‹ Guide du médecin praticien, ou, Résumé général de pathologie interne et de thérapeutique appliquées [electronic resource] (volume 2)Chapitre 238 sur 344 · EMPOISONNEMENT PAR I.E CHLOROFORME. 66 L · texte numérisé non relu

EMPOISONNEMENT PAR I.E CHLOROFORME. 66 L

sentent les sujets ne mènent pas h l'abri des accidents toxiques, même au milieu des précautions les plus vigilantes.

§ II. — Anatomie pathologique.

Des bulles de gaz dans le cœur et les gros vaisseaux avec ou sans emphysème pulmonaire ; ou bien toutes les lésions de l'asphyxie ; un état gras ou flasque du cœur. Les lésions n'expliquent pas nettement la manière dont survient la mort; la sidération du cœur demeure seule vraisemblable.

Comment combattre l'influence toxique du chloroforme et comment la prévenir?

Le mode d'administration est important. M. Robert préfère les instruments au mouchoir. On mélangera une grande quantité d'air aux vapeurs de chloroforme surtout au début.

On considérera comme raisons de précautions et d'exclusion : la faiblesse, qu'elle soit due à l'âge insuffisant, ou trop avancé, ou au tempérament, ou à des altérations, ou à des pertes de sang, l'asthme, les affections du cœur, les plaies contuses graves, les plaies par armes à feu, et généralement celles qui frappent le système nerveux de cet épuisement qui suit toute commotion traumatique, l'obésité qui expose à la dyspnée de cause abdominale et à la surcharge graisseuse 'du cœur, et, par suite, à la faiblesse de ses contractions.

L& nature de l'opération pratiquée exclut le chloroforme quand elle expose a l'écoulement de sang dans les bronches, celles qui sont longues, comme les ligatures d'artères, parce que le malade a besoin de sa sensibilité pour sentir la présence du sang qui menace d'oblitérer ses bronches, ou pour avertir le chirurgien qu'il pince un nerf et non l'artère cherchée. De même pour les hernies étranglées parce qu'elles épuisent déjà le système nerveux par leurs douleurs énervantes

Les conditions actuelles sont la vacuité de l'estomac, les vêtements et surtout ceux du cou déliés, la position du malade horizontale.

Enfin on combattra les accidents actuels : l'amas des mucosités dans les voies aénferes, le spasme du larynx, la chute de la langue sur la glotte, l'agitation violente et l'emphysème qu'elle produit. Tous exigent la suspension immédiate des inhalations, et en outre les manœuvres suivantes :

1° L'aération, l'air que le malade respire étant plus ou moins imprégné de vapeurs de chloroforme ;

2° La position horizontale ;

3° Ranimer la respiration. C'est là le point principal, puisque nous n'avons pas d'action directe sur le cerveau ; on arrivera à réveiller la respiration par les pressions cadencées, par V électricité, par l'insufflât ion bouche à bouche, par l'insufflation au moyen d'un tube laryngien. M. Robert rejette l'usage du tube laryngien, parce qu'il est d'une introduction difficile, et n'hésite pas à dire que l'insufflation bouche à bouche ne sert à rien, parce que la plus grande partie de l'air insufflé passe dans l'œsophage, et celui qui pénètre dans les brouebes est incapable de vaincre la résistance des parois de la poitrine immobilisées.

h" La trachéotomie esl bien longue, mais préférable ;i l'insufflalion bouche à bouche.

5° On attirera la langue /tors de la bouche avec le doigt ou avec un crochet, parce qu'elle tombe sur l'orifice de la glotte.

()" L'électricité n'est véritablement utile que dans les premiers instants qui succèdent à l'arrêt de la respiration, mais la succession des parois suffirait alors. Mais il n'y a rien à attendre de l'électricité dans les cas de sidération du cœur.

7° Les révulsifs cutanés sont peu utiles, sans qu'il faille les exclure cependant.

Tous ces moyens sont bien insuffisants, leur valeur est dans la rapidité de leur emploi.

M. Çhassaignac (i) conseille d'obtenir toujours avant d'opérer ce qu'il nomme la tolérance anesthésique ; pour cela, il commence l'inhalation avec les précautions signalées par M. Sédillol et universellement adoptées. La période d'agitation survient, il la laisse passer en continuant l'inhalation, et le malade arrive à la période de collapsus. Aussitôt que cet état commence, il suspend complètement l'inhalation ; il attend que la respiration et le pouls se régularisent, et que le sujet soit plongé dans ce sommeil paisible qui succède de lui-même à l'excitation et au collapsus.

M. Ghassaignac affirme que, lorsque le malade est arrivé à cette période, il ne court aucune espèce de danger, quel que soit le temps pendant lequel elle se prolonge : c'est la période de tolérance. Arrivés à cet étal de saturation, les malades se maintiennent dans l'anesthésie avec des quantités minimes de chloroforme; en même temps ils conservent leur état de tolérance et sont à l'abri de tout danger.

Cet état de tolérance rencontre cependant des obstacles, quelques sujets n'y peuvent parvenir et sont pour ainsi dire réfractaires, ou n'obtient d'eux que les deux autres étals : l'excitation et le collapsus. L'état moyen, la tolérance, paraît ne pas exister pour eux.

Le moyen le plus propre à modérer les périodes d'excitation et de collapsus, à éviter leurs dangers et à obtenir presque d'emblée la tolérance, c'est de procéder à l'exhalation avec lenteur, graduation et ménagement.

DE l'étheh. .

[L'éther apporte dans le système nerveux un trouble et une excitation qui se traduisent par des mouvements désordonnés. Ces troubles graves surviennent quand l'intelligence est abolie, mais avant que l'insensibilité soit produite. Cet agent est donc dangereux sans être bien profitable. L'insensibilité est si légère quand elle arrive, que les premières incisions de l'opération ont le plus souvent suffi pour faire renaître la sensibilité au milieu des convulsions.

L'éther produit un empoisonnement moins violent que celui du chloroforme ; celui-ci est hyposthénisant et donne de la cardialgie avec tendance à la syncope; l'éther ne produit rien de semblable. Cependant il y a des cas de mort par l'éther.

M. A. Robert conseille de mélanger l'éther au chloroforme.

Les accidents de l'éther seront utilement combattus par les moyens usités contre ceux du chloroforme.]

(I) Recherches cliniques sur le chloroforme, Paris, 1833.

Page 1