MORVE CHRONIQUE. — SYMPTÔMES
§ IX. — ■ Causes.
La seule cause de la morve chronique est la transmission de la morve ou du larcin des solipèdes à l'homme.
§ III. — Symptômes.
Cette affection est presque toujours précédée du farcin chronique. Le début est différent, suivant qu'il en est ainsi ou qu'elle se montre primitivement.
Lorsque la morve chronique succède au farcin, on voit, au bout d'un temps variable, survenir des symptômes, du côté des fosses nasales, qui annoncent l'apparition de la nouvelle maladie. Lorsqu'elle se produit, d'emblée, le malade, après avoir ressenti du malaise, delà fatigue, de l'affaiblissement, des douleurs très vives dans les membres et les articulations, et quelquefois une pleurodynie excessivement pénible, est pris successivement, ou en même temps, de toux et de mal de gorge, puis d'un enchifrènement très gênant.
Symptômes de la maladie confirmée. — « Dans les deux cas, dit M. Tardieu, le mal de gorge ou la toux paraissent ordinairement avant la gêne des fosses nasales. Une douleur se fait sentir dans la trachée, il y a comme étranglement; la voix s'altère et peut même s'éteindre. Ce symptôme disparaît du reste quelquefois après un certain temps. La toux s'accompagne de dyspnée et d'une expectoration plus ou moins abondante, qui manquent souvent. Ces troubles de fonctions respiratoires ne sont pas toujours bornés ainsi : une véritable bronchite capillaire, une pneumonie même, peuvent survenir dans le cours de la morve chronique, et donner lieu à des phénomènes réactionnels assez aigus. Le malade se plaint bientôt d'un enchifrènement qu'il est facile de reconnaître à ses reniflements continuels; les normes semblent bouchées et donnent difficilement passage à l'air; cette obstruction est souvent le seul signe qui existe; il est rare qu'il s'y joigne de la douleur ; pourtant quelques malades indiquent une douleur sourde et profonde à la racine du nez, entre les deux yeux, et qui s'étend jusque dans les sinus. Ils mouchent de temps en temps du sang qui vient par caillots; quelquefois des croûtes qui se détachent difficilement, ou bien simplement un mucus puriforme grisâtre, dont la quantité peut aller jusqu'à constituer, dans des cas très rares, un véritable jelage. Il se peut alors qu'en examinant les fosses nasales, on aperçoive quelques ulcérations dont on peut suivre le développement, ou qu'en introduisant un stylet on sente des inégalités ou même une perforation de la cloison. Dans la cavité buccale, le même examen peut faire reconnaître l'existence, soit à la voûte palatine, soit au fond du pharynx, d'ulcères qu'on peut seulement soupçonner dans le larynx et la trachée. L'auscultation et la percussion ne donnent pas toujours des signes bien positifs, alors même qu'il y a de la toux; mais, dans le cas de bronchite et de pneumonie, ceux qu'elles fournissent ont toute leur valeur ordinaire. Il est extrêmement rare que l'on observe l'engorgement des ganglions sous-maxillaires; la peau n'est le siège d'aucune éruption, maison a vu quelquefois des Cedèmes survenir, surtout aux pieds et a la partie inférieure des jambes. A ce cortège d'accidents spéciaux vient s'ajouter l'ensemble des symptômes généraux qui se rencontrent également dans le farcin : les douleurs articulaires et mus-
culaires, la diarrhée, les nausées, la fièvre avec ses frissons et ses retours irréguliers; les sueurs alternant avec la sécheresse de la peau, le teint jaune et terreux, l'amaigrissement, l'épuisement, l'insomnie et tous les signes d'une cachexie profonde. »
Dans un nombre de cas qui, suivant M. Tardieu (page 103), peut être assez considérable, on peut ne voir, pendant toute la durée de la maladie, que les simptômes du farcin, et cependant on trouve à l'autopsie des lésions des fosses nasales qui prouvent que la morve est venue s'y joindre.
§ IV. — Marche, durée, te rminaison de la maladie.
La marche de la morve chronique est lente et continue ; la durée est de plusieurs mois; et même quand la maladie ne s'accompagne pas de farcin, elle peut se prolonger plusieurs années (cinq ou six ans). La terminaison est la mort. II n'existe qu'un seul cas peu concluant qui pourrait faire admettre la possibilité de la guérison; il est dû au docteur Elliotson. La mort survient ordinairement avec lenteur et dans le marasme ; dans quelques cas, seulement, l'affection se transforme en morve aiguë promptement mortelle (Vigla, Tardieu).
§ V. — Iiésions anatomiques.
Les lésions anatomiques principales sont le gonflement, 1 epaississement considérable de la pituitaire ; sa couleur violacée ; des abcès sous-muqueux ; des ulcérations profondes, quelquefois détruisant les cartilages et les os, et perforant la cloison : des ulcérations semblables à la voûte palatine, à la base de la langue, dans le pharynx, dans le larynx, dans la trachée ei même dans les bronches. Dans ces derniers points, les ulcérations sont ordinairement très étendues. On trouve aussi dans la trachée des cicatrices irrégulières, bridées, déformant l'organe; quelquefois on voit les ganglions bronchiques gonflés et suppures. Des ecchymoses, des points purulents peuvent se montrer dans les poumons. Enfin, dans la morve farcineuse on voit dans différentes parties du corps, sous la peau, dans les muscles, dans les ganglions, des abcès qui existent souvent avec carie et nécrose des os.
§ VI. — Diagnostic, pronostic.
Nous ne connaissons guère que la syphilis constitutionnelle qui puisse être confondue avec la morve chronique. La forme des ulcérations à bords taillés à pic, la promptitude avec laquelle les os du nez sont détruits, la nature phagédénique des ulcérations pharyngiennes, la fétidité de l'écoulement purulent dans la syphilis, sont les principaux points sur lesquels s'établira le diagnostic, si d'autres circonstances, comme l'existence des syphilides et les renseignements venaient à faire défaut.
Ce que nous avons dit plus haut de la terminaison suffit pour montrer combien le pronostic est grave.