‹ Guide du médecin praticien, ou, Résumé général de pathologie interne et de thérapeutique appliquées [electronic resource] (volume 2)Chapitre 272 sur 344 · I. — Poux · texte numérisé non relu

I. — Poux

Maladie pédiculaire. — Nous empruntons en grande partie à l'ouvrage de M. Moquin-Tandon (2) les détails relatifs à l'histoire naturelle de ces animaux

parasites : , .

« Le pou [Pediculus) appartient à l'ordre des hémiptères et à la famille des » rostrées. Il a pour caractères : des antennes de la longueur du corselet; un suçoir » en gaine inarticulée, armé à son sommet de crochets rétractiles; deux yeux • saillants; un abdomen plus ou moins découpé sur les bords et six pieds mar- » cheurs. »

Les auteurs distinguent quatre espèces de poux: 1° le pou de la tète; 2° le pou du corps; 3° le pou des malades; k° le pou du pubis.

Le pou de la tête (Pediculus capitis), ou pou commun, se trouve principalement sur la tête des jeunes enfants et des personnes malpropres. Les femmes, à cause de l'abondance de leur chevelure dont certaines classes prennent peu de soin; les

(1) Cet article devait être l'article V du chapitre Ior du livre douzième; sa place était t. V, p. 881.

(2) Moquin-Tandon, Éléments de zoologie médicale, 1860, m-12.

Valleix, A' edit. — V. **

"appendice.

vieillards, chez lesquels la malpropreté et l'insouciance sont des conditions favorables au développement de ces parasites; les gens que l'insensibilité de la peau, la stupeur ou l'affaiblissement mettent dans l'impossibilité de connaître les besoins de leur corps et d'y pourvoir, sont surtout en proie à cette dégoûtante infirmité. Les malades, les vieillards qui restent couchés et immobiles pendant des semaines, des mois entiers, ne peuvent s'y soustraire. C'est pour d'autres raisons que l'immense majorité des hommes sauvages, demi-civilisés ou même tout à fait civilisés, supportent la présence de ces parasites. La propreté, qui est une demi-vertu, n'est pas assez en honneur parmi les hommes. Il y a tel peuple chez lequel les plus riches vêtements, les étoffes les plus précieuses, recouvrent une malpropreté honteuse. L'Orient, le nord de l'Afrique et certaines parties méridionales de l'Europe sont, sous ce rapport, un curieux sujet d'étude pour les visiteurs venant des contrées moyennes ou septentrionales qui ont le respect du corps, sans en avoir le culte. Le climat n'est pas une excuse suffisante. Au reste, les Lapons, les Groenlandais, les Esquimaux et un grand nombre de peuples du nord de l'Europe et de l'Asie, dont les habitations sont excessivement chauffées et que le froid force à se découvrir rarement, sont tout aussi peu soucieux de se débarrasser de cette vermine.

Les poux ont les deux sexes. Les mâles portent à l'extrémité de l'abdomen, qui est arrondie, un aiguillon écailleux, conique, pointu, avec lequel ils peuvent piquer.

Ils sont ovipares; on désigne leurs œufs sous le nom de lentes; on les trouve agglutinés aux cheveux. Ces œufs sont oblongs, blancs et s'ouvrent au sommet. Les petits éclosent au bout de cinq à six jours. Au bout de dix-huit jours, ils peuvent se reproduire. L'observation a démontré qu'un pou donne une cinquantaine d'oeufs en six jours. On comprend combien est rapide la multiplication de ces parasites.

Les poux sont munis d'un suçoir protractile, à l'aide duquel ils sucent le cuir chevelu; ils y produisent ainsi des démangeaisons très vives. D'après certains observateurs, les démangeaisons seraient surtout produites par l'aiguillon abdominal du înâle.

Le pou du corps est un peu plus grand, moins coloré et moins gris que le pou de tête. Il occasionne des démangeaisons plus vives que le précédent. On le trouve surtout dans la barbe, sur la poitrine et dans toutes les parties pourvues de poils.

Le pou des malades {tabescentium) est d'un jaune pâle. Il a une tête arrondie, ses antennes sont plus longues et son corselet plus grand que dans le pou du corps.

On assure, dit M. M oquin- Tandon, que cette espèce pond ses œufs sous Pépiderme; que chaque nid devient une phlyetène, une ampoule, d'où s'échappent, dès qu'ils sont éclos, les petits poux. Ce seraient ces animaux qui donneraient lieu à la maladie.pédiculaire ou phllnriase.

« Cette maladie (1) est indiquée par beaucoup d'auteurs. Forestus parle d'une » jeune fille qui en était affligée, et Borellus d'un soldat. Bernard Valentin nous » donne l'histoire d'un homme de quarante ans qui avait des démangeaisons > insupportables par tout le corps et des tubercules volumineux remplis d'un » nombre prodigieux de poux. Bremser a trouvé une fois une masse de poux

(1) Moquin-Tandon, ItiDd i'it.

» dans une tumeur de la tête. M. Jules duquel, a vu, chez un autre malade, des » milliers de ces animaux accumulés dans une poche sous-cutanée. Cazal (d'Agde) » cite un vieillard de soixante-cinq ans, qui ne pouvait pas se gratter sans faire sortir » de son col et de ses épaules un véritable essaim de vermine qui se renouvelait » avec une étonnante rapidité. Le docteur Jules Siebel' a publié (1825) un essai » monographique sur la phthiriase, dans lequel il passe en revue les différents sièges » de cette maladie. »

Le pou du pubis, vulgairement appelé morpion, a le corps très élargi et aplati; son corselet est très court. Les quatre pattes postérieures sont grandes, recourbées et pourvues d'un crochet. Ses œufs sont oblongs et embrassent les poils dans une espèce de gaîne, ce qui fait qu'on les enlève difficilement. Cette espèce vit sur les poils des organes génitaux et s'étend à tout le corps, jusque dans la barbe, les sourcils et mêmes les cils. La multiplication de ces insectes est extrêmement rapide. Leur piqûre cause des démangeaisons insupportables. On les trouve surtout à la base des poils, où ils adhèrent tant au poil même qu'à la peau. Cette vermine, qui se transmet souvent par les rapports sexuels, est considérée dans le peuple comme la plus honteuse de toutes. 11 serait à désirer que des instructions médicales, destinées aux classes pauvres et peu éclairées, fussent répandues à profusion, afin de leur enseigner les moyens bien simples de se débarrasser de ces parasites.

Phthiriase ou maladie pêdiculaire («p0£tp, pou). — Les anciens avaient donné une place spéciale dans la médecine à cette maladie vraie ou prétendue telle, dont nous ne nous faisons aujourd'hui aucune idée. Les livres anciens sont remplis d'histoires extraordinaires à cet égard. Aujourd'hui nous ne croyons plus à cette maladie, ou plutôt les connaissances en histoire naturelle dont s'est enrichie la médecine, ne permettent pas de l'admettre. Les arguments de M. Pouchet (1) n'ont pas pu nous convaincre : nous croyons que la génération spontanée n'existe pas, et que ce qu'on a pris pour cause est effet. C'est dans le cours de graves maladies que la malpropreté permet aux parasites animaux de se développer et de se multiplier sur le corps de l'homme ; encore de semblables faits ne se montrent-ils jamais chez les malades entourés de soins vigilants.

Les poux produisent des démangeaisons et quelquefois amènent une maladie de peau que la gale entraîne également, nous voulons parler du prurigo. On l'appelle prurigo pedicularis. Souvent les démangeaisons vives qu'éprouvent les malades, le besoin incessant de se gratter, les coups d'ongles qui déchirent la peau, n'ont d'autre cause que ce parasite, et c'est à quoi les médecins doivent prendre garde, de peur de tomber dans des erreurs ridicules. Il est inutile de dire que notre pays est heureusement, et grâce aux médecins, débarrassé, nous l'espérons du moins, de ce préjugé barbare qui faisait respecter par les parents, comme utile, la malpropreté de la tête chez les jeunes enfants.

Traitement. — Outre l'usage du peigne fin, la tête des gens atteints de poux devra être soumise à des lavages fréquents à l'eau de savon. Les corps gras ont la propriété de tuer, en empêchant la respiration chez les insectes, aussi l'axongeou d'autres graisses ou pommades devront-elles être employées. Il c'est pas utile d'em-

(1) Voyez Pouchet, llétéroçjénie ou Traité de la généra lion spontanée, basé sur de uou vellcs expériences. Paris, 1859, in-8.

;()(S APPENDICE

ployer l'onguent mercuriel comme on le fait généralement, d'autant que la matière grasse agit .ci seule. Le mercure a d'ailleurs l'inconvénient d'exposer à la salivation exagérée et à la stomatite. Lorsque le corps tout entier est couvert de ces parasites, ce qui convient le mieux c'est l'usage de corps gras et les bains principalement les bains sulfureux. L'usage de poudre de tabac, de staphisaig're, de pyrèthre, est aussi très efficace.

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