‹ Guide du médecin praticien, ou, Résumé général de pathologie interne et de thérapeutique appliquées [electronic resource] (volume 2)Chapitre 189 sur 344 · MORVE AIGUË. — SYMPTÔMES · texte numérisé non relu

MORVE AIGUË. — SYMPTÔMES

riable. N'ayant quelquefois que le simple caractère d'un engourdissement, elle est très vive et déchirante chez certains sujets ; dans quelques cas seulement, la douleur s'accompagne de gonflement, de rougeur et de chaleur, comme dans le rhumatisme articulaire aigu, Plus rarement on trouve dans la continuité des membres, ou dans le tronc, des douleurs qui ressemblent à celles du rhumatisme musculaire.

Un des symptômes les plus remarquables est l'apparition de Yérysiphle de la face, ou plutôt d'une inflammation des parties molles de la face, occupant principalement le nez, les yeux et les parties voisines, et consistant dans une rougeur jaunâtre ou livide, un gonflement des tissus, et un empâtement marqué. Les paupières, envahies, sont gonflées, et la muqueuse palpébrale sécrète un liquide jaune, épais et âcre. 11 n'est pas rare de voir cet érysipède se propager au cuir chevelu.

Une inflammation semblable peut se montrer au niveau des articulations dans la continuité des membres, ou sur une partie du tronc; elle est le prélude de la formation d'un abcès dans le tissu cellulaire sous-cutané ; les abcès de ce genre sema, nifestent principalement à la face, au niveau des articulations, vers le crâne, l'aisselle, etc.

Quelquefois ces abcès sont extrêmement nombreux, et occupent non-seulement le tissu cellulaire, mais l'épaisseur des muscles; ils se montrent alors dans les régions du corps les plus variées, et principalement aux mollets; le pus qu'ils contiennent est de mauvaise nature, séreux, fétide, contenant parfois des bourbillons gangréneux.

Des pustules de différentes formes apparaissent sur les diverses parties du corps, elles commencent par de petites taches rouges, suivies d'une papule blanchâtre, et bientôt après de la formation du pus. Ces pustules sont entourées d'une aréole rose, et parfois elles sont placées sur une tuméfaction rouge du derme, semblable à une plaque d'urticaire : les unes sont pointues, les autres aplaties ; quelquefois une grosse pustule est entourée d'un nombre plus ou moins considérable d'autres petites. Le pus qu'elles contiennent est jaunâtre, et quelquefois une certaine quantité de sang qui s'y mêle donne à la pustule un aspect violacé;

Ces pustules occupent principalement la face ; mais on en voit parfois un grand nombre sur le tronc et sur les membres, et la maladie pourrait alors simuler certaines varioles ; quelquefois elles sont presque confluentes.

Dans certains points, ce ne sont pas de simples pustules, mais bien des phlyctènes, des bulles d'une étendue variable, pleines d'un liquide sanguinolent et noirâtre; dans quelques cas, on a vu apparaître des espèces du tubercules rougeâtres, semblables à des nœvi, et qui se déchirent très promptement.

Des eschares c/angréneuses se montrant sur les points occupés par l'inflammation érysipélateuse, ou sur d'autres parties de la peau, ou encore sur des muqueuses, sur des surfaces dénudées par des vésicatoires, sont encore des symptômes communs de la maladie. Quelquefois la gangrène envahit une grande étendue des tissus.

Des ulcérations occupant soit la base des pustules, soit, ce qui est bien plus fréquent, les surfaces muqueuses, et principalement les fosses nasales, le voile du palais et le pharynx, ne tardent pas à s'ajouter aux symptômes locaux.

Une sensation de plénitude, quelquefois de chaleur, et d'une douleur légère,

annonce le coryza spécial qui se rencontre dans cette maladie; bientôt le sentiment d'obstruction augmente, et l'on voit s'écouler parles deux narines, quelquefois par une seule, un liquide d'abord blanchâtre et visqueux, mêlé de quelques stries de sang, puis purulent et jaunâtre : c'est ce qu'on a appelé le jetage. En même temps le passage de l'air dans les fosses nasales est difficile. Parfois les ulcérations, les eschares qui donnent lieu à ce jetage détruisent profondément les lissus, et l'on a vu la cloison du nez complètement perforée.

Du côté de la bouche, on trouve des ulcérations, des gangrènes semblables, avec tuméfaction des tissus, et un écoulement analogue à celui des fosses nasales. Des symptômes du même genre se montrent dans le pharynx, et l'on observe la tuméfaction des ganglions sous-maxillaires. La langue, lorsque la maladie est intense, est quelquefois rétractée, dure, comme dans les fièvres graves, et présente quelques pustules ; au début, au contraire, elle reste molle, et n'offre qu'un léger enduit.

L 'appétit est complètement perdu, la soif très vive ; les vomissements sont rares. Le ventre, normal au début, devient, dans quelques cas, météorisé, et plus ou moins douloureux à la pression. Il existe, ordinairement dans les premiers temps, de la constipation; mais vers la fin de la maladie il est ordinaire de voir survenir des selles diarrhéiques fétides, parfois involontaires.

Par suite des lésions qui occupent le pharynx et qui peuvent s'étendre à Vépiglotte et au larynx, la voix est souvent altérée, éteinte ; quelquefois l'haleine est très fétide. Il existe une toux sèche, avec expectoration muqueuse, sans caractère particulier; parfois les malades rejettent des crachats rouillés et sales. Quelquefois seulement l'auscultation fait entendre un peu de râle sibilant ou muqueux ; vers la fin de la maladie, la respiration devient accélérée et laborieuse.

Le pouls est toujours fréquent; il le devient de plus en plus à mesure que la maladie fait des progrès; sa fréquence varie de 120 à 150 pulsations, faibles etdépressibles; il devient irrégulier et intermittent aux approches delà mort.

Nous avons dit plus haut qu'un certain nombre de malades présentaient des épistaxis au début; ces hémorrhagies peuvent se reproduire plus tard, et l'on en voit d'autres se montrer du côté de l'intestin ou dans les muscles.

A mesure que la maladie marche, la prostration fait des progrès sensibles, les malades sont frappés de crainte; leur sommeil est agité, ils ont des rêvasseries, et enfin un délire continu ou alternant avec le coma.

§ IV. — Marche, durée, terminaison de la maladie.

La marche de la morve aiguë paraît pendant trois ou quatre jours, quelquefois plus assez lente; ce ne sont d'abord que des frissons, de la courbature et des douleurs ; mais au bout de ce temps, surviennent les symptômes d'une fièvre violente, et peu après les signes locaux caractéristiques de l'affection. On a vu là trois périodes distinctes : la première a reçu le nom de période rhumatismale la seconde celui de période typhoïde, et la troisième pourrait être désignée par celui de période de la maladie confirmée. On a cité quelques cas dans lesquels la première période aurait duré un mois, six semaines, et plus encore; mais il est pro-

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