‹ Guide du médecin praticien, ou, Résumé général de pathologie interne et de thérapeutique appliquées [electronic resource] (volume 2)Chapitre 254 sur 344 · TREMBLEMENT MERCURIEL · texte numérisé non relu

TREMBLEMENT MERCURIEL

des manufactures de glaces, les chapeliers, les ouvriers qui exploitent les mines de mercure. Plusieurs faits prouvent que l'absorption par d'autres voies peut produire le même effet ; mais cela n'est pas fréquent. M. Colson a rapporté des cas dans lesquels le tremblement est survenu après l'usage de la liqueur de Van-Sioieten, ou de frictions sur la peau. Les infirmiers qui pratiquent ces frictions peuvent euxmêmes contracter la maladie.

La malpropreté , le froid et l'humidité, paraissent prédisposer à cette affection. On a rangé parmi ses causes les vives émotions morales. On a aussi remarqué que le tremblement mercuriel est plus fréquent l'hiver, ce qui lient sans doute, non-seulement à l'action du froid, mais à la nécessité où sont les ouvriers de se tenir renfermés dans des salles closes et pleines de vapeurs mercurielles.

S III. — Symptômes.

Dans quelques cas rares, la maladie débute d'une manière brusque; mais le plus souvent le malade ressent d'abord un peu de faiblesse, moins de sûreté dans les mouvements, et ce. n'est qu'au bout d'un temps plus ou moins long que le tremblement se présente avec tous ses caractères. L'affection se déclare en premier lieu dans les membres supérieurs, puis elle attaque les membres inférieurs, les lèvres, la langue et les muscles de la face.

Le tremblement consiste en petites secousses rapides et continuelles, qui agitent principalement les membres. Si l'on fait étendre les bras en avant, ce tremblement est très sensible aux extrémités, et si l'on fait garder pendant quelque temps cette position, on voit que les secousses vont sans cesse en augmentant; si l'on fait tenir le sujet debout, on voit les genoux trembler de la même manière. Lorsque la maladie est médiocrement intense, les symptômes se bornent là, et le malade peut, encore se servir de ses bras pour les besoins ordinaires de la vie, en ayant soin toutefois de prendre quelques précautions, comme le l'ont les personnes affectées de simples tremblements nerveux.

Lorsque l'affection est plus intense, les malades ont de la difficulté à saisir les objets, parce que le tremblement dévie les mains des points vers lesquels elles veulent se diriger. S'ils cherchent à porter quelque chose à leur bouche, ils ne peuvent le faire qu'à plusieurs reprises, la flexion n'ayant lieu que par secousses, et ils sont exposés à répandre le liquide contenu dans le vase qu'ils tiennent à la main. A un degré plus élevé encore, les contractions étant plus étendues et plus brusques, les malades sont exposés à se frapper le visage quand ils veulent porter leur main à leur bouche, et ils ne peuvent plus boire et manger seuls. Des phénomènes analogues se manifestent dans les jambes suivant le degré de la maladie. En outre, les lèvres et la langue étant agitées du même tremblement à divers degrés, il y a de l'embarras dans la parole, parfois du bredouillement. Enfin on observe quelquefois le grimacement de la face par suite des contractions spasmodiques des muscles. Chez quelques-uns la mastication est impossible, et, dans un nombre de cas peu considérable, la maladie peut occasionner l'insomnie, le délire, l'affaiblissement de l'intelligence, l'obtusion de plusieurs se7is, et même la perte de connaissance momentanée. On a vu aussi des cas dans lesquels la respiration était pénible et convulsive. Du reste, l'appétit se conserve presque toujours, bien que

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quelquefois la langue soit pâteuse. Quant au pouls, il a ordinairement ses caractères normaux; quelquefois il est lent et un peu fort.

§ IV. — Marche, durée, terminaison de la maladie.

La marche de la maladie est essentiellement chronique ; la durée est longue en général, même quand on soumet le malade à un traitement efficace ; les récidives sont fréquentes chez les sujets qui reprennent leurs travaux, et même une première attaque prédispose aux secondes, et ainsi de suite.

M. Burdin (1) est le seul qui ait cité des cas de terminaison par la mort; cette terminaison n'a lieu que chez les individus qui continuent leur état : elle survient, soit à la suite d'une cachexie mercurielle, soit à la suite d'une hémorrhagie cérébrale.

§ V. — Diagnostic, pronostic

Deux maladies seulement peuvent être confondues avec le tremblement mercuriel : c'est le tremblement nerveux et la chorée ; mais ce diagnostic n'offre pas de grandes difficultés. Dans le tremblement nerveux, en effet, il n'y a aucun signe de cachexie mercurielle; et dans la chorée, qui survient sur des individus jeunes, qui n'attaque souvent qu'un côté du corps, il y a des mouvements convulsifs désordonnés qui ne ressemblent pas aux petites secousses successives du tremblement mercuriel.

Pronostic. — Le pronostic n'est réellement grave que dans les cas où le malade, ayant déjà eu plusieurs attaques et présentant, à un certain degré, les signes de la cachexie mercurielle, ne renonce pas aux métiers dans lesquels on emploie le mercure.

§ VI. — Traitement.

En première ligne, nous devons placer les sudorifîques ; les auteurs qui ont étudié particulièrement cette maladie en ont, en effet, constaté l'efficacité. Ainsi on prescrira la tisane de salsepareille, de gaïac, de squine, de sassafras, que l'on pourra édtilcorer avec le sirop de Cuisinier. On peut encore prescrire Vacétate d'ammoniaque, à la dose de 15 à 30 grammes, dans un litre d'une des tisanes précédentes, ou bien à la dose de h à 8 grammes dans une potion. La poudre de Doiver remplit les mêmes indications.

On a aussi mis en usage avec succès les bains chauds et les bains de vapeur; dans un certain nombre de cas que nous avons observés, les bains sulfureux répétés tous les jours, et unis à V opium à dose modérée, ont procuré une guérison complète et assez rapide.

Les narcotiques et les antispasmodiques peuvent aussi venir en aide aux traitements que nous venons d'indiquer; quant au régime, il doit être tonique, et il faut, autant que possible, donner pour habitation au malade un lieu bien aéré.

(1) Dictionnaire des sciences médicales, t. LU, art

CACHEXIE MEKCURIELLE. — EMPOISONNEMENT PAU LES ARSENICAUX. 679

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