MALADIE ORGANIQUE CHRONIQUE DU COEUR, COMMENÇANTE
Antécédents de rhumatisme articulaire aigu, fébrile, polyurticulaire, généralisé, avec où sans coïncidence de signes évidents de péri- ou endocardite, avec traitement nul ou insuffisant.
Pleurésie ancienne de ce côté.
Plutôt à la pointe.
Quelques bruits imparfaits, plutôt sourds, indiquant des rugosités valvulaires.
Œdème.
Pouls dur, serré, vif.
Intermittences fausses; le pouls radial manque seul ; la contraction du cœur existe, elle a pu être incomplète, avortée.
Signes évidents ou obscurs, mais discernés par une oreille exercée.
Adultes, vieillards.
Rien d'analogue.
L'urine peut donner de l'albumine.
HYPOCHIINURIE.
Symptôme commun.
Absente.
Tendance à l'exagération.
Symptômes nerveux de date ancienne, lentement développés, en conformité avec les habitudes de découragement du malade.
Embonpoint souvent conservé.
Efforts du traitement moral seuls utiles.
§ VIII. — Causes.
1° Causes prédisposantes.
L'idiosyncrasie ou l'aptitude particulière des malades à ressentir les effets toxiques de l'iode est démontrée par les faits.
L'âge a son influence. L'iodisme constitutionnel est tout à fait exceptionnel dans • l'enfance. Passé quarante ans, on administre l'iode avec des craintes fondées, dans l'enfance l'inquiétude est sans objet. De quinze à trente ans l'iodisme est rare. Depuis trente ans le danger augmente avec l'âge jusqu'à soixante ans au moins.
Le sexe féminin offre le genre de tempérament qui prédispose à l'iodisme; le ; goitre y étant plus fréquent, le traitement iodé l'est aussi; il est donc naturel que les accidents soient plus communs que chez Y homme, toutefois celui-ci n'est pas • à l'abri de l'iodisme.
Condition sociale. — i M. Rilliet pense que les personnes de la classe aisée sont plus exposées à l'iodisme; peut-être parce que l'hygiène corporelle active y est un ' peu négligée, peut-être aussi parce que la vie oisive prédispose à l'explosion des accidents nerveux.
Constitution, tempérament. — La véritable cause de l'iodisme est dans la constitution. Il y a des personnes qui, pour l'iode, sont de véritables sensilives, cé sont les personnes à tempérament nerveux, nervoso- sanguin, car elles sont impressionnables et irritables.
ACCIDENTS OCCASIONNÉS l'AK L'iOlJE. — 10DISME. <5 5 5
V hérédité semble avoir sa part, on renconlre l'iodisme chez plusieurs membres d'une même famille.
Influence, du goitre, de son volume et de la rapidité de sa résorption. — M. Prévost, le collaborateur de M. Dumas, pensait que les accidents d'iodisme étaient le résultat de la trop prompte résorption du corps thyroïde et de l'introduction presque instantanée dans le torrent circulatoire de matériaux organiques qu'il rend responsables des accidents faussement attribués à l'iode lui-même. Cette théorie, M. Riliiet la justifie sans la partager comme M. Lebert, en disant que le fait du développement d'un goitre est déjà un signe de prédisposition à l'iodisme. En effet, les goitreux se trouvent dans tous les pays où l'iode fait défaut, comme l'a démontré M. Chatin. Ces malades doivent être, plus que tous les autres auxquels on administre l'iode (les syphilitiques par exemple), impressionnables à l'action d'un médicament dont leur constitution a le plus grand besoin et à l'action duquel elle se prêle avec avidité. Tous ces faits sont certains : Les goitreux sont plus exposés que d'autres à l'iodisme, pourvu toutefois qu'ils ne soient pas sous l'empire d'une autre diathès^e parallèle à celle qui a produit le goitre. L'iode administré seulement en vue d'une expérimentation à des personnes saines produira • ses effets atrophiques; administré au contraire à des syphilitiques, à desscrofuleux, le virus syphilitique sera anéanti dans ses effets tertiaires surtout, et l'économie reprendra ses forces sans être troublée en rien (Cullerier).
M. Ricord (1) exprime la même pensée en disant que l'iodure de potassium n'occasionne la plupart des accidents pathogéniques que si la dose d'iodure n'est pas en rapport avec le mal ou la capacité iodique du malade.
Le climat a son influence prédisposante. L'iodisme est rare à Paris et fréquent à Genève. C'est sans cloute parce qu'à Paris, l'iode est donné à des malades, et les goitreux de Genève ne sont pas à vrai dire des malades. Le goitre des patients de Genève est une prédisposition iodique absente chez les Parisiens. L'iode abonde à Paris dans les eaux ; il manque à Genève dans l'eau, l'air-et les aliments. Les Parisiens sont donc habitués à l'iode, les Génevois ne le sont pas. Les premiers ont V accoutumance, les seconds Y inaccoutumance, et par suite Vimpressionnabilité extrême.
Saison, constitution médicale. — L'iodisme semble plus fréquent en automne, son influence serait presque nulle au milieu des épidémies de variole, de fièvre puerpérale, de diarrhée.
2° Causes efficientes et directes.
Influence de la préparation et de la dose du médicament. — L'iodisme dépend-il de l'action spéciale de l'iode, ou de l'espèce de préparation, ou de l'exagération des closes ?
C'est au métalloïde lui-même et non pas à la préparation, à la dose ou au mode d'administration, qu'il faut attribuer les accidents.
Le mode d'administration et la dose ont cependant leur importance. M. Boinet a nié l'influence des petites doses, mais elle est démontrée par l'unanimité des
(1) Bulletin de l'Académie impériale de médecine, t. XXV.
médecins de Genève : MM. Coindet fils, Lombard, Bizot, Maunoir, Marc d'Espinc, etc. , etc. Tous donnent l'iode à doses très petites, mais très appréciables et non infinitésimales. En deux mois, la dose absorbée pour guérir les goitres les plus volumineux ne dépasse pas 10 centigrammes d'hydriodate de posasse. Les petites doses peuvent donner des accidents d'iodisme, d'où le conseil de Coindet père de donner les doses d'une manière intermittente. Un vingt-quatrième de grain est donné chaque jour pendant huit jours, puis interruption de quelques jours. On diminue la dose à mesure que le goitre diminue, on la suspend tout à fait dès que vient l'amaigrissement avec la boulimie et les palpitations.
Tous les médecins s'accordent à dire, que l'iodisme est plus fréquent chez les sujets traités à petites doses.
En somme, l'iodisme sera évité le plus ordinairement si le sujet est un enfant ou s'il est encore dans la première jeunesse, s'il présente une diathèse confirmée, s'il habite un pays iodé où le goitre n'existe pas, si le traitement est intermittent et les doses élevées.
Quelle est l'action intime de l'iode? Evidemment ihmodifie la nutrition, c'està-dire qu'il agit sur ces mouvements de composition et de décomposition, d'assimilation et de désassimilation qui constituent la vie.
Fréquence.' — Cette maladie est rare plus encore aujourd'hui qu'autrefois. Souvent elle est méconnue. Il est probable que bien des tentatives de diminution d'embonpoint ont été secondées par l'iode et ont amené des accidents soigneusement dissimulés.
Il est bon de rapprocher de cette pensée de M. Rilliet, l'iode produit l'amaigrissement, des cas où M.Ricord et M. Trousseau (1) démontrent jusqu'à l'évidence Y engraissement des malades par l'usage de Tiodure de potassium, même chez des habitants de la Suisse.
La fréquence de l'iodisme autrefois et sa rareté aujourd'hui tiennent très vraisemblablement aux précautions prises par les médecins de s'arrêter dans la médication dès que la boulimie commence.
§ IX. — Traitement.
En parcourant les causes, nous avons vu ce qui concerne le traitement préventif. Les contre-indications de l'iode sont encore la grossesse, dit Coindet, la disposition à la ménorrhagie, les maladies de poitrine menaçantes ou commencées, le marasme ou la fièvre lente, quelle qu'en soit la cause. Un tempérament impressionnable nerveux et nervoso-sanguin, enfin une certaine faiblesse de constitution doivent éveiller la circonspection du médecin.
Précautions. — 1° Avant tout, l'iode sera prescrit d'une manière intermittente. 2° Suspendre le traitement à la première apparition de symptômes d'iodisme constitutionnel : amaigrissement, boulimie, palpitations, état nerveux.
Hygiène. — L'hygiène clfcs malades doit être surveillée avec soin pendant le traitement par l'iode. M. Coindet fils recommande une alimentation tonique cl des excitants du système nerveux.
(1) Bulletin de l'Académie impériale de médecine, t. XXV, p. 1 37 et 438.