‹ Guide du médecin praticien, ou, Résumé général de pathologie interne et de thérapeutique appliquées [electronic resource] (volume 2)Chapitre 224 sur 344 · ALCOOLISME AIGU · texte numérisé non relu

ALCOOLISME AIGU

Sous ce nom nous entendons tous les troubles de l'intelligence, du sentiment, du mouvement et des fonctions organiques, qui éclatent rapidement, ont une durée courte, et ne sauraient persister longtemps dans leur exagération sans amener la perte du malade. Nous nous permettons d'établir celte définition, qui n'est qu'une constatation des faits, faute de pouvoir faire concorder les définitions qui ont été données par les auteurs.

On a donné à cette affection diverses dénominations qui, à notre sens, rétrécissent la question, telles sont celles de delirium tremens, de mania a potu, de folie alcoolique ; il y a même un de ces noms qui détourne complètement l'attention du point de vue réel sous lequel il faut envisager les faits, c'est celui de dipsomanie ou iïœnomanie.

En effet, si la manie qui résulte de la boisson (mania a potu) est une forme trop réelle de maladie, elle n'a rien de commun avec le besoin de boire qui s'établit et se développe dans le cours d'une affection mentale précédemment existante. M. Morel (1) a parfaitement apprécié cette distinction, et dit : « On ne se douterait pas que l'hypochondriaque, si préoccupé désintérêts do sa santé, puisse se livrer quelquefois à des excès inouïs de boisson. >• Il ajoute à ses remarques l'exemple d'un jeune hypoclionthiaque chez lequel la dipsomanie prit naissance par suite de l'idée erronée que les stimulants étaient nécessaires à sa guérison.

Bien qu'au fond la maladie soit une, puisque la cause est unique, elle peut se manifester sous différentes formes, selon la prédominance de tel ou tel ensemble de phénomènes, ou selon leur degré d'acuité, et nous croyons que l'on doit distinguer deux variétés, quelquefois consécutives, quelquefois indépendantes, savoir: le delirium tremens et la folie ou manie alcoolique. Nous ne sommes pas en con-

(t) Traité des maladies mentales. Paris, 1860, p 661 et suiv.

Lradiction avec nous-mème en reprenant ces deux expressions, puisque nous les employons, avec les auteurs les plus accrédités, pour désigner seulement les éléments divergeais de l'alcoolisme aigu.

O. DELIRIUM TRE.WENS.

§ I. — Définition.

Cette singulière perversion de toutes les fonctions nerveuses survient quelquefois à la suite d'un ou de plusieurs excès alcooliques, chez des individus non habitués ; mais le plus ordinairement elle éclate chez les ivrognes de profession, et qui présentent depuis longtemps les caractères que nous avons indiqués plus haut (page 628). Enfin, il est d'observation que le mal se déclare plutôt lorsque l'ivresse est dissipée que pendant l'état d'intoxication même, et c'est d'après cette remarque que les médecins ont été portés à attribuer le délire à l'affaissement des fonctions céréb raies.

S II. — Marche, diagnostic.

Les malades présentent d'abord de la hizarrerie dans l'humeur, puis ils déraisonnent ; une grande agilation se manifeste, et enfin le délire aigu éclate. On esl obligé de se rendre maître de l'individu ei de l'attacher dans son lit, dans la crainte qu'il ne se livre à des violences dangereuses pour ceux qui l'entourent et pour lui. Le corps est dans une agitation extrême , il y a tremblement des membres, de la langue, bégayement, bien que la parole soit rapide et incessante. La face est rouge, vultueuse ; les yeux sont brillants et congestionnés.

Le pouls est fréquent, la peau chaude et couverte de sueur. Il y a une insomnie absolue. Les malades parlent incessamment, insultent ceux qui les entourent, voient des fantômes, des ennemis ; se plaignent d'être entravés; menacent, supplient pour qu'on les mette en liberté, afin d'échapper à des dangers imaginaires. On a dit que les malades se préoccupent, en général , de tout ce qui est relatif à leur profession ou aux dernières préoccupations qu'ils ont eues ; cela est assez vrai, en général, mais non constant. Ils ont une soif vive , la bouche ardente et humide cependant. Il y a rarement des évacuations involontaires ; mais, cependant, les malades, n'ayant pas conscience de leur position, ne se gênent pas pour satisfaire dans leur lit à tous leurs besoins. S'ils parviennent à s'échapper, ils courent au hasard, sans direction, sans but déterminé, et se laissent ramener plus ou moins facilement. Ils chantent, rient et pleurent alternativement et sans motif; ils reconnaissent quelques personnes, etc., etc.

Cet élat dure, en général, quelques jours ; l'agitation s'apaise et est remplacée par un épuisement graduel, qui se termine par un sommeil profond et prolongé, accompagné de sueur, dcralenlissement du pouls, etc. Au réveil, les malades soni calmes, mais courbaturés, brisés; ils n'ont pas mémoire de ce qui s'est passé pendant leur folie passagère ; ils ont la langue embarrassée, la bouche pâteuse, arnère, humide, une soif vive ; le tremblement a cessé, mais il faut un repos assez long pour la réparation des forces.

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