‹ Guide du médecin praticien, ou, Résumé général de pathologie interne et de thérapeutique appliquées [electronic resource] (volume 2)Chapitre 223 sur 344 · IVRESSE · texte numérisé non relu

IVRESSE

§ I. — Définition.

«Dans la première période de l'ivresse, dit Joseph Frank (1), on observe la gaieté, l'absence des soucis, la joie, le sentiment du plaisir et d'un agréable vertige ; des yeux brillants, une figure resplendissante, du bavardage ; la rougeur de la peau, la transpiration augmentée ; la soif avec des efforts fréquents d'uriner, accompagnés de soulagement; uu pouls plein et fort. Mais bientôt le vertige augmente, il y a tintement des oreilles, une vue double, et les idées n'ont plus de liaison et se succèdent les unes aux autres dans le plus grand désordre, sans être soumises à l'empire de la volonté. Alors chacun découvre avec candeur et sincérité, et sans dissimulation, ses mœurs et son caractère, d'où l'adage : « In vino veritas. » En effet, l'homme colère s'irrite, frappe et mord; l'homme passionné soupire, embrasse; le sot se met à rire, et fatigue de ses présents ceux qui n'en veulent pas; l'homme triste verse des larmes et parle de la religion et de la mort ; d'autres ont des hallucinations, jusqu'à ce que leurs forces étant épuisées, ils commencent à balbutier; puis leur face devient pâle, leur crachat tenace; ils ont des vomissements ; l'office des sphincters est aboli, les membres tremblent, le corps vacille, et la fièvre s'allume. Celte abominable scène se termine par un sommeil profond qui se prolonge souvent pendant vingt-quatre heures et au delà, quelquefois par des convulsions, l'apoplexie ou la mort. »

Il convient de distinguer dans cet élat divers degrés, car l'ivresse n'est pas toujours portée à ce point extrême où surviennent l'abrutissement et la mort. On est convenu d'en distinguer trois formes, qui sontfondées sur un fait d'observation très réel; il y a trois effets successifs dans l'influence alcoolique: surexcitation, perturbation, destruction des fonctions cérébrales.

(1) Praxeos medicœ universœ prœcepta, t. IV, chap. xxiv.

§ II. — Marche, diagnostic.

Ivresse légère. - Cette forme correspond à la période d'excitation : ordinairement douce et légère, elle exalte et embrouille seulement les idées- elle ne s'ac compagne que d'une simple litubation, de l'éclat des yeux, etc

Ivresse forte. - Celle-ci est souvent furieuse : les individus n'ont pas conscience de leurs actes et se livrent à des violences ou à des crimes dont ils ne conservent pas le souvenir. Mais, d'un autre côté, elle peut être seulement lourde et accompagnée d'une profonde hébétude, avec perte complète de la voix, prostration des forces. Dans ces cas, les dangers ne sont pas pour les autres, ils sont pour les malades eux-mêmes, qui sont devenus inhabiles à se protéger et à se défendre C'est dans cet état que les ivrognes tombent et se font de profondes blessures, se laissent écraser par une voiture ou brûler sans y prendre garde; dans cet état ils supportent les opérations chirurgicales sans douleur; enfin, ils se mutilent eux-mêmes soit dans des tentatives de suicide, soit par tout autre acte, comme cet homme qui' dans chacun de ses accès d'ivresse, essayait de s'arracher le scrotum. Dans cet état d'abrutissement, des hommes peuvent encore se battre et se faire mutuellement de ces hideuses et sauvages mutilations, par des morsures, comme l'arrachement du nez, etc.

L'ivresse grave est celle qui produit une apoplexie comateuse d'où rien ne peut retirer les malades. Ils sont froids, insensibles; le pouls est misérable, l'œil vitreux et atone; la respiration stertoreuse. N'était l'odeur alcoolique, il serait souvent impossible de distinguer l'ivresse d'une hémorrhagie cérébrale abondante ou d'une asphyxie.

Ainsi les centres nerveux ont passé par trois phases distinctes; aussi on conçoit que les fonctions étudiées séparément présentent des manifestations distinctes suivant la période à laquelle l'ivresse est arrivée.

L'estomac est d'abord excité et digère plus facilement sous l'influence d'un léger excès de vin; mais ensuite il répugne aux aliments, et des vomissements ont lieu; plus tard, il y a paralysie du pharynx, de l'œsophage, et sans doute de l'estomac, car les boissons tombent dans ces organes comme dans des vases inertes. Les fonctions de l'intestin paraissent, dans les premières périodes, peu influencées, mais plus tard aussi paralysées, ainsi que le témoignent les évacuations involontaires.

De toutes les fonctions, celles qui résistent le plus longtemps sont celles de la respiration et de la circulation, parce qu'elles sont sous l'influence de la protubérance annulaire, et que cette partie des centres nerveux est la dernière atteinte par les agenls alcooliques. C'est en employant tour à tour tous les toxiques cérébraux et les anesthésiques, que 31. Flourens est parvenu, selon une heureuse expression, à faire la dissection des fonctions cérébro-spinales. Néanmoins il y a des troubles respiratoires. La respiration, accélérée d'abord, est ensuite ralentie; et l'on a même avancé que l'oxygène est absorbé en moindre quantité et l'acide carbonique émis avec moins d'abondance.

L'appareil génital n'éprouve guère qu'une influence dépressive; en effet, s'il y a d'abord une exaltation génésique et des désirs, ces symptômes font rapidement

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place à une remarquable faiblesse : l'érection et l'éjaculalion sont impossibles.

Relativement aux organes des sens, ils passent aussi par les diverses phases indiquées ci-dessus. Mais parmi eux, celui de la sensibilité générale, la peau, est peut-être un des premiers affecté. En effet, tandis que les forces et un certain degré d'intelligence persistent, il peut y avoir déjà une analgésie très prononcée. Tout le monde est témoin de l'indifférence avec laquelle. les ivrognes reçoivent des blessures. « Nous avons, à l'Hôtel-Dieu, pratiqué une suture de la peau chez un homme ivre qui venait de faire une chute sur une bouteille cassée, et qui s'était fait à la cuisse une plaie de 2 décimètres environ de longueur ; le blessé ne s'aperçut pas de l'introduction des épingles dans \\ peau, et il quitta l'hôpital immédiatement après le pansement (1). »

V affaiblissement musculaire et le défaut de coordination des mouvements sont encore deux autres effets de l'ivresse qu'il importe de remarquer. Ces symptômes sont bientôt suivis d'une abolition complète de lamotilité {résolution). Dans certains cas il survient des convulsions d'apparence variable et même épileptiformes.

Nous indiquerons les phénomènes qui succèdent à l'ivresse. Après un sommeil lourd, le malade ressent un brisement général ; il a la bouche pâteuse ; dégoût pour les aliments, appétence de boissons fraîches et acidulés ; quelques vomituritions; face pâle et bouffie; paupières tuméfiées, yeux injectés et ternes; les forces sont lentes à revenir. Une nouvelle dose de l'excitant alcoolique les ramène, ainsi que la vigueur de l'esprit, qui était engourdie et portait aux pensées sombres et tristes. Au bout de quelques heures ou d'un jour, état normal. Cependant le rétablissement intégral des fonctions a lieu moins vite si l'ivresse a été forte ; il reste alors de la pesanteur de tête, une certaine incohérence des idées, des vertiges, un peu d'obtusion de là sensibilité, des tintements d'oreilles, etc.

L'état d'ivresse nous semble donner le tableau , dans un court espace de temps, des phénomènes qui caractérisent Yalcoolisme chronique. Il n'y .a pas une des formes de cette dernière maladie qui ne trouve son prototype dans l'ivresse aiguë.

En effet, indépendamment des trois degrés que nous avons .établis, l'ivresse revêt des formes variables, selon la nature du toxique et les conditions où il a agi. Tandis que certains individus ont du délire doux, les autres ont de la fureur; ceux-ci tombent dans le coma, ceux-là dans les convulsions. II n'y a pas jusqu'aux hallucinations qui ne puissent exister dans divers organes des sens.

S'il est facile d'établir le diagnostic de l'ivresse dans les cas légers, on peul se tromper dans les cas graves, et croire à une apoplexie, à un ramollissement aigu du cerveau, à un épanchement séreux rapide dans le crâne; et même à une commoiion cérébrale, car les témoins de la chute d'un homme en état d'ivresse peuvent rapporter la perle de connaissance à la chute. On doit se faire rendre compte des circonstances au milieu desquelles l'homme a été trouvé sans connaissance; on devra rechercher si l'haleine n'a point l'odeur alcoolique ; consulter L'étal du faciès, celui des yeux ; s'assurer que l'homme n'a point de blessure qui ait pu provoquer un élat aussi grave; enfin employer la pompe stomacale. Les moyens

(I) V. Racle, Traité de diagnostic médical, 2e édit. Paris, 1839, p. 4G.

V au.f.ix , 4' édit, — V. 40

thérapeutiques eux-mêmes ont 1cm- importance pour le diagnostic. La saignée, les sinapismes, les lavemenls purgatifs, peuvent rappeler quelque peu de sentiment, et l'on voit alors qu'il n'y a pas de paralysie hémiplégique; la respiration redevient plus facile. L'administration d'ammoniaque dans une potion rappelle quelquefois assez rapidement l'intelligence; enfin les vomitifs font rejeter un mélange d'aliments et de boisson à odeur d'alcool.

Une ivresse légère ou moyenne est, en général, abandonnée à elle-même; le repos, quelques soins de sûreté, l'éloignement des boissons que le malade réclame à son premier réveil, tels sont les seuls moyens, presque négatifs, à mettre en usage. Les gens en état d'ivresse, mais qui ont encore conservé assez d'intelligence pour désirer sortir de cet état, soit par honte, soit par tout autre motif, emploient avec avantage la méthode anglaise, qui consiste à plonger les bras et la tête dans de l'eau très froide. — Dans les cas graves, où le malade ne peut pas lui-même se porter secours, il faut, selon le cas, donner un vomitif, employer la sonde œsophagienne, pratiquer une saignée, employer les sinapismes, les lavements fortement purgatifs, les frictions, les excitants de toute sorte ; et, si les malades présentaient un état d'asphyxie, nous ne voyons pas pourquoi on n'essayerait pas les cautérisations au fer rouge sur la poitrine, et ensuite sur des points de plus en plus éloignés, ainsi que M. le docteur Faure (1) l'a récemment proposé pour l'asphyxie par l'acide carbonique.

§ III. — Pronostic.

Mort subite ou rapide. — «H. Royer-Collard (2), résumant les faits que la science possède sur l'abus des boissons fermentées, conclut que la mort arrive dans l'ivresse même, comme l'alteste une foule d'innombrables exemples. Les lésions que découvre dans ces divers cas l'anatomie pathologique démontrent évidemment que le poison alcoolique a frappé simultanément tous les organes par l'intermédiaire du sang et du système nerveux. Le docteur Ch. Roesch (3) a mis ces faits hors de doute. «

Ainsi la mort rapide, inattendue, peut être la terrible conséquence des excès alcooliques. L'homme était bien portant, et par une véritable sidération, toutes les forces vives et actives de l'économie se sont su?pendues; tous les organes ont été frappés dans leur vitalité, et c'est le sang qui a été le véhicule de la cause de destruction. Que conclure de là? C'est que les fonctions ont été enrayées dans leur source, et non pas dans tel ou tel organe. On a expliqué ces morts rapides par la suspension d'action du cœur, du poumon, des muscles respiratoires ; il nous parait plus naturel de les attribuer à la suppression de la force commune qui dispense aux organes leur puissance d'action. M. Flourens pense que la suspension des fonctions n'a lieu que quand les toxiques ou les aneslhésiques ont envahi l'isthme encéphalique : cette observation ne pourrait-elle pas s'appliquera l'alcool?

(1) Archives gén. de méd. Paris, 185fi.

(2) Thèse de concours, 1838, p. 37.

(3) Annales d'hygiène et de médecine légale, tre série, t. XX. p. 277.

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Quoi qu'il en soit, il importe de présenter quelques remarques sur les conditions dans lesquelles cet accident survient.

En premier lieu, la mort subite est rare chez les ivrognes de profession : il semble qu'une accoutumance se soit établie, et que même , au milieu des plus grands excès, l'influence nerveuse persiste à un degré suffisant pour l'entretien et la conservation des fonctions organiques. Mais la mort subite est surtout fréquente chez les personnes qui font peu d'excès, et qui un jour se laissent entraîner à boire sans mesure. C'est surtout à l'eau-de-vie que ces funestes événements sont dus; il a suffi à quelques personnes, pour mourir, de prendre un demi-litre d'cau-de-vie,

Les malheureux empoisonnés font encore bonne contenance pendant un certain temps, puis ils tombent comme frappés de la foudre, dans un sommeil comateux; du stertor, des convulsions se manifestent; la respiration s'embarrasse, et une écume sanguinolente s'échappe de la bouche; évacuations involontaires, et mort en quelques heures, en une demi-heure, etc.

Il est très important de noter que ce n'est pas toujours la quantité d'alcool qui produit ce résultat funeste; car telle dose qui, agissant seule, n'eût point amené un tel effet, le détermine quand il se joint à l'abus de la boisson de nouvelles conditions.

Nous avons déjà signalé (page 621) l'action du froid. Et en effet, c'est surtout en hiver, dans les pays tempérés, et en toutes saisons dans les pays froids, que l'on observe des morts subites. Les individus alcoolisés semblent opposer moins de résistance à l'abaissement de la température extérieure. Cette explication nous semble d'autant plus naturelle que les deux causes concourent au même but. Si un froid modéré est excitant et tonique, un froid exagéré est dépressif; or, si cette action s'ajoute à celle de l'alcool, qui, à une certaine dose, anéantit évidemment toutes les forces, il est certain que cette action combinée équivaudra à une intoxication plus complète que celle qui existe en effet.

Mais le fait le plus important à consigner ici, parce qu'il a au moins une application, c'est celui de la réunion de l'ivresse et des blessures. Ce fait, dit M. A. Tardieu (1), est important non-seulement au point de vue médico-légal, mais aussi, et principalement, sous le rapport de la criminalité de l'action et de l'inculpation qui pèse sur l'auteur des blessures. En effet, « tout ce qui ne dépend pas proprement de la nature de la blessure ne saurait être imputé à son auteur (2). » Or, il résulte de l'étude faite sur ce point intéressant, par M. A. ïardieu, que les coups et blessures reçus par un homme en état d'ivresse, sans être, en aucune façon, capables de produire la mort, en sont assez souvent suivis. Quel est le mécanisme par lequel se produit ce funeste résultat? Il est survenu une apoplexie pulmonaire ou une apoplexie méningée qu'il est naturel d'attribuer à la lutte violente, à l'émotion, à la colère , et quelquefois à l'influence du froid. L'auteur du mémoire termine par celle conclusion : « Il est permis d'avancer que dans la mort survenue rapidement dans l'état d'ivresse, l'apoplexie pulmonaire et surtout l'apoplexie méningée, sont des lésions, sinon constantes, du moins extrêmement fréquentes et

(1 ) Observations médico-légales sur l'étal, d'ivresse considéré comme complication des blessures cl comme cause de mort prompte ou subite (Annales d'hygiène publique et de médecine légale, t. XL, 18*8, p. 390).

(2) Fodéré, Traité de médecine légale, 1813, t. III, p. 264.

fi2$ INTOXICATIONS.

presque caractéristiques. » En 185 1 , nous avons pratiqué nous-même, à la Morgue

I autopsie judiciaire du corps d'un jeune homme mort dans ces conditions, et sur lequel nous avons trouvé une large hémorrhagie méningée.

Etat physique et fonctionnel dû à l'habitude des boissons alcooliqups — Lorsque l'habitude des boissons existe depuis très longtemps, il se produit un certain nombre de changements importants dans les fonctions et les organes, depuis le simple tremblement jusqu'à une altération du sang. Ce n'est point encore tout à fait la maladie, puisque cet état est compatible avec l'accomplissement assez régulier des principales fonctions de l'économie, avec la conscience des actions exécutées, et qu'aux yeux du médecin et du magistrat, la bonne coordination des pensées exclut l'irresponsabilité des actes. Mais c'est un terrible avertissement qui indique la pente fatale sur laquelle on va glisser, si l'on ne fait trêve aux habitudes acquises, pente d'autant plus dangereuse, que la nature même des phénomènes éprouvés engage à de nouveaux excès, qui combattent effectivement la dépression des forces produite par les premiers.

Nous empruntons à Magnus Huss (1) la descriplion qu'il a donnée de cet état, sous le nom de forme prûdromique, cl c'est la première des six formes qu'il admet.'

II comporte encore un certain étal de santé et la conservation du libre arbitre. Une personne qui a fait abus d'alc< oliques commence à avoir des tremblements

des mains, surtout le malin. Au commencement, ces tremblements cessent après l'ingestion de stimulants; plus tard, le tremblement (end à continuer pendant l'après midi. Il peut devenir semblable à une espèce de cliorée.

Sentiment particulier de faiblesse dans les bras et les jambes, ou plutôt diminution générale de la tonicité musculaire, surtout le matin. Fourmillements dans les jambes; éblouissements; dilatation des pupilles le malin.

Au réveil, sensation de pesanteur du corps el de l'espril ; mauvaise humeur; sécheresse de la gorge; quelquefois vomiturition. Souvent alors tremblement vermiculaire de la langue, difficulté de parler.

Ordinairement, un peu d'embonpoint. Souvent augmentation de volume du foie. Bonnes digestions; tendance à la constipation.

Selon la manière de vivre, ces symptômes peuvent augmenter, ou diminuer, ou varier.

Ils augmentent rapidement à la suite d'une airection intercurrente qui affaiblit l'organisme ou qui oblige à suspendre l'usage de l'alcool.

Ainsi, l'usage continu de l'alcool, ou la suspension de cet usage, donnent lieu à des manifestations semblables du côté du système nerveux.

Avant Magnus Huss, M. Roesch (2), traitant le même sujet, donnait une description non moins remarquable, et que voici :

« De même que, chez tout homme livré à la boisson, la force, la sûreté et la vélocité des mouvements, la finesse et la précision des sens, l'énergie de la réaction contre les impressions du dehors, et l'aptitude procréatrice vont toujours en bais-

(1) Alcoholismus chronicus, traduit en allemand par G. Van dem Busch. Stockholm et Leipsick, 1852. Voyez dans Morcl {Traité des dégénérescences physiques intellectuelles et morales de l'espèce humaine, Paris, 1857, pag. 79 et suiv.) le chapitre où l'auteur a donné un long extrait de l'ouvrage de M. Magnus Huss.

(2) De l'abus des boissons spiritueuses. Paris, 1839, p. 5.

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sant; de même aussi la diminution s'annonce au moral par le peu de feu et l'incertitude des actions, la difficulté et la lenteur des conceptions, même à l'égard des choses les plus simples, la diffusion des idées, la perte de la mémoire et du jugement, l'irrésolution, la lâcheté et la bassesse. Pusillanime et sans caractère, l'homme adonné à la boisson ressemble à l'eunuque sous ce rapport; mais il est moins encore qu'un eunuque, car, outre qu'il manque de ce qui fait l'homme, il a perdu l'intelligence, il n'a plus de goût pour rien, si ce n'est pour la satisfaction momentanée du désir qui le domine, et, dès que ce désir est satisfait, il se sent heureux. Avant d'avoir de l'eau-de-vie, il est maussade, il se sent mal à l'aise, et plus d'un suicide a été accompli dans ce misérable état. Schlegel en rapporte un grand nombre d'exemples. C'est principalement le vice de l'ivrognerie qui rend la mort volontaire si répandue de nos jours. Schlegel a dit : « L'ivrognerie est la principale » cause du suicide en Angleterre, en Allemagne et en Russie ; le libertinage et le » jeu, en France; la bigoterie, en Espagne. »

C'est à la suite de cet état sans cesse entretenu et aggravé que le sens moral s'oblitère, et que tout à coup éclate la folie, dont le caractère différentiel est surtout dans le fait d'accomplir des actes involontaires, dont le malade perd la responsabilité.

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