‹ Guide du médecin praticien, ou, Résumé général de pathologie interne et de thérapeutique appliquées [electronic resource] (volume 2)Chapitre 168 sur 344 · PU11PURA SIMPLEX, — DIAGNOSTIC · texte numérisé non relu

PU11PURA SIMPLEX, — DIAGNOSTIC

livide, et enfin une couleur jaunâtre qui se dissipe comme celle des ecchymoses. Chez quelques sujets, et principalement chez les vieillards, ces taches ont tout d'abord une couleur plus foncée; parfois même c'est une couleurbrune presque noire, ainsi que nous en avons vu récemment un exemple. Ces taches ont un caractère important déjà signalé plus haut, c'est de ne pas disparaître sous la pression; en outre, elles augmentent lorsque le point sur lequel elles se trouvent est déclive et qu'il y a une certaine stase du sang. Elles sont arrondies, d'un volume qui ne dépasse ordinairement pas celui d'une lentille, et qui est souvent au-dessous; elles Sont plus ou moins rapprochées, mais ordinairement distinctes les unes des autres. Dans leur intervalle la peau ne présente aucune altération.

Il faut ajouter, pour compléter cette description, que parfois il survient un gonflement considérable des parties affectées, et principalement des membres inférieurs. Ce gonflement, borné à un point limité, est extrêmement douloureux, et, quoiqu'on ne voie pas de changement de couleur à la peau, tout porte à penser qu'il résulte d'un afflux du sang dans les tissus.

11 est rare, quoi qu'on en ait dit, que le purpura simplex se présente sans avoir été précédé d'aucun symptôme. Presque toujours il y a un malaise plus ou moins considérable, de la céphalalgie ou simplement une pesanteur de tête. On observe encore le brisement des membres, la faiblesse, la perte de l'appétit. Fréquemment ces symptômes, après avoir duré quelque temps, se dissipent, la maladie poursuivant son cours. Mais on voit des cas dans lequels le mouvement fébrile est beaui coup plus intense et persiste pendant toute l'éruption, et en outre, comme l'affection i est, ainsi que nous l'avons déjà dit, constituée par des éruptions successives, il n'est pas rare de voir chacune de ces éruptions précédée de ces symptômes généraux.

§ IV. — Marche, durée, terminaison de la maladie.

11 arrive quelquefois que le purpura suit une marche franchement continue ; plus souvent ce sont des éruptions successives pendant lesquelles se manifestent un nombre plus ou moins grand de taches. Il faut , par conséquent, considérer séparément la durée des éruptions et celle de la maladie en général. Les éruptions (lurent de sept ou huit jours à quatorze ou quinze. Quant à la maladie, lorsqu'elle lie consiste qu'en une éruption ou en un petit nombre de taches, elle dure de dix a quinze jours ; dans le cas contraire, on la voit durer quatre ou cinq semaines, et parfois elle devient chronique et résiste à tous les traitements. C'est surtout chez tes vieillards à constitution aiïaiblie que l'on observe cette marche chronique. La mort n'est pas une terminaison qu'on puisse attribuer au purpura simplex. •

§ V. — Diagnostic, pronostic.

M. Rayer a cité un cas dans lequel ['oblitération de la veine iliaque par des caillots sanguins a donné lieu à des taches semblables à celles du purpura ; mais les cas de ce genre sont exceptionnels, et les cordons noueux que forment les rameaux veineux mettent sur la voie du diagnostic.

Ce n'est qu'un examen très peu attentif qui pourrait faire confondre le purmin avec des morsures de puce, et, quant à la distinction des tache» de celle affection Vai.lux, l<= édit. — V.

avec les pétéchies des maladies graves ou avec les ecchymoses du scorbut, le diagnostic est trop facile pour qu'il soit nécessaire de s'y arrêter un seul instant.

Le pronostic du purpura simplex n'est pas grave ; seulement, ainsi que nom l'avons dit à propos de sa terminaison, lorsqu'il est chronique, il est très rebelle, et il annonce une détérioration plus ou moins profonde de la constitution.

§ VI. — Traitement.

Le traitement du purpura simplex, affection très peu grave, n'a qu'une importance très secondaire, et une simple indication suffit. Citons le passage suivant de i 'article de M. Cazenave :

« Le traitement, dit-il, doit différer complètement selon l'état du malade et selon les circonstances qui ont présidé au développement de la maladie. Le purpura simplex peut se manifester, en effet, chez un individu vigoureux, sanguin ; il peut avoir été provoqué par un régime excitant, par des fatigues excessives, etc. Dans ce cas, il faudra avoir recours à des émissions sanguines, à l'emploi de quelques bains frais, de quelques boissons rafraîchissantes ; mais il faudra insister avant tout sur le repos le plus complet qu'il sera possible.

» Le purpura a pu, au contraire, affecter un individu faible ou épuisé par l'influence débilitante de mauvaises conditions hygiéniques, et il y aura alors indication diamétralement opposée : on mettra le malade à l'usage de moyens toniques et fortifiants ; on lui fera prendre du vin généreux, quelques tisanes arnères, quelques ferrugineux, etc. »

ARTICLE IL

PURPURA ËLEMORRHAGICA.

Cette affection étant au fond. la même que la précédente, dont elle ne diffère que par les hémorrhagies des muqueuses et par la gravité, on ne doit exposer dans cet article que les particularités qui la caractérisent.

§ I, — Définition, synonymie.

Lepurpura hœmorrhagica, auquel Werlohf a donné le nom de morbus mascvlusus hœmorrhagicus, est une maladie caractérisée par des taches de la même -nature que celles du purpura simplex, par des symptômes généraux plus graves, par des hémorrhagies plus ou moins abondantes. Celte affection n'est heureusement pas fréquente, bien qu'on en ait rapporlé un assez bon nombre d'exemples à cause de la gravité des cas.

§ II. — Causes.

Nous n'avons rien à ajouter à ce quenousavons dit des causes à propos du purpura nmplex. On doit admettre seulement que ces causes ont eu uneaclion plus énergique! plus prolongée, ou qu'elles ont exercé leur inllucnce sur des sujets plus disposés aux hémorrhagies. ËB outre, on a cité des cas dans lesquels il existait une prédis-

PUKPUUA HjEMORRHAGICA. — symptômes. 331

position telle, que la moindre cause occasionnelle déterminait une héfàbrrhàgie interstitielle et une attaque de purpura hœmorrhagica.

§ III. — Symptômes.

Les taches de purpura hœmorrhagica sont plus larges que celles du purpura simplex; elles sont étendues, irrégulières, livides, et présentent l'aspect des ecchymoses récentes. Ces taches ont le même siège et les mêmes caractères que celles du purpura simplex, dont on observe aussi un nombre plus ou moins considérable au milieu d'elles. Dans quelques cas rares, on a vu les taches purpurines couvertes d'une bulle pleine de sang.

Mais un caractère plus important encore, car il sert à distinguer cette forme de la précédente, c'est la présence sur les diverses muqueuses de taches d'un rouée obscur semblables à celles qui se montrent à la peau. Ces taches sont autant de points par lesquels s'effectuent des hémorrhagies souvent très abondantes et par fois foudroyantes. Il est aussi des cas de purpura dans lesquels les hémorrhagies ont heu jusque dans le parenchyme des organes. On a déjà cité des cas de ce genre

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en parlant de diverses hémorrhagies constitutionnelles (1). C'est surtout alors aue les hémorrhagies sont foudroyantes. Quelquefois ces hémorrhagies deviennent chroniques; ainsi on voit chez certains individus quelques taches purpurines sur une muqueuse celle de la bouche, par exemple, donner lieu, pendant un emp fort long, a des hémorrhagies modérées qui, se reproduisant chaque jour ou

co"n ' imiS raPPr°ChéS' fmiSSent P" détéri0m' -bêtement la

Parmi les symptômes généraux qui appartiennent au purpura hœmorrhasica il aut distinguer ceux qui accompagnent la maladie de ceux qui en son^Sa Les premiers sont les mêmes que dans le simplex, mais beauœuo L

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n , t et°"rdlSTentS' dGS ]ip0thymieS' etc- Le m^ent S/es p us constant et plus violent. On a observé quelquefois la diarrhée et desT0/Ll US ou moins intenses, mais bien plus souvent \z constipation. Qu nt aux Sds

Liras: e^s symptôraes de p~* - « « ^KEs

^portion des matériaux solides du sang, ^\m^S^£^Z * - do chacun d'eux. Dans le second, la Constante la SSS^

Dans «, cas cité par M. Hérard (/,), on n'a trouvé nulle trace de fibrine * * " °Utre 'm,)0SS,blc de **** * 8'obules du sérum ; mais dans ut 11!

f\ z (tome m> >■ *

(3) London médical Gazelle, 1848

W Bulletin de l'Acad. impériale de méd., t. XVlil. l>a,i5, t852, p. 2,8.

il a un cas sem-

blable quant aux symptômes, nous avons trouvé une quantité notable de fibrine, de sorte qu'il n'y a rien de fixe à cet égard.

S IV. — Marche, durée, terminaison de la maladie.

La marche de la maladie est souvent rapide, mais on observe dans cette espèce les mômes éruptions iudiquées dans la précédente, et nous avons déjà dit qu'elle pouvait se montrer sous une forme chronique. Il en résulte que la durée est très variable. Gela dépend surtout de l'abondance des hémorrhagies. Quant à la terminaison, elle est assez fréquemment funeste, et c'est principalement aux hémorrhagies abondantes qu'il faut attribuer la mort. Lorsque ces hémorrhagies se font dans l'intérieur même des organes, et qu'elles occupent un grand nombre de points, la mort peut être presque instantanée.

§ V. — Iiésions anatomiques.

Elles consistent uniquement dans les infiltrations sanguines qui se montrent dans la peau et dans le tissu des organes, et dans l'état exsangue de diverses parties du corps.

§ VI. — Diagnostic, pronostic.

Le diagnostic ne demande pas de plus grands développements. Il est évident qu'il est le même que dans le cas précédent, et, de plus, l'existence des hémorrhagies vient le rendre plus facile. Lorsqu'on peut apercevoir le point de la muqueuse par lequel s'échappe le sang, et que ce point est occupé par des taches purpurines, le doute n'est pas permis.

Le pronostic est beaucoup plus grave que dans l'espèce précédente, et c'est surtout sur l'abondance des hémorrhagies que se mesure le danger.

§ VII. — Traitement.

Le passage suivant est emprunté à M. Cazenave. Le traitement y est très bien résumé, et le praticien n'a pas besoin de plus grands développements.

« On retrouve ici, dit M. Cazenave, mais dans des proportions bien différentes, ce que j'ai dit des indications tout à fait opposées sur le traitement du purpura simplex. Cette différence lient d'ailleurs aux mêmes causes. Ains( ou pourra emplover les saignées, les émollients, mais ce ne sera que dans le plus petit nombre des" cas, le plus souvent, et selon les cas, il faudra ordonner le repos complet, mettre le malade à l'usage des acides végétaux, des boissons glacées, lui fane prendre des aliments froids, ou bien employer le quinquina uni a 1 eau de Rabel, la décoction de ratanhia, les vins généreux, les amers, etc. Il pourra être utile de vider les organes digestifs par l'emploi de quelques purgatifs, du calomel

par exemple. » ,

Un journal anglais (1) rapporte l'observation d'une femme sur le point de succomber à cette affection, et chez laquelle Yacide gallique donne a la dose d 2 grammes, uni a U gouttes de laudanum toutes les demi-heures, lit cesser les accidents. « Des faits que nous avons observés récemment, ajoute ce journal, nous

(1) Voy. The Lancet, et Bulletin gcn. do tkêrap., 15 mai 18jI.

PURPURA H ./F. M 0 R R H A f! I G A . — TRAITEMENT. 5 3 3

portent à penser que Vacide tannique est un antihéraorrhagique par excellence et pourrait remplacer l'acide gallique. »

1W. le docteur Harty (1) a vu guérir avec rapidité le purpura hœrriàrrhagiea, sous l'influence des purgatifs répétés.

M. le docteur Moore Neligan (2) a rapporté- quatre cas dans lesquels vmpurpura. hœmorrhagica très grave a été promptenient guéri par l'essence de térébenthine. Il donne ce médicament à la dose de 25 à LiQ grammes chez les adultes, et de 8 à 15 grammes chez les enfants. Quoique l'auteur pense que l'essence de térébenthine a une propriété autihémorrhagique particulière, on est porté à croire qu'elle n'a agi que comme purgatif; car, d'une part, M. Moore Neligan a été habituellement conduit à assurer l'action purgative par l'addition de l'huile de ricin ; et, de l'autre, la rapidité de la guérison a été en raison directe de l'effet purgatif.

« Daus quelques circonstances, ajoute M. Cazenave. on pourrait avoir recours aux émissions sanguines générales et locales ; mais, dans tous les cas, il ne faudrait employer ce moyen qu'avec une extrême attention. » M. le docteur Loselli (3) a rapporté un cas Aepw^pura hœmorrhagica, dans lequel les saignées, au nombre de six, ont produit une amélioration prompte et procuré une guérison rapide.

« On combattra les hémorrhagies qui accompagnent cette forme de purpura par des lotions avec de l'eau glacée, par des injections styptiques, et par le tamponnement au besoin. Dans ces cas, on a retiré souvent de bons effets de l'emploi d'ablutions froides sur tout le corps.

» Quant aux taches purpurines, on peut les attaquer localement par l'applicalion de compresses imbibées de chlorure de chaux, par des décoctions astringentes.

» Ce qui importe surtout, c'est de placer le malade dans des conditions hygiéniques favorables : ainsi on le mettra à même de respirer un air pur, d'habiter des lieux sains; on le soumettra à un régime alimentaire doux et fortifiant. Enfin, c'est surtout pendant la convalescence que l'on peut avoir recours à l'emploi de quelques toniques, des boissons ferrugineuses, par exemple. On a eu plusieurs fois recours alors avec avantage aux bains de mer. »

[Une question importante s'agite en ce moment au sein des sociétés savantes, celle de l'emploi à l'intérieur du perchlorure de fer dans les hémorrhagies, et spécialement dans le purpura. M. le docteur Pize (de Montélimart) a soumis à l'Académie de médecine un mémoire relatif à l'emploi du perchlorure de fer dans le traitement du purpura hœmorrhagica, et à son action sédative sur le cœur (4). « Les conclusions de M. Pize, dit 31. Devergie, rapporteur, sont les suivantes : 1 " Que le perchlorure de fer est l'agent par excellence de la guérison de cette maladie, puisqu'il arrête les hémorrhagies dans l'espace de vingt-quatre à quarante-huit heures, et que, continué pendant quelques jours, il fait rapidement entrer le maade en convalescence; 2° que, puisqu'il produit un ralentissement immédiat de a circulation, puisqu'il fait descendre les battements du pouls en vingt-quatre heures de 110 à 80 pulsations, le perchlorure de fer exercé une action sédative

(1) Edinburgh médical and surgical Journal, t. IX.

(2) Dublin Journal, novembre 184 5.

(3) Annali universali di medicina, mars 1 8 1 S .

(4) Bulletin de l'Acad. de médecine, t. XXV, p. 686 et suiv — Gasoil* hii i

25 mai 1860, n" 21, page 348. Mdomctfairo,

immédiate sur le cœur. Le rapporteur, n'ayant pu expérimenter sur des cas de purpura hœmorrhagica, juge et approuve par analogie le traitement en question car il a vu guérir avec rapidité le purpura simplex par le perchlorure de for! en en exceptant toutefois les cas à éruption successive.

Nous ne pouvons pas rapporter ici les diverses opinions déjà émises sur le mécanisme de son action, puisque quelques médecins ont déjà nié la valeur du médicament et rapporté la guérison ou à la nature, ou aux autres agents employés.

Nous ajouterons seulement que M. Bouillaud croit que M. Pize s'est trop hâté en attribuant la sédation du cœur au perchlorure de fer; que M. Piorry a réclamé pour lui-même la première application du perchlorure à la maladie en question ; que M. Trousseau a nié l'absorption des préparations ferrugineuses, etc.

Comme il est impossible de prévoir ce qui résultera d'une discussion encore pendante, nous ne pouvons qu'engager les praticiens à employer le nouveau médicament; car, après tout, il ne saurait être nuisible.

M. Pize conseille de le donner à la dose de 25 à 30 gouttes dans un julep de 100 grammes, en vingt-quatre heures. On pourrait formuler comme il suit :

¥ Julep simple. . .. 100 à 120 gram. I Sirop simple 30 gram.

Perchlorure de fer. 25 à 30 gouttes. |

Mêlez. A prendre par cuillerées à bouche en vingt-quatre heures. On évitera l'association de préparations contenant du tannin. ]

ARTICLE III

HÉMATIDROSE,

[En compulsant les observations publiées par les médecins de tous les temps, et en particulier en passant en revue les réflexions, les faits et les conclusions établis par M. le docteur Parrot (1), nous arrivons à admettre presque nécessairement les idées de notre collègue.

Définition. — V hématidrose est une maladie rarement héréditaire, presque toujours liée à des accidents hystéro-épileptiques, et caractérisée par l'écoulement, sur une ou plusieurs régions du corps pourvues abondamment de glandes sudoiïfùres, d'une rosée sanguine passagère ou persistante, coïncidant ou alternant avec des hémorrhagies membraneuses ou parenchymateuses, accidentelles ou physiologiques, et ne laissant après l'hémorrhagie aucune trace de lésion anatomique visible.

Si/nonymie. — Il faudrait bien se garder de confondre avec l'hématidrose l'hémophilie. Cette erreur a été faite par des auteurs d'une grande valeur. L'hémophilie est héréditaire; l'hématidrose s'établit d'elle-même sans antécédents de famille. Cette première maladie s'observe presque toujours dans le sexe masculin ; la seconde, dans presque toutes les observations, se rencontre chez de jeunes femmes pubères. L'hémophilie débute dès l'enfance, produit des hémorrhagies intarissables à la faveur de plaies même très légères, des ecchymoses énormes,

(1) Parrot, Élude sur la sueur de sang et les hémorrhagies névropathiques, Paris, 1860 •et Gazette hebdomadaire, janvier 1860.

HÉMATJDROSE. ;)<5°

superficielles ou profondes. L'hématidrose fait couler le sang sur la peau en l'absence de tout contact.

Lésions anatomiques. — Nature du liquide épanché. — Dans un cas observé au microscope par M. Parrot et dans un autre signalé par M. Magnus Huss, le liquide a toujours présenté les caractères physiques du sang , soit pendant qu'il coulait sur la peau, soit sur les linges tachés par la sueur de sang. L'examen microscopique, fait à diverses reprises, a révélé la présence d'un grand nombre d'hématies parfaitement régulières, de quelques rares globules blancs et de fragments d'épidenne au milieu d'un liquide incolore, transparent. C'est donc bien du sang que l'on voit s'écouler sur la peau des malades, et non, comme on l'a dit, un liquide plus ou moins aqueux, teint en rouge par la matière colorante du sang.

La nature de la maladie est établie par ces considérations. L'hématidrose est une hémorrhagie ; la présence des hématies dans le liquide épanché ne laisse aucun doute à cet égard. Par suite, on peut dire qu'il y a dans l'hématidrose une rupture pasculaire; cette conclusion résulte du fait même de l'idée, l 'hémorrhagie.

Anatomie physiologique. — Par quelle voie le sang arrive-t-il à la surface des téguments? Tous les auteurs sont unanimes pour dire que, dans l'hématidrose, la peau offre une intégrité parfaite, soit avant, soit après la sortie du sang, d'où la pensée d'invoquer les ouvertures naturelles.

M. Gendrin affirme que le sang s'échappe par les glandes sudoripares, par les bouches de la sueur ; c'est également l'opinion de M. Parrot. En effet, l'hématidrose se montre sur des régions où les glandes sudoripares sont très abondantes, paume des mains, doigts, plante des pieds, orteils. Dans ces régions, les follicules sébacés manquent absolument aussi bien que les bulbes pileux.

L'hémorrhagie ne saurait donc reconnaître pour point de départ la rupture des vaisseaux capillaires qui alimentent les follicules pileux et les glandes sébacées. Ces deux derniers appareils sont d'ailleurs oblitérés par leurs produits pileux et graisseux, de plus elles sont infiniment moins vasculaires que les glandes sudoripares. Le microscope n'a jamais montré de matières grasses mêlées au sang épanché. Si celte conclusion est trop exclusive, on peut au moins affirmer que l'hémorrhagie a pour siège un organe sécréteur ; c'est là le fait principal.

Mécanisme de l'hématidrose. — On ne croit plus aujourd'hui à ce mécanisme fondé sur une dilatation exagérée d'orifices ou de canaux que l'on supposait communiquer avec des vaisseaux sanguins; il est démontré qu'entre les voies glandulaires et le globule sanguin, il y a une paroi sans porosités dilatables, et que cette paroi ne saurait être franchie à moins d'une rupture préalable. Dans l'hématidrose, la déchirure n'est pas apparente; mais on peut affirmer qu'elle existe, et considérer comme très probable qu'elle se fait dans le réseau capillaire situé immédiatemeui au-dessous de lepithélium de la glande.

Nature intime de l'hématidrose. — Les auteurs anciens admettaient l'augmentation de la fluidité du sang, d'où sa facilité à quitter ses voies naturelles pour entrer dans les exhalants de la peau. M. Gendrin reconnaît à l'hématidrose les mêmes causes qu'aux autres maladies; il trouve que les faits accusent l'existence d'une pléthore générale ou locale. Pour M. Parrot, les idées de congestion et de pléthore sont invraisemblables. La cliloro-anémie, au contraire, a coïncidé bien plus souvent avec l'hématidrose.

JJO MALADIES nii T. A PEAU.

Enfin il existe une analogie frappante entre l'hématidrose et les troubles nerveux de toute sorte auxquels elle est souvent associée (attaques d'hystérie et d'épilepsie, douleurs névralgiques); elle semble n'en constituer qu'une dépendance. Tous ces phénomènes pathologiques réunis sur un même sujet ont un lien commun, une signification analogue. L'identité de cause se révèle d'elle-même et autorise à proclamer la nature essentiellement nerveuse de rhématidrose (Parrot). C'est pour M. Parrot l'un des modes de manifestation de l'état névropathique ; c'est un phénomène de même valeur que la convulsion, par exemple. On serait tenté de dire qu'on a de la sueur de sang comme on a une attaque de nerfs, et de ranger l'hématidrose à côté del'épilepsie, de la chorée et delà passion hystérique.

Début. — II est en général brusque; la malade est agitée, irritable, abattue au physique et au moral; elle se plaint de douleurs vives, à formes rhumatismales, tantôt sur le front, les oreilles, les paupières, la vulve, la poitrine, l'épigastre, les doigts, etc., tantôt dans la profondeur des viscères. En même temps, douleurs lombaires, troubles de la sensibilité, analogues à Y aura de l'épilepsie, terminés enfin par des convulsions hystériques ou épileptiques des plus violentes. Enfin, quand ces phénomènes sont à leur maximum, et comme pour les calmer, la sueur de sang apparaît.

Symptômes. — Le premier accès surprend la malade; elle passe comme par hasard les mains ou son mouchoir sur le visage ou sur les régions douloureuses, et les retire teintes de sang. La quantité du liquide n'est jamais considérable et ne saurait plonger les malades dans la prostration consécutive aux autres hémorrhagies. Cet abattement semble plutôt le résultat d'un épuisement nerveux amené par les attaques hystériques simultanées. L'hématidrose s'arrête en général d'ellemême et cesse pour un temps variable comme le retour des conditions écologiques. D'un accès à l'autre et dans un même accès, le siège varie; le front, les paupières inférieures, les ailes du nez, les lèvres, le menton, etc., et toutes les régions douloureuses affectées pendant les prodromes peuvent être le point de départ successif de la sueur sanguine. Quand la sueur a cessé, le point malade n'offre aucune rougeur, aucune ecchymose, quelquefois la chaleur locale est seulement augmentée ; en même temps un léger mouvement de fièvre se manifeste. Le sang s'échappe sous forme de gouttes qui coulent, de perles qui sèchent en naissant; d'autres fois le visage est couvert de sang, et les assistants croient voir une personne assassinée.

Les symptômes généraux ne sont jamais les mêmes d'un accès à l'autre : l'hématidrose, mêlée à des phénomènes de névralgie ou d'ataxie extrême, éclate en général au milieu du plus grand désordre des fonctions. Une émotion vive intervient, l'époque menstruelle étant peu éloignée; tout à coup douleurs multiples, convulsions, spasmes glotliques, dyspnée, étouffement, vomissements bilieux, puis ton! à coup un masque sanglant couvre le visage et tous les symptômes s'amendent.

Hémorrhagies simultanées.— Dans le plus grand nombre des cas, on a observé que l'hématidrose était précédée, accompagnée, suivie d'hémorrhagies diverses précédées de leurs prodromes ordinaires, des phénomènes névropathique, névralgique et de dysménorrhée, qui forment le Cortège habituel de la sueur de sang. Ainsi, dans un cas, la sueur de sang coule ses dernières gouttes, et une hématémèse considérable éclate; ailleurs c'est l'épistaxis ou Phémoprysie; l'hématurie, des

HÉM VTTDtlOSE. «537

pleurs de sang nés des pores ou des follicules des cils pour quelques-uns, et pour d'autres, des glandes lacrymales ; des ecchymoses, ou mieux des taches d'un jaune clair, affectant quelquefois la forme hémiplégique , ces taches envahissant quelquefois Jes muqueuses ; des hémorrhagies mammaires alternant avec la suppression des règles.

Toutes ces hémorrhagies sont si nettement encadrées dans des phénomènes nerveux dont elles sont comme un symptôme, que M. Parrot n'hésite pas aies mettre dans la même classe que l'hématidrose, et à en faire des hémorrhagies néuropathiques. La source précise de ces hémorrhagies semble le plus souvent la même que pour la peau, quand la source de l'hémorrhagie comporte des glandes et des conduits excréteurs. A ce compte, exclusion de l'idée d'exhalation, de suintement, adoptée par les anciens, et assimilation du flux utérin à une hématidrose.

Phénomènes nerveux concomitants. — Outre les convulsions hystériques et épileptiques, il nous faut signaler la douleur, qui souvent adopte avec l'hématidrose un foyer commun. Souvent aussi ces deux symptômes siègent sur des parties éloignées l'une de l'autre. Tout en restant simultanées, elles ne sont plus superposées. Les douleurs ovariques, par exemple, accompagnent l'hématidrose du visage. Ces douleurs ont le caractère névralgique , soudaineté, cuisson, brûlure, loyer local, irradiations, degrés d'intensité très variables; tantôt c'est un simple prurit incommode; tantôt une simple barbe de plume passée sur la peau arrache des cris; ici battements douloureux à la peau, dans les points d'où le sang va s échapper. Après le paroxysme de douleur et d'hématidrose, le calme survient.

L'engourdissement et même la paralysie se rencontrent encore quelquefois clans les parties où se manifeste la sueur de sang, ou bien ce sont d'autres troubles sensonaux, bourdonnements d'oreille, obscurcissement de la vue, délire, syncopes, spasmes et contractures.

ri lZrrChn dC 1,lléraatidrose se lic intimement à la cause adoptée et démontrée l'TT , f phénomùne "évropathique elle est irréguliôre, survient par

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1^^' TLeP.1USS0UVe,U Gl,e Varie beai,cO"P. quelques secondes, quelques peines, quelques jours avec une série d'exacerbation. J erminaison spontanée.

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mot toute les perturbations morales, tiennent le premier rang.

J-e troid et le chaud se succédant rapidement, un exercice corporel exagéré M Wnent quelquefois les accès. Enfin il faudrait insister ton spécuu £ m t

s, souvent troublé avant les accès de l'hématidrose, qu'il es! bien naturel de

se demander si elle n'est pas, comme les symptômes névropathiques,sous la dépendance de l'aménorrhée.

Diagnostic. — Nous avons déjà montré qu'il n'y a rien de synonyme entre l 'hémophilie et l'hématidrose, le diagnostic de ces deux conditions hémorrhagiques se trouve donc assez nettement établi ci-dessus, à l'article synonymie. Il faut exclure de l'hématidrose toutes les hémorrhagies qui se font à la surface de la peau, à la suite de plaies ancienues ou récentes, ou à la surface des plaies qui bourgeonnent. Il en est de même de toutes ces hémorrhagies en nappes qu'il est permis de rattacher à une altération du sang, comme dans le scorbut ou dans les intoxications aiguës ou chroniques.

Pronostic. — L'hématidrose est plus effrayante par elle-même qu'elle n'est grave. Si la vie de la malade est compromise, ce n'est jamais par l'abondance invincible de l'hémorrhagie, puisqu'en général elle dure peu, que la perte est plus fictive que réelle ; mais elle peut l'être par un accident étranger, car il ne faut pas perdre de vue qu'elle n'est, après tout, qu'un symptôme, qu'elle ne se manifeste presque jamais en toute indépendance, et qu'elle constitue très rarement un acte à elle seule, au milieu des phénomènes morbides auxquels elle prend part.

Traitement — Les observations autoriseraient à dire qu'il n'y en a aucun ; cependant les indications abondent, et l'hygiène ou la prophylaxie a son rôle important. On évitera toutes les causes signalées plus haut en ce qu'elles peuvent troubler la menstruation, éveiller les troubles nerveux et altérer la constitution.

La vie physique, les antispasmodiques, les narcotiques, les amers, le fer, les bains, l'hydrothérapie, les astringents administrés à froid à l'intérieur et localement, semblent devoir être surtout conseillés.

On ne perdra pas de vue qu'il serait inutile et qu'il pourrait être dangereux de s'adresser pendant l'accès à la sueur de sang par des moyens répercussifs : inutile, car la mobilitéestle cachet principal de la maladie ; dangereux, parce que les observations attestent que l'hémorrhagie cutanée peut être suivie d'hémorrhagies muqueuses et peut-être parenchymaleuses.]

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