.
Mêlez.
M. le docteur Dupuy. interne du service, a rendu compte de ces tentatives dans sa thèse inaugurale. Pour lui le baume de copahu (2) paraît supérieur à la médication topique et par les arsenicaux, au point de vue de la lésion locale. Son influence sur la diathèse reste encore à déterminer. La médication topique doit généralement Lui être associée. Certains cas de psoriasis sont complètement rebelles à l'action du copahu comme à celle des autres médicaments. La récidive peut avoir lieu. L'auteur pense que le copahu guérit par une action spécifique.]
ARTICLE IL
lèpre {lepra vulgaris).
Hippocrate et les médecins grecs avaient employé le mol lepra (de Àtrpbç, écaille) pour désigner d'une manière générique les affections squameuses de la peau. Ce mot s'est trouvé plus tard détourné de sa signification, et a été appliqué à des maladies bien différentes (telles que diverses espèces à'êlephantiasis), emportant avec lui l'idée d'une affection grave, hideuse, repoussante. Willan a rendu au mot lèpre sa première acception, et il a été imité en cela par Bateman et la plupart des pathologistes, tels que Biett, MM. Rayer, Cazenave, Schedel et Gibert.
Les nombreux détails dans lesquels nous sommes entré à l'article Psoriasis nous permettront d'être court en parlant de la lèpre; Willan et Bateman ont décrit trois formes de lèpre : 1° lepra vulgaris; 2° lepra alphoides ; 3° lepra nigrf'cans.
(1) Journal do mcd. de Toulon et Bull, gài. de Ihirap., 2 janvier 1851.
(2) Thèse inaugurale, Paris. 1857.
LkVRE. — SYMPTÔMES. 5QfJ § Ii — Définition, synonymie.
La lèpre vulgaire est une simple variété du psoriasis ; elle est caractérisée par des plaques écailleuses arrondies, à centre sain ou déprimé, à bords élevés, et recouvertes de petites squames minces, sèches, d'un blanc chatoyant.
La lèpre a été désignée sous bien des noms; elle correspond à ce que les anciens appelaient mêlas, alphos; elle a aussi été nommée dartre écailleuse, lepra vulgaris; c'est la dartre squameuse orbiculuire d' Alibert, etc.
La lèpre n'est pas une maladie rare. M. Gazenave (1) dit que le psoriasis est plus fréquent que la lèpre dans la proportion seulement de 33 sur 50.
§ II. — Causes.
L'étiologie de la lèpre se confond avec celle du psoriasis. Renvoyons le lecteur à l'article précédent.
§ III. — Symptômes.
La lèpre débute par de petits points rouges, déjà saillants et recouverts aussitôt d'une squame très légère qui ne s'étend pas d'abord à toute la saillie qu'elle surmonte; cette petite élévation s'affaisse et s'élargit, puis s'arrondit en môme temps que son centre, qui redevient sain et se déprime davantage. De ce progrès excentrique, il résulte bientôt un disque régulier de dimension variable, égalant ordinairement celle d'une pièce de 2 francs.
Les disques lépreux ont des bords saillants; ils sont recouverts de petites écailles minces, sèches, d'un blanc chatoyant, adhérentes, brisées inégalement tout autour de l'anneau, tombant et se renouvelant sans cesse. Ils sont rouges quand ils sont dépouillés de leurs squames. Le centre est sain, et l'éruption ne s'accompagne d'aucune humidité, d'aucun suintement.
Quand les disques ont atteint une certaine dimension, la maladie reste stationnaire ou disparaît parfois spontanément, mais plus souvent par suite d'un traitement approprié. Dans certains cas, lorsque l'éruption est ancienne, qu'elle est devenue pour ainsi dire confluente, quand les disques se sont agglomérés autour d'une articulation, on voit la lèpre revêtir la forme grave décrite déjà sous le nom de psoriasis invelerata, et donner lieu à des accidents semblables. Toutefois cela s'observe beaucoup plus rarement que dans le psoriasis.
Quelquefois la lèpre présente, surtout chez les enfants et les individus blonds à peau fine, des plaques exactement arrondies, recouvertes de squames d'un blanc chatoyant : c'est la variété appelée par Willan lepra alphoides. Dans certains cas, l'éruption conservant ses caractères habituels, les squames ont une coloration noirâtre : c'est la lepra nigricans du même auteur.
§ IV. — Marche, durée, terminaison de la maladie.
Quand la maladie marche vers la guérison, les bords une fois dépouillés de leurs squames se recouvrent plus lentement; ils s'affaissent; bientôt le disque s'affaisse
(1) Ann. des malad. de la peau, t. p. 133.
également, et, à 'partir de ce moment, la plaque disparaît bientôt, ne laissant qu'une légère empreinte qui finit aussi par disparaître complètement.
La lèpre peut, pendant des années entières, être stationnaire; les anneaux restent les mêmes, Jes squames tombent et se renouvellent sans cesse; seulement elles deviennent plus sèches, plus farineuses, et les surfaces qu'elles recouvrent sont de moins en moins saillantes. Dans ce cas, l'éruption est le plus ordinairement très étendue.
Il n'est pas très rare de voir la lèpre s'effacer assez régulièrement à l'approche d'une saison, pour se manifester de nouveau au retour d'une autre.
5 V. — Siège de la maladie.
La lèpre peut être générale ou bornée à des points limités. Même lorsqu'elle est très étendue, la face et la paume des mains en sont presque toujours exemptes; dans le cas contraire, c'est au cuir chevelu, aux régions articulaires qu'on la trouve plus particulièrement.
§ VI. — Diagnostic, pronostic.
Uherpès circiné offre des cercles qui ont une certaine analogie avec ceux de la lèpre vulgaire, le lecteur trouvera à l'article Herpès les signes distinctifs de ces deux maladies.
Pronostic. — Le psoriasis est, toutes choses égales, une affection plus fâcheuse que la lèpre.
§ VII. — Traitement.
Le traitement de la lèpre se confond tellement avec celui du psoriasis, que la plupart des moyens préconisés par les auteurs ont été employés indistinctement contre ces deux affections. Tl en est quelques-uns cependant qui doivent trouver ici leur place spéciale, parce que c'est contre la lèpre seule qu'ils paraissent avoir été recommandés et employés avec succès (1).
Médication externe. — Les frictions avec la pommade au calomel (h grammes pour 30 grammes d'axonge), à la dose de h et même de 15 grammes par jour, sont conseillées par M. Rayer, qui dit en avoir obtenu un grand nombre de guérisons.
Cet auteur recommande aussi, dans les cas où les plaques sont peu nombreuses et très anciennes, de les recouvrir successivement de petits vésicatoires volants, ou de les cautériser superficiellement avec une solution d'acide chlorhydrique ou de nitrate acide de mercure affaibli.
Médication interne. — La douce-amère a joui, dans le traitement de la lèpre, d'une grande réputation. En France, Carrère, et plus tard, en Angleterre, le docteur Crichton, l'ont employée avec succès. Willan a rapporté les expériences du docteur anglais, et Bielt, qui les a répétées, n'est pas arrivé, à beaucoup près, à des résultats aussi satisfaisants. Vu petit nombre seulement des sujets soumis a celte médication éprouva mie amélioration sensible; deux furent radicalemenl guéris.
M) Bull. dcl'Acad. demrd. Paris, 1819, I. XIV, p 11*, 465.
PITYRIASIS. — CAUSES. 505
On administre la décoction des tiges à la dose de 15 grammes jusqu'à 60 grammes pour une pinte d'eau.
Tels sont les seuls moyens spéciaux à mentionner à propos du traitement de la lèpre vulgaire, en faisant remarquer de nouveau que toute la thérapeutique du psoriasis est applicable à cette affection : cantharides, préparations arsenic cales, etc. , etc. Quant à ces dernières, on se sert plus spécialement de la solution de Foivler,
ARTICLE III
PITYRIASIS.
Les médecins grecs avaient donné le nom de pityriasis (de icrrupov, son) à une exfoliation farineuse de l'épiderme. C'est encore dans ce sens qu'on emploie aujourd'hui cette dénomination, bien que, pendant un certain temps, le pityriasis ait fait partie du groupe de maladies auxquelles on avait donué le nom générique de teignes, et dont le siège est dans le cuir chevelu.
Biett, ayant séparé avec soin le pityriasis des affections avec lesquelles on peut le confondre, avait admis, avec TVillan et Bateman, les quatre variétés suivantes : 1° pityriasis capitis, 2° pityriasis rubra, 3° pityriasis versicàlor, h° pityriasis nigra. M. Cazenave (1) n'admet que deux formes principales, selon que la maladie s'accompagne ou non d'une modification de la couleur des tissus. La première est le pityriasis sans coloration anormale, que l'on décrit ordinairement sous le nom de pityriasis capitis, à cause de son siège de prédilection, dans les endroits garnis de poils et surtout au cuir chevelu. L'autre comprend les variétés connues sous les noms de pityriasis rubra, versicolor, et nigra, dont le caractère distinctif est une modification dans la couleur des tissus affectés.
§ I. — Défînition, synonymie, Fréquence.
Le pityriasis est une inflammation chronique de la peau, accompagnée d'une sécrétion anormale de la matière épidermique. Biett en plaçait le siège dans les couches les plus superficielles du derme.
Cette maladie a reçu différents noms. On lui a donné celui de porrigo; Alibert l'avait désigné sous les noms de dartre furfuracée volante, herpès furfureux.
Le pityriasis est une maladie fréquente; sa bénignité, dans un bon nombre de cas, fait qu'il n'attire pas l'attention, et que ceux qui en sont affectés ne réclament pas les secours du médecin.
§ II. — Causes,
Les causes du pityriasis sont généralement obscures. On l'observe à tout âge. Chez les nouveau-nés., il apparaît, sous forme d'une, crasse légère, bientôt remplacée par de petites squames qui, après leur chute, laissent un peu de rougeur au cuir chevelu. Chez les vieillards, on l'observe assez souvent sous la forme d'une légère desquamation. Les femmes dont la chevelure est brune, longue et épaisse,
(1) Dicl. doméd., t. X\lV,arl. Pityriasis, 1841.
paraissent plus prédisposées au pityriasis capitis. Au menton, il a souvent été attribué à Y action du rasoir.
L'insolation, Y ingestion d'aliments acres, les émotions morales, ont paru, dans certains cas, avoir quelque influence sur le développement des pityriasis 7'ubra et versicolor.
§ III. — Symptômes.
1° Pityriasis sans modification de la couleur des tissus, ou pityriasis capitis. — Au cuir chevelu, la maladie commence par une légère exfoliation farineuse, et il suffit de quelques soins pour tenir les cheveux propres et nets. Bientôt la desquamation augmente, et il y à à peine quelques heures qu'on a débarrassé la chevelure des squames qui la couvraient, qu'elle se trouve remplie de nouveau de pellicules blanchâtres que le moindre mouvement fait tomber eu grande abondance.
Cet état s'accompagne d'une démangeaison quelquefois assez vive, et même d'un sentiment de chaleur désagréable. L'action de se gratter amène une foule de pellicules qui semblent encore renaître sous l'ongle à mesure que le malade se gratte.
Les squames ont l'aspect de petites lamelles très ténues, très minces, blanches, sèches, adhérentes par une de leurs extrémités. A la tête, elles acquièrent parfois la largeur d'une petite lentille. Au menton, l'exfolialion ressemble à de petites molécules de son qui se détachent et se renouvellent avec une très grande facilité.
A ces symptômes s'ajoute bientôt un accident d'une certaine importance : c'est une alopécie plus ou moins considérable. Les femmes surtout, au moment où elles se peignent, s'aperçoivent que leurs cheveux lombeut, et celte chute semble encore augmenter par les soins minutieux qu'elles prennent pour se débarrasser des pellicules blanchâtres qui recouvrent la tête. Au bout d'un certain temps, le cuir chevelu dégarni laisse voir des places entièrement nues, surtout à la partie supérieure et dans les points qui correspondent aux séparations de la coiffure.
Cette alopécie, sur laquelle M. Cazenave(l) a particulièrement attiré l'attention, lient à ce que le cheveu, entouré à sa sortie d'un tissu enflammé, et pressé comme dans un étui squameux, devient sec et cassant, se brise et tombe, soit spontanément, soit par l'action du peigne et du grattage; mais comme son bulbe' est intact, il repousse, pour retomber encore si l'affection du cuir chevelu n'a pas complètement disparu.
2° Pityriasis avec modification de la couleur des tissus. — Nous nous occupe rons d'abord du pityriasis rubra. Il est caractérisé par des plaques très peu étendues, de la largeur d'une lentille environ, qui bientôt s'étendent et recouvrent d larges surfaces : celles-ci ont alors un aspect rougeâtre, et sont recouvertes d'un foule de squamules très minces qui tombent et se renouvellent sans cesse comme dans l'espèce précédente. Cette maladie, selon Bateman, s'accompagne de sécheresse de la peau, d'une démangeaison incommode et d'une forte tension.
Le pityriasis versicolor, outre la desquamation furfuracéc abondante qu
(1) Annales des maladies de la peau, 1844, t. I, p. 223 Trailc des maladies du cuir chevelu. Paris, 1850, p. 167.
PYTIRIASIS. — TRAITEMENT. 507
l'accompagne, présente, au niveau des points malades, une coloration jaunâtre caractéristique. Ordinairement il apparaît au cou, au ventre, à la poitrine, sous forme de plaques plus ou moins considérables, colorées et farineuses.
Le pityriasis nigra ne diffère du pityriasis rubra que parce que les squames reposent sur des surfaces d'un noir plus ou moins foncé. Dans certains cas, l'épi— derme seul est coloré. Si on l'enlève, on trouve des surfaces rouges et lisses; d'autres fois l'épiderme, transparent, laisse voir la couche sous-jacente avec la coloration noire dont elle est le siège.
> Nous avons déjà dit (sycosis) que le tricophyton produit dans ses premières manifestations des symptômes analogues au pityriasis.
§ IV. — Marche, durée, terminaison de la maladie.
En général, le pityriasis est une maladie dont la marche est lente ; sa durée est toujours longue quand l'éruption occupe une assez grande surface et qu'elle est entretenue par une irritation quelconque. La terminaison, qui parfois a lieu spontanément quand l'affection est légère, se fait le plus souvent longtemps attendre, même quand on emploie un traitement méthodique et continué avec persévérance.
§ V. — Diagnostie, pronostic.
Le diagnostic du pityriasis est toujours facile. On le distinguera toujours du psoriasis par l'étendue des squames et leur coloration ; de la lèpre par la disposition et l'élévation des anneaux squameux que présente cette affection.
A la suite de certains exanthèmes, on observe une desquamation qu'on pourrait confondre avec celle du pityriasis ; mais, dans cette dernière affection, il y a une reproduction constante de lamelles qui se détachent et tombent sans cesse, tandis que, dans les exanthèmes, ce sont de larges surfaces qui se dépouillent pour ainsi dire à la fois, laissant ça et là des étendues variables de peau saine.
Ce caractère de reproduction incessante de l'épiderme, inhérent au pityriasis, le fera distinguer aussi de ces desquamations qui parfois ont lieu à la suite de Yeczêma ou du lichen. Du reste, l'existence antérieure d'une affection papuleuse ou vésiculeuse lèverait tous les doutes.
La coloration fauve qui distingue le pityriasis versicolor des autres formes de cette affection ne pourra être confondue avec certaines éphélides dont la surface ne présente pas cette desquamation furfuracée qui caractérise le pityriasis.
Pronostic. — Le pityriasis est en général une maladie peu grave; cependant, en raison de son siège, de l'incommodité qu'il occasionne, de l'alopécie qu'il produit et de son opiniâtreté, il acquiert une certaine importance aux yeux du Praticien.
§ VI. — Traitement.
Le pityriasis capitis, indépendamment des moyens thérapeutiques qu'on lui oppose, réclame l'emploi de certaines précautions. On s'abstiendra donc de toute coiffure qui tende à tirailler ou à serrer les cheveux ; l'usage du rasoir sera interdit, el la barbe sera coupée avec des ciseaux. Chez les enfants, surtout si l'éruption est
légère, il suffit (Je brosser légèrement la tête; la peau, stimulée sous cette influença cesse de s'exfolier en écailles farineuses.
Quand la maladie s'accompagne de l'alopécie que nous avons a signalée , le traitement doit êlre dirigé de la manière suivante, surtout s'il s'agit du pityriasis capilis, ainsi que M. Cazenave le fait remarquer.
« Le traitement général, dit cet auteur, est borné à l'administration de quelques boissons arriéres et à l'emploi de légers laxatifs. Localement, je fais faire/ selon que l'inflammation est plus ou moins intense, ou des lotions alcalines ou des lotions émollientes. S'il y a de la cbaleur, delà cuisson, si la desquamation est paru trop abondante, je fais faire des onctions avec la moelle de bœuf préparée, ou des lotions avec Veau de son, de laitue. Plus tard, je fais faire, soir et malin, des frictions légères avec un peu de Ja pommade suivante :
Sous-borate de soude., de 1 à 2 gram. | Axonge de 30 à 40 gram.
Mêlez.
» Le matin, je fais laver la tête soit avec une lotion émolliente, soit aveclal. lotion alcaline suivante :
Ifi Sous-carbonate de potasse.. . . 4 gram. | Eau distillée 500 gram.
Mêlez.
« Je prescris en même temps quelques bains tiédes alternés avec des bains alcalins. »
Dans plusieurs cas de pityriasis capitis peu intense que j'ai eu à traiter, la chute des cheveux et la formation des pellicules ont été arrêtées en quelques jours par le simple emploi de la pommade] au calomel (5 grammes pour 30 gram-i mes d'axonge).
Ces indications peuvent servir pour toutes les variétés du pityriasis. On con seille quelquefois les émissions sanguines dans le pityriasis rubra, si le sujet es fort et vigoureux ; les bains sulfureux et les lotions sulfureuses ont une efficacité incontestable dans le pityriasis versicolor, et on prescrit spécialement, pour le pityriasis nigra, les bains et les douches de vapeur.
ARTICLE IV
ICHTHYOSE.
L'ichthyose est une difformité; en général, elle ne compromet pas la santé, el dans la presque totalité des cas, elle est au-dessus des ressources de l'art Ces cou sidéralions nous engagent à passer rapidement sur une affection qui n'a qu uni importance secondaire pour le praticien.
La division la plus naturelle et la meilleure à établir dans l'étude de 1 ichtnyos est celle qu'ont suivie MM. Cazenave et Schedcl ; ils admettent une ichthyosc congénitale et une ichthyose accidentelle.
ICHTHYOSË, — SYMPTÔMES. 509
§ I. — Définition, synonymie, fréquence.
L'ichthyose est une maladie caractérisée par l'épaississement de l'épidémie, qui prend la forme de squames plus ou moius larges, dures, desséchées, d'un blanc grisâtre, comme imbriquées, ne reposant jamais sur un tissu enflammé, et comparées, par les auteurs, aux écailles des poissons.
L'ichthyose a été aussi décrite sous les noms de lepra ichthyosis, ichlhyose se?'pentine, nacrée cornée (Alibert), etc., etc.
§ II. — Causes.
L'ichthyose congénitale est presque toujours héréditaire, et, comme le fait remarquer M. Cazenave (1), d'une part, elle se transmet fréquemment pendant 'plusieurs générations successives ; de l'autre, elle semble attaquer de préférence les individus mâles. Quelquefois produite chez des sujets qui ont une disposition héréditaire, l'ichthyose accidentelle paraît aussi se développer sous l'unique influence d'agents irritants: alors elle est partielle. On a cité des cas où elle s'est montrée après une vive émotion morale. Elle est endémique dans quelques climats. Les femmes en sont atteintes, d'après Bielt, dans la proportion d'un vingtième par rapport aux hommes.
§ III. — Symptômes.
Ils diffèrent suivant le degré de la maladie. Quelquefois la peau est seulement parsemée de petites parcelles épidermiques brisées, grisâtres. Il n'y a réellement iqu'une légère augmentation d'épaisseur et une sécheresse de la peau, accompagnées d'une exfoliation continuelle.
D'autres fois la peau n'a plus sa souplesse habituelle; elle est épaissie fendillée recouverte de véritables écailles sèches, dures et résistantes. Les écailles le plus >ordmairement grisâtres, sont parfois d'un blanc nacré, souvent très luisantes et entourées de plusieurs cercles noirâtres. Elles résultent de ce que l 'épidémie sillonne en tous sens, s'est partagé en une foule de petites squames irrégulières la plupart imbriquées au point adhérent. La grandeur de ces écailles varie: tantôt peines elles sont environnées de points farineux qui correspondent aux sillons • tantôt larges.-elles recouvrent dans une plus ou moins grande étendue les surfaces 'Sillonnées.
Les écailles, si l'on en excepte les plus larges, peuvent être arrachées facilement t sans douleur. Il n'existe ni chaleur, ni douleur, ni démangeaison. Au-dessous eues la peau n est pas rouge, mais elle a une rudesse telle qu'au contact elle onne la sensation d'une peau de chagrin, et quelquefois môme l'impression cru'on prouve en passant la main sur le dos de certains poissons. q
■ ^^Z^édeCinC °U "épM° ^ *» sciences rurales, en 30 vol.
S — Marche, durée, terminaison de la maladie.
A une époque rapprochée de la naissance, l'ichthyose congénitale est généralement peu prononcée; cependant la peau a perdu sa finesse, son poli ordinaire ; elle est sèche, terne, grisâtre. Au bout de quelques semaines, la maladie se dessinet d'une manière tranchée. Elle reste quelque temps bornée à l'épaississement et à l'exfoliation continuelle dont on a parlé plus haut; parfois elle persiste ainsi indéfiniment; d'autres fois elle acquiert un degré plus élevé.
L'ichthyose accidentelle a en général une marche plus rapide, On la voit aussii subir pendant sa durée des modifications sensibles qui parfois pourraient faire croire à une guérisou définitive , si le plus souvent on ne voyait dans une autre saison l'affection reparaître comme auparavant. Ces changements s'observent très rarement dans l'ichthyose congénitale.
L'ichthyose congénitale dure le plus ordinairement toute la vie ; l'ichthyose accidentelle disparaît quelquefois complètement; sa durée, d'ailleurs, est toujours:' longue, souvent de plusieurs années, quelquefois indéfinie.
L'ichthyose congénitale occupe toute ou presque toute l'enveloppe cutanée;;} l'ichthyose accidentelle est le plus souvent bornée à une région, aux membres particulièrement.
' § V. — Diagnostic, pronostic.
Les écailles sèches et dures de l'ichthyose, quand celte affection est générale: surtout, n'ont pas d'analogue dans les autres éruptions. Qu'on se rappelle celte surface sèche, dure, cette peau épaisse, fendillée, cette marche lente d'une maladie le plus souvent congénitale, on évitera toute erreur.
Le pityriasis, avec la mollesse du derme et ses pellicules blanches, se distinguera facilement de l'ichthyose, dans laquelle la peau, épaisse et rugueuse, est recouverte d'écaillés d'une teinte grisâtre.
Pronostic. — L'ichthyose n'entraîne jamais la mort par elle-même; ellen'occa- ; sionne aucun trouble notable des fonctions; seulement la peau est sèche et n'est plus le siège d'aucune transpiration habituelle, si ce n'est, dans certains cas, à la plante des pieds, qui, n'étant pas envahie par l'éruption, est habituellement humide de sueur.
g VI. — Traitement.
Il est purement palliatif: on modifie passagèrement la rudesse de la peau à l'aide, de lotions mucilagineuses, de boins souvent répétés, surtout de bains de vapeur. Ce sont les moyens qui ont le plus souvent réussi à Biett, qui n'a pas retiré de l'administration du goudron à l'intérieur les avantages signalés par Willan. On peut, dans certains cas d'ichlhyose accidentelle, espérer la guérison : Biett I a obtenue à l'aide de vésicatoircs dont il avait recouvert successivement les deux bras qui étaient le siège de la maladie.