ALCOOLISME. — CONDITIONS DE RACES ET DE CLIMATS. TÎ
kill clcvil (1), est un composé de rhum jeune ou vieux, de sirop, d'œufs et d'eau : la présence de 1' 'albumine et du sucre dissimule la violence du rhum; aussi peuton en prendre des quantités énormes, sans trop d'inconvénients, bien qu'à la longue des effets particuliers et d'une grande gravité puissent en résulter, et spécialement une déformation des articulations des doigts, nommée usuellement crab clawed (Marshall).
Le mélange de vins de divers crus ou de diverses couleurs est, selon l'observation générale, favorable à une prompte ivresse.
Il paraît probable que le café et les alcooliques se neutralisent mutuellement ; et c'est peut-être là l'origine de la pratique instinctive dans laquelle on mélange le café et l'eau-de-vie.
D'un autre côté, Y animation de l'esprit, une vive conversation, sont de puissants adjuvants de l'intoxication alcoolique.
Enfin, parmi toutes ces influences accessoires, aucune n'a une aussi puissante action que le froid. Un homme qui, au sortir de table, n'est que légèrement ému, peut, en s'exposant à une température relativement basse, tomber sans connaissance, ou bien présenter une ivresse convulsive ou furieuse. Faut-il supposer que la suppression brusque de la perspiration d'alcool par les poumons et par la peau est la cause déterminante de ce changement?
Dans la campagne de Russie, en 18 H, personne ne résistait moins que les soldats qui prenaient des liqueurs fortes, sous prétexte de se tonifier ; ils succombaient dans les neiges en proie à une ivresse comateuse. M. A. ïardieu a vu uu grand nombre d'exemples d'individus qui, en hiver, sortant des cabarets en état d'ivresse, succombaient inopinément à peu de distance, au milieu des mêmes accidents.
§ IV. — Conditions de races et de climats.
La tolérance de l'organisme pour l'alcool augmente en raison directe de l'abaissement de température. C'est donc dans les pays les plus éloignés de l'équateur que la consommation de liquide alcoolique est la plus considérable, et c'est dans ces pays que l'excès de boissons alcooliques sera aussi observé. Aussi la plupart des travaux entrepris sur l'alcoolisme proviennent- ils du nord de l'Europe et de l'Amérique; souvent même ils ont été le résultat d'enquêtes commandées par les gouvernements, pour connaître toute l'étendue des ravages que produisaient ces funestes excès. Dans ces pays, l'usage légitime, utile, a entraîné l'abus ; mais un moindre abus entraîne des conséquences beaucoup plus désastreuses dans les pays chauds, et l'alcool est un agent destructeur plus prompt et plus économique que la poudre, qui a débarrassé les Européens de nombreuses peuplades sauvages, principalement en Amérique.
Nous empruntons à M. V. -A. Racle (loc. cit.) la suite de cet article.
Variations des effets de l'alcool selon les conditions sociales. — L'abus de l'alcool ne se manifeste pas d'une manière identique clans les différentes classes de la société. Les principaux ouvrages écrits jusqu'à ce jour sur l'alcoolisme ne se sout
(1) H. Marshall, Kdinburgh med. andsurg. Journal, 1837.
occupés que des résultats funestes observés chez des individus appartenant aux classes inférieures ; comme si les classes supérieures ne comptaient pas clans leur sein des hommes intempérants, et, par cela même, exposés à des résultats funestes Les effets de l'alcoolisme ont moins attiré l'attention des médecins dans la classe riche, parce qu'ils se présentent avec des caractères particuliers.
Les phénomènes de l'alcoolisme aigu ou chronique sont notablement retardés chez les personnes aisées. Une alimentation choisie en atténue les effets, et lorsqu'ils se manifestent, la véritable cause échappe souvent, car l'attention est détournée par toutes les autres causes de maladie, qui pèsent sur la classe riche : les excès de toute nature, les veilles, les voyages, etc.
Il n'en est pas de même chez les classes pauvres. L'appauvrissement préalable de l'économie par les privations, par le mauvais régime, par les fatigues excessives, ouvre une porte à toutes les influences possibles. Or, lorsque l'alcool intervient, il ne trouve pas d'obstacle, il jouit, de toute sa plénitude d'action ; et c'est alors qu'on observe tous ces phénomènes si caractéristiques, qui, à aucune époque, n'ont pu échapper à l'observation médicale. L'action alcoolique se divise et se subdivise presque en autant de manifestations qu'il y a d'organes dans l'économie; car, faute de protection, aucun système organique ne lui oppose de résistance. Ainsi l'alcool exerce sur l'estomac une action topique qui, dans sa progression successive, se manifeste par de la gastrorrhéc, de la dyspepsie, de la gastralgie, et qui peut aboutir à l'ulcère simple et au cancer de l'estomac. Dans ce dernier cas, il n'agit sans doute que comme agent localisateur, mais enfin il a eu sa part d'action dans l'évolution d'une diathèse. Il agit ensuite généralement , ainsi que nous le verrons plus loin.
Dans les classes aisées, le cortège des effets topiques manque souvent, parce que les spiritueux sont rarement pris à jeun et toujours combattus par une alimentation réparatrice : mais les phénomènes généraux ne manquent pas, et c'est par la manie alcoolique et le delirium tremens que l'alcoolisme éclate. D'ailleurs, dans les classes aisées, on a la sage habitude de combattre, dès leur naissance, les moindres accidents qui se produisent vers l'estomac.
§ V. — Pathogénie.
On peut considérer l'alcool comme ayant une triple action pathogénique :
1° Par sa présence actuelle clans l'économie, il détermine des troubles immédiats (ivresse, mort subite).
2° Lorsqu'il aura été usité longtemps ou peu de temps, mais d'une manière immodérée, il aura provoque des perversions de fonctions, pour l'évolution desquelles sa présence ne sera plus nécessaire (dyspepsie, alcoolisme aigu, delirium tremens, alcoolisme chronique).
3° Il aura été le promoteur d'une lésion anatomique, qui pourra continuer son développement propre et l'évolution particulière à son essence, sans que l'alcool soit désormais nécessaire aux progrès de l'affection. Il pourra même être l'agent localisateur d'une lésion dont l'origine était antérieure et appartenait à l'état diathésique du sujet (cancer de l'estomac).
En outre de son action spécifique, l'alcool devrait être considéré comme une