MORVE AIGUË. — DIAGNOSTIC
bablc 'qu'en pareil cas la maladie avait débuté par un farcin chronique qui s'est transformé en morve aiguë.
La durée de la maladie, dans un certain nombre de cas de morve aiguë primitive, rassemblés par les auteurs du Compendium de médecine, a été de trois jours à vingt-neuf. Tous les cas que nous connaissons ont eu une terminaison fatale, à l'exception de deux seulement. Le premier a été observé par le docteur Carnevale-Arella (1) ; le second, par M. Mackensie (2). Dans les deux cas cités par ces médecins, le mode d'infection avait été le même.
§ V. — Lésions anatomiques.
Les principales lésions, observables sur le vivant, sont les pustules, les bulles, les tubercules, les ulcérations indiquées plus liaut; l'épaississement, la suppuration du derme; les abcès du tissu cellulaire et des muscles, abcès souvent nombreux, pouvant occuper presque toutes les parties du corps, et contenant ordinairement un pus de mauvaise nature ; des traces d'inflammation des articulations, la dénudation, le ramollissement, la carie des os; l'injection de la muqueuse pituitaire, son épaississement, son ramollissement, des ecchymoses dans son épaisseur ; des eschares gangréneuses , des pustules , des ulcérations , la destruction des tissus ; des lésions observées dans la bouche, des altérations semblables sur l'épiglotte et dans le larynx ; des ecchymoses à la surface des poumons, des taches apoplectiformes, des tumeurs formées par une substance jaune lardacée, des abcès pareuchymateux ; autour de ces lésions, le tissu des poumons sain ou congestionné, ou ramolli ; quelquefois des ulcérations dans le gros intestin (Landouzy) ; fréquemment la congestion, le ramollissement, l'augmentation de volume de la rate. R1M. Burguières et Vigla ont plusieurs fois rencontré une inflammation manifeste de quelques veines. Le sang est tantôt coagulé, tantôt fluide; dans un cas, MM. Nonat et Bouley ont cru y rencontrer la présence de globules purulents ; les ganglions lymphatiques, affectés pendant la vie, sont gonflés, mous et rougeâlres ; quelquefois ils présentent des points purulents. Les autres lésions signalées n'ont rien de constant.
§ VI. — Diagnostic, pronostic.
Les pustules, les bulles, le coryza particulier, l'érysipèle, les douleurs articulaires, suffisent pour faire distinguer cette maladie de la fièvre typhoïde.
Un érysipèle de la face, n'occupant d'abord qu'un seul côté, avec écoulement nasal plus ou moins abondant, pourrait en imposer pour un cas de morve aiguë, sur- 1 tout si, comme chez un sujet que nous avons observé récemment, il y avait en même i temps une violente angine et des symptômes fébriles intenses ; mais l'absence des ; pustules, des bulles et des tubercules dans d'autres parties du corps que celle qui est occupée par l'érysipèle, et aussi l'absence des douleurs articulaires, des eschares • gangréneuses, feront éviter l'erreur.
Les mêmes signes ont servi à M. Vigla pour distinguer, de la maladie qui nous
(ï) Loc. cil.
(2) Loc. cit.
pccupe , une phlébite de la face, avec inflammation de l'orbi le et des fosses nasales. L'absence des éruptions cutanées et des lésions des fosses nasales ne permet pas de confondre la morve aiguë avec la résorption purulente. Quant aux autres maladies mentionnées par quelques auteurs, il n'est pas nécessaire de les examiner ici, car l'erreur est impossible.
Le pronostic est grave, puisque jusqu'à présent, la maladie s'est presque toujours terminée par la mort.
Nous ne saurions insister sur un traitement qui non-seulement n'a pas guéri les malades, mais même ne leur a procuré aucun soulagement ; on a mis tour à tour en usage les vomitifs, les purgatifs, les sudorifiques, les toniques de toute espèce, les narcotiques, les antispasmodiques, et l'on a conseillé le mercure à haute dose, ainsi que le sulfate de quinine à dose croissante.
Dans le cas rapporté par M. Garnevale-Arella (1), le traitement consista en cinq saignées en trois jours, en cataplasmes émollients autour du cou, en émollients huileux à l'intérieur et en quelques narcotiques. Dans le cas rapporté par M. Mackensie, ce médecin prescrivit immédiatement 2 grammes d'ipécacuanha; après le vomissement, 25 centigrammes toutes les heures de sesquicarbonate d'ammoniaque dissous dans le moins d'eau possible ; gargarisme avec le chlorure de chaux ; alimentation substantielle, eau vineuse, opiacés le soir. Le malade sortit de l'hôpital après dix jours de traitement (2).
Mais je n'insiste pas davantage, car il est évident que c'est aux médecins, dans des cas semblables, à chercher s'ils peuvent , par un moyen quelconque, enrayer cette maladie. C'est seulement quand on aura atteint ce but qu'il sera utile d'indiquer le traitement le plus convenable pour les symptômes locaux, et en particulier pour les ulcérations et les eschares.
ARTICLE III