‹ Guide du médecin praticien, ou, Résumé général de pathologie interne et de thérapeutique appliquées [electronic resource] (volume 2)Chapitre 220 sur 344 · ALCOOLISME. — NATURE. — VOIES D'ABSORPTION · texte numérisé non relu

ALCOOLISME. — NATURE. — VOIES D'ABSORPTION

§ II. — Nature des boiisons ingérées.

Le cadre de ce livre ne nous permet pas de traiter la question des boissons, cousidérées au point de vue de leur composition chimique. Nous renverrons, pour ce sujet, aux monographies qui traitent de la classification des boissons (1). La notion qui domine pour ainsi dire cette question au point de vue médical est la suivante : l'élément toxique par excellence dans les boissons usuelles est l'alcool, et, dans la grande majorité des cas, il sera juste de dire qu'à volume égal, une boisson sera d'autant plus dangereuse, prise en excès, qu'elle contiendra pins d'alcool. Mais il faut assurément tenir compte d'un autre élément, la provenance de l'alcooL « L'alcool, dit M. Chevallier (2), est évidemment identique dans tous les liquides connus sous le nom d'eau-de-yie, rhum, etc. , et cependant chacun d'eux est caractérisé par un arôme spécial, par une saveur plus ou moins agréable, lorsque l'alcool provient des jus fermentés et distillés des raisins, des cerises, des cannes à sucre ou de leur mélasse ; plus ou moins désagréable au contraire , lorsqu'il résulte delà distillation des liquides fermentés provenant des marcs de raisins, de cidre ou de poiré, des grains, des pommes de terre ou du sucre de fécule , des betteraves ou de leur mélasse. Le premier est désigné sous le nom d'alcool bon goût , le second sous celui d'alcool mauvais goût. »

Cette distinction des alcools en bon goût et mauvais goût n'est pas seulement commerciale , elle est aussi physiologique, ainsi que le fait remarquer, clans son excellente thèse, M. V. -A. Racle (3) ; « car elle s'applique à des variétés plus ou moins » facilement tolérées par l'homme. Les bonnes espèces de cognac et le rhum véri- » table sont facilement supportées ; mais les eaux-de-vie de grains, de pomme de » terre, ele , sont dangereuses, entraînent une ivresse plus lourde, plus hé- » bétée, et produisent plus promptement de graves lésions organiques. L'absinthe » est, de l'aveu de tous les observateurs, bien plus dangereuse que l'eau-de-vie. » Plusieurs auteurs ont cru pouvoir attribuer une partie des effets de l'alcoolisme à une huile empyreumatique, ou à une huile éthérée volatile, celle qui donne le bouquet. Des expériences à cet égard ont été entreprises par le docteur Dallhlsteim et par M. Magnus Huss, et ils ont cru pouvoir conclure de leurs expériences que ces substances ajoutent encore aux effets toxiques de l'alcool.

§ III. — Voies et modes d'absorption.

Les expériences physiologiques modernes ont démontré que l'ivresse pouvait être obtenue sans que l'alcool fût ingéré dans la muqueuse digestive ou pulmonaire, et que l'injection directe de l'alcool dans le sang amenait une intoxication rapide; en effet, quelle que soit la voie d'absorption, c'est dans le sang, en définitive que doit se rendre la substance toxique pour entrer au contact des parties

(1) Pelouze ctFremy, Traite de chimie. — Tardieu, Dictionnaire d'hygiène, in-8. Paris, 1852, t.I, p. 39. — Paycn, Précis de chimie industrielle, 4° étfit. Paris, 1859, t. II, p. 353.

(2) Dictionn. des falsif. des subsl. alim., 1857, t. I, p. 50.

(3) V.-A. Racle, De l'alcoolisme, thèse de ppnçqurs pour l'agrégation (Paris, 1860). Nous ferons, dans cet article, de nombreux extraits à ce travail.

intimes de l'organisme. II nous paraît utile de dire quelques mots des principaux modes d absorption de l'alcool. La peau est une voie d'introduction de l'alcool et es bains alcoolisés peuvent produire une certaine action qui se rapproche' de nvrcsse, mais cette action est faible. C'est au contact des muqueuses surtout que 1 absorption se fait rapidement et que l'intoxication se produit.

Nous empruntons, en partie, ce qui suit au travail de M. Racle (loc. cit.) sur 1 alcoolisme.

Introduction par les membranes muqueuses. — Il y a deux voies d'introduction principales des alcooliques par le système muqueux, la muqueuse pulmonaire et la muqueuse digestive.

A. Muqueuse pulmonaire. — Orfila a enivré et tué des chiens en leur faisant inspirer de l'air chargé de vapeurs alcooliques. Il n'est pas douteux que, chez l'homme, l'inhalation pulmonaire ne produise les mêmes résultats. C'est ainsi que dans les distilleries et dans tous les établissements où l'on travaille l'alcool, les ouvriers sont exposés à des intoxications accidentelles dues à l'évaporation de ce liquide. Des accidents analogues s'observent chez des personnes qui manient les vernis à l'alcool, ou qui sont seulement exposées à l'évaporation des produits de ce genre (1).

Tout le monde connaît les accidents auxquels sont exposés les gens qui descendent dans des cuves où le raisin est en fermentation. Quelques-uns de ces accidents sont dus à l'acide carbonique, mais il en est d'autres, l'ivresse véritable, qui résultent de l'absorption des vapeurs d'alcool par les poumons.

B. Muqueuse digestive. — C'est incontestablement par la surface des premières voies que s'effectue l'entrée la plus habituelle de l'alcool dans l'économie, et, en effet, c'est par cette surface que s'introduisent les aliments, les boissons et les substances médicamenteuses.

Les liquides riches en alcool et ne contenant que peu de principes étrangers sont facilement et rapidement absorbés. La présence des sels relarde l'absorplion des liquides alcooliques ; il en est de même des acides, du tannin, des principes muqueux, mucilagineux, des huiles grasses et des matières sucrées : c'est pour ce motif, selon M. Bouchardat, qu'à dose égale, les eaux-de-vie produisent des effets plus rapides que les liqueurs sucrées et que les vins. Selon le même professeur, les différences d'action et de danger des diverses sortes de vins dépendraient beaucoup de la plus ou moins grande quantité de sels ou d'acide qu'ils contiennent. Ainsi, \es petits vins aigres, consommés en énorme quantité dans certaines localités, seraient moins dangereux que des vins plus généreux, en raison même de leur acidité. Ces acides, unis en quantité convenable à l'alcool, modèrent la rapidité de son absorption et remplissent réellement le rôle d'agents tempérants.

La réplétion antérieure ou simultanée de l'estomac par des aliments solides diminue ou ralentit aussi l'entrée des alcooliques; on sait que l'ivresse survient très facilement à jeun.

Le mélange d' 'aliments et de liquides gras agit dans le même sens.

La boisson composée que les Anglais prennent aux Indes, et qu'ils nomment

(1) Les fabriques de vernis sont rangées dans la deuxième classe des établissements insalubres. (Ordonnance de 1833.)

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