CONSIDÉRATIONS GÉNÉRALES SDR LES EMPOISONNEMENTS
Il résulte de ce que nous avons dit des intoxications, que nous réservons le nom d empoisonnement proprement dit aux accidents immédiats, et généralement rapides, qui résultent de l'ingestion ou de l'absorption d'un poison. Nous n'attachons pas à cette division d'autre importance que de séparer les accidents chroniques des accidents aIgus pour lesquels il faut se décider promptement, et qu'il est utile de grouper.
Lorsqu'on est appelé auprès d'un homme empoisonné, on a d'abord à rechercher quelle est la nature du poison; mais c'est un point que nous ne devons pas traiter ici, parce que les divers genres de poisons donnent lieu à des phénomènes particuliers. Il faut les étudier séparément sous ce point de vue.
Il est un certain nombre de signes généraux qui peuvent faire soupçonner, mais seulement soupçonner l'empoisonnement. M. Dorvault (3) les résume comme il suit :
Signes généraux de V empoisonnement. — « On devra soupçonner un empoisonnement toutes les fois que le malade se plaindra d'une odeur nauséabonde et infecte, ou d'une saveur désagréable, acide, alcaline, acre, d'une chaleur brûlante dans le gosier et l'estomac ; que la bouche sera sèche ou écumeuse; que les lèvres cl les gencives seront livides, jaunes, blanches, rouges ou noires ; qu'il y aura des rapports, des nausées, des vomissements plus ou moins fréquents de matières muqueuses, bilieuses ou sanguinolentes, blanches, jaunes, vertes, bleues, rouges, bouillonnant sur le carreau, rougissant ou verdissant la couleur de tournesol; qu'on observera des hoquets, de la constipation ou des déjections alvines plus ou moins abondantes; que le pouls sera fréquent, petit, serré, irrégulier, la soif ardente, la respiration difficile ; que les sueurs seront froides, l'émission des urines difficile. On tiendra compte encore de l'altération de la physionomie, de la couleur pale, livide ou plombée de la face, de la perte de la vue et de l'ouïe, de l'état des yeux, de l'agitation générale, de l'altération de la voix. »
Orfila divise les poisons en quatre grandes classes ainsi qu'il suit: 1° poisons irritants, 2° poisons narcotiques, 3° poisons narcotico-âcres, h" poisons septiques ou putréfiants. Dans la première classe nous trouvons, parmi les minéraux, les préparations mercurielles, arsenicales, antimoniales; les préparations de cuivre,
(1) Manuel complet de médecine légale, suivi d'un Traité de chimie légale, par H. Gaultier de Claubry, 6e édit., 185S.
(2) C'est surtout dans la collection des Annales d' hygiène publique cl de médecine légale (Paris, 1829 à 1860) que se trouve la plus grande masse des laits propres à éclairer les médecins appelés à faire des rapports devant les tribunaux.
(3) L'officine- Paris, 1858, p. 71 S.