‹ Guide du médecin praticien, ou, Résumé général de pathologie interne et de thérapeutique appliquées [electronic resource] (volume 2)Chapitre 219 sur 344 · ARTICLE VIL DE L'ALCOOLISME · texte numérisé non relu

ARTICLE VIL DE L'ALCOOLISME

[L'alcoolisme n'est pas une maladie; c'est un état d'intoxication spéciale qui engendre et entretient une foule d'étals morbides différents. Cependant on peut

(1) Lettre à M. Dumas (Union méd., 18 septembre 1852). (1) Union médicale, 2b novembre 1852.

dire que décrire les causes et les modes si variés d'invasion des maladies, c'est faire plus pour notre art que de constater les phénomènes morbides et les lésions anatomiques ?ans remonter à leur véritable origine. La médecine a tout à gagner à l'agrandissement du rôle de la physiologie pathologique et de la pathogénie; elle est ainsi conduite à l'étude de la prophylaxie et de l'hygiène. C'est par là que la médecine entrera définitivement en possession d'une influence que la société ne lui reconnaît encore qu'incomplélement. Le jour où l'enseignement médical sera basé sur l'étude des troubles fonctionnels apportés dans l'organisme humain par le milieu, par le régime, par l'exercice des professions insalubres, par les excès et la mauvaise direction de la vie, la confusion qui existe encore aujourd'hui entre la nature des maladies et les lésions anatomiques sera bien près de finir. On comprendra que le plus souvent les maladies sont effet ; qu'une même cause peut, suivant des conditions différentes de milieu, suivant son mode d'action lent ou rapide, suivant les idiosyncrasies, engendrer des maladies différentes, quant à leur siège et à leur apparence physique, mais au fond identiques quant à leur origine et à leur signification. L'élude de l'alcoolisme nous offre un des exemples les plus instructifs de cette manière de comprendre la médecine.

§ I. — Historique.

La question qui nous occupe n'a été l'objet de travaux importants que depuis un nombre peu considérable d'années. Le développement des sociétés industrielles modernes a amené, avec un plus grand bien-être, une plus funeste tendance des populations ouvrières à dépenser une partie de leur salaire à se procurer les boissons alcooliques et à en faire abus. Ces excès ont été principalement observés dans les villes du nord de l'Europe et de l'Amérique, tant à cause des conditions de climat, plus favorables à la tolérance des spirilueux et à leur usage légitime, qu'à cause de la localisation, pour ainsi dire, de l'industrie dans ces contrées, tandis que la sobriété et l'indolence semblent appartenir plutôt aux races humaines plus rapprochées des tropiques. Aussi faut-il rechercher les travaux sur cette matière surtout parmi les auteurs anglais, américains et suédois, qui ont été à même d'étudier la question sur une plus grande échelle.

Le mot même d'alcoolisme est d'origine étrangère. Parmi les auteurs étrangers auxquels nous ferons des emprunts dans cet article, nous devons citer MM. Marshall (1), Magnus Huss (2), Carpenter (3), Marcet (Zj), et parmi les auteurs français, Royer-Collard (5), Rcesch (6), Bouchardat et Sandras (7), Bergeret (8), Morel (9) , Duroy, Ludger-Lallemand et Perrin (10).

' (1) Observations on the abuse of spiriluous liquors by the European troops in India, dans Edinburgh med. andsurg. Journal, 184-i.

(2) Chronische alhoholskumlclieit oder alcoolisme chronicus. Stockholm, 1852.

(3) The physiology of tempérance. London, 1858.

(4) On chronic alcoolic intoxication. London, 1860.

(5) Del'usageel de l abus des boissons fermenlées . Paris, 1838.

(6) De l'abus des boissons spiritueuses. Paris, 1839.

(7) De la digeslion desboissons alcooliques (Annales de chimie, 18i7).

(8) De l'abus des boissons alcooliques. Lons-le-Saulnier, 1851 •

(9) Traité des dégénérescences physiques intellectuelles et morales de l espèce humaine. Paris, 1857. — Traité des maladies mentales. Paris, 1860.

(10) Du rôle de l'alcool dans l'organisme (Comptes rendus de V Académie des sciences ae Paris, 1859).

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