‹ Guide du médecin praticien, ou, Résumé général de pathologie interne et de thérapeutique appliquées [electronic resource] (volume 2)Chapitre 170 sur 344 · COLORATIONS · texte numérisé non relu

COLORATIONS

Parmi les colorations de la peau , les unes sont générales, les autres partielles : la teinte bronzée constitue à elle seule la première espèce ; les colorations partielles sont le lentigo, les éphélides et les nœvi.

a. Teinte bronzée. — Il est rare qu'elle survienne spontanément et sans cause connue; dans la majorité des cas, elle est due à l'administration du nitrate d'argent, et alors la coloration est plus foncée. Elle se manifeste ordinairement assez longtemps après qu'on a commencé l'usage de ce médicament. La peau prend d'abord une teinte bleuâtre , puis légèrement bronzée, ce qui est surtout sensible quand les parties sont exposées au soleil. Cette coloration , qui est générale, est plus intense aux endroits où la peau est plus fine et exposée à la lumière, comme à la face et aux mains. Peu à peu elle se fonce davantage, et devient presque noire. Les conjonctives et la muqueuse des lèvres et d'une partie de la bouche ont une teinte livide. Au visage, sous l'influence des causes qui produisent la pâleur, la teinte paraît momentanément plus foncée; elle l'est moins quand l'individu affecté rougit. Les poils sont exempts de la coloration anormale.

Cette teinte, qui ne s'accompagne d'aucun trouble, persiste le plus souvent d'uni; manière indéfinie, et résiste à tous les efforts de la thérapeutique. Biett avait vainement eu recours aux bains excitants, alcalins et ferrugineux.

[ b. Peau bronzée. — Nous rappelons ici que l'on a nommé peau bronzée (bronzed skin) une coloration particulière qui accompagne une altération des capsules surrénales, et dont on doit la description au médecin anglais Addison. Nous avons consacré un article entier à ce sujet dans un autre volume de cet ouvrage (2); on conlullera aussi avec fruit la thèse intéressante de M. Second Fériol (3) sur ce point. ] v '

T)nl} JfUl!6lin de l'ÀCad' de méd" l- l> P- H°; l- P- 6; t. X, p. 788. - L. Mnrrhan!

K 1860 îxïn' ^ " >"•'""»?""•' ic de la ^agre (Annales d'hygiène publique, Paris,' 1860.' ~ Landouzy, Du traitement ouralif el préservatif de la pellagre.

(2) Voyez t. Ier, page 589.

(3) Gazelle médicale, septembre 1856.

5'lO MALADIES DIS LA PEAU.

c. Lentigo. — C'est ce qu'on appelle Vulgairement taches de rousseur, éphélid'e lentiforme ; c'est le pan-nus lentictilùiis d'Alibert. Le lentîgo consiste dans de pe ■ tites macules ordinairement d'un jaune fauve, ne dépassant jamais la largeur d'une lentille, le plus souvent plus petites. On les rencontre aux mains, au cou, surtofi à la face, chez les individus jeunes, blonds, à peau blanche, fine, chez ceux cm s'exposent aux rayons du soleil. Il est plus commun dans les pays chauds et chez, les individus d'un tempérament lymphatique. Il persiste le plus souvent d'une manière indéfinie, et ne réclame aucun traitement.

d. Ephélides. — On les a aussi nommées taches, hépatiques, pannus hepaticus (Alibert). Ce sont des taches irrégulières, beaucoup plus étendues que celles du lentigo, d'un jaune safrané, le plus souvent accompagnées de démangeaisons, et parfois donnant lieu à une exfoliation légère.

On les rencontre surtout chez les femmes, et en particulier chez celles qui sonli blondes et ont la peau fine. Elles peuvent être déterminées par l'insolation et les: écarts de régime, ou coïncider avec des troubles menstruels. Ce sont les éphélides qui constituent ce qu'on appelle le masque chez les femmes enceintes. Elles se i montrent le plus souvent au cou, à la poitrine, aux membres.

Leur forme est irrégulière; elles laissent entre elles des places où la peau a sa coloration normale; quelquefois elles se réunissent pour constituer des plaques: d'une étendue considérable. Elles ne sont pas proéminentes, et donnent lieu parfois à des démangeaisons incommodes. Souvent elles n'ont qu'une durée passagère; parfois elles persistent longtemps.

Le traitement des éphélides, qui consiste en lotions astringentes , liniments détersifs, applications résolutives, est inutile, sinon nuisible. Il faut se bornera, donner à l'intérieur l'eau sulfureuse d'Enghien ou de Cauterets, deux ou trois fois par semaine un bain sulfureux, parfois un laxatif léger ; elles cèdent ordinairement à l'emploi de ces moyens.

Le docteur Spengler (1) rapporte trois observations de cette affection qui fut guérie en huit jours par la teinture d'ellébore blanc employée en frictions.

e. jyœvi ce sont toutes ces taches congénitales attribuées vulgairement aux i impressions éprouvées par la mère et trausmisesau fœtus. On les a désignées sous les noms de spili, de nœvi proprement dits, et désignes. Les causes nous en sont tout à fait inconnues.

Lesncew, qui ne sont qu'une altération du pigment '{spili), ne déterminent m douleur ni démangeaison ; ils ont une foule de formes et de nuances; ils varient singulièrement en étendue. Le plus souvent ils se montrent à la face ; parfois ils sont recouverts de poils durs et courts. Ils ne réclament aucun traitement.

Certains nœvi sont sous la dépendance du système vasculaire ; plusieurs se rapportent à ce que Dupuytren appelait tumeurs érectiles, et sont du domaine de a chirurgie; les autres constituent des taches rouges ou violettes {taches de vin). M les unes ni les autres ne méritent que nous nous y arrêtions. Nous nous contenterons de citer un procédé fort ingénieux, que le docteur Fayolle (de Gueretj imaginé pour les détruire ;

(I) Neue medicinische chiruryische Zeitung, et Journal des connaissance! wrdic,ch,r . décembre 1852.

NiEVI. Hl

« L'appareil instrumental, dit M. Fayolle, se compose depingles d'acier bien faites, de différentes longueurs et de grosseurs diverses, de fils à ligature cirés et mis en triple, enfin d'un sécateur pour couper les épingles. »

Il procède à l'opération en trois temps qu'il décrit dans les termes suivants :

« Premier temps. — L'épaisseur du nœvus étant reconnue, une première épingle traverse la peau à une ligneet demie au delà de la tache ; elle porte, par conséquent, sur des tissus sains. Je la fais suivre d'une seconde, qui est tangente à la circonférence de la tumeur. Une troisième épingle, parallèle aux deux précédentes, et à une ligne et demie de la seconde, est enfoncée à une cerlainc distance (une ligne et demie également) du bord de la tache : elle doit passer au- dessous de l'épaisseur présumée de la tumeur, et ressortir de l'autre côté de celle-ci, en traversant également les tissus sains. On place ainsi successivement plusieurs épingles parallèles et séparées par des intervalles égaux ; elles doivent, par leur réunion, se trouver toutes comprises dans un même plan sous-jacent a la face profonde de la production accidentelle.

^Deuxième temps. — Une anse de fil est passée sous les extrémités de la première épingle ; les deux chefs en sont ramenés en dedans, se croisent et passent ensuite sous les deux bouts saillants de la seconde épingle, de là à la troisième et à la quatrième, et ainsi de suite jusqu'à la dernière. Alors on recommence en sens inverse, jusqu'à ce que toute la surface comprise entre les points d'immergenec et d'émergence des épingles soit couverte par les fils : c'est une véritable suture enchevêtrée. Les fils sont serrés lentement et progressivement, de telle sorte que la superficie de la tache, d'abord plane, se trouve convertie, par le rapprochement de ses bords, en un bourrelet saillant, allongé, perpendiculaire à la direction des épingles.

» Troisième temps. — On noue la dernière anse de fil, et l'on coupe les extrémités saillantes des épingles aussi près que possible du fil enroulé, à l'aide du sécateur.

» On place ainsi une série d'épingles dans toute l'étendue de la maladie, si toulefois ses dimensions n'excèdent pas h centimètres carrés ; si, au contraire, elle offre une surface plus considérable , l'opération se fait en plusieurs séances, c'està-dire autant de fois que la tache présente de fois U centimètres carrés.

» Aussitôt que les fils sont serrés, la coloration disparaît ; bientôt la tumeur s'affaisse. Si l'on retire les épingles au bout de quatre jours, il reste à la place qu'occupait le bourrelet une légère coloration blanc bleuâtre, et la peau paraît éraillée ; si on les laisse six à sept jours, le reste de la tumeur se détache, et laisse à sa place une cicatrice linéaire : c'est alors, dans les cas où le nœovs est de grande dimension, qu'on attaque la partie adjacente. ■>

e. Signes. — Quant aux signes qui consistent dans de petites taches légèrement proéminentes, dépassant rarement la largeur d'une lentille, et sur lesquelles on voit souvent s'implanter un ou plusieurs poils, ils n'ont qu'un intérêt minime, et ne réclament aucun traitement.

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