EMPOISONNEMENTS EN GÉNÉRAL
L'étude des empoisonnements est vaste et compliquée ; les travaux d'une importance majeure, entrepris depuis le commencement de ce siècle, ne peuvent pas encore être résumés de manière à satisfaire toutes les exigences de la science; il fàul nécessairement que le médecin qui veut bien connaître tout ce qui se rapporte à la toxicologie descende dans les détails de ces ouvrages et les étudie avec soin. Aussi notre intention n'est-elle pas de donner ici une histoire complète des empoisonnements. Nous indiquerons les cas principaux dans lesquels le médecin, se trouvant appelé pour des accidents graves et brusques produits par les substances toxiques, a besoin d'avoir présents à l'esprit un certain nombre de préceptes d'une application immédiate.
ZSous allons poser les problèmes qui doivent être promplement résolus par le praticien appelé auprès d'une personne empoisonnée ; la division de cette partie de l'ouvrage en découlera naturellement.
Le médecin appelé auprès d'une personne empoisonnée doit : 1° reconnaître quelle est la nature du mal ingéré : de là la nécessité de quelques expériences et de quelques observations sans lesquelles le traitement pourrait être non-seulement inutile, mais nuisible ; 2° juger, d'après les symptômes et les autres circonstances, s'il faut évacuer le poison, insister sur l'administration des contre-poisons, ou avoir recours au traitement des symptômes consécutifs; 3° appliquer le traitement qui convient aux désordres consécutifs occasionnés parles substances toxiques.
l'Ienck (1), Biodie (2), .1. Frank, Fodéré, Ghaussicr, etc., nous ont laissé des recherches utiles sur ce sujet si important ; mais c'est à Orlila (3) que sont dues les premières recherches complètes, et qu'il faut rapporter l'honneur d'avoir établi sur les bases solides d'une méthode expérimentale, plus généralement et plus habilement appliquée qu'on ne l'avait l'ail avant lui, la science toxicologique. Dans
(I) ToxieOlogia. Vienne, 1801.
[2, Trans. phil., 18M-12.
(3) Toxicologie générale, 5e '''(lit. Pâriâ, 1852, 2 vol. in -S. — Traite de médecine légale. Paris, 1842, 4 vol. in-8.
ces dernières années, de nombreux et intéressants travaux dus à MM. Briand (l) Devergie, Flandm et Danger, Bouchardat, Mialhe, Chevalier, Orfila et Tardieu sont venus jeter une nouvelle lumière sur quelques-uns des points obscurs et non suffisamment étudiés qui restaient encore (2). Ce que nous allons dire ne sera qu un extrait succinct de ces travaux auxquels on ne saurait trop engager de recourir, car il s'agit des questions les plus délicates que le médecin ait à résoudre