‹ Guide du médecin praticien, ou, Résumé général de pathologie interne et de thérapeutique appliquées [electronic resource] (volume 2)Chapitre 253 sur 344 · EMPOISONNEMENT PAR LES PRÉPARATIONS MERCURIELLES · texte numérisé non relu

EMPOISONNEMENT PAR LES PRÉPARATIONS MERCURIELLES

Signes de l'empoisonnement par les préparations mercurielles.- — Saveur métallique, acre ; sentiment de brûlure et de constriction à la gorge; constriction de l'estomac et des inteslins; nausées, vomissements dont la matière ne bouillonne pas sur le carreau, et n'agit pas sensiblement sur le papier de tournesol ; rapports fréquents et fétides, hoquet; urines difficiles; douleur et tuméfaction du ventre; déjections alvines as^ez souvent sanglantes ; pouls petit, serré, quelquefois inégal, quelquefois fort. Crampes, froid des extrémités, prostration ; décomposition de la face, parfois érection du pénis ; inflammation de la bouche et du pharynx, et salivation.

Ces symptômes se rapportent principalement à V empoisonnement par le deutochlorure de mercure (sublimé corrosif), mais il n'y a pas lieu d'indiquer avec détail les empoisonnements par les autres sels. Ils ne diffèrent, en effet, que par la plus ou moins grande violence des accidents, et la raison en est bien simple : c'est que, comme l'a démontré M. iVlialhe (1), une partie de ces sels de mercure introduite dans l'économie est changée en deuiochlorure, et que cette partie est la seule active, soit comme médicament, soit comme poison.

Traitement. — Nous allons indiquer celui que propose M. Bouchardat; nous y joindrons quelques moyens conseillés par d'autres auteurs.

« Orfila a découvert que Yalbumine était un excellent contre-poison du sublimé corrosif; en effet, son efficacité a été reconnue dans de nombreuses expériences : c'est une substance d'un emploi fréquent, à la portée de tout le monde, d'une complète innocuité.

» Dès les premiers symptômes qui caractérisent l'empoisonnement mercuriel, (1) Art de formuler, Paris, 1845, p. cLXXiv et suiv.

EMPOISONNEMENT PAK LES PRÉPARATIONS MERCURIELLES. 67f>

ou fera prendre au malade quelques verres de blancs et de jaunes d'œufs délayés dans l'eau. On évitera de donner un grand excès d'albumine, qui, si elle n'était pas vomie, pourrait dissoudre une petite partie du précipité à mesure qu'il se formerait.

» Il sera bon de faire avaler en même temps, ou le plus tôt qu'on pourra s'en procurer, cinquante grammes de gelée de persulfure de fer, ou dix grammes de fer réduit -par l'hydrogène, dont nous avons, M. Sandras et moi, démontré l'efficacité dans les cas d'empoisonnement par les sels mercuriels.

» Il est indispensable de favoriser les vomissements et les évacuations alvines par d'abondantes boissons aqueuses ou mucilagineuses. Cullerier a pu sauver deux cents malades qui avaient pris un excès de sublimé corrosif, en leur faisant avaler à chacun, dans les vingt-quatre heures, sept à huit litres de lait, de décoction de graine de lin et d'eau tiède. »

Nous venons de voir que MM. Bouchardat et Sandras ont une grande confiance dans l'hydrate de persulfure de fer; mais M. Mialhe, dont les expériences ont fait connaître le sulfure de fer hydraté comme le meilleur contre-poison des sels de mercure, regarde la substance recommaudée par les 'deux expérimentateurs précédents comme un protosulfure impur, et pose en principe qu'il faut recourir exclusivement au protosulfure de fer hydraté. Ce contre-poison a la sanction d'Orfila, qui a reconnu (1) que le protosulfure de fer anéantit complètement les propriétés vénéneuses du sublimé corrosif, s' 'il- est administré à dose suffisante immédiatement après l'ingestion de ce poison, et qu'il est inefficace s'il n'est donné qu'au bout de dix ou quinze minutes.

Il suit de là que l'on doit toujours regarder l'albumine comme un coutre-poison précieux, parce qu'on peut presque toujours se la procurer plus promptement que le sulfure de fer hydraté.

Voici comment, d'après M. Mialhe, on prépare le protosulfure de fer hydraté :

« On fait dissoudre une quantité quelconque de protosulfate de fer pur dans au moins vingt fois son poids d'eau distillée privée d'air par l'ébullition, et l'on opère la précipitation du sel ferreux au moyen d'une quantité suffisante de sulfhydrate de soude ou d'ammoniaque également dissous dans l'eau distillée non aérée. On lave ensuite, avec de l'eau pure bouillie, le protosulfure obtenu,, et on le conserve dans un flacon bouché à l'émeri, plein d'eau distillée. La recommandation doit être exécutée à la lettre, ce composé ayant la plus grande tendance à passer à l'état de sulfate, et non à l'état de persulfure, comme on l'a indiqué dans quelques écrits estimables qui en ont parlé après ma publication. »

Les autres empoisonnements par les sels mercuriels doivent être traités de la même manière ; il n'y a qu'une exception , elle est relative à l'empoisonnement par le cyanure de mercure. Dans cet empoisonnement, l'hydrate de protosulfure de fer ne suffit pas ; mais M. Mialhe a trouvé le véritable contre-poison, qui consiste à ajouter à l'hydrate de sulfure de fer environ le quart de son poids de magnésie calcinée.

M. le docteur Poumet recommande le protochlorure d'étain contre l'empoisonnement mercuriel; maisOrlila (2) fait remarquer : 1» que le protochlorure d'étain

(1) Journal de chim. rnéd.

(2) Bulletin de l'Acad. de méd., 29 juin 18*7, t. XÎI, p. 831.

intoxications!

( st une substance qu'on n'a passons la main et qu'on ne peut se procurer qu'au bout d'un certain temps, de telle sorte qu'on peut laisser passer le moment opportun, qui est très court dans l'empoisonnement par le sublimé, par exemple; 2° que le protochlorure d'étain est lui-même un sel vénéneux, que par conséquent si on l'administre après le moment opportun, on ajoute un poison à un autre poison; 3° que s'il s'agit d'un autre empoisonnement, tel que l'empoisonnement par l'arsenic, le plomb, le cuivre, on ne peut qu'augmenter le mal. Or le diagnostic n'est pas toujours facile. Ces considérations sont toutes pratiques, et doivent déterminer le praticien a renoncer à la substance proposée par M. Poumet.

Quant au traitement des accidents consécutifs, il n'est pas encore parfaitement fixé. Les uns veulent, et c'est la majorité, qu'on s'oppose aux effets irritants par les antiphlogistiques, et les autres qu'on emploie les stimulants et les toniques. Cette dernière médication est fondée sur les idées de contro-stimulisme de l'école italienne, idées théoriques qui ne sont pas suffisamment établies sur les faits, et contre lesquelles Orfila a accumulé les preuves expérimentales.

ARTICLE X

TREMBLEMENT MERCURIliL.

La salivation mercurielle doit être rapportée à une intoxication ; mais nous en avons parlé dans un précédent volume (1). Quant à Yhydrargyrie, nous avons dit, en décrivant les maladies de la peau, qu'elle n'est autre chose qu'un eczéma aigu; il ne nous reste donc à parler que du tremblement mercuriel.

Les travaux sur cette maladie sont peu nombreux; les plus importants sont ceux deMérat (2), et de M. Al. Colson (3).

§ I. — Définition, synonymie, fréquence.

Cette affection, à laquelle on a aussi donné le nom de tremblement des doreurs, est caractérisée par des convulsions occupant une plus ou moins grande étendue du corps, sans autre accident remarquable, du moins dans la très grande majorité des cas. Avant l'emploi des moyens prophylactiques mis en usage aujourd'hui, la maladie était très fréquente; elle l'est devenue moins encore depuis qu'on a découvert les procédés électro-chimiques pour la dorure des métaux {h).

§ IX. — Causes.

L 'absorption du mercure vaporisé est la cause principale du tremblement mercuriel ; c'est elle qui produit la maladie chez les doreurs sur métaux, les ouvriers

(1) Yoy. tome II, Slomalite mercurielle.

(2) Mémoire sur le tremblement des doreurs sur métaux (Journ. de mèd., par Corvisart, 1804, t. VIII, p. 391). — Traité de la colique métallique . Paris, 1812.

(3) Archives gén. de méd., 1827, t. XII, XIV, XV.

(4) Vemois, Traité pratique d'hygiène industrielle et administrative. Paris, 1860. t. 1, p. 586 el 587.

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