‹ Guide du médecin praticien, ou, Résumé général de pathologie interne et de thérapeutique appliquées [electronic resource] (volume 2)Chapitre 208 sur 344 · PUSTULE MALIGNE. — LÉSIONS AN ATOMIQUES · texte numérisé non relu

PUSTULE MALIGNE. — LÉSIONS AN ATOMIQUES

Pronostic. — Avec M. Bourgeois (1), nous ne partageons pas l'opinion du vulgaire, qui juge avec quelques médecins que cette maladie, abandonnée à elle-même, serait toujours mortelle. La preuve en est, pour eux, dans l'inefficacité de certaines méthodes thérapeutiques uniquement employées. Mais ces insuccès ne sont-ils pas dus à ce que l'on n'a fait que des applications caustiques dans certains cas où l'intoxication générale existait déjà ?

Il est vraisemblable que la gravité de la pustule maligne varie d'une contrée à l'autre, que l'énergie du virus diffère d'une épizootie à l'autre. Cependant la malignité de la pustule est réelle, et le tiers des cas est mortel. Chez les animaux, le charbon est toujours mortel.

La gravité est moindre si le traitement est opposé dans la première période. L'intoxication n'a pas commencé, si la tumeur est d'un rouge clair, si elle est bien limitée, douloureuse, diminuée, entourée de traînées d'angioleucite ; si, enfin, le pouls est fort et large, et cela quand on se trouve vers le septième jour de l'apparition du bouton, surtout si le sujet est jeune et fort.

La gravité est extrême dans les circonstances suivantes : la tumeur siège au cou, la peau voisine est pâle ou violacée, l'intoxication s'annonce de bonne heure, les troubles digestifs sont extrêmes, la respiration est haletante, la peau est couverte de sueur froide, le pouls est petit.

Dans ces cas, le malade est désespéré, bien que l'on ait vu une réaction tardive sauver quelquefois le malade.

Mais par-dessus tout on songera que la malignité doit préparer à des revers bien plus qu'à des succès inattendus.

§ VII. — ïiésions aDatomiques.

Ànatomie pathologique. — L'aspect général du cadavre est celui que l'on trouve dans les empoisonnements en général. L'examen du siège du mal présente une eschare qui n'a subi aucun travail d'élimination, homogène le plus souvent, quelquefois composée de couches stratifiées. Macérée dans l'eau, elle perd sa couleur noire, due à du sang infiltré; elle redevient semblable à la peau saine, mais plus grise. Le tissu de la tumeur est ferme comme du squirrhe et crie sous le scalpel. La muqueuse digestive, et surtout celle de l'estomac, est infiltrée de sérosité et de sang qui la soulèvent en forme de mamelons, quelquefois gangrenés, et que l'on a désignés à tort dans le gros intestin sous le nom de pustules malignes internes. Ce sont en effet de simples tumeurs sanguines? Tous les organes ont l'apparence qu'ils offrent dans les intoxications. Le sang semble avoir perdu une partie de sa fibrine pendant que la matière colorante s'est accrue. ■ L'examen microscopique a révélé à M. Brauell, de Dorpat, et à M. Ch. Robin, l'existence dans le sang d'un plus grand nombre de globules chylcux; les globules rouges sont déformés, les blancs sont plus gros; on y remarque la présence de bâtonnets immobiles d'abord peu de temps avant et après la mort : c'est dans le sang de la rate qu'ils sont le plus nombreux. Du troisième au quatrième jour après la mort, ces bâtonnets deviennent agités de mouvements très vifs et se transfor-

(!) TrâUé de la puslule maligne eldo l'œdème malm, Vai.i.eix, 4e edit. — V.

ment eu vibrions. Ces bâtonnets se rencontrent dans le sang de tous les animaux morts du charbon. L'inoculation du sang du cheval charbonneux donne le charbon, sans que ce liquide offre encore de bâtonnets; ceux-ci ne seraient donc pas le virus ni son support.

g VIII. — Traitement.

I a marche de la maladie, qui procède par périodes d'incubation, d'éruption et d'intoxication, indique la marche du traitement; il doit être local avant tout. Aussi on peut dire qu'il n'existe qu'un traitement efficace contre cette affection : la destruction la plus prompte possible du virus charbonneux dans le point où il a été inoculé.

II faudra donc poser immédiatement les limites du mal, quand bien même on devrait les tracer à quelques millimètres au delà du point où elles se seraient formées d'elles-mêmes.

Parmi les moyens de destruction du virus, le cautère actuel ou les cautères potentiels doivent être préférés.

Toutefois le cautère actuel est inférieur aux caustiques sous le rapport de l'épaisseur des eschares qu'il produit ; mais, mieux que ces derniers, il permet de varier à volonté la forme et l'étendue de la cautérisation. Il réveille ou excite la vitalité des tissus et y développe une réaction inflammatoire des plus utiles, surtout à l'élimination de l'eschare.

Parmi les caustiques, ceux qui sont liquides ou déliquescents ont l'inconvénient de fuser et de produire des eschares dont on ne peut régler ni la largeur, ni la profondeur; ils offrent en outre le désavantage de ne donner lieu à aucune réaction autour de leur eschare.

Le mélange de chaux et de potasse caustique, en poudre ou solidifié, ne présente pas le premier de ces inconvénients, mais il conserve le second (1).

Des caustiques solides non déliquescents, l'azotate d'argent est le moins actif et le moins sûr (2).

Le deutochlorure de mercure est au contraire celui qui agit le plus profondément et qui se rapproche le plus du cautère actuel par la réaction phlegmasique qu'il provoque dans les parties voisines de l'eschare. Loin de mériter la proscription dont il a été l'objet, il est un des meilleurs moyens de cautérisation que l'on puisse employer.

La cautérisation, quelque soit l'agent préféré, doit être renouvelée lorsqu elle a été insuffisante. Les signes de celle insuffisance sont quelquefois trompeurs. Ceux qui caractérisent la réussite de la cautérisation peuvent manquer ou" être peu prononcés ou difficiles à saisir. r . .

Pour déterminer la conduite à tenir en ce sens et savoir s'il faut cautériser encore ou s'abstenir, il faut se persuader que si la tuméfaction et les symptômes d'intoxication continuent à augmenter, on ne doit pas, sous prétexte d attendre le virus qui a échappé à la cautérisation, produire d'énormes eschares qui n auraient d'autre résultat que d'aggraver l'état local, sans jamais comprendre tous les tissus imprégnés et sans détruire le virus déjà absorbé.

(1) Kaimbert, loc. cit., p. 386.

(2) Salmon, Comptes rendus de l'Associai, méd. d'Eure-el-Loir, n oô.

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