EMPOISONNEMENT PAR L'HYDROGÈNE SULFURE
Signes de l'empoisonnement par l'hydrogène sulfuré. • — Les ouvriers qui descendent dans les fosses d'aisances sont surtout sujets à cet empoisonnement. \' hydrosulfate d'ammoniaque et. l'acide (lydrosulfuriquè sont les deux gaz qui constituent le plomb, expression par laquelle on désigne et l'exhalation délétère, et les accidents qu'elle produit.
Quelquefois les sujets lombent comme foiahoyés. Dans les cas moins violents : douleurs très vives à l'épigastre ; arthralgie, céphalalgie. Construction pharyn-
nt4f3 [INTOXICATIONS.
gienne ; nausées, lipothymies. Parfois délire, convulsions, rire sardonique ; cris ; puis face livide, écume sanguinolente à la bouche, irrégularité du pouls, et tous les symptômes de l'asphyxie.
Traitement. — M. Bouchardat (1) le formule comme il suit : 1° Traitement de l'empoisonnement par le gaz des fosses d'aisances. — Il importe de faire le plus tôt possible respirer du chlore avec précaution. Labarraque a sauvé un vidangeur asphyxié en plaçant sous son nez, à différentes reprises, un linge trempé dans une dissolution de chlorure de soude.
» Si l'on n'a pas de chlorure de soude sous la main, comme le succès dépend de la rapidité du secours, on trouvera chez tous les épiciers de Veau de javelle, qui est du chlorure dépotasse, et l'on en imbibera un linge qu'on promènera avec précaution sous le nez de l'asphyxié. On pourra activer, s'il en est besoin, le dégagement du chlore, en versant quelques gouttes de vinaigre sur le linge imbibé d'eau de javelle. On pourra encore, comme M. Mialhe, obtenir un dégagement lent et gradué du chlore, en enfermant dans une compresse une poignée de chlorure de chaux, et en versant sur celte compresse quelques gouttes de vinaigre.
» Quand le malade commence à respirer, il faut Ycxposer au grand air, rappeler la chaleur à la peau, en le brossant fortement avec une brosse de crin, et en l'enveloppant de couvertures chaudes. On pratiquera une saignée, puis on administrera une potion antispasmodique avec deux grammes d'éther.»
L'ammoniaque respirée avec précaution est, comme l'a constaté Orfila, utile pour ranimer le malade.
2° Traitement de l'empoisonnement par le foie de soufre, Veau de Baréges pour bains, etc. — « Il faut immédiatement provoquer le vomissement par l'ingestion d'une grande quantité d'eau tiède, par à' abondantes boissons mucilagineuscs et parla titillation delà luette, et même, si les vomissements étaient rebelles, il faudrait recourir à la pompe œsophagienne. On ne peut faire vomir avec l'émétique ou le sulfate de cuivre ou de zinc, car ces sels sont décomposés par le sulfure alcalin. On administre ensuite par demi-verrées, tant que les vomissements ont l'odeur d'œufs pourris, la solution de dix grammes de protosulfate, ou mieux de persulfate de fer dans un litre d'eau, et deux cents grammes de sucre ; au lieu de sulfure de potasse vénéneux, il se forme du sulfate de potasse purgatif, et du sulfure de fer insoluble. »
ARTICLE II
F.MPOrSONNE.MHINT PAR LE CHLORE, LES CHLORURES, L'IODE.
Signes de l'empoisonnement. — Resserrement de la poitrine, oppression, crachais sanguinolents (chlore) ; nausées, ardeur du pharynx, vomissements de matières tachées de jaune (iode).
Traitement. — Chlore : eau légèrement ammoniacale; émollicnts. Iode: amidon, colle d'amidon; émollients.
(1) Annuaire, de thérapeutique. Paris, 18*7.
ACCIDENTS OCCASIONNÉS PAU L'iODE. ■ — IODISME. MU
ARTICLE IN
ACCIDENTS OCCASIONNÉS PAR L'iODE. — IODISME.
[M. Rilliet, médecin en chef de l'hôpital de Genève, a présenté à l'Académie de médecine de Paris, dans le cours du mois de janvier 1859, un mémoire intitulé De l'iodisme constitutionnel (1).
L'auteur résume son travail sous quatorze conclusions; elles sont fondées sur dix-sept observations. Une d'elles a pour sujet un chien braque de huit ans, atteint d'un goitre.
§ I. — Historique.
Coindet avait à peine doté la thérapeutique d'un de ses plus puissants médicaments, l'iode, que déjà quelques accidents s'étaient produits. MM1. Marc d'Espine, Maunoir, Bizot, Lebert et quelques autres médecins distingués, observèrent des cas d'intoxication par l'usage de l'iodure de potassium. Bientôt les divers praticiens de l'Europe assistèrent aux mêmes accidents, et parmi eux il faut citer Hufeland.
Des faits opposés aux précédents abondent. MM. Boinet et Dorvault arguent du petit nombre des observations d'iodisme pour infirmer leur valeur réelle. Ces deux auteurs mettent les accidents produits par l'iode sur le compte de la dose, du mode d'administration et de l'espèce de préparation iodée.
§ II. — Définition, formes et causes.
La définition de l'iodisme qui résulterait de tant de phénomènes si divers, si changeants, est encore assez difficile à formuler ; l'auteur du mémoire, M. Rilliet, ne la donne pas.
Voici les différentes formes d'intoxication iodique :
Elles sont au nombre de trois : 1° une intoxication produite par l'administration de trop fortes doses ou par une mauvaise préparation du médicament.
Celte forme constitue l'empoisonnement traumatique ; le tube intestinal est lésé comme il peut l'être par les agents irritants, les symptômes ne sont donc pas spécifiques à l'iode. L'action est locale, les symptômes sont locaux.
2° Une intoxication produite par des doses fortes, mais cependant moins considérables ou mieux tolérées par l'estomac que dans le cas précédent.
L'iode est alors absorbé, puis éliminé, et produit sur le tube digestif des effets médiocres, et sur les organes d'élimination des effets spéciaux (ophthalmie, coryza, salivation, éruptions diverses).
(1) Voyez Bulletin de l'Académie de médecine, 1859, t. XXIV, p. 349, et Gazelle hebdomadaire, n"s 14, 13, 1 G avril 1860. Ce travail fut l'objet d'un long et savant rapport de M. le professeur Trousseau qu'on lira avec intérêt (Bulletin de l'Académie, 1860, t. XXV, P- 382). L'importante discussion qui suivit la lecture de ce rapport et à laquelle prirent part MM. Ricord, ISouchardat, Piorry, Chatin, Gibert, Velpeau, Baillargcr, lioudet, Poggiale, a été enregistrée avec exactitude dans le Bulletin de l'Académie, t. XXV, p. 406 à 547.
3° Enfin une intoxication spécifique, c'est-à-dire dont les symptômes ne sont plus communs à l'iode et à d'autres médicaments (comme le mercure, par exemple).
Ces symplômes ne dépendent plus de l'action directe de l'iode sur l'estomac ou de son action en retour sur les organes d'élimination, mais de l'action propre de ce métalloïde et de son dynamisme.
Ces trois variétés ne sont pas toujours isolées, elles s'unissent à différents degrés.
Première forme. — Accidents locaux dépendants de l'ingestion de l'iode ou de ses composés donnés à haute dose.
1° Quand les accidents sont bien accusés, on constate la sécheresse, l'ardeur et la constriction de la gorge, les vomissements, la diarrhée, de violentes douleurs d'estomac, la petitesse du pouls, l'anxiété, l'agitation, la céphalalgie, et quand les douleurs sont très intenses, un état presque convulsif.
2° A un degré moindre, on n'observe guère que des vomissements, de la diarrhée, quelques coliques passagères et de l'ardeur à la gorge. Ce n'est guère que l'iode pur ou en solution dans l'alcool ou l'hydriodate de potasse ioduré, qui peut produire à un haut degré ces accidents. L'hydriodate de potasse neuire les occasionne bien rarement, même à dose élevée, encore les médecins qui l'ordonnent contre la syphilis observent-ils quelquefois de la gastralgie, des vomissements et de la diarrhée.
Les délayants et les calmants triomphent bien vite de ces symptômes.
Deuxième forme. — Accidents moins prompts que les précédents, assez aigus cependant, produits par l'iode ou ses composés à haute dose, et résultant de l'absorption du métalloïde, de son action sur son système nerveux et de son élimination par les organes sécréteurs.
Cette forme peut se manifester à tout âge; elle n'est pas fréquente.
Quelques jours, ou même seulement quelques heures, suffisent pour la première manifestation symptomatique. Les phénomènes nerveux, qu'on peut résumer sous le nom d'ivresse iodique, se montrent tout d'abord; ils se composent de céphalalgie sus-orbitaire, trouble de la vue, tintements d'oreille, stupeur (Lugol), mouvements convulsifs. Ce sont là des symptômes spécifiques, ils sont propres à l'iode. Peu après surviennent les symptômes dits spéciaux, annonçant l'action de l'iode sur les organes d'élimination : ophthalmie, coryza, la salivation, les vomissements, la diarrhée, la polyurie, des éruptions variées depuis un simple érythème jusqu'au morbus macvlosus. Plus tard survient l'atrophie des glandes, des seins, des testicules (Cullerier), avec intégrité de la santé générale. M. Rilliet pense que le purpura haemorrhagica et d'autres hémorrhagies observées chez des sujets traités par l'iodure de potassium à haute dose, sont peut-être l'effet de Y alcedinisat ion plutôt que de Viodisation.
Troisième forme. — Intoxication spécifique produite par l'iode ou par ses composés, plus fréquente chez les sujets traités par les petites que par les grandes doses, et dans le cas de bonne santé que dans celui de diathèse confirmée et localisée, plus fréquente aussi dans certains pays que dans d'antres, extrêmement rare riiez les
ACCIDENTS OCCASIONNÉS PAR L'iODli. — TODISMi:.
enfants, et d'autant plus à redouter que les malades sont plus avancés en âge. C'est la saturation iodique, l'affection constitutionnelle de Coindet, et la cachexie iodique ou iodisme de quelques auteurs. M. Rillet adopte la dénomination (l'iodisme constitutionnel. L'iodisme peut exister à tous les degrés; depuis un léger amaigrissement jusqu'à la fonte du malade, on peut distinguer une foule de nuances qui se résument sous trois chefs :
L'iodisme léger ;
L'iodisme de. moyenne gravité ;
L'iodisme grave ou très grave.
Iodisme léger. — Après un usage plus ou moins prolongé de l'iode, les malades, tout en se félicitant de la diminution de leur goitre, s'ils en sont porteurs, ne tardent pas à observer qu'ils ont maigri, pâli, et qu'ils se sont affaiblis. Cet état est plus frappant pour les familiers du malade que pour eux-mêmes. L'amaigrissement est bientôt suivi de palpitations, d'abattement, d'une dépression considérable des forces, de la tristesse, de l'insomnie, et d'une susceptibilité nerveuse plus ou moins prononcée.
La cessation du traitement fait cesser les accidents.
Iodisme de moyenne granité. — Si la maladie a été méconnue, les symptômes s'aggravent; la maigreur, la tristesse, l'insomnie, la disposition à la frayeur, les palpitations augmentent, l'appétit se perd, ou bien il y a une sorte de boulimie ; puis de la constipation, des douleurs abdominales, surtout au niveau des insertions du diaphragme.
Iodisme grave ou très grave. — Les symptômes ne diffèrent des précédents que par la rapidité de leur apparition et leur intensité, ils revêtent au début un caractère de gravité. Dans ce cas le goitre, s'il existe, disparaît ou diminue en quelques jours; l'amaigrissement survient avec une rapidité effrayante : en une ou deux semaines les malades sont méconnaissables, ils ont vieilli de vingt ans. Le marasme est général, mais il porte principalement sur les organes glandulaires. Le pouls s'accélère et est plutôt petit que plein. Le visage est pâle ou jaunâtre ; les yeux, cerclés de noir, fixes et un peu égarés. La voix est cassée, les membres tremblent ; dès le moindre mouvement, la respiration est essoufflée. Les symptômes nerveux sont très pénibles ; le cauchemar, l'inquiétude, l'impressionnabililé sont devenus extrêmes. A l'exploration directe des organes, aucune lésion ne se trahit. Les malades ne s'alitent pas et quelquefois même conservent un appétit souvent exagéré ou désordonné. Cependant l'état du malade est loin d'être désespéré : un traitement efficace, la cessation de l'usage des préparations iodées permettent une prompte amélioration ; mais les traces du mal persistent longtemps. L'atrophie des seins et des testicules est définitive. Cependant les malades meurent rarement de marasme iodique.
Tel est le tableau des symptômes, dit M. Jlilliet.
Coindet ajoute une enflure notable des jambes. Le docteur Jahn présente les troubles iodiques sous des couleurs plus sombres.
MM. Coindet fils et Marc d'Espine insistent tous sur la boulimie.
b''~ IMOMCATIONS.
S IV. — Marche, durée.
Marche.— Tantôt la marche est lente et très insidieuse, tantôt elle est vive et franche dès le début. Quelquefois latente au début, la maladie devient tout à coup grave. 1
L'iodisme est toujours une maladie chronique. Sa plus courte durée est de six semaines, mais elle peut se prolonger jusqu'à six mois et plus. Le rétablissement complet se fait attendre plusieurs années.
§ V. — Pronostic et terminaison.
Lïodisme à début lent est généralement plus facile à guérir. Le pronostic repose en partie sur cette forme de début. II faut tenir compte de lage ; les sujets âgés sont plus gravement atteints. Le tempérament nerveux favorise aussi la gravité des symptômes. L'iodisme grave guérit le plus souvent ; cela est plus vrai encore pour les autres formes graves.
La terminaison presque toujours favorable n'exclut pas la mort. M. Jahn en cite deux cas, le docteur Gaffe un autre, Al. Marc d'Espine deux autres.
En somme, l'iodisme est une maladie pénible qui pendant longtemps trouble la vie des malades.
§ VI. — Anatoniie pathologique.
L'anatomie pathologique est encore à faire. M. Jahn, chez deux sujets, a trouvé la graisse disparue, les glandes sont presque fondues, ainsi que les ganglions mésentériques, les capsules surrénales, le foie, la rate et les ovaires.
§ VII. — Diagnostic.
De la boulimie, de l'amaigrissement, de la susceptibilité nerveuse, et surtout des palpitations survenant chez un goitreux feront soupçonner l'iodisme, bien que le malade nie avoir suivi un traitement iodé. En effet, dans aucune autre maladie on ne trouve réunis ces quatre ordres de symptômes. Si les uns ou les autres manquent, le diagnostic devient plus difficile. Pour l'établir, il faut distinguer la forme aiguë et la forme lente.
1° Au premier cas, la rapidité du pouls, l'amaigrissement rapide, la pâleur de la peau, l'essoufflement, sans boulimie, peuvent faire croire à la chlorose simulant la phthisie décrite déjà par M. Rilliet (1), mais la connaissance de la cause du mal, quelquefois la disparition rapide d'un goitre avec amaigrissement très prompt, l'apparence sénile chez les uns, puis les œdèmes et les autres signes de chlorose chez les autres, éclairent le diagnostic. Notons cependant que la chloro-anémie qui survient à la longue dans l'iodisme ne peut servir à éclairer le di?gnostic, qui ne peut se faire alors qu'au moyen des phénomènes spéciaux ou spécifiques de l'iode.
2° Dans le second cas, si la marche est lente, latente, on pourra soupçonner un diabète latent, ou un de ces états cachectiques qui précèdent quelquefois le moment où l'on peut constater la localisation positive d'une diathèse.
L'analyse chimique des urines répond aux doutes de diabète latent, sans polyuriè ni soif.
(l) Archivas do médecine, février 1885.