‹ Guide du médecin praticien, ou, Résumé général de pathologie interne et de thérapeutique appliquées [electronic resource] (volume 2)Chapitre 256 sur 344 · EMPOISONNEMENT PAR LES ARSENICAUX · texte numérisé non relu

EMPOISONNEMENT PAR LES ARSENICAUX

C'est à l'étude de l'empoisonnement par Vaci.de arsénieux (arsenic) que nous devons borner les détails de cet article, parce que les empoisonnements par les autres préparations arsenicales n'offrent rien de particulier, et que, d'un autre côté, c'est presque toujours avec l'acide arsénieux que se pratiquent les empoisonnements.

Les symptômes auxquels donne lieu l'empoisonnement par l'arsenic sont de deux sortes, les uns locaux et les autres généraux, et il importe beaucoup de les considérer sous ce double point de vue.

Symptômes locaux. — Les symptômes locaux produits par l'acide arsénieux sont analogues à ceux que déterminent les autres poisons irritants; mais il faut savoir que, de tous les poisons de cette espèce, c'est celui qui. agit de la manière la plus insidieuse; que, dans un certain nombre de cas, les symptômes soin peu caracléristiques; qu'ils se bornent parfois à une prostration extrême, avec déjections plus ou moins abondantes, et que, par conséquent, lorsqu'il survient brusquement des

(1) Voy. Tremblement mercuriel.

(2) Voy. Bulletin yénéral de thérapeutique, mars 1840, p. 262.

uou INTOXICATIONS.

phénomènes de ce genre, on doit recourir promptement à l'analyse chimique du reste des aliments ou des boissons ingérés, si c'est possible, ou des déjections et des vomissements : analyse qui seule peut rendre le diagnostic positif.

Des symptômes locaux qui vont être décrits, un certain nombre peut manquer. Ces symptômes sont les suivants :

Saveur sucrée, légèrement styptique ; acre, corrosive, si le poison est en grande quantité ou séjourne sur la muqueuse buccale; en ce cas, rougeur et cautérisation de la bouche; nausées, vomissements de matières muqueuses et sanguinolentes, survenant une ou plusieurs heures après l'ingestion. Anxiété précordiale ; douleur vive, brûlante à l'épigastre; constriction, chaleur œsophagienne; soif, ventre sensible, coliques, évacuations alvines plus ou moins abondantes.

Dans certains cas, ces symptômes sont d'une intensité extrême : ainsi les douleurs sont atroces, les vomissements sont incessants, etc.

Symptômes généraux. — L'arsenic produit les accidents de l'empoisonnement lorsqu'il est appliqué sur une surface absorbante quelconque : une plaie, la muqueuse vaginale, le rectum, etc. Cela seul suffit pour prouver que le médicament est absorbé; mais le fait a été d'ailleurs démontré par Orfila, qui a constaté la présence de l'arsenic dans le sang, dans les urines et dans des organes où il n'avait pu être apporté que par l'absorption. Or ce transport de l'arsenic dans le torrent circulatoire donne lieu aux symptômes que nous allons indiquer.

Prostration profonde; syncopes, température de la peau abaissée; sueur froide, visqueuse, abondante; face rouge, injectée, livide; traits profondément altérés; éruptions diverses sur la peau, qui quelquefois est cyanosée. Convulsions, trismus, tremblements; yeux convulsés, vitrés. Parfois céphalalgie, délire, coma ; ordinairement intelligence conservée, sens intacts. Dans quelques cas, diverses paralysies partielles. Pouls d'abord fréquent, développé, puis faible, petit, misérable.

Le médecin ne doit jamais manquer, s'il reste de la poudre suspecte, de la projeter sur des charbons ardents; elle développe alors une odeur alliacée caractéristique.

M. Chatin a trouvé, à l'aide de l'appareil de Marsh (i), l'arsenic dans la sérosité d'un vésicaloire chez une femme qui s'était empoisonnée. C'est là un nouveau moyen de diagnostiquer l'empoisonnement, qui ne doit pas être négligé.

Traitement. — M. Bouchardat résume ainsi le traitement :

» Si j'étais, dit-il, appelé aujourd'hui à donner des soins à un malade empoisonné par l'acide arsénieux, voici comment j'agirais :

» D'abord je favoriserais le vomissement d'après les règles ci-dessus exposées ; puis j'administrerais l'hydrate de peroxyde de fer en gelée. Un demi-kilogramme de cette gelée délayée dans deux litres d'eau sucrée. 11 est indispensable de donner un grand excès du corps précipitant; car, comme Orfila l'a prouvé, si l'on n'en donne que la quantité strictement nécessaire pour produire de l'arsénitede peroxyde de fer, la puissance vénéneuse de l'acide arsénieux n'est pas détruite, elle n'est qu'entravée.

» Si l'on n'a pas l'hydrate de peroxyde de fer en gelée, il ne faut pas hésiter à faire prendre trente grammes de safran de Mars apéritif délayés dans un litre

(!) Journal de chimie médicale, septembre 1847.

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