PUSTULE MALIGNE. — TRAITEMENT
L'extirpation et les scarifications doivent 01 re bannies, comme méthodes exclusives, du traitement de la pustule maligne; elles ne sont utiles qu'à Jitre de moyens préparatoires destinés à ouvrir la voie aux caustiques.
Le traitement par les émissions sanguines locales est au moins inutile. Il est dangereux quand l'économie a commencé à ressentir la funeste influence du virus charbonneux.
Les différents topiques, inertes ou simplement irritants, astringents, fût-ce même les feuilles de noyer, ou les caustiques faibles, doivent être proscrits du traitement de la pustule maligne. Leur prétendue efficacité tient à l'inactivité accidentelle du virus charbonneux, à des circonstances particulières ou individuelles, ou à des erreurs de diagnostic.
Pour le traitement général des maladies charbonneuses, il se compose d'évacuants, de Ioniques et de stimulants, bien rarement d'émissions sanguines, à moins d'indications positives. La méthode des évacuants rentre elle-même sous cette critique.
Telles sont les bases du traitement général. Il est nécessaire d'ajouter les détails du meilleur procédé.
Les vésicules, qu'elles soient primitives ou secondaires, seront ouvertes, et l'on en abstergera le liquide. S'il existe déjà une eschare, ce qui est le plus ordinaire, on l'incisera crucialement et profondément, puis on excisera complètement les lambeaux avec une portion du tissu cellulaire sous-cutané; on évitera d'aller jusqu'au vif pour ne pas provoquer une trop grande effusion de sang. S'il s'en écoule, on l'absorbera avec soin, parce qu'il nuit à l'action du caustique en se combinant avec eux. Si l'effusion du sang est trop abondante, on introduira dans la plaie de la charpie ou de l'agaric imbibés de perchlorure de fer, et l'on appliquera le caustique seulement quand la surface de la plaie sera sèche.
Le caustique devra toujours être appliqué de manière que la cautérisation qui en résulte comprenne, outre l'eschare, toute l'aréole vésiculaire, et même, quand l'eschare est mal circonscrite, 15 millimètres au delà; plus la cautérisation sera rapprochée de la limite de l'induration qui entoure l'eschare, plus le succès sera certain.
En profondeur, la cautérisation devra s'étendre à toute l'épaisseur de la peau et pénétrer aussi profondément que possible dans l'épaisseur du tissu cellulaire souscutané. L'épaisseur du caustique sera disposée en conséquence.
Le deulochlorure est un des meilleurs caustiques à employer ; nous insisterons sur son usage, renvoyant aux traités de thérapeutique pour le beurre d'antimoine, la potasse caustique, le caustique de Vienne et de Filhos, et pour le cautère actuel.
Dans la Beauce, le sublimé est surtout employé à l'exclusion des autres caustiques (1).
Après les préliminaires d'inrision cruciale et d'excision de ses angles, on remplit de sublimé le godet qui résulte de cette opération. Le sublimé ne sera pas employé enpoudre, mais concassé, puis on recouvrira le tout d'un emplâtre. Il est bon aussi de recouvrir de sublimé pulv érisé grossièrement toute l'aréole vésiculaire
(1) M. Lopen, Gazette médicale, 1847, p. 424.
dont les phlyctènes ont été largement déchirées, et même d'en dépasser les limites. Pour empêcher cette poudre de glisser et d'exercer son action au delà des parties que l'on veut atteindre, on en déterminera d'avance l'étendue en appliquant sur la peau un morceau de sparadrap percé d'un trou à son centre. Ce trou est égal à l'étendue qu'on veut donner à l'eschare produite par la cautérisation. L'épaisseur de la couche de poudre de sublimé est proportionnée à la profondeur qu'on veut donner à la mortification curative. Puis un autre morceau de la môme toile de sparadrap, recouvert d'un peu d'onguent Canet ou autre, pour mieux fixer la poudre, sera appliqué au-dessus du tout. Enfin, une compresse couvrant la seconde toile de sparadrap, une bande fixe complétera le pansement.
Au bout de vingt-quatre heures la cautérisation est achevée. Elle pénètre en général à 1 centimètre de profondeur, et le sublimé en excès se retrouve sur l'eschare. Notons que sur les parties recouvertes de leur épiderme l'action du sublimé est bien moins profonde ; elle ne dépasse guère 2 ou 3 millimètres; aussi, avant l'application du sublimé, faut-il, comme on l'a dit déjà, ouvrir avec soin toutes les vésicules.
Faut-il ajouter, pour compléter l'appréciation que nous avons faite du sublimé, que les guérisseurs l'emploient à litre de remède secret en faisant un mélange d'onguent Canet, de colcothar et de sublimé. De même le sublimé coloré par du minium et quelquefois mêlé à de l'orpiment est aussi un caustique dit secret.
Puis viennent les soins consécutifs. Quand on a lieu de croire la caulérisalion suffisante, il est d'usage, dans le but de hâter la résolution de l'engorgement, de faire sur les parties tuméfiées des fomentations stimulantes, et de panser l'eschare avec des onguents ou pommades qui excitent la suppuration et rendent l'élimination plus rapide.
Lorsque le virus infiltré plus ou moins loin n'a pu être compris en totalité dans l'eschare, elles sont impuissantes à en arrêter la marche. C'est alors qu'il faut espérer quelque peu dans le secours des excitants et des toniques généraux; il s'agit en effet alors de combattre l'intoxication déjà commencée. Dans ce cas, à titre d'adjuvants, on préconise encore les résolutifs.
La médication générale s'appuie sur les émissions sanguines, qu'il faut mettre de côté ; sur les purgatifs, dont on fait peu de cas, et sur les toniques et les stimulants. Sans accorder à ces derniers médicaments plus de confiance qu'ils n'en méritent, c'est en eux cependant qu'il faut mettre son espérance lorsque l'économie est sous l'influence septique du virus charbonneux, quelle que soit la voie par laquelle il ait pénétré. Us soutiennent les forces anéanties, relèvent le pouls déprimé, raniment la chaleur éteinte; le quinquina, le vin, les infusions aromatiques de thé, café, menthe, etc. , avec un peu d'eau-dc-vie ou d'acétate d'ammoniaque, doivent être préférés tant que les fonctions digeslives conservées en permettent l'usage. 1
Hygiène publique et prophylaxie. — Puisque le virus charbonneux est puisé chez les animaux domestiques, c'est leur santé qu'il faut soigner en arrêtant le mal à sa source.
On modifiera l'alimentation, la slabulalion. Les bestiaux morts ou abattus pour \ cause de maladie charbonneuse seront enterrés, chair et ossements, dans des fosses de 3 mètres de profondeur; les peaux seront tailladées à l'effet d'éviter la contagion par leur emploi.
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Les personnes qui auront été en l'apport avec les animaux malades devront avoir recours aux lotions alcalines, et surtout à un mélange d'eau et de chlorure de soude.
Enfin on évitera les lieux habités ou récemment abandonnés par les animaux atteints d'affections charbonneuses.
§ IX. — Nature de la maladie.
La pustule maligne est une affection toute spécifique de nature essentiellement seplique et gangréneuse, occasionnée par un virus connu sous le nom de charbonneux. Celui ci détermine d'abord des altérations locales qui précèdent l'absorption et que suivent bientôt des phénomènes d'intoxication.
Jamais le pus ne se développe dans le point où le virus a été déposé; le nom de pustule est donc bien impropre. La pustule maligne mérite le nom de charbon externe, par opposition à celui de charbon interne, où la tumeur maligne succède à un empoisonnement, au lieu de le précéder.
Le virus charbonneux, non plus que les autres, n'a pu être isolé, seulement on le suppose; il a beaucoup d'analogie, par ses effets, avec ceux du venin de quelques animaux. Il en diffère parce qu'il a besoin, comme la vaccine, la variole et la syphilis, d'une période éruptive où s'élabore l'empoisonnement général.]