‹ Guide du médecin praticien, ou, Résumé général de pathologie interne et de thérapeutique appliquées [electronic resource] (volume 2)Chapitre 237 sur 344 · EMPOISONNEMENT PAR LE CHLOROFORME · texte numérisé non relu

EMPOISONNEMENT PAR LE CHLOROFORME

l'usage des inhalations chloroformiques. L'histoire des empoisonnements par l'alcool (1) s'applique au moins pour les généralisations à l'élude du chloroforme.

Il y a toutefois celte différence que ces substances qui produisent si rapidement Yanesthésie sont tellement volatiles, que l'on en absorbe une grande quantité en peu de temps! Aussi les phénomènes qu'ils déterminent sont-ils plus rapides cl plus profonds que dans l'ivresse. Par suite, leur durée est beaucoup plus courte. Enfin, pour compléter l'analogie, l'ivresse poussée à ses dernières limites donne la mort. Donc à l'intensité et à la durée de l'action près, les anesthésiques et les liqueurs alcooliques agissent d'une manière analogue.

Si donc on considère d'une manière philosophique les phénomènes produits par les anesthésiques, il n'est pas possible de méconnaître qu'une substance qui abolit la sensibilité, cette avant-garde qui veille à la conservation de la vie, doit être éminemment toxique et peut amener la mort (2).

1° De l'asphyxie. — Suivant M. Maisonneuve, on peut l'observer au déliât chez les malades qui, pleins de confiance, aspirent trop vite et trop largement les vapeurs anesthésiques. Dans cette variété d'asphyxie, la sidération est instantanée, les lèvres deviennent bleues, les membres flasques; le malade mourrait, si des soins immédiats n'étaient administrés.

Cette proposition renferme une confusion des phénomènes de l'asphyxie avec ceux de Y empoisonnement par le chloroforme aspiré en trop grande quantité. L'asphyxie, pour se produire, exige l'insuffisance de l'air, ou son absence complète. Or, l'air est bien diminué, mais non suffisamment pour produire l'asphyxie.

2° L 'asphyxie dans la période dite d'excitation, admise par M. Maisonneuve, est contestée par M. A. Robert, qui voit encore un empoisonnement dans, les accidents dout parle M. Maisonneuve.

3° Une troisième espèce d'asphyxie a été signalée par M. Bouisson, de Montpellier (3). « Elle est due, dit-il, aux sécrétions bronchiques exagérées qui oblitèrent les tuyaux bronchiques sans que la muqueuse anesthésiée avertisse de ce danger. » Dans ce cas, il suffit d'un peu d'allention pour éviter de prolonger les inhalations. On n'observe pas la mort à la suite de cet accident, il paraît toujours possible d'en prévenir les effets par la prudence.

ti° De la syncope. — Les accidents qui s'y rattachent sont plus communs et plus fâcheux que ceux que les auteurs font, naître de l'asphyxie.

La syncope par émotion, en présence de toute opérai ion chirurgicale, chez les personnes nerveuses, doit être mise hors de cause.

La syncope par chlorose dont les causes sont seulement mises eu jeu par les premières inhalations de chloroforme, constitue une variété à part, facile à distinguer, et d'où naissent des contre-indications dans l'emploi ou des indications dans le traitement des accidents du chloroforme.

La syncope par hémorrhagie se préjuge à sa cause, elle a donc son cachet distinct if comme les autres.

Le danger de ces syncopes est bien moindre que celles de l'empoisonnement.

(1) V. Racle, De l'alcoolisme, thèse pour l'agrégation, I8C0-

(2) A. Robert, Conférences de clinique Chirurgicale, faites à l'Hôtel-Dieu, 1860.

(3) Traité de la méthode aneslhésique appliquée à In chirurgie et aux différentes branohos de l'art de guérir. Paris, 1850.

La syncope ordinaire cède au traitement vulgairement usité contre elle, parce que les téguments ont conservé leur impressionnabilité; on peut avec avantage les stimuler.

La syncope chloroformique, au contraire, plus complète, née sous l'influence de deux causes et même d'un plus grand nombre, est plus brusque dans son invasion, plus instantanée dans sa marche et ses progrès, puisqu'en un moment la vie est presque éteinte, et enfin, par-dessus tout, son traitement est d'une difficulté extrême, puisque l'anesthésie des téguments rend les révulsifs impuissants.

En outre, la syncope ordinaire trouve en elle-même une guérison, une suppression de sa cause : avec elle l'émotion, la position verticale, etc., cessent; au contraire, la syncope chloroformique est entretenue, même après la suspension des inhalations : c'est que le sang demeure encore quelque temps chargé des vapeurs anesthésiques, et son cours étant suspendu, il n'en demeure pas moins en contact avec des tissus, avec le cerveau et surtout avec le cœur, dont il siupéfie L'énergie vitale.

L'élimination du chloroforme se l'ait cependant avec une rapidité extrême, il s'évapore a la surface des cellules pulmonaires, et probablement par les autres voies d'excrétion.

La syncope ou la mort chloroformique consécutive ou tardive est celle qui survient quand depuis plus ou moins longtemps les inhalations ont été suspendues ; le malade est revenu à lui-même depuis quelques heures, et tout à coup on le trouve mort dans son lit ou dès qu'il se lève. Puis, à l'autopsie, tous les organes sont gorgés de sang, les cavités cardiaques remplies d'un sang mélangé de gaz, et les poumons emphysémateux.

La mort pur emphysème et par pénétration d'un gaz dans les vaisseaux veineux semblerait donc admissible dans ce cas, mais M. Robert s'élève contre celte interprétation. La surexcitation nerveuse la plus violente avait frappé les malades atteints de syncope tardive, vraisemblablement ils ont succombé au collapsus mortel qui peut suivre les surexcitations violentes.

5° De la sidération. — Si rapide que soit encore la syncope, il est des cas où le malade succombe plus rapidement encore. Ainsi l'inhalation est bien tolérée par un sujet, son action est modérée, la respiration libre, le pouls naturel ; tout à coup, sans signes précurseurs, Je pouls cesse de battre, la respiration ne tarde pas à s'arrêter, le visage est pâle, les pupilles dilatées, il est mort. Dans la syncope ordinaire, ces symptômes sont des avertissements qui permettent d'intervenir à temps.

Bans la sidération, au contraire, l'organisme est mortellement frappé tout d'un coup par la paralysie du cœur. Cette explication est complétée par la suivante, c'est que le chloroforme, tout en supprimant la douleur, n'en laisse pas moins persister le retentissement du traumatisme sur l'économie. Ce retentissement, joint à l'affaissement aneslhésique, peut amener une syncope grave ou la mort que le chloroforme n'eût pas produites à lui seul. M. Robert attribue toute la puissance toxique du chloroforme à son action hyposthénisante sur le cœur, qui se trouve tout à coup paralysé dans ses mouvements, d'où, suivant la rapidité et la régularité de celte action, les divers degrés de la syncope et de la sidération.

Les susceptibilités individuelles rt la différence d'énergie vitale que pré-

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