INDICATIONS A SUIVRE
« Le poison étant reconnu, la première indication à remplir est, dit-il, de l'évacuer. On emploie pour cela les émétiques, les éméto-cathartiques, les pjurr/at ifs et la sonde œsophagienne, ou bien l'appareil suivant imaginé par M. Honoré Gay (2).
» Ce médecin réunit deux sondes œsophagiennes, de manière à n'en former qu'une seule d'une très grande longueur, à l'aide d'un tube de verre long de 8 centimètres, qui entre à frottement dans ces sondes, de 3 centimètres de charme côté, et sur lequel on fixe très exactement les deux sondes par quelques tours de cordonnet plat, de sorte que l'air ou le liquide ne puisse trouver un passage. Chaque sonde a 70 centimètres de longueur et 8 millimètres de diamètre intérieur dans toute son étendue; ces sondes n'ont pas de pavillon. L'une d'elles offre trois orifices à son bec : un terminal, deux latéraux alternes et très rapprochés du dernier; ces orifices ont un diamètre un peu moindre que celui de la sonde elle-même; l'autre n'a au contraire qu'une ouverture inférieure terminale.
» Pour faire usage de cet appareil, on introduit la sonde par l'extrémité à trois orifices inférieurs, préalablement recouverte d'huile, dans la bouche, l'arrièrebouche, l'œsophage, et même assez avant dans l'estomac. La sonde introduite, on relève l'extrémité extérieure, assez seulement pour que son ouverture soit audessus de la bouche du malade; on verse alors le liquide destiné à laver l'estomac à l'aide d'un entonnoir à douille très courte. S'agit-il de vider l'estomac, l'entonnoir étant encore plein ainsi que le tube, on comprime fortement l'orifice de la sonde, immédiatement au-dessous de la douille de l'entonnoir, entre le pouce et l'index d'une main, pour s'opposer à la chute du liquide, et au même instant on abaisse vivement la sonde, tandis que, de l'autre main, on enlève l'entonnoir. Cette manœuvre détermine l'amorcemcnt du siphon cl; l'évacuation instantanée (In liquide.
» La seconde indication, c'est d'administrer le contre-poison. La troisième indication, c'est de prodiguer à l'empoisonné les soins médicaux que réclame son état, et qui se divisent en soins généraux qui conviennent à tous les empoisonnements et en médications propres à charpie empoisonnement en particulier.
(1) Annuaire de thérapeutique. Paris, 1847.
(2) Abeille médicale, décembre 1847.
» 1° Pour évacuer le poison, on a le plus souvent recours au tartre s#bié ■ on donne 5 centigrammes d'émétique dissous dans un demi-verre dleau ; on répète celle dose trois ou quatre fois à quelques minutes d'intervalle ; on fait boire beaucoup d'eau tiède, et il est souvent à propos de favoriser le vomissement par la titillation delà luette. Si l'on n'a pas d'émétique, on peut le remplacer par 20 centigrammes de sulfate de cuivre dissous dans deux cuillerées d'eau ; on réitère celte dose; quelquefois ce vomitif est préférable, parce qu'il agit plus rapidement.
» Quand le poison est insoluble, et qu'on peut penser avec raison qu'il a franchi l'estomac et qu'il se trouve dans l'intestin grêle, on doit préférer un émétocathartique. On fait dissoudre 20 centigrammes de tartre stibié, et 60 grammes de sulfate de soude ou de magnésie dans un litre d'eau, et l'on administre rapidement par verrées. On a conseillé encore assez souvent, dans les empoisonnements par les substances végétales nuisibles, d'administrer de fortes solutions de sel marin, qui agissent comme éméto-calhartiques : 50 grammes de sel marin par litre d'eau. Ce moyen peut être infiniment précieux; car on a toujours du sel sous la main, et l'on ne saurait administrer trop loi un évacuant.
>» Quand le poison a été pris sous forme de lavements, et qu'il est parvenu dans le gros intestin, il faut avoir recours aux lavements purgatifs. Celui qu'on doit préférer dans ces conditions doit être préparé avec 20 grammes de séné, 50 grammes de sulfate de soude, 500 grammes d'eau ; ce lavement convient infiniment mieux que les drastiques plus énergiques, dont l'action est plus lente, et que j'ai vu souvent prescrire sans succès. Lorsqu'on ne fait, pas apparaître les vomissements à l'aide des émétiques, il est convenable, quand le poison est encore dans l'estomac, d'introduire dans cet organe une sonde œsophagienne, à laquelle est adaptée une pompe aspirante.
» 2° Le contre-poison est pour moi la substance qui forme une combinaison insoluble ou inoffensive avec la partie active du poison ingéré. Il est quelques règles générales sur l'emploi des contre-poisons que nous allons rappeler. xUitant que faire se pourra, il faut donner la préférence à un contre-poison d'une complète innocuité, et qu'on puisse se procurer immédiatement partout. 11 faut, en général, administrer le contre-poison en quantité beaucoup supérieure à celle qui est strictement nécessaire pour opérer la neutralisation chimique du poison, et cela par plusieurs raisons : en effet, le contre-poison pourra être rejeté presque aussitôt son administration, et, dans les cas les plus heureux, on doit considérer (pie la plupart des combinaisons insolubles ne le sont qu'à la limite, et elles ne le sont que relativement; puis, comme il faut une action rapide, une grande masse de contre-poison sera beaucoup plus efficace pour envelopper de toute partie poison, et pour déterminer la prompte formation de la combinaison insoluble ou inoffensive.
» Il est plusieurs contre-poisons qui, quoique formant avec les poisons des combinaisons extrêmement peu solubles dans l'eau, ne sont cependant pas d'une complète efficacité; ces- combinaisons, avec le temps, peuvent être lentement dissoutes dans l'appareil digestif, et amener la continuité des accidents. Il convient, dansées cas, d'insister sur la médication évacuante après l'administration du contre.' poison.
EMPOISONNEMENTS EN GÉNÉUAL. 671
» Quand le poison a pu traverser l'estomac et pénétrer dans l'intestin grêle, toutes choses égales d'ailleurs, il faut préférer un contre-poison insoluble à un contre-poison soluble dont l'effet pourrait se limiter à l'estomac.
» 3° Un empoisonnement est une maladie déterminée par une cause connue; il faudra la combattre par tous les moyens rationnels, dont l'expérience a constaté l'efficacité. Dans presque tous, pour ne pas dire dans tous les empoisonnements, la mort arrive par suite de troubles considérables qui se manifestent dans les grands appareils de la circulation et de la respiration. Il faudra donc surveiller ces fonctions, dont l'exercice continuel est indispensable au maintien de la vie, et mettre tout en œuvre pour qu'elles ne se suspendent pas, même momentanément; car cette suspension prolongée, c'est la mort.
» On ranime la circulation en réchauffant la, peau à l'aide de couvertures chaudes, de frictions sèches, de boules d'eau tiède, de sinapismes promenés sur divers points; quelquefois il est utile de pratiquer une petite saignée. On facilite la respiration par l'introduction d'un air pur en quantité suffisante, par des pressions alternatives sur les parois du thorax, par des insufflations d'air, par des commotions galvaniques convenablement employées. Quand les organes sécréteurs éliminent facilement de l'économie les poisons absorbés, il est important d'augmenter, s'il est possible, l'activité de ces organes, comme Orfila l'a fait, en recommandant les diurétiques dans les cas d'empoisonnement par les antimoniaux et les arsenicaux, qui sont éliminés par les reins, comme nous l'avons fait en prescrivant les remèdes qui agissent en provoquant l'évacuation de la bile quand les poisons sont séparés par le foie, ce qui arrive à presque tous les poisons minéraux.
» Quand le poison est absorbé, il ne peut être facilement et promptement éliminé de l'économie ; si l'on ne peut le poursuivre dans le sang avec le contre-poison, il faut avoir recours à des remèdes ou agents dynamiques, dont l'action n'est pas nuisible et peut se substituer à l'action dynamique fâcheuse du poison. C'est ainsi que le café agit dans le cas d'empoisonnement par l'opium. »
Un pharmacien de Montpellier (1) engage à administrer dans les cas où le poison a été absorbé, et dans lesquels on n'a pu déterminer sa nature, le mélange suivant :
If Magnésie calcinée.
Charbon pulvérisé.
De chaque parties égales dans
Eau
Sesquioxyde de fer.
Celte l'on n ide offre d'autant plus de chances d'efficacité qu'elle renferme des antidotes, qui s'appliquent à plusieurs des poisons les plus actifs, et en même temps les plus communs.
(1) Hullelin général de thirapculiqitc, 18 janvier 18o2.
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